
Sur les hauteurs arides et tourmentées de Montserrat, des rochers hiératiques veillent sur l’Abbaye construite en leur giron.

En contrebas la vallée s’écoule paisible.

Le jour, Montserrat grouille de touristes. La nuit, la pierre retourne à la pierre. Pris entre ces univers, l’un volubile et l’autre contemplatif, l’un minéral et l’autre spirituel, on peine à se situer. Cet espace délivré, vertigineux, est presque enivrant. Le regard se raccroche, alors, à l’horizon tandis qu’un vent soudain vous emporte. Ce sentiment de légèreté dans la masse n’est pas le moindre paradoxe de l’endroit et on subodore par anticipation que cette sensation d’apesanteur, un peu exaltée, presque toute puissante, ne fut pas étrangère à la pensée architecturale de Gaudi.

Le génie des lieux est-il celui qui les hante ou celui qui les trouve ? Il y a sans doute dans le choix des emplacements des monastères, églises et autres abbayes, des mystères et des lois qui nous échappent. Mais parfois le résultat est là, non pas une naissance à la foi, mais une envie de s’envoler jusqu’à effleurer les racines du ciel.
Texte et Photos S.Lagabrielle : tous droits réservés