Vagabondages

Birmanie

La Birmanie fut mon dernier voyage lointain avant que la Covid ne nous cloue à demeure. M. était notre jeune guide. Je ne sais pas dans quel quartier de Yangon (Rangoon) elle habite. Sur facebook elle livre son quotidien précaire, en birman malheureusement, que la médiocrité des traductions proposées par le réseau social ne permet que d’effleurer. Ainsi par exemple :

J’y apprends cependant incidemment l’existence de ce courant #WeNeedR2PInMyanmar (“Nous avons besoin de R2P en Birmanie”) qu’elle soutient. Une blogueuse sur Médiapart m’éclaire.

« Selon le quotidien singapourien The Straits times, “R2P”, fait référence à la “responsabilité de protéger”, “un principe adopté au lendemain du génocide de 1994 au Rwanda qui oblige la communauté internationale à intervenir si un État manque à protéger sa population contre des crimes de guerre ou un nettoyage ethnique”. Il peut s’agir, ajoute le journal, d’aide humanitaire, diplomatique, ou d’un recours à la force.

“Pour de nombreux manifestants birmans transportant les corps ensanglantés de leurs pairs à travers les rues, cela ne signifie qu’une chose : une intervention militaire.”

“Jusqu’à il y a deux jours, je ne voulais pas d’intervention militaire”, explique au journal une jeune femme ayant véhiculé dans sa voiture des manifestants pour les mettre à l’abri.

Mais, maintenant, la situation a changé. Le peuple birman attend impatiemment une intervention des Nations unies.”

En témoigne par exemple cet appel relayé par M.

En attendant les images donnent une idée de la violence que M. endure tous les jours.

Japon

Marché aux poissons de Tsukiji à Tokyo. C’était une curiosité à ne pas manquer.

Selon Madame Wikipédia, le marché pouvait être schématiquement présenté en trois secteurs distincts :

  • le premier était consacré spécifiquement au marché du thon ;
  • le second était le marché couvert, dédié aux poissons en tous genres, dont la vente était réservée aux professionnels ;
  • le troisième était la partie extérieure, consacrée aux condiments, aux accessoires et aux restaurants.

Lors de mon premier voyage en 2007, il était encore possible aux touristes d’assister à la criée mais cette possibilité fut retirée puis limitée à un certain contingent de personnes car leur présence perturbaient les enchères. A défaut de criée, on pouvait toujours zigzaguer entre les étals en se gardant des voitures motorisées déambulant dans ce dédale de petites échoppes familiales.

Transformation du site en base de transport principale pour les véhicules transportant les athlètes et le personnel participant aux jeux olympiques qui devaient se dérouler en 2020, présence de rats d’égouts en période de moindre activité du marché, il fut décidé de le transférer plus loin à Toyosu (3 kilomètres plus au sud). Un documentaire sur la chaîne Arte raconte ce déménagement qui s’effectua, après moult péripéties liées à des questions de sécurité, de coût, de manque de transparence financière et de carences dans l’information du public, entre le 6 et le 11 octobre 2018. On sent peu d’inclination des protagonistes pour ce nouveau lieu froid et plus éloigné de leur clientèle (restaurants principalement). Le documentaire se clôt sur la fermeture de petits commerces qui vivaient autour du marché (petits cafés, marchands de fripes estampillées tsukiji etc.., ) et sur un emménagement résigné dans des lieux où tous ne retrouvèrent pas leurs mètres carrés d’antan.

Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de revenir au pays du soleil levant, et, si oui, si j’aurais envie de revoir ce marché si particulier. Car pour moi, il demeure cela. On peut trouver bizarre d’avoir une affection pour un endroit clos, sombre et désuet mais j’aimais bien ce lieu si vivant qui ne semblait pas coupé du monde. A regarder ces clichés d’il y a 10 ans, à l’heure où la fermeture du marché était déjà programmée, je me demande à quoi ils pensent tous.

Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Fabricant de couteaux à proximité du marché Tsukiji

Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Birmanie : lac Inle

Cette partie finale du voyage est ma préférée. Plus « naturelle », encore que la mise en scène n’en soit pas complètement absente.

Lac Inle 21 novembre 2019

Ce genre de photo figure dans tous les guides et blogs de visiteurs. Cet homme pêchait-il vraiment ? Pour ma part j’en doute et je n’étais pas la seule. Le bruit de nos embarcations suffisait sûrement à éloigner les poissons.

