Dracula et biodynamie

Stratégie de Dracula

La « stratégie Dracula » consiste à exposer le vampire à la lumière du jour, insupportable pour lui. Depuis quelque temps, nous assistons à une sorte de transposition politique du principe. Mais force est de constater que cela ne marche guère. Qu’il s’agisse de traités commerciaux ou de personnalités.

Si l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), au milieu des années 1990, est finalement mort lorsqu’il a été exposé en plein jour par ses détracteurs, il n’en a pas été de même des suivants. Souvenons-nous du contournement du « non » français au TCE ou des négociations de traités commerciaux par l’Union européenne, peu développées dans les gazettes et journaux télévisés mainstream. En 25 ans le paysage médiatique a, il est vrai, bien changé …

Quant aux personnalités politiques – sans évoquer les inénarrables péripéties judiciaires Balkanyques ou Sarkozystes – on notera que les trous dans la raquette de la «jurisprudence Balladur»,selon laquelle tout ministre mis en examen est censé démissionner de ses fonctions ministérielles, ont tendance à se multiplier : exemple parmi d’autres, le singulier maintien à son poste d’Eric Dupont – Moretti. La révélation de comportements constitutifs de harcèlement moral si elle entache la réputation de leur auteur ou autrice n’empêche pas non plus la poursuite d’un destin parlementaire (du moins jusqu’au élections suivantes) ou ministériel.

L’exposition à la lumière, donc, n’annihile pas toujours avec certitude nos draculas modernes. Ainsi, Marine Le Pen accusée d’avoir personnellement détourné près de 140 000 euros d’argent public quand elle était eurodéputée ne craint-elle pas, en toute décontraction, de réclamer pour son groupe la présidence de la commission des finances l’Assemblée Nationale.

Selon le règlement de cette Assemblée (art. 39), la présidence de cette commission est censée revenir à un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition. Le texte ne dit pas qu’il doit obligatoirement s’agir d’une personne appartenant au groupe d’opposition le plus important – mais cela a été le cas jusqu’ici -, et le fait que la majorité ne prenne pas part au vote conduisant à la désignation de ce président est un usage que personne n’a jugé utile de transcrire dans le règlement. Dès lors, il n’est pas du tout exclu que cette présidence convoitée ne finisse pas par revenir au RN, si Renaissance, rompant avec l’usage, préfère s’assurer d’un président de commission qui ne discutera pas fondamentalement sa politique économique et budgétaire (pour plus de détails sur cette commission, voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_des_Finances_(Assembl%C3%A9e_nationale).

Les chevaux de bataille du RN sont ailleurs.

Je n’ai pas écouté la dernière allocution de Jupiter mais le peu que j’ai pu capter ici et là, par mes lectures, m’a paru assez lunaire. Signifiant que son programme – qu’il a pris soin de ne pas développer plus que cela pendant les présidentielles – devait être appliqué, il a enjoint à ses opposants de se prononcer sur leur volonté ou non de l’aider à le réaliser. Quel compromis peut-on seulement envisager avec un Président qui ne supporte pas les débats, sauf à se compromettre, ce qui se paye toujours à plus ou moins longue échéance ? Stratégie de Dracula là encore.

On verra.

Biodynamie

La Biodynamie selon Henri Cruchon

C’est un concept que j’ai croisé lors de petites excursions dans ma région viticole et qui semble prendre racine dans les terroirs. En gros (pour ce que j’ai compris) l’objectif d’une vinification respectueuse des pratiques biodynamiques tend vers l’interdiction de tout ajout ainsi que de toute pratique tendant à modifier les équilibres naturels du raisin.

Le travail de la vigne et du sol est effectué en prenant en compte les cycles lunaires (lune montante, descendante,…). Il en va de même de la vinification : les soutirages et la mise en bouteille sont aussi faits à des moments choisis !!

S’inscrivant dans une logique de « phytothérapie » de la vigne et des sols, la biodynamie a recours à des pulvérisations à base de plantes (ortie, prêle, valériane, sauge..) et de minéraux (silice) pour dynamiser la vie du sol et renforcer la vigne afin de lui permettre de mieux résister aux attaques des maladies (mildiou, oïdium,..) ou du gel.

