Pérou : Paracas

 

 

Les publicités sont à la route de Paracas ce que le vent est à la pluie. Cela ne veut rien dire, bien sûr, mais c’est ce qui me vient en observant ces  « réclames »  qui défilent : boissons, électronique, télé, produits de beauté, programmes  immobiliers  (Bienvenue à la Planta San José)… je me demande qui peut  vraiment, ici, s’offrir cela. Ces images, copiées d’ailleurs, qui font face à des slogans politiques laborieusement peints sur des murs  éphémères, donnent à sentir une société écartelée entre représentation et réalité.

Le village de Paracas n’a rien de bien notable, hormis des enfilades de restaurants où l’on peut  déguster son premier ceviche (poisson cru mariné dans du jus de citron) : un photographe ayant annexé quelques pélicans  monnaie ses clichés, on chante à la terrasse des cafés pour quelques sols,  on vend ici et là, cartes postales, lunettes, foulards, sacs et chapeaux griffés « Paracas ».

La presqu’île proche est une mer  terrestre et  lunaire où le sel affleure sous un sable aux couleurs changeantes et mordorées dans le couchant.

 

 

 

 

On se prend à envier l’altière liberté des oiseaux, hormis la condition de ce petit-là,  qui ne cessera de fuir devant l’écume

 

 

 

Le soir se perd dans le sillage des voitures et l’œil suit le jour qui s’enfuit.

 

Sentiment de vide et de plein : c’est ce qui me reste de l’horizon de ce jour là.

 

Ballestas, le lendemain,  me donnera le sens du plein.

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Teasing péruvien

Pérou : côte pacifique

 

Je n’avais pas imaginé cela : un désert à la fois sablonneux et minéral, troué d’oasis fugitives, saupoudré de hangars d’élevage de poulets en batterie,  presque à ciel ouvert,  certains abandonnés,  et de cultures enchevêtrées : coton, canne à sucre, vergers, vigne,  pour ce que j’ai retenu.

 

En bord de mer, des villages désertés  en ce mois de mai, hiver approchant oblige.  Derrière les vitres embuées du bus, ces alternances vertes, blanches, ocre  et rosées se dévident.

 

 

Le long de la route poussent des colonies dont la viabilité m’échappe.  Qu’attendre de cette sécheresse et de ce vent ?  Hormis le tourisme et la relative proximité des villes, je ne distingue pas la raison de cette « invasion »- selon le terme de  Virgilio, notre guide- de cette installation sauvage et progressive (une cabane en feuille de palmier, puis un abri en bois, puis en dur, une ébauche de village, enfin, sans eau  courante ni électricité …) si ce n’est une misère plus grande ailleurs. Avec  l’opiniâtreté viendront , peut- être, ces commodités qui nous paraissent si naturelles et qui sont ici de l’ordre du luxe.  Pour l’heure, il s’agit de marquer son territoire. Le marquer malgré la bourrasque venue de l’horizon.

 

 

 

 

Recroquevillés dans leurs tombes à peine protégées par de dérisoires  abris en bois, des morts d’un autre âge semblent  se gausser de cet univers à la fois désolé et vivant.

 

 

 

( à suivre)

Photos et texte S. Lagabrielle : tous droits réservés