La brièveté de notre séjour autour du lac (3 jours) ne m’a pas permis de savoir si les pêcheurs croisés un peu plus loin participaient au ballet ou non. Je m’en tire en me disant que pour avoir développé de telles aptitudes à l’équilibre, ils ont bien dû être de « vrais » pêcheurs un jour (ou pratiquent encore effectivement cette activité loin des regards en des recoins plus paisibles, les « têtes de gondole » touristiques n’étant peut-être pas reconduites d’un jour à l’autre). Et puis, pourquoi se priver de la beauté d’un mouvement ?

Les Inthas, qui se seraient installés autour du lac, selon mon guide Lonely Planet, aux alentours de 1359, manoeuvrent leur pirogue d’une manière singulière.

Debout sur la poupe de la pirogue, ils n’utilisent qu’une seule rame et la pilotent en s’aidant d’une seule jambe. 

Lac Inle 21 novembre 2019

Mais comment pêchent-ils ? Selon des visiteurs plus érudits que moi, actuellement selon deux modes modes différents (https://www.voyageway.com/art-de-la-peche-sur-le-lac-inle) : au filet ou à la nasse. Auparavant, la technique consistait en une sorte de cage qui était plongée dans l’eau mais celle-ci n’est plus utilisée qu’à des fins artistiques.

Lac Inle 21 novembre 2019

Plus mystérieux reste pour moi le ramassage de ces végétaux au risque de noyer la barque. Je suis définitivement citadine et ne comprends rien aux champs, une lacune grave si l’on considère l’avenir nutritif de la planète.


Lac Inle 21 novembre 2019

Mais revenons aux Inthas, peut-être est-ce ce mode fragile d’existence sur des esquifs, des maison sur pilotis, illustration de l’impermanence des choses chère aux boudhistes, en voie de « museification »pourtant pour cause de tourisme compulsif, qui m’a plu.

Lac Inle 21 novembre 2019

Je me demande ce qu’est la vie quand la chaleur et la moiteur éloignent le pérégrin. Parce que dans les couleurs je ne voyais que nous et dans une sorte de grisaille des barques vides attendant le chaland. Il faudrait pouvoir rester mais prendre et goûter le temps est devenue chose si rare…

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Birmanie : Pindaya et « Botulisme »

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Pindaya est un village situé dans la région du lac Inle, réputé dans toute la région notamment pour sa grotte aux 8 000 bouddhas.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Y ont été entreposées au fil des siècles des statues parmi lesquelles figurent des donations de toutes physionomies et origines géographiques. Pour la plupart recouvertes d’or, ces statues offrent aux pièces souterraines une luminosité presque irréelle. L’initié peut y suivre l’évolution des représentations du Bouddha de siècle en siècle, le néophyte s’y perd dans tous les sens du terme.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

L’endroit est, en effet, un véritable labyrinthe ponctué de petites grottes, d’étroits lacets.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Ainsi, au bout de ce qui s’avéra une impasse, suis-je tombée sur cette statue offerte par un certain Jean-Baptiste Botul.

Le seul que je connaisse – et auquel Bernard Henri Lévy, dans son livre « De la guerre en philosophie », donna involontairement (et au grand dam de son ego) une visibilité inattendue – est un philosophe fictif créé en 1995 par Frédéric Pagès, journaliste au Canard enchaîné. Le seul titre des productions de JBB (dont les « nègres » diffèrent) signent le canular. Entre autres (parce que je les ai lus) :

– « La Vie sexuelle d’Emmanuel Kant », ouvrage tendant à donner du relief à la vie de ce philosophe considérée comme absolument terne. Jean-Baptiste se serait penché sur le délicat problème de la chasteté supposée d’Emmanuel à l’occasion de conférences prononcées en mai 1946 au Paraguay dans le cadre de rencontres de néo-kantiens. Il y aurait exposé pour la première fois la thèse selon laquelle « les philosophes ont inventé un moyen extraordinaire de se reproduire : ils ne pénètrent pas, ils se retirent. Ce retrait porte un nom : la mélancolie » ;

