Zhaoxing

Tu  observes goguenard, en bourrant ta pipe, mon petit manège qui se veut dégagé et l’air de rien mais est tellement éventé. Je ne suis pas la première ni la dernière à te tourner autour. Tu les connais ces astuces,  ces petits écrans qu’on oriente, par exemple, croyant naïvement que tu n’y verras goutte. D’ailleurs, tu t’es assis là pour cela : les reconnaître et nous détailler. Cela t’amuse. Nous sommes si prévisibles. Nous te montrons nos captures et tu souris mais ce qui reste de nous dans ton regard, nous l’ignorerons toujours. C’est là que le jeu est inégal.

Ta pipe s’éteint et je regarde tes mains, des mains de terre et de boue. J’imagine un toucher labourant la peau comme un araire parce que la tendresse et la douceur demandent un temps que tu n’as jamais eu.

J’aurais dû me concentrer sur elles car elles parlent pour toi. Les histoires s’inscrivent où elle peuvent et, ce jour là, je n’ai pas su voir. Tout était devant moi, dans ces doigts cisaillés par les rizières et les champs, comme la lettre volée d’Edgar Poe. Tout était à lire et je suis passée à côté. J’ai pris ce cliché là, banal, convenu, un photomaton touristique en somme.

Texte et photo S.Lagabrielle : tous droits réservés

Un commentaire sur “Zhaoxing

  1. Excellente réflexion. Et pourtant jolie image. Il reste le regard ironique (superbe dissymétrie des yeux) et l’expression moqueuse de la bouche.
    Finalement la pipe n’a pas tout volé !
    Et puis les photos de mains, comme ça, arrachées en passant ? Hum, je doute.
    Une main doit être serrée et apprivoisée avant d’être photographiée. Je pense.

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