Russie : épilogue

La brochure nous faisait un peu miroiter le mythique transsibérien au lieu de quoi nous eûmes cela, une sorte de Corail russe amorti et vétuste :

Oulan-Oude 24 juillet 2019

Sans doute aurais-je gagné à mieux la lire (la brochure) puisqu’elle disait : « Le retour à Irkoutsk (depuis Oulan-Oude) se fait par la ligne mythique du transsibérien (voyage de jour pour profiter des paysages).

De déjeuner dans le wagon-restaurant, promis lui aussi, nous n’aurons pas non plus. En d’autres occasions j’aurais apprécié la lenteur du train mais elle me parut fastidieuse et les paysages plus ternes que ceux que nous avions croisé jusque-là. Sans doute cette partie du voyage s’est elle colorée de ma déception.

Sur le parcours transsibérien 24 juillet 2019
Sur le parcours transsibérien 24 juillet 2019
Arrivée à Irkoutsk 24 juillet 2019

Le dernier jour nous plongea dans le XIX ème siècle, période où la ville sibérienne se mua en ville européenne, notamment sous l’impulsion d’intellectuels hostiles à l’autocratie de l’époque parmi lesquels les Décembristes (ou décabristes). Ce vocable désigne (pour faire court) un groupe d’aristocrates francophiles, séduits par les idées des philosophes des lumières, qui tentèrent le 14 décembre 1825, jour prévu pour la prestation de serment du nouveau Tsar Nicolas 1er, de soulever la garnison de Saint-Pétersbourg afin d’imposer des réformes, en particulier, l’établissement d’une Constitution et l’abolition du servage. Le complot échoua et la répression fut impitoyable. Cinq des chefs de la conjuration furent pendus et 121 conjurés condamnés à l’exil en 1826 parmi eux : Serguei Troubetskoï et Serguei Volkonski. Ayant purgé leur peine de travaux forcés, les exilés furent autorisés à s’installer à Irkoutsk. Entretemps les femmes de certains d’entre eux les avaient rejoints. Ce fut le cas pour les deux Serguei.

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison Volkonski

Construite en 1839, dans un village nommé Urik à l’extérieur de la ville, la maison de Volkonski a été déplacée à Irkoutsk en 1846. Y avaient lieu autrefois des bals, des concerts, des soirées théâtrales, musicales et littéraires où venait toute la haute société de la ville.  Elle abrite aujourd’hui le musée des décembristes et c’est toute cette saga que racontent les murs, les vitrines, les portraits, les vêtements, les meubles et les objets réunis là mais aussi autre chose de plus intime, une fêlure diffuse, dont je ne saisis pas tout de suite la teneur. Le petit dictionnaire du Baikal m’éclaire. Selon Nicolas Bielogovy, médecin et publiciste, ami entre autres de Tourgeniev, « Le vieux Volkonski passait à Irkoutsk pour un grand original. Arrivé en Sibérie, il avait radicalement rompu avec son passé de brillant représentant de la noblesse, s’était transformé en homme affairé et pratique et avait pris des habitudes de vie simple (…). L’été il passait des journées entières à travailler dans les champs et l’hiver, son passe-temps était d’aller au marché où il comptait beaucoup d’amis parmi les paysans de la périphérie de la ville et de discuter avec eux de leurs besoins ».

La culture était-elle devenue l’apanage exclusif de Madame Volkonskaia?

Irkoutsk 25 juillet 2019 Maison Volkonski

Cette virée dans l’Irkoutsk du XIX ème nous conduit ensuite chez M. Vladimir Soukachev, ancien maire de la ville, grand collectionneur et mécène. Durant son mandat furent construits le bâtiment du théâtre du Jeune spectateur, le pont sur l’Angara, la polyclinique, l’hôpital pour les enfants. Aux frais de Soukatchev furent édifiées l’école pour les enfants sourds-muets et l’école pour les filles pauvres.

Voilà pour la politique.

