Japon et les objets du voyage

Je n’ai pas résisté. J’ai racheté l’un de ces carnets en accordéon, plus joliment nommés leporellos, que l’on peut faire signer dans les temples moyennant 300 yens (tarif inchangé depuis 5 ans, c’est à dire depuis mon précédent carnet).

Pourquoi ? Parce que cette calligraphie m’incite à toutes sortes de voyages. Parce que regarder la page se remplir peu à peu est aussi un plaisir. Cette écriture qui s’accomplit dans le souffle est un chant. J’aime cette densité, cette souplesse, cette précision et cette légèreté dans le trait.

Je repense à Fabienne Verdier dont j’admire tant la peinture. Je repense à Nicolas Bouvier dont écriture ne me quitte jamais. Je repense à Bashô … Un jour j’irai sur l’île de Shikoku … un jour j’apprendrai à tenir un pinceau…

Ce petit carnet m’emmène au-delà des routes.

Les objets du voyage ont une force que les photographies n’ont pas (en tous cas les miennes). Je n’en garde guère pour moi, préférant les distribuer à l’humeur à tel ou telle. C’est là que le véritable partage se fait : au toucher.

Dans une petite fiole soigneusement étiquetée, Eliott m’offre une pincée de son aventure. Elle me dit la couleur et la composition du sable, la solitude, la soif et la faim, et peut-être cette ivresse que l’on peut ressentir lorsqu’on est au-delà de la fatigue.

Elle me dit aussi l’importance des marges des cahiers, des trous dans la raquette, en somme de l’espace, de l’évasion et peut-être de l’invention soi.

Eliott

Je suis une voyageuse confortable et toute aventure de ce calibre est au-delà de moi.

Mais j’imagine.

Etre en éveil et démuni, ouvert comme un gosse bouffeur d’atlas et avancer sans munitions, libre de tout préjugé, c’est peut-être cela  partir. Disparaître et se présenter au monde comme une feuille blanche : il me semble que c’était son idée. Se laver de soi, en sachant que la route vous prend toujours ce que vous avez essayé, malgré tout, de garder en douce.

J’ai lu la faim, la soif, la peur parfois mais aussi une joie à tracer son chemin dans ce désert vert puis blond, et, à la faveur de rencontres nomades, dans ces langues inconnues.

Le voici rentré.

Les retours sont le temps de l’écriture et d’une certaine souffrance. Il ne s’agit plus d’éveil  mais de  réminiscence.  La page s’est remplie et a laissé des traces. Donner à sentir est plus dur que donner à voir. Et les mots sont lents à venir parce qu’on veut être juste et laisser ouverte la porte du voyage aux rêveurs et autres aventuriers.

Donner à sentir sans peser. Donner de la vie à ce re-vivre.

Une autre aventure, plus tactile mais tout aussi physique, l’attend. Je ne connais qu’une seule compagne sur ces sentiers là : la musique. Celle qui a rythmé les jours, celle dont le corps se souvient. Celle qui viendra.

 

Pour le suivre : https://www.facebook.com/eliottschonfeldaventurier