Le réel et le ressenti

Ce 13 novembre à Bordeaux : temps couvert, température 15° C, ressenti 16°. Cette notion de ressenti ne m’ « interpelle » pas spécialement en température basse mais mon mercure personnel s’emballe en été. C’est même à partir du moment où les températures estivales me sont devenues difficiles à supporter que j’ai commencé à faire attention à la chose dans les bulletins météo.

De quand date cet indice météorologique ? Et que signifie-t-il ?

A en croire les décodeurs du Monde, le concept aurait émergé en 1939 aux États-Unis lors des expéditions de Paul Siple et Charles Passel en Antarctique. L’idée générale était que le froid est ressenti de manière plus violente lorsqu’il y a un gros coup de vent. C’est ici :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/06/24/canicule-qu-est-ce-que-la-temperature-ressentie_5480770_4355770.html

Plus généralement, selon Madaame Wikipedia, la température ressentie est un indice qui exprime la sensation subjective de froid ou de chaleur en fonction de la température mesurée, du vent et de l’humidité relative. Elle est le résultat d’une équation basée sur les échanges thermiques et sur des données expérimentales acquises auprès de volontaires.

A l’heure de la post vérité, l’indice ne me paraît pas dénué de déclinaisons hors de son univers physique.

Prenons, par exemple, le sujet du pouvoir d’achat ou du Covid et de l’hôpital ?

Si l’on en croit l’Insee, le pouvoir d’achat des français serait en hausse de 1,4% sur une moyenne annuelle, comparativement à 2020. Chiffre confirmé par lObservatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui lui, table sur une hausse du pouvoir d’achat pour fin 2021 de l’ordre de 1,5 %. Quant à 2022, l’évolution du pouvoir d’achat est estimée à 0,7 %, selon ce même organisme.

Pourtant tel n’est pas le ressenti des intéressés. L’ humeur dépensière, portée par la réouverture des restaurants, le tourisme ou les loisirs s’évanouit, En cause « la hausse des prix à la consommation, qui ont augmenté de 2,6 % sur les 12 derniers mois, selon les chiffres publiés vendredi 29 octobre par l’Insee, soit la plus forte hausse depuis octobre 2008, souligne Aurélien Daubaire, chef du département des prix à la consommation à l’Insee. A eux seuls, les prix de l’énergie (gaz, électricité, carburant) ont enregistré une hausse de 20,1 % en un an » (Le Monde 29 octobre 2021) .

La comptabilité des ménages, sur laquelle ces derniers prix pèse, ne s’accommode guère dès lors du discours selon lequel leur situation se serait améliorée ni du satisfecit affiché par le Gouvernement selon lequel, les Français auraient vu leur niveau de vie s’améliorer depuis 2017, malgré la pandémie de Covid-19, grâce, entre autres, à des mesures telles que la suppression de la taxe d’habitation, l’exonération de certaines cotisations sociales sur les heures supplémentaires ou encore le chèque énergie.

Quid du Covid et de l’hôpital ?

On se souvient des lancinantes conférences de presse du directeur de la santé Jérôme Salomon nous annonçant les chiffres de la progression du virus et des reportages sur les conditions de travail, pour le moins dégradées (manque de personnel, de masques, de blouses, de respirateurs …), dans les services confrontés à l’arrivée des patients. Certains ont vu une intervention programmée les concernant (ou un proche) différée. Bref, le sentiment semblait assez partagé que cette pandémie galopante avait mis l’hôpital dans une tension proche de l’insoutenable et les soins hors Covid presque à l’arrêt.

Or qu’apprend-t-on ? Que seuls 5 % des malades en réanimation et 2 % de tous les malades hospitalisés en 2020 l’auraient été pour cause de Covid 19.

 Ces chiffres surprenants ont été avancés  par le médecin Martin Blachier sur le plateau de LCP mardi dernier s’appuyant sur un rapport de l’agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH). Stupeur. Devait-on en déduire que notre système hospitalier était devenu fragile à ce point là ?

