Russie : épilogue

La brochure nous faisait un peu miroiter le mythique transsibérien au lieu de quoi nous eûmes cela, une sorte de Corail russe amorti et vétuste :

Oulan-Oude 24 juillet 2019

Sans doute aurais-je gagné à mieux la lire (la brochure) puisqu’elle disait : « Le retour à Irkoutsk (depuis Oulan-Oude) se fait par la ligne mythique du transsibérien (voyage de jour pour profiter des paysages).

De déjeuner dans le wagon-restaurant, promis lui aussi, nous n’aurons pas non plus. En d’autres occasions j’aurais apprécié la lenteur du train mais elle me parut fastidieuse et les paysages plus ternes que ceux que nous avions croisé jusque-là. Sans doute cette partie du voyage s’est elle colorée de ma déception.

Sur le parcours transsibérien 24 juillet 2019
Sur le parcours transsibérien 24 juillet 2019
Arrivée à Irkoutsk 24 juillet 2019

Le dernier jour nous plongea dans le XIX ème siècle, période où la ville sibérienne se mua en ville européenne, notamment sous l’impulsion d’intellectuels hostiles à l’autocratie de l’époque parmi lesquels les Décembristes (ou décabristes). Ce vocable désigne (pour faire court) un groupe d’aristocrates francophiles, séduits par les idées des philosophes des lumières, qui tentèrent le 14 décembre 1825, jour prévu pour la prestation de serment du nouveau Tsar Nicolas 1er, de soulever la garnison de Saint-Pétersbourg afin d’imposer des réformes, en particulier, l’établissement d’une Constitution et l’abolition du servage. Le complot échoua et la répression fut impitoyable. Cinq des chefs de la conjuration furent pendus et 121 conjurés condamnés à l’exil en 1826 parmi eux : Serguei Troubetskoï et Serguei Volkonski. Ayant purgé leur peine de travaux forcés, les exilés furent autorisés à s’installer à Irkoutsk. Entretemps les femmes de certains d’entre eux les avaient rejoints. Ce fut le cas pour les deux Serguei.

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison Volkonski

Construite en 1839, dans un village nommé Urik à l’extérieur de la ville, la maison de Volkonski a été déplacée à Irkoutsk en 1846. Y avaient lieu autrefois des bals, des concerts, des soirées théâtrales, musicales et littéraires où venait toute la haute société de la ville.  Elle abrite aujourd’hui le musée des décembristes et c’est toute cette saga que racontent les murs, les vitrines, les portraits, les vêtements, les meubles et les objets réunis là mais aussi autre chose de plus intime, une fêlure diffuse, dont je ne saisis pas tout de suite la teneur. Le petit dictionnaire du Baikal m’éclaire. Selon Nicolas Bielogovy, médecin et publiciste, ami entre autres de Tourgeniev, « Le vieux Volkonski passait à Irkoutsk pour un grand original. Arrivé en Sibérie, il avait radicalement rompu avec son passé de brillant représentant de la noblesse, s’était transformé en homme affairé et pratique et avait pris des habitudes de vie simple (…). L’été il passait des journées entières à travailler dans les champs et l’hiver, son passe-temps était d’aller au marché où il comptait beaucoup d’amis parmi les paysans de la périphérie de la ville et de discuter avec eux de leurs besoins ».

La culture était-elle devenue l’apanage exclusif de Madame Volkonskaia?

Irkoutsk 25 juillet 2019 Maison Volkonski

Cette virée dans l’Irkoutsk du XIX ème nous conduit ensuite chez M. Vladimir Soukachev, ancien maire de la ville, grand collectionneur et mécène. Durant son mandat furent construits le bâtiment du théâtre du Jeune spectateur, le pont sur l’Angara, la polyclinique, l’hôpital pour les enfants. Aux frais de Soukatchev furent édifiées l’école pour les enfants sourds-muets et l’école pour les filles pauvres.

Voilà pour la politique.

Dans les années 1870, Vladimir commence à collectionner des tableaux, des dessins, des sculptures. La galerie de peinture Soukatchev (comme on l’a appelée) est devenue avec le temps une des curiosités de la région. Son propriétaire en a fait don à la ville. C’est ainsi qu’ a été créé le Musée des Beaux-Arts d’Irkoutsk qui abrite aujourd’hui nombre d’oeuvres d’art russe mais aussi des tableaux de peintres ouest-européens (Monet, Pissaro notamment).

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison Soukachev

Nous croiserons un peu plus tard cette maison en bois, parfois appelée la maison en dentelle avant de replonger dans ce siècle – ci via le marché central de la ville.

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison en dentelles

J’aime ces lieux, leurs étals, leurs odeurs, les discussions qui s’y déroulent comme le lierre sur son arbre et surtout les visages. Des visages que j’essaie de croquer sur le vif, en loucedé, de manière un peu misérable en jouant avec l’écran de mon appareil photo … sans tromper personne.

Irkoutsk 25 juillet 2019 marché central
Irkoutsk 25 juillet 2019 marché central

Cette dame a eu la gentillesse de faire semblant de ne pas remarquer mon manège. Je lui ai acheté pour sa peine un « sirop » dont une amie m’a traduit la notice mais que je n’ai pas encore essayé. C’est un nectar « à large spectre »si l’on peut dire puisqu’il est bon pour tout. S’il ne me rend pas malade il prolongera mes souvenirs.

Ainsi se clôt pour de bon le récit de mes tribulations sibériennes.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Russie : Bouddhisme et vieux croyants

Sibérie : datsan Rinpoche Bagsha 23 Juillet 2019

Datsan

Datsan est le terme utilisé pour désigner les monastères universitaires bouddhistes de tradition tibétaine (Gelugpa) situés notamment en Sibérie. En règle générale, dans un datsan, il y a deux départements : philosophique et médical. Parfois, on leur ajoute le département des pratiques tantriques où les moines n’étudient qu’après avoir terminé leurs études dans le département de philosophie.

Une petite pluie nous accompagnait ce matin là pour notre première visite : le datsan Rinpoche Bagsha situé sur une colline appelée Lysaya Gora qui doit offrir par beau temps une superbe vue sur la ville d’Oulan Oude. Le bâtiment est assez neuf et nous sommes à peu près seuls. A l’intérieur une grande salle, décorée de peintures qui semblent avoir été réalisées la veille, de longues tables où de part et d’autres des étudiants psalmodient de concert. Sous leurs doigts, des petits recueils de feuilles volantes contenant des mantras. Un moine « percussionniste » accompagne la musique répétitive et envoûtante des voix, et, d’un rythme particulier, signale les changements de textes. Nous sommes à peine là et pourtant présents dans une communion singulière avec ces hommes. Faute de culture en ce domaine, aucun de nous ne saura dire à quoi ce moment correspondait. Mais je garde à l’oreille l’harmonie des timbres et des lieux.

En sortant nous avons un peu fait le tour du propriétaire (sic), empruntant le « Chemin de longue vie et jardin de bonnes pensées » pour prolonger une méditation inattendue.

Sibérie : datsan Rinpoche Bagsha 23 Juillet 2019
Sibérie : datsan Rinpoche Bagsha 23 Juillet 2019

Un peu plus tard, toujours sous le crachin, visite d’un autre Datsan, celui d’Ivolginsk, situé à 30 kilomètres d’Oulan Oude. D’une autre envergure. Ouvert en 1945, il fut longtemps le centre spirituel et administratif bouddhiste de l’URSS. Réduit à un bâtiment à ses débuts, le centre s’est largement développé et abrite aujourd’hui de nombreux temples annexes, une université, une bibliothèque, un hôtel, un musée d’art bouriate, des bâtiments utilitaires, des logements pour les lamas et une curiosité : la dépouille d’un moine mort en 1927, Dachi-Dorjo Itigilov. Le corps d’Itigilov n’aurait jamais été embaumé ni momifié. Certains croyants fervents prétendent qu’Itigilov est encore vivant, mais immergé dans une sorte d’hibernation ou de Nirvāna. Nous avons sacrifié à la visite et je dois dire que derrière sa vitre, le visage de l’homme est presque lisse et le corps paisible dans la position du lotus. Mais je ne suis guère sensible à cette sorte d’étrangeté.

