Promenade pragoise

p1130922Elle nous attend dans le hall de l’hôtel. Bonnet et gants de laine assortis. Il est vrai qu’il fait un peu froid. Au menu, une visite de la vieille ville à partir de la maison municipale et de la tour poudrière, à un jet de pierre. Ruelles, passages, places de marchés, palais baroques, rien que je ne conaisse déjà et pourtant tout me semble neuf. Peut-être à cause des anecdotes, par exemple sur cette salle au sous sol d’un hôtel, autrefois connue de happy few qui s’y retrouvaient pour des rencontres galantes et clandestines, aujourd’hui foulée par des hordes de touristes qui n’en goûteront jamais les plaisirs sulfureux. Peut-être à cause de la déambulation elle-même, des choix d’allers et retours pour nous faire sentir la singularité du quartier grandi de manière anarchique, contrairement à la ville « nouvelle » aux lignes rigoureuses dès son origine (1348). Peut-être à cause de la musique de son français, roulant et chaloupé.

Devant la maison à la vierge noire, elle nous conte le cubisme tchèque du début du siècle dernier, si radical que ses angles finirent par griffer un peu l’âme de ses compatriotes. Lui succéda assez rapidement (et ephémèrement) le rondo-cubisme que seul un esprit assoupli par l’Histoire était en mesure d’inventer. C’est son avis du moins.

Elle nous parle aussi politique. De la politique, dangereuse à ses yeux, parce que trop pro-russe et pro-chinoise, du Président Zeman. De sa colère à voir ce dernier se prosterner devant les autorités de Pekin, s’aplatir au point de refuser de décorer un résistant de la 2ème guerre mondiale, émigré depuis au canada, ayant le défaut d’être l’oncle du ministre de la culture, lequel avait menacé de recevoir officiellement le Dalaï Lama (je lui ai dit que nous n’étions  guère plus vaillants en France : « cela n’excuse pas » a-t-elle ajouté).

« Il y a une manifestation prévue ce soir sur la place de la vieille ville où trône la statue de Jan Hus (théologien, universitaire et réformateur religieux né entre 1369 et 1373 et mort supplicié en 1415 à Constance). Nous irons tous, je veux dire, toute ma famille ».

Curieuse, je me suis rendue sur cette place plus tard. Trop tard. Il bruinait, les bannières étaient rangées, les discours mourraient sur l’asphalte, balayés par les services de la voirie. La manifestion avait-elle seulement eu lieu ? La télévision, en diffféré, me prouva que oui. Mais ce soir-là, ne restaient autour de la place que des mendiants, face contre les pavés et bras tendus tenant une sébille souvent vide.

Lorsque je lui en ai reparlé le surlendemain, elle m’a dit : « C’était beau. C’était l’intelligence et la tendresse sur la place ».

De cela, mais quoi de surprenant, les images n’avaient pas rendu  compte.

p1130910

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

Prague

 

 

La ville, dans cette lumière mûre et dorée de l’automne, est telle que je l’avais quittée.

 

 

 

 

 

 

On s’y retrouve toujours dans l’ombre de l’église de Tyn et de Jan Hus tandis que les touristes patientent, le regard accroché à l’horloge de l’hôtel de ville,

 

 

 

et que des calèches désuètes tournent autour de la place Namesti.

 

 

 

 

Le pont Charles, la vieille ville, Malà Strana, la rue Nerudova et ces jardins en contrebas du château  d’où l’on embrasse, d’un coup d’oeil, la ville offerte,  j’ai refait mes gammes piétonnes. Je ne sais combien de temps je suis restée, presque en suspension, à goûter les bruits et les chuchotements autour de moi.

Sept heures du soir. La ville était rousse, comme la lune. Ainsi commença mon voyage :   avec ces retrouvailles légères et douces.Photos : S. Lagabrielle. Tous droits réservés