Intermède indien

Inde- Tamil-Nadu- rues de Madurai- octobre 2012Tandis que le rickshaw nous ballotte,  Ana s’impatiente.  « Les villes ne sont pas que cette pauvreté, ces cars bondés et presque hors d’âge. Où sont les riches ? » se demande -t-elle. Car il y en a, elle le sent  ! Toutes ces publicités qui désignent un autre monde n’ont pas pour seul but de faire rêver la foule déversée dans ces rues poussiéreuses.

D’ailleurs, qui a ici le temps de les regarder ?

Ana voudrait en avoir le cœur net. Il y a sûrement des êtres pour lesquels le jour n’est pas un jour à gagner à sa sueur mais un jour oisif où l’on ira faire des emplettes dans des boutiques ordonnées se disputant l’espace d’avenues larges et goudronnées. Brésilienne, Ana sait cette conjonction de ville haute et basse, très haute et très basse.

Elle voudrait mettre un visage sur la fortune indienne.  La richesse, c’est aussi la vie, me dit – elle.

Inde- Tamil-nadu-Madurai, petite entreprise de tissage-octobre 2012Pour l’heure, on traversera les artères de la ville dans des vapeurs de fleurs et d’essence avant d’arpenter, le quartier des artisans : une enfilade de petites rues aux façades colorées où les relents d’égouts se mêlent aux odeurs d’épices.

Inde- Tamil-Nadu -Madurai, dinandier -octobre 2012Inde-Tamil Nadu - Madurai, marché aux bambous -octobre 2012

 

 

 

 

Inde- Tamil-Nadu- rues de Madurai- octobre 2012

Fileurs, tisserands, dinandiers, tailleurs de bambous se succèdent. On travaille à même le sol, dans des hangars nus et sombres. On prend l’air de la rue avec les plus petits. Des hommes dorment sur les trottoirs, indifférents au bruit des enfants qui s’amusent.Inde- Tamil-Nadu- rues de Madurai- octobre 2012

 

 

 

Un jour, Ana est partie seule pour Chennai (Madras).

Les a – t – elle rencontrés ces quartiers chics aux maisons cossues ?

Je ne l’ai jamais su. Je ne le lui ai pas demandé, il est vrai.

Inde- Tamil-nadu-Madurai, petite entreprise de tissage-octobre 2012

 

Texte et Photos S.Lagabrielle : tous droits réservés

Inde : Tamil – Nadu, Sourouli

 C’est un lieu de pèlerinage à l’écart des chemins touristiques. Les gens s’y rendent en famille, mangent sous les arbres, se purifient dans l’eau d’une petite rivière, offrent aux divinités au minimum leur vêtements (qu’ils troquent pour des habits neufs), parfois leur chevelure. 

Nous sommes les seuls occidentaux et notre curiosité attise la leur. On se prête à notre indiscrétion photographique en souriant.

 

Tamil Nadu, Sourouli

Il n’y a pas de jugement dans les regards, juste, parfois, une fugitive appréhension.

 

 

 

 

C’est simple comme le jour qui va, si ce n’est, peut-être, le léger cabotinage de certains Saddhus.

Un peu plus loin  sur la route, une plantation de bananiers.  Accroupie au milieu des nattes qu’elle est en train de tresser, cette jeune fille relève soudain la tête et nous sourit.

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Un moment de pure grâce.

 

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Pondichéry

Ses rues noyées  de pluie. Une petite  artère sépare, la ville indienne de l’ancienne ville coloniale où des  fastes perdus se lisent encore dans la pierre grêlée. Ici le bruit et la vie, là le silence  et le souvenir.

Pondichery - octobre 2012

 

La frontière est mince, et pourtant palpable.

 

 

 

 

 

Plus loin, la mer et les rêves  qui y traînent, échoués sur l’asphalte. Le temps est versatile et chacun cherche son rayon de soleil.  Drôle d’endroit qui m’est  familier et étranger. Vagues réminiscences de cours d’histoire sans doute.

 

Pondichery -octobre 2012

 

Textes et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Kathakali, Kérala, Inde

Silence, pénombre. Le geste est précis, la concentration palpable, presque détendue pourtant, et nos souffles suspendus. Peu à peu, le visage disparait sous le maquillage épais.

 

 

Cela tient de la danse, du mime et du langage des signes : un chœur et des percussions se chargent de la narration ,  le sentiment, lui, se niche dans une gestuelle aérienne et subtile, une mobilité expressive impensable.

 

C’est à la fois lent et animé, surjoué et léger,  gracieux, puissant, tragique et presque clownesque. On ne badine pas avec le Mahâbhârata, et pourtant le sourire affleure.

 

 

 

 

Les costumes chatoyants intriguent avec ces paniers qui nous parlent d’autres temps.

 

 

 

Ces spectacles qui peuvent durer des heures, des jours, des nuits, exigent un engagement physique qui a sans doute participé à en faire une affaire d’hommes.

Mais certaines, paraît-il, s’y mettent …et revendiquent.

Ce soir-là, après une brève initiation technique, on nous parla  d’Arjuna,  habile archer dont la déesse Shiva détruira l’orgueil. Dans le noir, ignorants, nous effleurâmes surtout la beauté  délicate d’une certaine féminité masculine.

 

 

 

(Photos prises à l’occasion d’une représentation au Kerala Kathakali center de la ville de Cochin. S.Lagabrielle. tous droits réservés)