Sibérie : datsan d’Involginsk 23 Juillet 2019

Dehors, la bruine nous attendait toujours comme cette litanie égrenée par un haut parleur crachotant. Incontournable des circuits, cet endroit m’a laissée presque indifférente. Ce tourisme obligé en est peut-être la cause.

Sibérie : datsan d’Involginsk 23 Juillet 2019

Vieux Croyants

Les orthodoxes vieux-croyants sont un ensemble de personnes qui, refusant des réformes introduites par le patriarche Nikon en 1666-1667, se sont séparées de l’Église orthodoxe russe. Ma petite brochure de voyage m’explique : soutenu par le tsar Alexis Romanov, le patriarche souhaitait rapprocher la liturgie russe des usages grecs. Ces réformes aboutirent à un schisme. Beaucoup d’ opposants aux réformes « Nikoniques » émigrèrent vers l’est où l’influence de l’Église et de l’État était faible ou même absente à l’époque. Aujourd’hui les descendants de ces vieux croyants perpétuent leur traditions. Je ne sais pas combien ils sont encore (environ 120 000 ai-je noté dans mon carnet mais je ne suis plus très sûre de ce chiffre) mais, dans ce petit village, aux isbas multicolores, où nous attend Nadia, ils le sont tous.

Sibérie : Village de vieux croyants 23 juillet 2019
Sibérie : Village de vieux croyants 23 juillet 2019

Elle nous accueille sur le seuil de sa maison, en costume traditionnel.

Sibérie : Village de vieux croyants Nadia 23 juillet 2019

Après la visite du jardin et des communs (étable notamment), qui assurent en grande partie l’autosubsistance alimentaire de la famille, nous entrons dans la maison.

Sibérie : Village de vieux croyants chez Nadia 23 juillet 2019

L’entame est on ne peut plus moderne, mais passé un étroit couloir nous voilà dans le temps. La pièce est vive et gaie et les objets qui s’y trouvent semblent avoir été ceux emportés par les ancêtres sur leur chemin d’exil. L’un retient l’attention : un recueil de textes transmis de génération en génération depuis l’installation en ce lieux

Sibérie : Village de vieux croyants chez Nadia 23 juillet 2019

Nadia a requis deux de ses tantes pour nous faire respirer le parfum de cette culture isolée. Deux vieilles dames malicieuses, pas enthousiasmées de revêtir une tenue compliquée, qui nous feront découvrir les arcanes des tractations matrimoniales et, avec une justesse approximative, quelques polyphonies traditionnelles. Au bout de la journée pluvieuse une intense rigolade partagée.

Sibérie : Village de vieux croyants Nadia et ses tantes 23 juillet 2019

La joie des voyage tient parfois à presque rien.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Russie : Oulan-Oude

Oulan Oude 22 juillet 2019
Oulan Oude 22 juillet 2019

Oulan Oude, capitale de la République de Bouriatie. La sonorité m’évoquait une petite musique mongole. Erreur : la ville est de fondation cosaque. Construite au confluent des rivières Ouda et Sélenga, elle fut d’ abord un poste destiné au prélèvement de l’impôt sur les populations autochtones (le yassak, tribut plus particulièrement prélevé en nature, notamment des peaux), puis un ostrog (une forteresse) avant de rapidement prendre son envol comme centre d’échanges entre la Russie, la Chine et la Mongolie. D’abord nommée Oudinsk (du nom de la rivière Ouda), puis Verkhneoudinsk (ville en amont de l’Ouda), la ville n’est devenue Oulan Oude qu’en 1934, Oulan signifiant rouge en langue Bouriate (et ceci expliquant cela).