Dans les années 1870, Vladimir commence à collectionner des tableaux, des dessins, des sculptures. La galerie de peinture Soukatchev (comme on l’a appelée) est devenue avec le temps une des curiosités de la région. Son propriétaire en a fait don à la ville. C’est ainsi qu’ a été créé le Musée des Beaux-Arts d’Irkoutsk qui abrite aujourd’hui nombre d’oeuvres d’art russe mais aussi des tableaux de peintres ouest-européens (Monet, Pissaro notamment).

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison Soukachev

Nous croiserons un peu plus tard cette maison en bois, parfois appelée la maison en dentelle avant de replonger dans ce siècle – ci via le marché central de la ville.

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison en dentelles

J’aime ces lieux, leurs étals, leurs odeurs, les discussions qui s’y déroulent comme le lierre sur son arbre et surtout les visages. Des visages que j’essaie de croquer sur le vif, en loucedé, de manière un peu misérable en jouant avec l’écran de mon appareil photo … sans tromper personne.

Irkoutsk 25 juillet 2019 marché central
Irkoutsk 25 juillet 2019 marché central

Cette dame a eu la gentillesse de faire semblant de ne pas remarquer mon manège. Je lui ai acheté pour sa peine un « sirop » dont une amie m’a traduit la notice mais que je n’ai pas encore essayé. C’est un nectar « à large spectre »si l’on peut dire puisqu’il est bon pour tout. S’il ne me rend pas malade il prolongera mes souvenirs.

Ainsi se clôt pour de bon le récit de mes tribulations sibériennes.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Angara

Irkoutsk 15 juillet 2019

Géographiquement parlant (source Madame Wikipedia), l’Angara est la seule rivière issue du lac Baïkal alors que celui-ci reçoit 336 cours d’eau. Après avoir quitté le lac au niveau de Listvianka, l’Angara s’écoule vers le nord en arrosant les villes d’Irkoutsk et de Bratsk, puis s’oriente vers l’ouest après avoir reçu les eaux de l’Ilim, et se jette dans l’Ienisseï à hauteur de Strelka. Sa longueur est de 1 779 km.

Angara, c’est aussi une légende que nous raconte notre guide Anna, pour qui, comme pour beaucoup d’Irkoutiens, la rivière (mais j’ai du mal à me contenter de ce mot-là vu ses dimensions et son débit) est un être à part entière.

« Au temps jadis, le puissant Baïkal était bon et joyeux. Il avait une fille Angara, d’une grande beauté, qu’il aimait fort. Tout le monde l’admirait et la respectait, jusqu’aux oiseaux de passage qui n’osaient effleurer ses eaux. Vint le moment où l’on songea à marier la jeune fille. Le vieux Baïkal lui présenta un jeune prince nommé Irkout qui laissa Angara indifférente. Celle-ci avait, en effet, déjà croisé le noble Iénisseï et en était tombée éperdument amoureuse.

Une nuit, alors que son père dormait, Angara a pris toutes ses eaux et s’est mise à courir à perdre haleine vers son bien-aimé. A son réveil, Baïkal, pris de fureur en découvrant la fuite de sa fille, a saisi un rocher et l’a lancé dans sa direction.

La roche est tombée juste sur la gorge d’Angara qui s’est mise à implorer son père, à lui demander pardon et à le prier de lui donner au moins une goutte d’eau. Baïkal lui a répondu qu’il ne pouvait lui donner que ses larmes…

Depuis lors, l’Angara jette ses eaux-larmes dans l’Iénisseï. On a nommé la roche jetée par Baïkal à la poursuite de sa fille, la pierre de Chaman. Les peuples alentours ont longtemps cru que Baïkal abritait tous les esprits – bons aussi bien que mauvais. Sur cette pierre de Chaman, ils faisaient de riches sacrifices au lac de peur qu’il ne se mette en colère ».

Ce matin – là, sur la route nous menant à la petite ville de Listvianka, à peine défroissés du voyage de la veille, nous peinons à raccrocher la légende à la réalité. La sauvage Angara n’est plus tout à fait ce qu’elle était : des barrages ont dompté ses eaux pour le confort électrique des hommes, et le rocher, dans la brume, n’émerge qu’à peine. A vrai dire, n’importe quelle pierre aurait pu faire l’affaire.

Sur la route vers Listvianka 16 juillet 2019

Ne la cherchez pas, elle est quelque part derrière les herbes.

L’Angara c’est aussi, de manière plus anecdotique, l’un des deux brises-glace commandés par la Russie à l’Angleterre à la fin des années 1890. Epargné par les conflits, il fut utilisé pour le transport de fret et de passagers jusqu’en 1962. Amarré depuis 1990 un peu à l’écart du centre ville d’Irkoutsk, c’est aujourd’hui un musée qui participe à la mélancolie que m’a inspiré la ville.

Irkoutsk 16 juillet 2019

Via ces tours de mémoire que nous joue notre cerveau, ce bateau esseulé m’évoqué un documentaire, « Odessa, Odessa », à propos duquel, une amie, aujourd’hui disparue, me disait qu’on ne comprend pas les russes si on ne saisit pas ce qu’est leur nostalgie, quelque chose qui ne se résume pas d’ailleurs à ce mot là.

Ce sentiment un peu flottant m’a accompagné toute la journée malgré le soleil sur Listvianka. Du moins, il me semble que c’est ce que ces quelques images disent.

Listvianka 16 juillet 2019
Listvianka 16 juillet 2019

Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

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Irkoutsk 15 juillet 2019

« Less is more » m’avait dit cette photographe professionnelle, mais le numérique allié au sentiment que l’on ne reverra peut-être (sans doute) jamais ce que l’on a sous les yeux, n’incite pas à l’économie. De mon premier jour sibérien, je retiens cette image prise dans un état semi-comateux lié à la longueur du voyage. A croire que, vieilles réminiscences de lecture de Michel Strogoff, je ne voulais voir que cela, ces isbas, habitées, désertées, qui s’enfoncent parfois dans le sol et donnent une impression de grande solitude.

Irkoutsk 15 juillet 2019
Irkoutsk 15 juillet 2019

Pourtant la ville s’est bien développée sur les deux rives de l’Angara et, au soir, de massives constructions, qui vont des grises Kroutchevkas soviétiques à des immeubles d’un modernisme un peu tape à l’oeil et dont la construction n’est pas toujours plus soignée, nous font face.

Irkoutsk 16 juillet 2019

Face à cet amas de clichés, les mots ont du mal à émerger et ce qui me vient tient plus de l’inventaire à la Prévert ou plutôt de je me souviens à la Perec que du récit à la Bouvier. Alors, en attendant que tout cela décante …

Je me souviens du marché aux poissons de Listvianka :

Listvianka 16 juillet 2019

…de mes premières impressions du lac Baikal du haut du Mont Chybété …

Lac Baikal du haut du Mont Chybété 17 juillet 2019

…et des méandres « algués » (??) de l’Anga

…de ces lieux chamanistes où l’on prie et honore les dieux avec des pièces, des mégots et des sucreries, offrandes qui m’ont fait penser à Maximon, saint païen guatémaltèque …

Khoujir, île d’Olkhon 18 juillet 2019
Khoujir, île d’Olkhon 18 juillet 2019

…des couleurs du village de Khoujir après l’orage

Khoujir, île d’Olkhon 18 juillet 2019

…de la petite église du village reconstruite en 2007

Khoujir, île d’Olkhon 19 juillet 2019

…du jardin un peu kitsch de nos hôtes à Oust-Bargouzine …

Oust-Bargouzine 20 juillet 2019

… et de ces autres visages du Baikal à proximité où je me suis fait dévorer par les moustiques en prenant cette photo…

Oust-Bargouzine , parc national Zabalkalsky 20 juillet 2019

… de bouquets d’oiseaux dans les arbres dans le golfe de Chivirkouysky

Golfe de Chivirkouysky 21 juillet 2019
Golfe de Chivirkouysky 21 juillet 2019

…de ce petit gamin à Oulan-Oudé qui se faisait peur en donnant du pain aux pigeons