Le directeur de la propriété du château Fontroque, près de Saint Emilion, a choisi la biodynamie qu’il applique selon des principes qui me laissent un peu dubitative (voir ici : http://lesvinsdalainmoueix.net/la-biodynamie/) mais au palais le résultat est assez convaincant.

Pourquoi je parle de ça parce que dans la confusion politique actuelle je me demande si l’on ne devrait pas songer à la conception d’une « biodynamie politique » histoire de revivifier des terroirs bien essorés.

Impossible à ce jour d’évaluer ce que donnera la cuvée législative 2022. Espérons seulement qu’elle produira un jus textuel moins aigre que celle de 2017 !

La République c’est qui ?

On a beaucoup glosé et rigolé sur les mots de Mélenchon « La République c’est moi ».

Mais ceux-là, plus insidieux (déroulés sur un tarmac avec en fond sonore un avion faisant tourner ses moteurs …on appréciera le virage écologiste), mériteraient un sort semblable

« Aucune voix ne doit manquer à la République » (on passera aussi sur l’adaptation opportuniste d’une formule de JL Mélenchon à l’issue du premier tour des élections présidentielles).

Que comprendre, sinon, ce qui se distille dans ces éléments de langage gouvernementaux – après les « errements extrémistes Bornés » – , à savoir qu’il y aurait au sein des candidats NUPES qualifiés pour le second tour des législatives et en lice contre Ensemble (voire contre le RN) des candidats fréquentables (PC, PS, EELV) et des horreurs (LFI) (le fameux « au cas par cas » sorti du chapeau après des « extrêmes » indistincts) ?

Tout ça après avoir dragué de manière éhontée l’électorat mélenchoniste au second tour des présidentielles pour se faire réélire.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/richard-ferrand-ne-celebre-plus-ses-valeurs-communes-avec-melenchon_fr_6278df90e4b00fbab630a22c

La danse du ventre du second tour des présidentielles n’a pas pris chez moi ni dans mon entourage (pas plus qu’en 2017). Et je ne serais pas fâchée que le cynisme de cet homme soit justement récompensé par un franc dégagement. Mais les chances sont minces.

Et l’on s’étonne, face à ce pragmatisme sans âme (et sans doute aussi au fait que l’inversion du calendrier des élections a grandement participé à l’invisibilisation de l’importance des élections législatives), du niveau de l’abstention en particulier chez les jeunes.

Le vieux lion (j’en connais déjà un qui rigole) Mélenchon ne sera pas premier ministre mais on peut lui reconnaître d’avoir relancé une certaine dynamique à gauche. Que durera-t-elle ? Je ne sais. Les « je t’aime moi non plus Rousselliens » ne me disent rien qui vaille. Les coalitions comptent toujours des planches pourries. Et chez Ensemble, je me méfierais d’Horizons.

Bref, si Renaissance n’obtient pas sa majorité absolue, le prochain quinquennat risque d’être rock and roll à moins que Jupiter ne décide de dissoudre ce qui ne lui convient pas. Pari risqué.

En attendant ici, on crame

Dessin posté sur twitter par le reporter Loup Espagilière

Eléments de langage et violences enchantillyées

Les éléments de langage nouvel avatar du psittacisme (mais c’est plus facile à dire).

Il est de bonne guerre de critiquer le programme de son adversaire mais l’on pourrait au moins varier les angles. Plus de 600 propositions devraient le permettre. Or ce qui surnage est une lecture « occurrentielle » et « inventive » du programme de la Nupes. Petit condensé ici  :

Cette lecture chiffrée vient sans doute de la tête de l’Etat : « J’ai lu le programme de la Nupes. Ils y citent 20 fois le mot ‘taxation’ et 30 fois le mot ‘interdiction’, ce qui donne une idée assez claire de l’esprit du programme » a affirmé le Président.

Formule reprise en copié-collé par une masse de twittos macroniens.

La limitation du nombre de caractères des messages sur le réseau social les a sans doute empêchés de reprendre cette autre curiosité lancée par Christophe Castaner : «La France insoumise veut tout interdire – on trouve le mot 35 fois dans le programme ! –  couper du bois chez soi, la publicité, l’agriculture près des villes, la formation professionnelle dans un organisme privé…»

Indépendamment des petites différences sur le chiffrage du mot interdiction, et du fait qu’il s’agit d’un programme « commun », qu’est-ce que c’est que cette histoire d’empêcher de couper du bois chez soi ?

Une petite recherche nous apprend que le chef de file des députés LREM se réfère à la proposition de la Nupes d’interdire les «coupes rases, sauf en cas d’impasse sanitaire avérée» pour «défendre la forêt».

«Concrètement, il s’agit d’une technique de coupe particulière [qui] laisse le sol à découvert et s’effectue grâce à des machines lourdes. Il ne s’agit donc pas d’interdire aux particuliers de couper du bois mais d’encadrer cette pratique spécifique», explique Côme Delanery, membre de l’équipe du programme de l’alliance de gauche. «Notre proposition est d’interdire ces coupes rases au-delà de 2 hectares, sauf en cas d’impasse sanitaire avérée», détaille-t-il.

Selon le journal Libération, cette revendication avait déjà été portée à l’Assemblée nationale par La France insoumise en 2020, par le dépôt d’une proposition de loi sur le sujet.

«Cet encadrement s’appliquerait aux forêts publiques comme privées. L’objectif étant d’éviter la conversion des forêts feuillues en bonne santé en monoculture résineux, comme le dénoncent de nombreuses associations écologistes et de collectifs citoyens (…) Autrement dit, si la proposition de la Nupes concerne notamment la gestion d’espaces privés, elle ne revient pas à interdire de «couper du bois chez soi». La caricature de notre proposition est d’autant plus risible qu’elle avait été reprise dans un rapport de 2020 par la députée LREM Anne-Laure Cattelot, missionnée par le gouvernement», ajoute le militant Nupes.

Il n’empêche, la caricature, reprise par le chef de l’Etat lui même, a davantage fait mouche que les « approximations » d’Olivier Véran en matière de politique étrangère nupsienne.

Les éléments de langage ont le « mérite » discutable de dispenser de toute réflexion. Repris en boucle ils finissent même par devenir vérité par leur répétition même. Vous me direz, cela ne date pas d’hier, mais les nouvelles techniques de diffusion de l’information en amplifient singulièrement l’impact. La vérification par des équipes journalistiques dédiées, parfois plusieurs jours plus tard, tombe souvent à plat. Le message est engrammé.

L’effet collatéral de tout ça est, en particulier, je crois, une défiance et une indifférence croissantes vis à vis de la parole publique relayée sans état d’âme par des intervieweurs pas toujours très curieux.

La ventriloquie, moteur de la post vérité ?

Le manège enchantillyé de Jean Michel Blanquer

Jean Michel Blanquer est donc la dernière victime d’un de ces attentats pâtissiers rendus célèbres par Le Gloupier (voir ici sa fiche wikipedia), encore qu’en l’occurrence l’ancien ministre n’a eu droit qu’au « nappage » de certains gâteaux, à savoir la chantilly, et pas à la tarte tout entière. Il aurait pu se contenter de s’essuyer le visage et passer son chemin. Mais non. Manifestant un degré d’humour très béhachelien (lire la fiche précitée), il porta plainte. Les deux auteurs de cette agression inqualifiable comparaîtront le 4 juillet à 9 heures au tribunal judiciaire de Montargis pour une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ou plaider-coupable. Ils devront répondre de “violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail”, délit pour lequel la peine encourue est de trois ans d’emprisonnement, paraît-il.

On se pince. Décidément la pâtisserie devient hors de prix. Et on espère, en loucedé, que l’élimination au premier tour des législatives de l’enchantillyé passera crème.

PS : A propos du conseil national de la refondation, dont je parlais dans le billet précédent, je ne suis pas la seule à manifester un certain scepticisme sur son utilité et sa fonction (désolée oui, encore Clément) :

Dommage que la Nupes ne se soit pas attaquée frontalement à la langue de bois. Mais il est vrai qu’elle est assez partagée.

Evaluations

Pour ce qui est de nos duettistes Darmanin et Lallement ils ont, pour reprendre le titre du Canard en chaîné, gagné leurs galons de ballots d’or sous les applaudissements nourris de la presse étrangère (pas seulement anglaise).

