J’aime ces moments en suspension qui gîtent au gré des humeurs. Lorsque les pauses dans les conversations sont des respirations pendant lesquelles, tels des musiciens en équilibre sur un point d’orgue, on prend le temps de se retrouver avant d’entrer ensemble dans le mouvement suivant. Le grave y côtoie le léger, la gaité l’émotion. Pas d’enjeu, sinon celui d’être simplement soi et de laisser venir.
Le lieu de rendez-vous que j’avais proposé à cette amie ne me disait plus rien : trop petit. Dans un espace corseté, la parole se comprime, s’agace du voisinage et la rencontre n’a pas lieu. J’avais besoin d’espace, elle, de temps. Alors, faire ce petit voyage « sur ses terres » m’allait bien.
Je suis partie en emportant quelques documents à lire dans le métro parce que le travail ne desserre jamais complètement ses crocs. Arrivée sur place, dans cet endroit à la fois familier et étranger, il me fut aisé, pourtant, d’abandonner sur un tabouret ces encombrants laborieux.
Une terrasse aérée et les mots dérivent sur les évènements qui passent – des visages familiers, un homme qui s’effondre, se relève à l’aide de quelques bras et reprend sa route en balançant de manière inquiétante – les temps partagés, les bonheurs simples qui allègent les jours en griffant les soucis. Les souvenirs rebondissent, se répondent et s’entrelacent. On grignote, puisqu’on est aussi venues pour cela. On se quitte un peu plus tard. La parenthèse se replie sur sa tige, comme une fleur. Tout est bien.
Je n’ai pas repris le métro tout de suite car c’était revenir brutalement au monde. J’ai flâné au gré de l’ombre, chiche ce jour-là, flâné … pour goûter jusqu’à leur extinction les dernières vibrations de ces deux heures d’évasion amicale.
Texte et photos : S. Lagabrielle. Tous droits réservés.






