
Nous avons quitté l’île d’Olkhon pour la rive orientale du lac Baikal.

Il s’appelle Artiom, est âgé de 11 mois et vit avec ses parents et grands-parents dans une maison un peu de guingois aux couleurs bonbon. L’endroit est agréable et gai entouré d’un jardin assorti aux teintes de l’intérieur de la maison. La majeure partie du jardin est potagère. Je ne me souviens plus de tout ce qui est cultivé là, mais nombreux sont les russes dans les campagnes qui « plantent » : une manière d’être autonome sur le plan alimentaire et de compléter leurs revenus. Ce qui n’est pas consommé est vendu … pour améliorer le quotidien.


Le tourisme a peu à peu fait son entrée dans le village d’Oust-Bargouzine et les grands-parents d’Artiom ont vite compris son intérêt. La maison est grande, le gîte amical et la nourriture, grâce au potager, délicieuse. La saison touristique est courte 3-4 mois et la famille se retrouve pratiquement obligée pendant tout ce temps de vivre ailleurs. Je n’ai jamais su où ils dormaient, tous, exilés de leur chambre par la noria étrangère que nous sommes. Seules entorses : le petit bâtiment où se situe la cuisine « d’été », réinvestie après que nous fussions rassasiés et le « bania », sorte de sauna mis à notre disposition mais dont nul d’entre nous, sauf notre guide russe, n’a profité. (Petit apparté : ce dernier bâtiment n’est pas une spécialité sibérienne. Dans l’avion de Paris à Moscou, une voisine russe m’avait dit en avoir un dans le jardin de sa datcha, bien loin d’Oust-Bargouzine).
Le père d’Artiom travaille à la scierie du village. Son grand-père est camionneur et livre ce bois sur de longues distances. Sa mère a monté un petit salon d’esthéticienne dans la maison que sa grand-mère, qui s’occupe de nous, recommande aux voyageuses. Notre guide et une autre participante après s’être laissées masser et vernisser les ongles conviendront que la jeune Nadia travaille excellemment pour un prix qui devrait être plus élevé. Mais la jeune Nadia connait les moyens des femmes de son entourage, qui ne sont pas de passage.
Ainsi va la vie au sein de cette famille et ce village aux allures de Far-East traversé par des pistes où les chiens s’endorment au soleil.

Un peu plus tard, le placide Pavel, note chauffeur local, nous a fait visiter les lieux qu’il aime, parfois infestés de moustiques au calibre inconnu sous nos latitudes. Ainsi a-t-on pu voir la petite église du village, des traces d’ours sur le sable, des tours de guet dans la forêt, une toile d’araignée géante et des russes bronzant sur les plages du golfe Chivirkouysky dans une lumière bleue.




Pavel avait pris soin de transformer son UAZ en presque limousine : fauteuils, frigo, boissons, ceintures de sécurité et poignées indispensables pour se stabiliser. Mais malgré toutes ces prévenances, les suspensions sollicitées du véhicule, comme sur l’île d’Olkhon, et les pistes pleines d’ornières ont froissé quelques dos et fessiers.
Pour moi, j’ai égoïstement et silencieusement prié que le goudron n’atteigne jamais ces lieux.


Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.


