Curieux début de quinquennat avec cette calamiteuse séquence internationale et footballistique et cette non campagne législative « renaissante » après une non campagne présidentielle justifiée par la guerre en Ukraine où Jupiter n’a pas encore daigné se rendre ce qui fait un peu tache alors que la France exerce la présidence du conseil de l’Union européenne. Il nous promet « cinq années de renouvellement complet » mais la languissante formation du Gouvernement, qui recycle nombre de ministres du précédent, n’en donne pas le sentiment. Le résultat des élections législatives bousculera-t-il un peu la donne ? Pas sûr.

Quant au « conseil national de la refondation », sur lequel Emmanuel Macron entend s’appuyer, qui réunirait « les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et des citoyens tirés au sort », il tient pour l’instant du gadget préélectoral. On se souvient du sort réservé aux propositions de la conférence citoyenne sur le climat.

En attendant, pour nourrir un peu cet épisode interminable, une petite vidéo récréative qui remet en mémoire quelques principes et réalités mais aurait pu aussi rappeler à quel point la réduction du mandat présidentiel à 5 ans et l’inversion du calendrier des élections a modifié le schéma représentatif de la 5e République et fait pencher la balance du pouvoir vers l’exécutif ( Dieu nous préserve cependant des prédictions de Marisol Touraine qui, sans doute, se voyait déjà première ministre).

Réminiscences en B pour ne pas parler d’Abad

Teresa Berganza

C’est une petite rubrique dans le journal Le canard enchaîné qui m’apprend la mort de la cantatrice Teresa Berganza. Une immense petite bonne femme lumineuse. La seule personne à qui, en groupie inconditionnelle, j’ai demandé un autographe qui attend sagement dans un carton que je le redécouvre.

Je me souviens d’un magnétique Alcina de Haendel mis en scène par Jorge Lavelli dans la cour de palais des papes à Aix en 1978 où elle interprétait le rôle du chevalier Ruggiero ou encore du film Don Juan de Losey où elle était une Zerline un peu mûre. On dit qu’elle fut une Carmen inoubliable, mais je n’ai jamais particulièrement apprécié cette œuvre. Pour moi, je l’ai surtout croisée en récital. Elle avouait, malgré les années, avoir le trac avant d’entrer en scène (certains prétendent même qu’il fallait l’y pousser), mais une fois là son intelligence mélodique se déployait avec une sorte de grâce.

Il y a bien longtemps, je lui avais consacré ici ce petit texte.

Bordeaux

Retrouver sa ville natale est parfois singulier. Ayant perdu à peu près tous mes repères dans la ville, je me suis inscrite à une balade consacrée aux « mystères de la ville ». J’y ai ainsi appris que l’église Saint Seurin avait abrité quelque temps le cor de Roland et le bâton de Saint Martial de Limoges – emprunté pour mater certain dragon puis confisqué par la ville de Bordeaux en raison de ses pouvoirs. La ville était alors anglaise et ce qui est aujourd’hui la rue de la vielle tour abritait, comme son nom l’indique, une ancienne tour (aujourd’hui disparue) au sommet de laquelle les Anglais faisaient flotter leur étendard orné de lions que les bordelais appelaient « dragons ». Selon la légende, un dragon monstrueux s’était installé dans la tour et menaçait les habitants de la ville de souffler peste ou choléra s’ils ne lui apportaient pas tous les dimanches une jeune-fille vierge âgée de 15 à 20 ans ainsi qu’un tombereau de légumes et d’herbes afin de se nourrir. L’affaire dura jusqu’au jour où une certaine Nicolette, fort jolie et intelligente, désignée pour entrer dans la Tour du Dragon, réussit à faire parler le monstre lequel lui avoua qu’on ne pourrait le forcer à quitter la Tour qu’en lui présentant le bâton miraculeux de Saint Martial. Douze jurats de Bordeaux furent envoyés à Limoges pour négocier l’emprunt du fameux bâton dont six furent retenus en otage pour garantir l’emprunt et le bâton de Saint Martial arriva enfin à Bordeaux. L’évêque de la ville se hâta en grande cérémonie vers la Tour du Dragon. Dès que le bâton en eut touché le mur, la bête effrayée en jaillit dans un bruit étourdissant et sauta dans la Garonne où il s’abima dans une pluie de flammes. Les bordelais ayant eu connaissance des autres pouvoirs magiques du bâton de St Martial, notamment de sa capacité à faire venir la pluie, décidèrent de le conserver dans la basilique Saint Seurin. Quant aux otages, la légende raconte qu’ils n’étaient pas des jurats mais en fait de pauvres hères payés pour cette mission et que devant le refus bordelais de rendre la crosse de St Martial, ils furent ensevelis jusqu’au cou et massacrés sur une place de Limoges. Le cor du héros de Roncevaux comme la crosse du Saint disparurent un jour de l’église Saint Seurin. Nul ne sait quand et où iels se trouvent aujourd’hui.

