L’écologie un poil à gratter

Après le loto du patrimoine au secours des vielles pierres, parrainé par le journaliste Stéphane Bern, le Gouvernement nous présente le loto de la biodiversité. Lancé le 23 octobre dernier, il s’agit d’un nouveau jeu de grattage développé par La Française des jeux (FDJ) en partenariat avec l’Office français de la Biodiversité.(OFB). Son objectif : récolter de l’argent pour financer vingt projets de renaturation sélectionnés par l’OFB. Parmi les plus symboliques : la sauvegarde des mangroves du Lamentin, la réhabilitation des populations de tortues d’Hermann dans le Var, le sauvetage de l’herbier de Posidonie ou encore le retour du plus grand rapace d’Europe, le gypaète barbu.

Comment cela fonctionne-t-il ? Le journal Reporterre détaille : « On gratte d’abord le lac de gauche (voir l’image ci-dessus). Si l’on découvre plus d’arbres que de bouteilles en plastique, c’est gagné. Puis on s’attaque au lac de droite. Il faut dévoiler trois fois le même montant pour remporter la mise (de 3 à 30 000 euros) ».

Les tickets sont vendus 3 euros, dans les points de vente habituels (en gros les bars-tabac). Sur ces 3 euros, seuls 43 centimes sont reversés au financement des projets, le reste se répartissant entre les détaillants, la Française des jeux, les taxes et les joueurs.

La faiblesse du montant destiné aux projets de renaturation et plus globalement ce système de Loto a fait réagir certaines associations environnementales, notamment France Nature Environnement (FNE). « Avec cette opération, la FDJ arrive donc à la fois à générer de nouvelles recettes et à se légitimer en faisant croire que ces jeux sont «utiles socialement». Ce type de jeu entretient la confusion entre les jeux d’argent et le financement d’actions d’intérêt général, comme l’avait déjà fait le Loto du Patrimoine institué en 2017 (dont seulement 12% des recettes ont été reversées à la Mission Patrimoine) ».

Par ailleurs « ce «jeu» fait à nouveau porter l’effort de financement sur les citoyens, dans un contexte de crise économique et de forte inflation (…) et trompe le consommateur qui aura tendance à penser que l’intégralité de sa mise est reversée au bénéfice de la cause défendue. »

Je ne suis pas sûre que l’aspect écolo rentre dans le logiciel du joueur patenté mais il pourrait séduire des joueurs occasionnels voire des non-joueurs un peu naïfs.

Où il se vérifie qu’en matière écologique le Gouvernement fait dans le gadget un peu pervers. L’écologie à gratter, tout un concept. Pour ce qui est d’initier une véritable politique de l’environnement, on attendra.

Sinon, au lieu de jouer, il peut être plus utile de faire des dons à des organisations moins mercantiles que la FDJ.