A vrai dire non. Car si le chiffre de 2 % figure bien dans l’étude de l’ATIH, il s’agit d’une moyenne sur l’année 2020. Or, les hospitalisations pour Covid-19 se sont principalement concentrées sur les mois de mars-avril au printemps, puis entre octobre et novembre pour la deuxième vague. Il est valable pour l’ensemble du territoire, ne disant rien des différences régionales. Ce ne sont là que « quelques réductions » (sic) dont nos médias deviennent coutumiers. Pour d’autres omissions sur ce rapport, voir par exemple ici :

https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/non-le-chiffre-de-2-dhospitalisations-liees-au-covid-19-ne-demontre-pas-quon-en-a-trop-fait_14043833/

On pourrait aussi gloser sur la guerre des chiffres relatifs au nombre de lits fermés faute de personnel : 20% selon le Conseil scientifique cher à notre Jupiter, 6 % selon une enquête de la Fédération hospitalière de France …Résultat des courses, le ministre de la Santé vient d’ en diligenter une nouvelle par ses services… enquête qui ne réglera sûrement rien si elle ne finit pas au fond d’un tiroir tant les sujets ne font plus qu’un petit tour dans les colonnes (au fait les pandora papers, on en cause ?).

Le pékin moyen qui a applaudi les soignants pendant le premier confinement après les avoir vus, impavide, puis revus le confinement levé, manifester dans les rues en tiendra, lui, pour ce qu’il sait : les attentes hospitalières.

Ainsi, dans la surenchère d’informations souvent biaisées quand elles ne sont pas tronquées, dans l’abondance renouvelée d’éléments de langage, le réel social se dissout et le ressenti s’affirme, largement alimenté par des réseaux sociaux en roue libre. Ce dont certain polémiste fait ses choux gras.

Quant aux politiques à l’aube de ces présidentielles ? Le ressenti d’une navrante course à l’échalote virant au grand foutage de gueule l’emporte chez moi sur toute notion de sérieux.

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Fillon, élections, médias : l’instant Epiménide

Vérités mensongères, restrictions mentales, aveux brouillés, chiffres floutés, fauxcultisme élevé au rang des beaux arts : demêler les fils de l' »Infaux » et de la « post-vérité », n’est pas une sinécure. Ainsi a-t-on vu naître à côté du journalisme d’investigation (plutôt sur le temps long), le fact-checking en temps réel.

Tout rapide qu’il soit, pourtant, ce fact-checking accuse toujours un petit temps de retard sur l’enfumage, un temps à la fois insignifiant et précieux en cette ère d’immédiateté car le « fact-checkeur » a rarement la visibilité de l’enfumeur. Sa fiabilité mériterait peut-être d’ailleurs, elle aussi, d’être vérifiée, par un vérificateur dont la fiabilité mériterait, …etc (principe bien connu de l’étiquette de la « Vache qui rit » ou des matriochkas). Quant à  l’image, on sait que, même fugitive, elle laisse toujours des traces.

Aussi un petit retour historico-philosophique ne paraît pas de trop dans cette confusion pré-électorale.

Soyons honnête, l’homme m’agace : brillant et assez content de lui. Cela s’entend et se voit. MAIS, il engage souvent ce qui me sert de pensée hors des sentiers balisés… et j’aime bien ça. Essayons d’oublier le chroniqueur et saluons Epiménide (un bon gars) que je n’avais pas dans mon carnet d’adresse.

Ce quelque chose qu’il évoque fut  (provisoirement) la victoire de B. Hamon aux primaires de gauche (celle de F. Fillon était acquise au moment de l’émission). What’s next ?

« Si tous ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin », disait P. Dac. Ce qui me semble assez épiménidique dans son genre.

En ce qui me concerne, j’ai, pour l’heure, tout d’une gallinacée devant un couteau sans lame auquel manque le manche. C’est vous dire à quel point j’ai idée de ce que je vais faire….

Mais je le ferai à l’arrache, à l’impulsion, de cela je suis à peu près sûre. Epicetou.

PS : Par curiosité j’ai voulu voir les sous-titres « générés automatiquement », cela vaut son pesant de cacahuètes… quand on pense que certains fact-checking sont aussi semi-automatisés … on peut ici mesurer, en temps réel aussi, le degré de circonspection qu’il faut garder …