– « Landru, précurseur du féminisme. Correspondance inédite entre Henri-Désiré Landru et Jean-Baptiste Botul » dans lequel Jean-Baptiste conduit Landru à se dévoiler… et où il appert (comme disent les juristes) qu’en définitive le monstre de Gambais voulait en réalité remédier à la triste condition des femmes…

Selon le site de son éditeur : 

« la vie de Jean-Baptiste Botul, philosophe de tradition orale, est encore mal connue. Seules certitudes : il est né en 1896 et mort en 1947. À part cela, on ne sait pas grand-chose sinon que ce grand esprit, originaire des Hautes Corbières (il pâtit beaucoup de son accent méridional) connut de très près Joséphine Baker, Lou Andreas-Salomé et Simone de Beauvoir. On signale sa présence en Argentine, à Clipperton, en Cilicie et au Paraguay dans des missions restées très secrètes« .

Alors, pourquoi pas la Birmanie en général et Pindaya en particulier ?

Si j’ai le temps j’en toucherai deux mots à son créateur. Qui sait si Jean-Baptiste n’a pas entretenu une correspondance avec le treizième et/ou le quatorzième Dalaï- Lama ou des échanges spirites avec Siddhartha Gautama : un ouvrage à découvrir que je laisse à d’autres le soin d’écrire.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Birmanie : c’est joli, c’est pas cher et c’est moi qui l’ai fait

Amarapura 13 novembre 2019

Cette petite ritournelle me reste en mémoire autant que les paysages, les lieux, les milles visages de Bouddha et ceux de ces moines de tous âges défilant silencieusement, en ligne, dans les rues d’Amarapura, leur repas entre leurs bras.

Il nous a cueillis à l’orée d’un petit chemin descendant sur un embarcadère où nous attendait un petit bateau destiné à nous amener sur l’autre rive du fleuve Irrawaddy pour visiter l’ancienne cité d’Ava (Inwa) : un essaim de jeunes filles/femmes trimbalant des sacs pleins de petits souvenirs.

– « Bonjour ! »

– « Bonjour ! »

– « Je m’appelle Aung (ou Cho ou Myat ou Epo …), et toi ? »

– « Sylvie. »

– « Et tu viens d’où ? »

– « France. »

Ne jamais répondre ou jeter ne serait-ce qu’un coup d’oeil furtif à la marchandise sinon vous êtes fait aux pattes.

– « C’est joli non ? », disaient-elles en montrant ce qu’elles avaient à vendre, « c’est pas cher et c’est moi qui l’ai fait. »

J’en doutais fort mais, ce jour-là, j’ai acheté à l’une d’elles, pour un prix extrêmement modique (3000 kyats soit environ 2 euros), trois petits bracelets, en vraies fausses pierres précieuses, que je trouvais mignons. Au retour de la visite d’Ava, elles étaient toujours là mais je ne fus pas entreprise et en ai conclu naïvement qu’il suffisait … de céder un peu.

Erreur.

Mingun 14 novembre 2019

Le lendemain était prévue la visite de Mingun, un site comportant notamment les fondations de ce qui aurait pu être l’un des stupas les plus grands du monde. Nous y arrivâmes après une petite heure d’excursion en bateau sur la rivière Ayeyarwaddy. Occupée à prendre des photos, je m’étais laissée distancée par le groupe. Une jeune femme, qui vendait accessoirement des petits chapeaux pour se protéger des rayons du soleil, m’indiqua gentiment la direction dans laquelle il était parti. En guise de remerciement, je lui ai pris un couvre-chef (qui me fut bien utile). Je pensais en être quitte. C’était sans compter sur sa voisine qui vendait des éventails.

Il faisait effectivement chaud. Mais je n’avais nulle intention de m’encombrer de cet objet : changer l’objectif de mon appareil photo en fonction des circonstances suffisait à occuper mes mains. J’ai donc décliné l’offre.

– « Regarde, c’est joli. Tu aimes les oiseaux ? »

– ….

– « 5000 kyat, c’est pas cher »

– ….

– « C’est moi qui l’ai fait ».

J’ai essayé plusieurs tactiques : le non-j’en-ai-pas-besoin plutôt amical, le non plus ferme, le non catégorique, le non mezza vocce puis forte, le cache-cache avec d’autres touristes, l’intérêt singulier pour certaines pierres.