Arrivés rue du loup, dont le nom intrigue, on me raconta d’autres histoires. Pour certain historien ce nom pourrait avoir été donné en hommage à un Biturige Vivisque nommé Lucius Lupus. Pour un autre, il évoquerait l’incursion spectaculaire de loups à Bordeaux en 582, lesquels auraient dévoré des chiens en pleine rue à la vue du peuple. D’autres se réfèrent aux commerces de la rue et au fait que l’un d’entre eux avait un loup comme enseigne… là aussi le monde historique se perd en conjectures mais une autre histoire de loup garou datant de 1600, consignée celle là, traine quelques rues plus loin. Celle d’un individu d’une quinzaine d’années, nommé Jean Grenier, qui, à l’en croire, avait mangé des enfants dont il trouvait la chair savoureuse. Arrêté, le « loup-garou » fut traduit devant un tribunal qui le condamna à être pendu. Finalement considéré comme un faible d’esprit et non comme une créature du diable sa peine fut commuée. L’anthropophage fut simplement enfermé jusqu’à sa mort en 1610 dans le couvent de l’Observance où on allait le visiter comme une bête curieuse.

Recluserie à Bordeaux

Des chapelles et églises possédaient parfois autrefois un reclusoir (ou une recluserie), dans lequel s’enfermaient – parfois à vie – des pénitentes. Ces dernières étaient appelées saquettes ou sachettes à cause du sac ou du cilice qui constituait leur unique vêtement. Ces reclusoirs étaient généralement d’étroites cellules dont on murait l’entrée. La recluse ne pouvait plus alors communiquer avec le monde extérieur que par une fente de quelques pouces donnant dans l’église ou le cimetière. C’est par là que la charité publique lui octroyait quelques tranches de pain et autres rogatons. A Bordeaux, sur l’actuelle place Gambetta, non loin de l’angle de la rue Judaïque et de la rue du Palais-Gallien, se trouvait la  « Chapelle de la Recluse Saint Ladre  » (Saint Lazare). Construite au IXème siècle, elle fut détruite en 1452 par le Comte anglais John Talbot qui démolit une grande partie du quartier lors de son siège de Bordeaux, avant d’y entrer avec ses troupes. La date me surprend mais vérification faite, redevenue française en 1451, reconquise par ledit John Talbot en 1452, la ville se rendit définitivement en 1453 après la bataille de Castillon… à la grande consternation fiscale des bordelais qui perdirent dans l’affaire nombre de privilèges commerciaux et furent lourdement taxés par le roi de France.

Mon « anglotropisme » m’a toujours fait penser que notre rue Saint James devait se prononcer à l’anglaise … erreur, il s’agirait d’une déformation de Jaime (Jacques) la ville se trouvant sur l’une des routes menant à Compostelle.

Comme quoi une petite heure et demie de balade peut s’avérer très instructive au delà des légendes. Par pur snobisme, je n’imaginais pas que la ville de Montaigne eut un jour cédé aux dragons et loups-garous.

Bifurcation

Cette vidéo a largement tourné sur la toile. Dans leur discours, prononcé lors de la remise de leurs diplômes d’ingénieurs agronomes le 30 avril 2022, ces jeunes diplômés déclarent ne pas vouloir contribuer à une agriculture qui « mène la guerre au vivant et à la paysannerie » et appellent à « bifurquer », à sortir de la voie pourtant toute tracée devant eux.

Selon une émission récente diffusée sur le site arrêt sur image, les premières manifestations de ce mouvement remonteraient chez nous à quelques années : en décembre 2018, un diplômé de l’école d’ingénieurs Centrale Nantes, Clément Choisne, annonçait déjà son intention de « bifurquer ». En 2019, c’était le tour de 2 polytechniciens.

Agir de l’intérieur ou de l’extérieur ? Mon expérience me dit que les biais intérieurs à une entreprise ont leurs limites. Et tout le monde n’a pas ce choix ou cette envie de « bifurcation ». J’imagine mal des élèves d’HEC, de l’ESSEC ou de toute autre grande école de commerce s’engager dans une forme de « marketing désobéissant » pour le moment.

Mais l’existence de cette « rébellion diplômée » est intéressante à relever. Le secrétaire général de l’ONU ne s’y trompe pas qui exhorte ici les diplômés de l’Université Seton Hall University aux États-Unis  » à ne pas travailler pour les naufrageurs du climat (la traduction française de la vidéo proposée par youtube est loin d’être top)

Wait and see, donc, mais se faire entendre des générations plus âgées peut s’avérer compliqué. Cette réaction d’un actionnaire de Total privé de son assemblée générale (mais pas de ses dividendes) laisse à penser que le chemin est encore bien long à parcourir avant une quelconque « bifurcation » des habitudes.

Réalité et fiction et réalité fictionnelle

C’était avant. Avant l’invasion russe, avant ce chaos qui prospère à quelques milliers de kilomètres. Le Président a tombé le look costard cravate et fraîchement rasé pour celui de barbu et kaki. La réalité des destructions et exactions russes traîne dans nos pupilles tandis qu’il s’exprime à la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes.

“Je vais vous raconter une histoire. Dans cette histoire ce n’est pas le début, mais la fin qui est la plus importante. Cette fin est déjà écrite (…) Les plus terribles dictateurs du XXe siècle aimaient le cinéma. Mais ce qu’il en est resté, ce sont ces images terribles des chroniques documentaires (…). De nos jours, il ne se passe pas une semaine, sans qu’on ne retrouve des personnes torturées. Vous avez vu Marioupol, le théâtre municipal frappé par une bombe russe. Ce théâtre ressemblait à celui où vous êtes réunis aujourd’hui. Là-bas les gens se réfugiaient, c’était des civils” dit-il.

Un peu plus loin, il se réfère au film « Le Dictateur » de C. Chaplin et appelle de ses vœux l’émergence d’un nouveau Chaplin « qui prouvera que, de nos jours, le cinéma n’est pas muet”.

Tout cela, donc, devant le gratin très empesé du festival.

« Cette intervention de Volodymyr Zelensky sur la scène cannoise a été ainsi un moment rare de télévision qui nous a rappelé qu’il entre du monde dans le cinéma et du cinéma dans le monde, toujours plus qu’on ne le croît », termine Jacques Mandelbaum du journal « Le Monde ».

Je serais presque tentée d’ajouter à ces jolies circonvolutions que pour la citoyenne que je suis, le « cinéma du monde » vaut aussi d’être considéré. Un cinéma cruellement réaliste mais également mis en scène ici. Car l’intervenant est effectivement Président mais joue aussi, depuis le début du conflit, une partition communicationnelle que ce pauvre (sic) Vladimir au visage inexpressif et soufflé, engoncé dans une rhétorique insupportable à nos oreilles occidentales, ne saurait « challenger ». Mais Vladimir s’en soucie-t-il ? Pour lui, comme pour son homologue chinois, les images n’ont de sens que si elles exaltent ou contraignent.

Les images, mêmes figées, ne sont pourtant jamais muettes.

Je ne sais quoi penser face à cette dichotomie singulière sinon que nous, européens, combattants par procuration et dépendants – énergétiques à l’est, militaires à l’ouest – n’y faisons, après un sursaut momentané et égotiste, qu’une figuration « utile » et exposée : le rôle de tous ces petits personnages, qui, du muet au parlant, n’ont fait que laisser une ombre sur les toiles.