Nous y arrivons à la fin d’une journée de transfert un peu fastidieuse durant laquelle les quelques arrêts m’ont confortée dans l’idée que le chamanisme ici n’est jamais loin d’une église. Ou plutôt l’inverse : les églises se sont souvent implantées non loin de lieux chamanistes. Les premières revivent et ressortent de vieilles icônes miraculées de la traque soviétique, les seconds demeurent comme ils ont sans doute toujours été. A quelques pas de cette église ….

En route vers Oulan Oude 22 juillet 2019
En route vers Oulan Oude 22 juillet 2019

cet obo paisible.

Sur la route d’Oulan Oude 22 juillet 2019

Entre eux, une source chaude (56 degrés C paraît-il), une eau qui soigne à peu près tout semble-t-il, et les survivances encore fréquentées d’une base thermale soviétique.

Sur la route d’Oulan Oude 22 juillet 2019
Sur la route d’Oulan Oude 22 juillet 2019

C’est peut-être cette dérogation à une promiscuité à laquelle je m’étais habituée qui m’a un peu déroutée en entrant dans Oulan Oude. Vieilles isbas reconstruites, églises pimpantes et redorées ….

Oulan Oude 22 juillet 2019
Oulan Oude 22 juillet 2019

…, j’ai cherché son visage oriental jusqu’à cette place.

Oulan Oude 22 juillet 2019

Lénine avait bien cette physionomie là mais à y regarder d’un peu plus près, l’amande des yeux est bien effilée et les pommettes un peu « surjouées ».

Qu’était Oudinsk avant Oudinsk ? Quelles relations les Bouriates entretenaient-ils avec leurs voisins Mongols et chinois ?

Le Musée d’histoire de la Bouriatie qui possède de riches tankas, manuscrits et un atlas de la médecine d’origine tibétaine dévoile une forte influence intellectuelle de ce pays pourtant lointain…

Ainsi s’est forgée une histoire singulière que Madame Wikipédia me résume ainsi :

Nés d’un brassage entre populations chamanistes indigènes et nomades mongols aux IXe et Xe siècles, les Bouriates développèrent une culture propre et une version teintée de chamanisme du bouddhisme tibétain. Soumis par Gengis Khan au XIIe siècle, ils demeurèrent inféodés aux Mongols pendant trois décennies.

Lorsque les Mongols, au sud et à l’est, se soumirent aux Mandchous, les Bouriates, au nord, mirent fin à leur alliance avec eux. Isolés face à la coalition des Mongols et des Mandchous, ils décidèrent de se placer sous la tutelle de l’empire russe. Les princes bouriates devinrent des officiers de l’armée tsariste et la cavalerie bouriate brisa les oppositions locales avec le soutien des troupes russes. Au XVIe siècle, à la suite de l’expansion de l’Empire russe vers l’est, le mode de vie traditionnel des Bouriates, qui étaient principalement des chasseurs nomades, pratiquant l’élevage et la pêche, se transforma peu à peu et à la fin du XVIIIe siècle, le nombre de colons russes dépassait déjà largement celui de la population bouriate. Ce déséquilibre démographique s’accentua avec la construction du transsibérien. Après 1917, l’industrialisation, la collectivisation des terres et l’organisation en kolkhozes et sovkhozes  achevèrent la sédentarisation de la population. Les yourtes, habitat traditionnel des Bouriates, disparurent complètement dans les années 1930.

C’est un peu cette histoire que raconte la ville au profil calme et rectiligne où se logent aujourd’hui quelques formes architecturales « natives » sporadiques.

Oulan Oude 22 juillet 2019

Celle d’une société tribale en partie oubliée. Il faut sortir d’Oulan Oude pour avoir une idée des origines, retrouver l’Asie. Quitter le périmètre augmenté du vieil ostrog pour le Datsan d’Ivolguinsk. Mais ceci est une autre étape.

