Tandis que le rickshaw nous ballotte, Ana s’impatiente. « Les villes ne sont pas que cette pauvreté, ces cars bondés et presque hors d’âge. Où sont les riches ? » se demande -t-elle. Car il y en a, elle le sent ! Toutes ces publicités qui désignent un autre monde n’ont pas pour seul but de faire rêver la foule déversée dans ces rues poussiéreuses.
D’ailleurs, qui a ici le temps de les regarder ?
Ana voudrait en avoir le cœur net. Il y a sûrement des êtres pour lesquels le jour n’est pas un jour à gagner à sa sueur mais un jour oisif où l’on ira faire des emplettes dans des boutiques ordonnées se disputant l’espace d’avenues larges et goudronnées. Brésilienne, Ana sait cette conjonction de ville haute et basse, très haute et très basse.
Elle voudrait mettre un visage sur la fortune indienne. La richesse, c’est aussi la vie, me dit – elle.
Pour l’heure, on traversera les artères de la ville dans des vapeurs de fleurs et d’essence avant d’arpenter, le quartier des artisans : une enfilade de petites rues aux façades colorées où les relents d’égouts se mêlent aux odeurs d’épices.
Fileurs, tisserands, dinandiers, tailleurs de bambous se succèdent. On travaille à même le sol, dans des hangars nus et sombres. On prend l’air de la rue avec les plus petits. Des hommes dorment sur les trottoirs, indifférents au bruit des enfants qui s’amusent.
Un jour, Ana est partie seule pour Chennai (Madras).
Les a – t – elle rencontrés ces quartiers chics aux maisons cossues ?
Je ne l’ai jamais su. Je ne le lui ai pas demandé, il est vrai.
Texte et Photos S.Lagabrielle : tous droits réservés
















