
Je n’ai pas résisté. J’ai racheté l’un de ces carnets en accordéon, plus joliment nommés leporellos, que l’on peut faire signer dans les temples moyennant 300 yens (tarif inchangé depuis 5 ans, c’est à dire depuis mon précédent carnet).
Pourquoi ? Parce que cette calligraphie m’incite à toutes sortes de voyages. Parce que regarder la page se remplir peu à peu est aussi un plaisir. Cette écriture qui s’accomplit dans le souffle est un chant. J’aime cette densité, cette souplesse, cette précision et cette légèreté dans le trait.

Je repense à Fabienne Verdier dont j’admire tant la peinture. Je repense à Nicolas Bouvier dont écriture ne me quitte jamais. Je repense à Bashô … Un jour j’irai sur l’île de Shikoku … un jour j’apprendrai à tenir un pinceau…
Ce petit carnet m’emmène au-delà des routes.
Les objets du voyage ont une force que les photographies n’ont pas (en tous cas les miennes). Je n’en garde guère pour moi, préférant les distribuer à l’humeur à tel ou telle. C’est là que le véritable partage se fait : au toucher.
Dans une petite fiole soigneusement étiquetée, Eliott m’offre une pincée de son aventure. Elle me dit la couleur et la composition du sable, la solitude, la soif et la faim, et peut-être cette ivresse que l’on peut ressentir lorsqu’on est au-delà de la fatigue.
Elle me dit aussi l’importance des marges des cahiers, des trous dans la raquette, en somme de l’espace, de l’évasion et peut-être de l’invention soi.
Je suis une voyageuse confortable et toute aventure de ce calibre est au-delà de moi.