Oulan Oude 22 juillet 2019

Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

Russie : île d’Olkhon 2

Russie Ile d’Olkhon 19 juillet 2019

Pour certains, l’île d’Olkhon est l’île d’accueil des secrets du Baikal ou l’île des esprits (Baïkal, Esprits et secrets cachés : Denis Vidalie, Irina Muzika et Sergueï Belov, Editions Alpesibérie). Peut-être aussi celle de vieilles âmes, presque perceptibles dans le silence doré du soir.

Russie Ile d’Olkhon 19 juillet 2019

De fait, le peuplement de l’île est très ancien. Des découvertes archéologiques ont confirmé la présence d’êtres humains dès le néolithique. Dans la seconde moitié du premier et les débuts du deuxième millénaire, l’île est habitée par les Kourykanes, dénomination regroupant trois « clans » – les Turks, les Toungouzes (ou Evenks) et les pro-Bouriates – mentionnés dans des manuscrits chinois comme étant un peuple turcophone. Certains y voient les ancêtres des Yakoutes et des Bouriates actuels. Au début du XIII ème siècle, l’île entre dans la sphère l’empire mongol et, à la dissolution de celui-ci, les populations se séparent. Les Yakoutes s’installent dans la région nord du Baikal, les Mongols au sud et les Bouriates sur ses rives et sur Olkhon. Ils y demeureront seuls jusqu’ au 14 septembre 1643 lorsque les cosaques de Kourbat Ivanov débarquent sur la côte occidentale de l’île. Devenue russe du point de vue politique, Olkhon reste Bouriate par sa population et son économie fondée sur un élevage, peu productif, de chevaux, bovins et ovins et surtout sur la pêche. La Révolution russe ne l’atteint que tard et faiblement. Le pouvoir soviétique s’installe cependant en 1920 et provoque de profonds bouleversements dans la vie de l’île : la pêche de l’Omoul devient le pivot de l’activité économique. Un rôle important lui étant confié, elle est collectivisée, intensifiée et industrialisée. La construction d’une usine de traitement du poisson en 1938, dans une baie au centre de la côte occidentale de l’île, est à l’origine de la naissance du village de Khoujir qui deviendra un centre non seulement économique mais aussi administratif. De 895 habitants en 1895, la population passera à 3500 à la fin des années 1950. Entretemps, l’île aura accueilli, à la fin des années 1930 une colonie de rééducation par le travail (Petit dictionnaire illustré du Baïkal . Pierre Guichardaz. Nouvelles éditions Pages du Monde).

La fin du soutien apporté par l’Etat au lendemain de la chute de l’URSS, dans les années 1990, provoquera la dissolution des kolkhozes de pêcheurs, la fermeture de l’usine de traitement de poisson et le départ de nombreux îliens, en particulier les jeunes, avant que l’île ne retrouve sa santé grâce au tourisme (Petit dictionnaire précité).

Russie : île d’Olkhon 19 juillet 2019

C’est un peu tout cela que nous raconte ce petit musée sur un espace restreint : la faune, la flore, le quotidien des Bouriates aux temps anciens (habitat, outils, habillement, alimentation), l’installation d’une école au début du siècle dernier et ses effectifs, les jeunes pionniers, leurs uniformes et leurs banderoles, les vétérans de la seconde guerre mondiale et leurs décorations, les ouvriers du poisson, les ateliers désertés et les navires rouillés. Le présent n’y a pas encore vraiment fait son entrée. S’il évoque une histoire métissée, le musée a gardé quelque chose de très soviétique dans sa « matérialité ».

Russie : île d’Olkhon 19 juillet 2019 , Pic l’Amour
Russie : île d’Olkhon 19 juillet 2019, pic de l’Amour

Pour la spiritualité il faut aller ailleurs, du côté du cap Khoboy à la pointe nord de l’île -qui, en offrant une vue à 360 degrés sur les alentours, donne le sentiment d’être à la fois léger et puissant- mais aussi du côté du pic de l’Amour ainsi nommé car il accueillait les femmes Bouriates qui n’arrivaient pas à enfanter. L’endroit, il est vrai, fait un peu penser à un bassin et deux jambes écartées, un corps prêt à donner naissance.

