
Mes plus anciens souvenirs de voyage viennent de là. Certains réels, d’autres reconstruits au fil de photos noir et blanc prises par ma mère : le Danemark. Nos pérégrinations privilégiaient le Jutland. Copenhague fut une découverte plus tardive. Mais une impression demeura entre les deux : un quelque chose de paisible …et coloré. Les maisons, les cieux.

Ce matin là, j’ai donc quitté les environs agités de Paname pour une sorte de retour à mes petites sources voyageuses.
Petite curiosité : on ne m’a pas demandé de produire mon passe sanitaire en France. Aucun contrôle officiel ni à l’aller ni au retour à Roissy. A en croire mes compagnons de voyage, seuls les bistrotiers du terminal 2- F se pliaient à la consigne. La seule réelle formalité hexagonale a laquelle j’ai dû me soumettre est celle de remplir, au retour, un imprimé à rendre au personnel de la compagnie Air France. Je n’avais pas de stylo accessible, on m’en fournit un en me précisant qu’il n’était pas à rendre.
Arrivée à Copenhague, on me demanda seulement si j’étais vaccinée sans exiger de preuve. Seuls les contrôles lors de l’embarquement sur le bateau qui nous emmena de Copenhague à Oslo puis lors des formalités aéroportuaires à Stockholm furent plus stricts. Entre les deux, pratiquement rien ou plutôt rien de vraiment pesant à moins de considérer qu’enfiler des gants jetables pour vous servir au buffet du petit déjeuner dans un hôtel soit insupportable. Dehors, nos masques collés sur la tronche nous désignaient comme étrangers. On les abandonna d’ailleurs assez vite. Le plus dangereux n’était pas le Covid mais les vélos et trottinettes. Peu accoutumés aux circuits dédiés à ces modes de transport très usités, nous regardions souvent à contretemps.
Cette sorte de confiance sanitaire – il y avait des consignes mais pas de police – nous a un peu trop bercés sur un retour « à la normale ». Peut-être est-ce ce qui nous égare. Tant de mensonges et d’approximations chez nous depuis plus d’un an. Le sentiment de responsabilité envers la collectivité que l’on peut avoir s’évanouit lorsqu’on infantilise.

Le Vasa, qui devait être le fleuron de la flotte suédoise, sombra le jour de son voyage inaugural, au bout de quelques 1300 mètres de navigation : trop lourd, pas assez lesté. Les caprices constructeurs (il avança brutalement le calendrier de la réalisation du navire) et canonniers du Roi (plus de 64 canons, une première à l’époque) d’alors eurent raison du vaisseau. Mais personne ne fut désigné responsable de la catastrophe. Ainsi vont des jours qui ne changent guère.


Ces drakkars ou devrais-je plutôt dire karv, snekkja, dreki…knörr, bien plus légers, sillonnèrent le monde. D’un bateau à l’autre, la certitude démesurée d’un destin, liée aux dieux, s’était muée en vanité.
Il me semble qu’on en est toujours là. A regarder le Vasa, qui se refuse à tout adjectif, couler, magnifique, sabords ouverts.

Texte et photos Sylvie Lagabrielle tous droits réservés