Je ne sais quoi penser sinon que je me méfie des images, des impostures qui circulent sur les réseaux et que mes yeux naïfs ne savent pas déceler. Ne pas se laisser abuser demande une mémoire visuelle que je n’ai pas.

Je ne sais que penser sinon que les images accessibles de prisonniers russes ne sont pas légion (il y a sans doute des raisons de part et d’autre de les tenir « à l’écart »).

Je ne sais quoi penser sinon qu’à de nombreux égards l’homme est une sale bête que le climat réduira peut-être à quia.

En attendant, nous voilà pourvus d’une première ministre qui ne fera sans doute rien de significatif d’ici les législatives à part prendre son temps pour constituer un gouvernement (dévoilé peut-être ce soir ?) qui sera là pour distraire du « lourd » qui adviendra après reprise des travaux parlementaires.

La dame Borne est sérieuse et sans états d’âme. S’en souvenir. Le mot négociation ne fait pas partie de son vocabulaire Elle préfère celui de concertation, plus pratique, car il n’abîme pas la feuille de route. Et , randonneuse assumée, je la soupçonne, de préférer les itinéraires conseillés (en haut lieu il va sans dire) aux chemins de traverse.

Petit blagounette pour sourire quand même :

Question: si Valérie Pécresse était un dinosaure, à quelle espèce appartiendrait-elle ?

réponse : à celle des appellodons

En immersion

C’est ma première expérience du genre. Quand le guerrier sert d’écrin à la contemplation.

On peut difficilement imaginer plus laid. La base sous marine de Bacalan (un quartier bordelais) est l’une des cinq bases construites par les Allemands sur le littoral atlantique pour abriter des flottilles de sous-marins U-Boote pendant la Seconde Guerre mondiale. Construit entre 1941 et 1943, ce gigantesque bunker est organisé en onze alvéoles liées entre elles par une rue intérieure.

Aujourd’hui, une partie du bâtiment est accessible au public et comprend espace dédié à la création contemporaine et un centre d’art numérique dénommé le bassin des lumières.

C’est dans ce dernier que se tient en ce moment une exposition consacrée à Venise. Une fois habitué à la pénombre et au volume singulier des lieux, une fois évacuée leur sinistre destination initiale, on se laisse prendre par l’image. On s’y incruste presque. Minuscule figure baladeuse sur fond d’écran.

Cet après-midi là, les alvéoles s’ouvraient non sur la Garonne mais sur le Grand Canal. La laideur bétonnée s’effaçait presque sous les façades vénitiennes et l’eau était là, comme une passeuse entre les villes. Drôle d’évasion où l’artifice technologique phagocyte presque votre présence.

J’ai pris, presque à tâtons, quelques clichés qui valent ce qu’ils valent.

Un ami m’écrit que ces expositions immersives deviennent très tendance, un ultime avatar du mano a mano entre art et commerce. C’est bien possible, mais par les temps violents qui courent cette conjugaison physique temporaire a de quoi, sinon subjuguer, du moins donner à réfléchir. Au moins un peu.

Covidée !

Après deux ans et demi, si ce n’est plus, de jeu de cache cache, la bestiole fini par me rattraper.

Avertie sur mon téléphone, il y a une semaine, que j’avais croisé une « personne à risques » vraisemblablement deux jours auparavant, je me fais tester le jour même (test antigénique ). Bingo : test positif (si j’étais complotiste, le test étant de fabrication chinoise comme l’indique le résultat que j’ai reçu, je prétendrais que le virus était déjà dans le test )….

Je m’isole donc. Madame l’assurance maladie m’enjoignant de refaire un test cinq jours après le premier, je m’y colle (re même test antigénique). Résultat toujours positif et pourtant pas de symptôme – ni fièvre, ni toux, ni mal de tête, ni perte de goût ou d’odorat, ni problèmes respiratoires, pas d’éternuements récurrents. Rien jusqu’à hier (soit au bout de huit jours) où j’ai commencé à me sentir un peu fatiguée mais pas au point de rester sous la couette. J’ai même fait un peu de ménage ce matin.

