Russie : Oulan-Oude

Oulan Oude 22 juillet 2019
Oulan Oude 22 juillet 2019

Oulan Oude, capitale de la République de Bouriatie. La sonorité m’évoquait une petite musique mongole. Erreur : la ville est de fondation cosaque. Construite au confluent des rivières Ouda et Sélenga, elle fut d’ abord un poste destiné au prélèvement de l’impôt sur les populations autochtones (le yassak, tribut plus particulièrement prélevé en nature, notamment des peaux), puis un ostrog (une forteresse) avant de rapidement prendre son envol comme centre d’échanges entre la Russie, la Chine et la Mongolie. D’abord nommée Oudinsk (du nom de la rivière Ouda), puis Verkhneoudinsk (ville en amont de l’Ouda), la ville n’est devenue Oulan Oude qu’en 1934, Oulan signifiant rouge en langue Bouriate (et ceci expliquant cela).

Nous y arrivons à la fin d’une journée de transfert un peu fastidieuse durant laquelle les quelques arrêts m’ont confortée dans l’idée que le chamanisme ici n’est jamais loin d’une église. Ou plutôt l’inverse : les églises se sont souvent implantées non loin de lieux chamanistes. Les premières revivent et ressortent de vieilles icônes miraculées de la traque soviétique, les seconds demeurent comme ils ont sans doute toujours été. A quelques pas de cette église ….

En route vers Oulan Oude 22 juillet 2019
En route vers Oulan Oude 22 juillet 2019

cet obo paisible.

Sur la route d’Oulan Oude 22 juillet 2019

Entre eux, une source chaude (56 degrés C paraît-il), une eau qui soigne à peu près tout semble-t-il, et les survivances encore fréquentées d’une base thermale soviétique.

Sur la route d’Oulan Oude 22 juillet 2019
Sur la route d’Oulan Oude 22 juillet 2019

C’est peut-être cette dérogation à une promiscuité à laquelle je m’étais habituée qui m’a un peu déroutée en entrant dans Oulan Oude. Vieilles isbas reconstruites, églises pimpantes et redorées ….

Oulan Oude 22 juillet 2019
Oulan Oude 22 juillet 2019

…, j’ai cherché son visage oriental jusqu’à cette place.

Oulan Oude 22 juillet 2019

Lénine avait bien cette physionomie là mais à y regarder d’un peu plus près, l’amande des yeux est bien effilée et les pommettes un peu « surjouées ».

Qu’était Oudinsk avant Oudinsk ? Quelles relations les Bouriates entretenaient-ils avec leurs voisins Mongols et chinois ?

Le Musée d’histoire de la Bouriatie qui possède de riches tankas, manuscrits et un atlas de la médecine d’origine tibétaine dévoile une forte influence intellectuelle de ce pays pourtant lointain…

Ainsi s’est forgée une histoire singulière que Madame Wikipédia me résume ainsi :

Nés d’un brassage entre populations chamanistes indigènes et nomades mongols aux IXe et Xe siècles, les Bouriates développèrent une culture propre et une version teintée de chamanisme du bouddhisme tibétain. Soumis par Gengis Khan au XIIe siècle, ils demeurèrent inféodés aux Mongols pendant trois décennies.

Lorsque les Mongols, au sud et à l’est, se soumirent aux Mandchous, les Bouriates, au nord, mirent fin à leur alliance avec eux. Isolés face à la coalition des Mongols et des Mandchous, ils décidèrent de se placer sous la tutelle de l’empire russe. Les princes bouriates devinrent des officiers de l’armée tsariste et la cavalerie bouriate brisa les oppositions locales avec le soutien des troupes russes. Au XVIe siècle, à la suite de l’expansion de l’Empire russe vers l’est, le mode de vie traditionnel des Bouriates, qui étaient principalement des chasseurs nomades, pratiquant l’élevage et la pêche, se transforma peu à peu et à la fin du XVIIIe siècle, le nombre de colons russes dépassait déjà largement celui de la population bouriate. Ce déséquilibre démographique s’accentua avec la construction du transsibérien. Après 1917, l’industrialisation, la collectivisation des terres et l’organisation en kolkhozes et sovkhozes  achevèrent la sédentarisation de la population. Les yourtes, habitat traditionnel des Bouriates, disparurent complètement dans les années 1930.

C’est un peu cette histoire que raconte la ville au profil calme et rectiligne où se logent aujourd’hui quelques formes architecturales « natives » sporadiques.

Oulan Oude 22 juillet 2019

Celle d’une société tribale en partie oubliée. Il faut sortir d’Oulan Oude pour avoir une idée des origines, retrouver l’Asie. Quitter le périmètre augmenté du vieil ostrog pour le Datsan d’Ivolguinsk. Mais ceci est une autre étape.

Oulan Oude 22 juillet 2019

Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

Taltsy

Taltsy 16 juillet 2019

Ouvert en 1980, Taltsy est à la fois un musée ethnographique des peuples de Sibérie orientale et un musée de l’architecture traditionnelle en bois de la CisBaïkalie. Son nom vient de celui d’un ancien village qui fut inondé lors de la construction d’un barrage sur la rivière Angara. C’est l’un des plus grands musée à ciel ouvert de Russie.

Ainsi avons-nous commencé notre périple en culture sibérienne par une sorte de condensé : Huttes (Tchoum,) Evenks (l’un des peuples les plus anciennement installés en Sibérie), yourtes en bois bouriates, ostrog (forteresse cosaque) avec ses tours de guet, chapelle en bois, école paroissiale, isbas, grange communale, moulins à eau… Partis d’ une époque indéterminée (tchoums) nous enjambons le temps, déboulant au XIX ème siècle (les moulins, l’école …) après avoir traversé le XVII ème (la forteresse, la chapelle).

Pour ce que j’ai compris, certains édifices ont été déplacés et remontés, d’autres construits à l’identique. Peu importe : le glissement se fait en pente douce du paganisme évenk au milieu des forêts à l’orthodoxie russe en terrain dégagé.

Taltsy 16 juillet 2019, Dieu Evenk
Taltsy 16 juillet 2019 tombe Evenk
Taltsy 16 juillet 2019 , Ostrog d’Ilimsk, XVIIème siècle
Taltsy 16 juillet 2019 Notre Dame de Kazan
Taltsy 16 juillet 2019 , grange, XIX ème siècle

Taltsy 16 juillet 2019, école, XIXème siècle
Taltsy 16 juillet 2019, Isbas, XIX ème siècle
Taltsy 16 juillet 2019, Isba, XIX ème siècle

Tout aurait été parfait sans l’irruption du XXI ème siècle chinois : une noria de cars bondés (il faut dire, la Chine n’est pas si loin à vol d’avion) déversant des groupes compacts et fébriles semble-t-il plus spécifiquement intéressés par la partie russe (ostrog, école, isbas …).

Mais les voyages minutés laissent leur revanche aux flâneurs. Comme celle-ci (en espérant que ça marche) : profiter paisiblement de chants russes sans être ballotté, bousculé, compressé et assailli de bras téléescopiques de smartphones.

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Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés