La Belgique est l’avenir de la France

Charline-Vanhoenacker-L-autoderision-est-un-concept-etranger-aux-FrancaisAimant les matins calmes et silencieux, je ne profite pas de ses billets en direct mais en différé et en rafale sur dailymotion. Cela tient de l’addiction :  je m’offre de bonnes tranches à intervalles réguliers, histoire de faire tomber tous ces copeaux de spleen qui se sont accumulés sur le col de ma chemise.

Elle a le regard acéré et la langue caustique, ou l’inverse, ou les deux dans tous les sens. Elle s’appelle Charline Vanhoenacker. La première fois que j’ai entendu parler d’elle, c’était sur « arrêts sur images ». Correspondante pour le journal belge Le Soir, elle suivait alors la campagne de F. Hollande.

Ce qu’elle pouvait écrire sur ladite campagne et tous nos précieux ridicules embedded dans le grand marathon présidentiel était assez joyeux à lire. C’est ici (aller dans les archives 2012) :

http://blog.lesoir.be/parisbysoir/

De quoi remiser définitivement ces vieilles blagues sinistres et éculées faisant des belges des créatures bas du front. Moins prolixes que nous ils avaient déjà le carreau plus affuté. Tenez, cette devinette : « comment faire une bonne affaire ?

Achetez un français au prix qu’il vaut et revendez – le au prix où il s’estime ».

Tout cela pour dire que l’on a tout à apprendre d’un pays qui a su se passer de  Gouvernement pendant (en jours cumulés) presque 18 mois.

La dérision ou plutôt un optimisme stratégique, pour reprendre la formule de Jean-Claude Guillebaud, une façon de refuser de se laisser glisser sur les pentes d’un pessimisme facile, seraient-ils le nerf du belge ? Je ne suis pas restée assez longtemps en Belgique pour répondre à ça. Mais, quand j’aurai le temps, j’irai voir.

Mais revenons à Charline. Au fond, je crève d’envie. Moi qui livre, péniblement, un petit billet par semaine, j’envie sa quotidienne. Ses angles. Cette façon un peu cruelle mais pas méchante de nous regarder …

Allez-y entendre. C’est inégal (mais comment ne l’être pas?) et, notre vanité dût-elle en souffrir, la politique française avec l’accent belge ….c’est drôlement instructif.

Jours d’après

Il nous faut changer d’imaginaire politique, écrit Christian Salmon sur Médiapart. Mais quel imaginaire ? Si le défi du terrorisme est de l’ordre de la narration, quelle « meilleure histoire » opposer à ceux qui partent et reviennent du moyen-orient ou à ceux qui, sans quitter notre sol, face à leur écran, se sentent, peu à peu, « appelés » par la saga daeshienne ?

A s’en tenir aux participations aux scrutins électoraux, en particulier européens, on réalise à quel point le politique, ici, n’a plus grand chose à raconter au citoyen.

Notre Président aime le mot pacte qu’il assaisonne à toutes les sauces en oubliant qu’il a manqué dès les premiers mois de sa présidence au premier d’entre eux : sa parole.

Il est alors facile de considérer qu’il n’y a rien à attendre d’une parole devenue simplement verbale, du discours pour discourir, de la posture pour « posturer », de la com’ pour occuper le chaland.

Quand le récit politique se construit largement de manière endogamique (mêmes études, mêmes cercles, même porosité intellectuelle), il ne s’agit plus de changer d’imaginaire mais d’en reconstruire un.  Le politique se vend comme la lessive. Se souvenir du moment Ségolène : « et si c’était-elle ? » titrait le nouvel obs. Où avait-il été la pêcher ? On l’a eu mais ce ne fut pas elle. Depuis, ces « constructions journalistiques » , dont la citoyenne basique que je suis ne sait d’où elles partent, sont devenues une sorte de must, reprises de manière moutonnière par « lémédias », à quelques exceptions près. Obsolète le Valls. Voici le Macron. Jeune, actif, détergent, surtout sur la législation sociale.

Bien joli, me direz-vous, mais quel récit ? Je n’en sais rien, engoncée, moi aussi, dans ce brouet là. Je lis ici et là, des articles d’ici et d’ailleurs, comme certains se goinfrent, pour essayer, sans y parvenir pour l’instant, de réaliser quelque chose d’articulé.

Je repense à Germaine Tillion qui semblait toujours savoir où se tenir, à Pierre Mendès-France, dont la voix précise me disait que je n’étais pas une voix à conquérir mais à entendre. Je me dis que je suis bien française à vouloir trouver la personne ou la geste providentielle. Et que ce que j’écris là est sans doute assez vain.

Le vain courage de la colère quand on ne sait pas quoi faire. Mais quand on sent que les réponses qui se profilent ne sont pas les bonnes.

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernements (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt, soit aux tentations de l’arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis … La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. » P. Mendès- France.

Démarrer par ça ?