Je suppose que je dois cette relative « asymptomatie », au fait d’être vaccinée 3 doses. Mais l’isolement est lourd. Heureusement, j’ai un balcon donnant sur un parc où je peux m’installer pour bouquiner et prendre l’air. Depuis ce matin, on le bichonne à la tondeuse et autres appareils, ce qui masque le bruit des oiseaux et rend le séjour « balconique » un peu pénible.

L’embêtant dans cette absence de symptôme net (la fatigue pourrait aussi bien résulter de mon allergie à tout ce qui est en suspension dans l’air en ce moment) c’est qu’au vrai, je ne sais pas trop, à l’heure qu’il est, quand je vais pouvoir considérer que je ne suis plus contaminante et pouvoir aller me balader et voir du monde.

Finalement j’ai pris rendez-vous pour me faire faire un test PCR, réputé plus fiable, dix jours après le premier (et donc après dix jours d’isolement). Je croise les doigts.

Je me suis longtemps demandé, surtout depuis l’apparition d’Omicron, comment on pouvait recenser autant de nouveaux cas par jour. Je mettais cela sur le compte d’un abaissement de la vigilance liée à la lassitude et une actualité mortifère. Et agonissais en silence les porteurs de masque sous le nez ou le menton.

Pour moi, je ne sais pas où j’ai « flanché » car ma vie sociale bordelaise n’a rien de frénétique. Certes, on a bien recensé quelques cas dans mon entourage mais il y a un bon mois. Alors ….que penser ?

Le jour de ma contamination probable correspondrait, selon l’alerte que j’ai reçue, à une sortie en ville pour quelques achats. Adepte du masque FFP2 bien ajusté dans les transports (où le masque est obligatoire), en milieu fermé (y compris dans les ascenseurs) et dès qu’il y a un peu de monde autour de moi, je ne comprends pas bien comment j’ai pu « me faire choper ». A moins que mon masque ait été « poreux ».

Tant que le mal en reste là, je dois me considérer comme chanceuse. Autre petit bénéfice, m’éviter, dans l’immédiat, une revaccination que je ne souhaitais pas.

Pour l’heure, je maudis la technique qui fait que de bons vieux râteaux « jardiniers » et silencieux aient été remplacés par de bruyants appareils « soufflants ». A bien y regarder d’ailleurs, le résultat final n’est pas terrible : il reste encore pas mal de feuilles au sol un peu partout. Cinq heures de pétarade (hé oui, le parc est grand), sans compter les motos tondeuses, comme dirait l’autre, ça commence à bien faire. D’autant que, cerise sur le gâteau, ma voisine du dessous fait faire des travaux chez elle.

Entre la (le) Covid et le bruit, je me demande ce qui me pèse le plus.

Il va falloir être patiente.

Dans tous les sens du terme.

Essai de goguette maso avant 2e tour sur la chanson « déshabillez-moi »

Culpabilisez -moi
Culpabilisez -moi
Oui, mais pas tout de suite
Pas trop vite

Sachez me convoiter
Me désirer
Sans m’insulter

Culpabilisez -moi
Culpabilisez -moi

Mais ne soyez pas comme
Tous ces gens

Trop sûrs d’eux

Et d’abord, les mots
Tout le temps du prélude
Ne doit pas être rude
Ni vaniteux

Racontez-moi directement

sans faux-semblants

Mais avec retenue
Pour que je m’habitue

Culpabilisez -moi
Culpabilisez -moi
Oui, mais sans hauteur
Sans être hâbleur

Sachez me raisonner

Me séduire

Sans m’abaisser

Culpabilisez -moi
Oh, culpabilisez -moi
Avec délicatesse
En souplesse
Et doigté

Choisissez bien les mots
Utilisez-les avec rigueur

Ni violents, sans heurts

Mais non,

Voilà, ça y est, je suis
Irritée , dégoutée

Par votre voix suave

Qui m’insupporte

Oh, dégagez

Prenez la porte
Maintenant,

tout de suite
Allez vite

Une porte

Dérobée, mais laquelle ?

Laquelle ?

Réfléchissez

Regardez-moi
Osez me regarder

Sans dégoût
Regardez

Me culpabiliser

La belle affaire !

Et vous,
Débrouillez-vous!