Oulan-Oudé 22 juillet 2019

…de cette femme dans un village de « vieux-croyants » nous accueillant sur le seuil de sa maison avec un pain et du sel

…et de ses deux tantes choristes parfois approximatives qui nous ont bien divertis en organisant un faux mariage traditionnel (avec tractations à la clé) entre deux d’entre nous :

…du marché couvert d’Irkoutsk, petit condensé de visages sibériens

Irkoutsk 25 juillet 2019
Irkoutsk 25 juillet 2019
Irkoutsk 25 juillet 2019
Irkoutsk 25 juillet 2019

Sur ces visages là mon voyage s’est clos. Reste à remonter ses souvenirs de manière moins lapidaire …

à suivre donc.

Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Vacances

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Au bout d’une semaine mouvementée me voilà en vacances. Et pour longtemps. Pour la première fois depuis que je travaille, je vais prendre 4 semaines pleines d’affilée. Jusqu’ici je prenais juste un petit acompte en juillet et m’accordais une pause plus substantielle hors périodes de vacances scolaires. Mais notre service des ressources humaines – ce côté ressource n’est qu’une des faces de notre condition salariale, l’autre étant de constituer une charge – notre service des ressources humaines, donc, nous oblige depuis cette année de caser 4 semaines de congés entre juin et fin septembre …. ce qui ne cadre pas du tout, mais alors, du tout avec notre charge de travail estivale. Il a fallu caler bien plus tôt les détails de certaines tâches et le mois d’août est complètement sinistré : nous serons au mieux 6 sur 22. Quand on sait que les textes vicelards en matière sociale surgissent souvent pendant cette période… (je me souviens de certain décret Baladurien allongeant la durée d’activité pour prétendre à une retraite à plein taux sorti à la mi…aou)

Enfin, carpe diem.

Mais je suis une vieille grincheuse. J’aime m’installer dans mon statut vacancier. Surtout quand le voyage s’annonce lointain et c’est le cas : direction Irkoutsk et le lac Baïkal pour 2 semaines pour commencer.

Points forts du voyage résume la fiche technique :

• Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale
• Découverte en bateau du lac Baïkal depuis Listvianka
• L’île d’Olkhon : Koujir et le rocher du Chamane
• Oulan-Oudé, capitale de la Bouriatie et visite du datsan d’Ivolguinsk

Après quelques inquiétudes sur le maintien du voyage, liées à l’annonce de graves inondations dans la région, j’ai appris que le sinistre se situait à 400 kms de mes lieux de vadrouille collective. Nous, européens, n’avons aucune idée de l’espace.

Voilà des lieux qui devraient favoriser un intense désintérêt pour les basses affaires courantes chez nous. L’inconscience alliée au cynisme chez certains de nos représentants et gouvernants m’étonnera toujours…

Quand je serai de retour, l’amateur de homard et de grand crus Rugy, du temps où il était à l’hôtel de Lassay, ne sera peut-être plus à son poste. Les journalistes sont méchants. qui distillent leurs informations au compte-goutte. Un vrai supplice. Chaque jour devient un peu plus lourd et pesant car le moins que l’on puisse dire est que notre ministre épinglé ne semble pas bénéficier du même paratonnerre que M. Benalla (au fait que devient-il ? Toujours en tractations africaines ?).

Pas fâchée de partir donc, pour oublier tout ça et ce qui risque de nous tomber sur le nez en août (je parle des textes qu’on tente de faire passer en loucedé). Mais comme d’ habitude demain je n’aurai plus envie de bouger – la perspective d’un voyage long avec escale … ce que je crains toujours dès lors que l’avion de départ prend du retard….

Une vieille grinche, vous dis-je.

PS : je ne sais pas trop quel seront mes possibilités informatiques aussi ce blog prend quelques quartiers …d’été.