Rien n’y a fait.

Quand elle ne pouvait pas me suivre, notamment lors de certaines visites, elle me disait « à tout à l’heure ». Et, de fait, à la sortie de tel temple, elle m’attendait, mes chaussures à la main.

Elle m’éventait en chemin (ce qui n’était pas désagréable), me montrait d’autres modèles. Le prix d’achat variait selon le degré d’exaspération qu’elle sentait en moi. Une véritable pro.

J’avais décidé de résister, je n’aime pas la vente forcée. Elle avait compris, de son côté, que, passé un seuil temporel, en bonne occidentale, je jetterais l’éponge. Ce que je fis : je lui en ai pris un, mais un seulement, pour un prix moyen (c’est à dire la moyenne de tous ceux qu’elle m’avait proposés). Une reddition assez ridicule finalement, à un quart d’heure de reprendre le bateau pour rentrer.

Par la suite je me suis verrouillée, marchant droit sans regarder ni répondre … sauf une fois.

Bagan 17 novembre 2019

C’était une jolie gamine à laquelle j’avais du mal à donner un âge. Une petite ado, disons, qui ne vendait ni objet, ni cartes postales, mais des dessins, sans faire l’article. Je les ai trouvés touchants et les lui ai achetés. Ils n’étaient vraiment pas cher et je me suis dit qu’elle devait sans doute en être l’auteur.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Retour Birman – prologue

Lac Inle 20 novembre 2019

Il a jeté un coup d’oeil rapide sur mon pied peu ragoûtant à regarder et le verdict est tombé mollement : erysipèle (infection de la peau). Deux consignes à un infirmier et puis il est parti. Bonjour distrait, attention assortie. On m’a fait un beau pansement, j’ai attendu encore une petite heure pour avoir les ordonnances et consignes à suivre. Reconvoquée trois jours plus tard aux mêmes urgences, le médecin en charge ce jour-là s’est demandé pourquoi on me faisait revenir. Entretemps je n’avais pas noté grande amélioration de l’état de mon pied mais, bonne fille, j’ai bien voulu consentir au fait qu’il fallait être patient (et doublement en ce cas) dans la vie.

Ainsi vont les jours dans un service d’urgence où l’on a cru suffisant d’affecter deux médecins (dont un pédiatre), une interne et deux infirmiers alors que les bobos et fièvres s’empilent dans l’entrée.

Mais au fait, comment ai-je ramassé ça ? Pas besoin de chercher bien loin …ou plutôt si, du côté de la Birmanie, d’où je reviens, où l’on ne peut entrer dans les temples et autres pagodes que pieds nus. Parfois, le coin à casier pour les chaussures n’est pas situé au plus près et nos plantes de pieds peu habituées font connaissance avec les chemins caillouteux. Une petite estafilade, des lingettes insuffisantes à restaurer la propreté de nos orteils qui macèrent jusqu’au soir dans les chaussures …et le (mauvais) tour est joué.

Pindaya 19 novembre 2019

Maussade et confinée chez moi, j’en profite pour regarder et trier mes clichés et je réalise alors l’importance de la population de Bouddhas que j’ai emmagasinée. Je suis loin d’avoir fini encore, mais j’éprouve comme un sentiment de trop plein, une forme de lassitude devant cette collection de visages au sourire énigmatique. De quel Bouddha s’agit-il ici ? du premier , second, troisième ou quatrième ? Car il y en a eu quatre là où je n’en avais jamais considéré qu’un seul qui, si j’ai bien compris notre guide, serait le quatrième.

Pindaya 19 novembre 2019

Je suis perdue dans les véhicules (grand et petit) comme au milieu des motos qui zigzaguent dans les rues. Mon manque de culture bouddhique hypothèque le plaisir du regard. J’ai alors scruté les mains comme je le fais quand je regarde les hommes et femmes commercer et travailler sur les marchés.

En route vers Pakokku 16 novembre 2019

En route vers Pakokku 16 novembre 2019

Il n’y a pas de doute, cependant, je suis plus sensible à la pâte humaine qui se déploie parfois en un singulier ballet, comme celui de ces pêcheurs sur le lac Inle.

Lac Inle 20 novembre 2019
Lac Inle 20 novembre 2019

à suivre…

Pindaya 19 novembre 2019

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés