

Oulan Oude, capitale de la République de Bouriatie. La sonorité m’évoquait une petite musique mongole. Erreur : la ville est de fondation cosaque. Construite au confluent des rivières Ouda et Sélenga, elle fut d’ abord un poste destiné au prélèvement de l’impôt sur les populations autochtones (le yassak, tribut plus particulièrement prélevé en nature, notamment des peaux), puis un ostrog (une forteresse) avant de rapidement prendre son envol comme centre d’échanges entre la Russie, la Chine et la Mongolie. D’abord nommée Oudinsk (du nom de la rivière Ouda), puis Verkhneoudinsk (ville en amont de l’Ouda), la ville n’est devenue Oulan Oude qu’en 1934, Oulan signifiant rouge en langue Bouriate (et ceci expliquant cela).
Nous y arrivons à la fin d’une journée de transfert un peu fastidieuse durant laquelle les quelques arrêts m’ont confortée dans l’idée que le chamanisme ici n’est jamais loin d’une église. Ou plutôt l’inverse : les églises se sont souvent implantées non loin de lieux chamanistes. Les premières revivent et ressortent de vieilles icônes miraculées de la traque soviétique, les seconds demeurent comme ils ont sans doute toujours été. A quelques pas de cette église ….


cet obo paisible.

Entre eux, une source chaude (56 degrés C paraît-il), une eau qui soigne à peu près tout semble-t-il, et les survivances encore fréquentées d’une base thermale soviétique.


C’est peut-être cette dérogation à une promiscuité à laquelle je m’étais habituée qui m’a un peu déroutée en entrant dans Oulan Oude. Vieilles isbas reconstruites, églises pimpantes et redorées ….


…, j’ai cherché son visage oriental jusqu’à cette place.

Lénine avait bien cette physionomie là mais à y regarder d’un peu plus près, l’amande des yeux est bien effilée et les pommettes un peu « surjouées ».
Qu’était Oudinsk avant Oudinsk ? Quelles relations les Bouriates entretenaient-ils avec leurs voisins Mongols et chinois ?
Le Musée d’histoire de la Bouriatie qui possède de riches tankas, manuscrits et un atlas de la médecine d’origine tibétaine dévoile une forte influence intellectuelle de ce pays pourtant lointain…
Ainsi s’est forgée une histoire singulière que Madame Wikipédia me résume ainsi :
Nés d’un brassage entre populations chamanistes indigènes et nomades mongols aux IXe et Xe siècles, les Bouriates développèrent une culture propre et une version teintée de chamanisme du bouddhisme tibétain. Soumis par Gengis Khan au XIIe siècle, ils demeurèrent inféodés aux Mongols pendant trois décennies.
Lorsque les Mongols, au sud et à l’est, se soumirent aux Mandchous, les Bouriates, au nord, mirent fin à leur alliance avec eux. Isolés face à la coalition des Mongols et des Mandchous, ils décidèrent de se placer sous la tutelle de l’empire russe. Les princes bouriates devinrent des officiers de l’armée tsariste et la cavalerie bouriate brisa les oppositions locales avec le soutien des troupes russes. Au XVIe siècle, à la suite de l’expansion de l’Empire russe vers l’est, le mode de vie traditionnel des Bouriates, qui étaient principalement des chasseurs nomades, pratiquant l’élevage et la pêche, se transforma peu à peu et à la fin du XVIIIe siècle, le nombre de colons russes dépassait déjà largement celui de la population bouriate. Ce déséquilibre démographique s’accentua avec la construction du transsibérien. Après 1917, l’industrialisation, la collectivisation des terres et l’organisation en kolkhozes et sovkhozes achevèrent la sédentarisation de la population. Les yourtes, habitat traditionnel des Bouriates, disparurent complètement dans les années 1930.
C’est un peu cette histoire que raconte la ville au profil calme et rectiligne où se logent aujourd’hui quelques formes architecturales « natives » sporadiques.

Celle d’une société tribale en partie oubliée. Il faut sortir d’Oulan Oude pour avoir une idée des origines, retrouver l’Asie. Quitter le périmètre augmenté du vieil ostrog pour le Datsan d’Ivolguinsk. Mais ceci est une autre étape.

Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.








