
« Less is more » m’avait dit cette photographe professionnelle, mais le numérique allié au sentiment que l’on ne reverra peut-être (sans doute) jamais ce que l’on a sous les yeux, n’incite pas à l’économie. De mon premier jour sibérien, je retiens cette image prise dans un état semi-comateux lié à la longueur du voyage. A croire que, vieilles réminiscences de lecture de Michel Strogoff, je ne voulais voir que cela, ces isbas, habitées, désertées, qui s’enfoncent parfois dans le sol et donnent une impression de grande solitude.


Pourtant la ville s’est bien développée sur les deux rives de l’Angara et, au soir, de massives constructions, qui vont des grises Kroutchevkas soviétiques à des immeubles d’un modernisme un peu tape à l’oeil et dont la construction n’est pas toujours plus soignée, nous font face.

Face à cet amas de clichés, les mots ont du mal à émerger et ce qui me vient tient plus de l’inventaire à la Prévert ou plutôt de je me souviens à la Perec que du récit à la Bouvier. Alors, en attendant que tout cela décante …
Je me souviens du marché aux poissons de Listvianka :

…de mes premières impressions du lac Baikal du haut du Mont Chybété …

…et des méandres « algués » (??) de l’Anga

…de ces lieux chamanistes où l’on prie et honore les dieux avec des pièces, des mégots et des sucreries, offrandes qui m’ont fait penser à Maximon, saint païen guatémaltèque …


…des couleurs du village de Khoujir après l’orage

…de la petite église du village reconstruite en 2007

…du jardin un peu kitsch de nos hôtes à Oust-Bargouzine …

… et de ces autres visages du Baikal à proximité où je me suis fait dévorer par les moustiques en prenant cette photo…

… de bouquets d’oiseaux dans les arbres dans le golfe de Chivirkouysky


…de ce petit gamin à Oulan-Oudé qui se faisait peur en donnant du pain aux pigeons

…de cette femme dans un village de « vieux-croyants » nous accueillant sur le seuil de sa maison avec un pain et du sel

…et de ses deux tantes choristes parfois approximatives qui nous ont bien divertis en organisant un faux mariage traditionnel (avec tractations à la clé) entre deux d’entre nous :

…du marché couvert d’Irkoutsk, petit condensé de visages sibériens




Sur ces visages là mon voyage s’est clos. Reste à remonter ses souvenirs de manière moins lapidaire …
à suivre donc.
Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés
