Son visage fin et grave nous avait tous attirés. Il s’est laissé prendre en gardant cette densité indifférente à notre fébrilité photographique.
Texte et photo S. Lagabrielle
Ce blog n’est pas prémédité. Je ne planifie rien. Parfois les horizons me fatiguent, alors j’écris au plus près : sur des personnes qui m’ont marquée, sur du présent, du banal, et, quand ils me viennent, sur des imaginaires …qui n’en sont pas tout à fait, car on ne se défait jamais complètement de soi. Tout cela manque peut- être un peu d’unité, n’est pas d’airain. Cela zigzague, hésite, revient, repart. C’est comme ça. Le plus délicat est la distance car, si je ne rechigne pas à partager des émotions, l’intime reste une autre chose dont je n’ai pas envie de parler ici. Alors baladez-vous sur ce flou, si l’écriture vous en dit !
Le kéralais est paisible, souriant et acquiesce en dodelinant de la tête. Peut-être entre-t-il, parfois, une part d’ironie, de protestation, dans ce geste. Peut -être, en regardant de plus près, pourrait-on y déceler quelques points de suspension. Peut-être encore,
quand les voix grondent, entre-t-il aussi une pointe de jésuitisme dans ce oui : ce qu’il pense vraiment reste celé derrière son sourire, dans
le fond de sa pupille. Il faudrait pouvoir sonder les yeux. Ou être expert en dodelinement. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. Surtout en quinze jours. Alors, on s’en tient à ce balancement gracieux et habile que nos nuques raides ne savent pas reproduire, à cette expression minimale qui, chez nous, aurait des airs de refus.
Le dodelinement est peut- être au kéralais ce que le sourire est au chat du cheshire : ce qui subsiste quand tout le reste est effacé.
Texte et photo S. Lagabrielle. Tous droits réservés
Fort Cochin au soir.
Dans la brume, la masse des grues du port s’évanouit et laisse place aux carrelets chinois dont la dentelle fine se détache dans le couchant.
Au milieu des klaxons s’élève la voix du muezzin. Car tout convole ici : religion et communisme, religions entre elles. La création de l’Etat d’Israël a vidé la synagogue du quartier de Mattancherry qui reste ouverte pour les quelques irréductibles demeurés là et leurs coreligionnaires de passage.
L’ironie de l’histoire veut que ce quartier juif soit aujourd’hui celui de commerçants cachemiris de religion musulmane…
ce qui ne pose pas de
problème, pas plus que le voisinage de Shiva et Vishnou avec la croix du Christ, le croissant, la faucille et le marteau.
Ainsi les choses se tissent-elles ici … avec un fil de soie.
Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés
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Kettuvallams : ils servaient autrefois à transporter les marchandises le long des canaux des backwaters. Menacés d’oubli, ils ressuscitent aujourd’hui, lustrés, peignés d’un certain luxe, baladant à fleur de rives une curiosité, des émotions venues d’ailleurs et l’inconstance des voyageurs.
Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

Presque un terrain vague parsemé de linge. Coincés dans de petites alcoves en béton, des hommes claquent le linge contre la pierre, le frottent, le rincent et l’essorent.
Dans un bâtiment un peu plus loin d’autres le repassent avec une délicatesse étonnante à l’aide de fers antédiluviens, lourds comme des enclumes.
Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés
Varkala est un petit village touristique côtier qui s’étire sur une crête surplombant l’océan indien.
En bas, des plages de sable presque noir, en haut, un ruban de petits restaurants et
d’échoppes où l’on est invité à rentrer, jeter un œil, gentiment, sans insistance.
Sur la route couleur brique, des barques « à sec » abritent des pêcheurs ravaudant leurs filets.
Malgré la ronde des corbeaux, un sentiment paisible domine …
la chaleur moite, qui rend parfois les mouvements lourds, y est, peut-être, pour quelque chose.
Les sourires aussi.
Texte et Photos S. Lagabrielle : tous droits réservés
Silence, pénombre. Le geste est précis, la concentration palpable, presque détendue pourtant, et nos souffles suspendus. Peu à peu, le visage disparait sous le maquillage épais.
Cela tient de la danse, du mime et du langage des signes : un chœur et des percussions se chargent de la narration , le sentiment, lui, se niche dans une gestuelle aérienne et subtile, une mobilité expressive impensable.
C’est à la fois lent et animé, surjoué et léger, gracieux, puissant, tragique et presque clownesque. On ne badine pas avec le Mahâbhârata, et pourtant le sourire affleure.
Les costumes chatoyants intriguent avec ces paniers qui nous parlent d’autres temps.
Ces spectacles qui peuvent durer des heures, des jours, des nuits, exigent un engagement physique qui a sans doute participé à en faire une affaire d’hommes.
Mais certaines, paraît-il, s’y mettent …et revendiquent.
Ce soir-là, après une brève initiation technique, on nous parla d’Arjuna, habile archer dont la déesse Shiva détruira l’orgueil. Dans le noir, ignorants, nous effleurâmes surtout la beauté délicate d’une certaine féminité masculine.
(Photos prises à l’occasion d’une représentation au Kerala Kathakali center de la ville de Cochin. S.Lagabrielle. tous droits réservés)