Montserrat

 

Sur les hauteurs arides et tourmentées de Montserrat, des rochers hiératiques veillent sur l’Abbaye construite en leur giron.

 

En contrebas la vallée s’écoule paisible.

Le jour, Montserrat grouille de touristes. La nuit, la pierre retourne à la pierre.  Pris entre ces univers, l’un volubile et l’autre contemplatif, l’un minéral et l’autre spirituel, on peine à se situer. Cet espace délivré, vertigineux, est presque enivrant. Le regard se raccroche, alors, à l’horizon tandis qu’un vent soudain vous emporte. Ce sentiment de légèreté dans la masse n’est pas le moindre paradoxe de l’endroit et on subodore par anticipation que cette sensation d’apesanteur, un peu exaltée, presque toute puissante, ne fut pas étrangère à la pensée architecturale de Gaudi.

Le génie des lieux est-il celui qui les hante ou celui qui les trouve ? Il y a sans doute dans le choix des emplacements des monastères, églises et autres abbayes, des mystères et des lois qui nous échappent. Mais parfois le résultat est là, non pas une naissance à la foi, mais une envie de s’envoler jusqu’à effleurer les racines du ciel.

Texte et Photos S.Lagabrielle : tous droits réservés

Pérou, Arequipa : couvent de Santa Catalina

 

 

 

Silencio : le mot détonne sur ce mur éclatant dont la couleur crie la vie. Le couvent de Santa Catalina a moins l’air d’un lieu de prière que d’une petite ville retranchée.

Passé le cloître des novices d’un bleu intense, les édifices s’ordonnent autour de ruelles dont les noms  diffusent  une nostalgie toute espagnole : Cordoba, Toledo, Burgos.  Recluses les religieuses de Santa Catalina ?

 

 

 

 

Pas complètement. Certes, sortir était exclu, mais les plus fortunées d’entre elles disposaient de servantes et d’un appartement précieux et coquet où il leur fut  possible  de faire venir un peu de ce monde qui leur était, en principe, refusé.

 

 

 

 

 

Le dedans finissant par ressembler au dehors, ce mince lien social, propice aux rumeurs, prit fin vers la fin du XIX ème siècle avec le pape Pie IX qui chargea la sœur Josefa Cadena  de restaurer une discipline stricte.

 

 

Aujourd’hui les sœurs vivent ailleurs et la discrétion souhaitée n’est pas toujours observée par les visiteurs. Curieux endroit où le soliloque des fontaines évoque des froissements d’étoffes, des bruissements de pas et des chuchotements furtifs tandis que la pierre, malgré les ans et  les tremblements de terre, dense, bleue, orange, blanche, rouge, sacrificielle et festive, semble, elle aussi, continuer d’ignorer la consigne : silence.

 

 

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.