L’ importance de ces deux lieux se lit dans les arbres, les tertres enrubannés et les offrandes égrenées tout autour. Certains rubans, récents, m’ont donné à penser que les esprits y sont encore cultivés avec ferveur chez certains. A moins, ce qui serait d’une extrême tristesse, que le tourisme ait aussi « matérialisé » cela.

Russie : île d’Olkhon 19 juillet 2019, Cap Khoboy

Il y a des personnes qui « sentent » l’énergie des lieux. Je n’en suis pas. Mais en regardant certains paysages, il me semble deviner des visages et, dans le vent, parfois, entendre le bruit de pas lointains feutrés sur les chemins.

Russie : île d’Olkhon 19 juillet 2019, Cap Khoboy

Texte (sauf citations) et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Russie : l’île d’Olkhon 1

Russie Steppe de Tajerany, 18 juillet 2019

Dernier jour avec notre mutique chauffeur Bouriate qui, après avoir dépassé sans vergogne une longue file de voitures promises à une longue attente avant d’embarquer, nous dépose au seuil (sic) du bac qui effectue la traversée jusqu’à l’île : si la traversée est courte (15 – 20 minutes) les embarcations ne peuvent accueillir qu’un nombre limité de véhicules. Nous sommes à pied.

Auparavant nous aurons fait une petite incursion dans la steppe de Tajerany et la vallée des Esprits pétrifiés. Un autre conte, l’ histoire de deux frères, deux Khans, luttant pour le pouvoir, entraînant dans leur lutte de nombreux guerriers, avant d’être punis par un chaman qui, las de leur sanglante querelle, pétrifia les deux rivaux et leurs armées.

De fait, certains de ces monticules et agrégats pierreux peuvent parfois (avec un peu d’imagination) faire penser à des corps saisis dans leurs derniers moment.

Russie la vallée des esprits pétrifiés 18 juillet 2019

Russie la vallée des esprits pétrifiés 18 juillet 2019

Mais revenons à Olkhon. L’île est considérée comme le coeur du Baïkal, à la fois du point de vue géologique et géographique – elle est située à proximité du point le plus profond du lac (1637 mètres), à égale distance entre ses extrémités nord et sud – mais aussi du point de vue historique et culturel : le peuplement y est très ancien et le lieu est considéré comme un centre internationalement reconnu de chamanisme. A la dérive dans les années 1990, l’île a connu une renaissance grâce au tourisme. Mais ce déferlement touristique sur son espace restreint ( 71,5 kilomètres de longueur et 15 de large) menace aujourd’hui son écosystème (Petit dictionnaire illustré du Baïkal . Pierre Guichardaz. Nouvelles éditions Pages du Monde). On y reviendra.

UAZ 452

A notre arrivée nous sommes attendus par un chauffeur, Vassili, et son UAZ , 4×4 russe, à l’ origine véhicule militaire, utilisé et prisé par les habitants locaux pour ses capacités tous terrains et sa simplicité de réparation. Nous aurons l’occasion de tester la chose sur les pistes défoncées de l’île.

Russie Khoujir 18 juillet 2019

Le ciel est d’acier et un splendide orage nous accueille qui laissera un ciel clair et lavé de toute brume au soir, mettant en valeur les couleurs du petit village de Khoujir. Dans la lumière dorée nous irons voir le rocher Bourkhan, la demeure du Dieu du lac, l’un des 9 lieux sacrés d’Asie, respecté par les chamanistes et les Bouddhistes.

Russie Khoujir 18 juillet 2019

Russie, Khoujir Rocher Bourkhan 18 juillet 2019

Une ancienne légende raconte que certains esprits, les Tengueris, sont descendus du ciel pour sauver les vivants des démons et ont choisi des lieux particuliers pour s’installer. L’un d’eux, le plus fort, le Khan Khoto Babaï a choisi la grotte de ce rocher et est devenu le protecteur et maître de l’île. Les autochtones le respectaient à tel point qu’un Bouriate, même pressé, ne passait jamais à toute allure devant le rocher. Le cavalier descendait de son cheval et enveloppait ses sabots avec du cuir pour qu’il ne fasse pas de bruit et ne dérange pas la paix du Grand Esprit. Les gens n’osaient pas parler fort à proximité. Le rocher reste le lieu principal de pèlerinage de toute la Baïkalie : chamans ou bouddhistes s’y pressent. C’est un lieu sacré fort d’une grande énergie au point qu’il est déconseillé aux personnes sensibles de rester longtemps à côté et aux femmes de l’approcher de trop près pour protéger leur descendance. Pour y aller les femmes chamans « transforment » leur âme en âme d’homme : elles choisissent la polarité masculine pour pouvoir supporter cette énergie (Baïkal, Esprits et secrets cachés : Denis Vidalie, Irina Muzika et Sergueï Belov, Editions Alpesibérie).

Russie, Khoujir sculpture autour du Rocher Bourkhan 18 juillet 2019

Russie, Khoujir sculpture autour du Rocher Bourkhan 18 juillet 2019

N’étant pas chaman, ni capable de changer ma polarité d’âme, je ne sais si j’ai pris des risques en m’approchant. Suis – je restée à distance respectable ? Je n’ai rien dit, me contentant de la lumière baissante et le seul bruit que j’ai fait fut d’appuyer sur le déclencheur de mon appareil photo. Pas de quoi réveiller ou déranger un esprit. Quoique.

Russie, Khoujir Rocher Bourkhan 18 juillet 2019

Textes et photos S. Lagabrielle (sauf le UAZ). Tous droits réservés.

Russie : digressions intermédiaires

Sibérie : Baie d’Aya 18 juillet 2019

Ce billet démarre, à rebours, par l’arpentage de la baie d’Aya. Aya, en langue évenk signifie « bon », « beau », « commode ». Ces trois mots s’appliquent aussi à l’hôtel où nous sommes descendus : petits bungalows privatifs, confortables, avec vue sur le Baîkal… et quelques familles russes, au loin, venues camper là. L’endroit est pelé mais la chaleur y est douce. A quelques mètres de l’enceinte de l’hôtel, des maisons esseulées et des vaches paissant librement. Qui s’en occupe ? Mystère. J’imagine que le muret autour de l’hôtel a été construit pour éviter les bouses entre les bungalows. Le résultat est finalement assez cocasse : l’animal observe le touriste dans son enclos.

Sibérie : Baie d’Aya 18 juillet 2019

La côte nord de la baie abriterait des peintures rupestres de 2500 ans d’âge. Mais nous ne les avons pas vues, arrivés trop tard et repartis trop tôt. Un petit tour en canot pneumatique nous a simplement fait découvrir des falaises abruptes aux couleurs changeantes.

Pourquoi, cet arrêt-là ? Parce que la route est longue depuis Irkoutsk. Et que, lorsque le voyage est dense, une parenthèse contemplative et paresseuse est bienvenue.

Oust-Orda 18 juillet 2019

Plus tôt, dans la journée nous avons visité un petit musée ethnographique Bouriate à Oust-Orda, où j’ai remarqué, chemin faisant, un objet qui m’a fait penser aux « dream-catchers » (capteurs de rêves) indiens d’outre-atlantique. Comme nous étions en milieu de journée, je n’ai pas su vérifier (je suis nulle en orientation) si les capteurs de rêves bouriates, comme leurs homologues, sont accrochés du côté où le soleil se lève afin que la lumière du jour puisse détruire les mauvais rêves pris dans leurs rets. Mais j’aime ces entrelacs culturels, dream-catcher ici, peintures de sable chez les navajos et les tibétains. Rêve et impermanence. Temps plein et suspendu.

Sibérie : Oust-Orda 18 juillet 2019

Après avoir quitté le musée, nous avons fait un petit arrêt dans une yourte-restaurant. J’y ai appris que, chez les Bouriates, la nourriture à base de lait occupe une place à part. Ainsi, par exemple, le thé se boit-il, traditionnellement, avec du lait. Nomades-éleveurs de bétail, ils utilisaient naturellement les produits de leur exploitation… Lait, donc, mais viande aussi : cheval, mouton, bœuf, scellés, notamment, dans des sortes de petits chaussons vapeur qui font penser aux momos (raviolis) chinois.

Oust-Orda 18 juillet 2019

Mais l’arrivée des russes les a aussi acculturés à la vodka qui prend, ici, des saveurs épicées et singulières pour le plus grand bonheur des visiteurs.

Notre chauffeur local, Serguei, bourru et mutique mais l’œil malicieux, nous a récupérés ce matin-là, un peu amollis, au seuil de notre enclos « ayesque »: direction le cœur de la « baikalie » : l’île d’Olkhon. Mais ceci est une autre histoire.

Texte et photo S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Offrandes et prières

Sibérie 17 juillet 2019 sur la route vers la baie d’Aya

Les bouriates les appellent « Sergué ». Avec leurs frères, les « obos », petits tertres de pierres ou arbres constellés de rubans, ils ont poussé, souvent le long des routes, paraît-il, là où des esprits sont apparus ou là où un chaman initié est mort (Baïkal, Esprits et secrets cachés : Denis Vidalie, Irina Muzika et Sergueï Belov, Editions Alpesibérie).

Au pied des offrandes pour le moins curieuses.

L’ ouvrage précité m’apprend que les Bouriates aiment « bourkhaner », c’est à dire s’arrêter près de Sergué, dire une petite prière et partager avec l’esprit du lieu ce qu’ ils ont sur eux – une monnaie, une cigarette, un ruban – ou un verre de Tarassoun (alcool à base de lait fermenté distillé) ou de vodka avant de boire le reste de la bouteille, ailleurs, plus tard.

A l’entrée de ce lieu là, une femme faisait la manche. Toucher ne serait-ce qu’à une seule des petites pièces éparpillées sur le sol, c’était risquer d’ajouter du malheur au malheur. C’est, du moins, ce que je l’imagine penser. Mais les hommes sont plus ingrats avec leurs semblables qu’avec les esprits et je ne crois pas qu’elle ait récupéré grand chose des visiteurs matinaux que nous étions.

Sibérie 17 juillet 2019 sur la route vers la baie d’Aya

Ce temple bouddhiste a été construit au milieu de ce qui nous semble être nulle part tant l’espace est différent ici. Autour, quelques maisons en bois, des pylônes. Point de monnaie ou de mégot par terre, mais des prières s’effilochant au gré des éléments sur des portiques en bois. A l’origine de la construction, un industriel du coin. Je ne sais s’il est très fréquenté. Sans doute suffisamment : pourquoi, sinon, l’avoir voulu à cet endroit ? Mais ce jour-là, à cette heure là, nous n’étions que cinq face à un moine psalmodiant.

Hormis des véhicules de passage, tout semblait immobile, même le vent : insidieuse incitation à une insolite rêverie au milieu d’un désert qui n’en était pas vraiment un.

Sibérie 17 juillet 2019 sur la route vers la baie d’Aya

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

Taltsy

Taltsy 16 juillet 2019

Ouvert en 1980, Taltsy est à la fois un musée ethnographique des peuples de Sibérie orientale et un musée de l’architecture traditionnelle en bois de la CisBaïkalie. Son nom vient de celui d’un ancien village qui fut inondé lors de la construction d’un barrage sur la rivière Angara. C’est l’un des plus grands musée à ciel ouvert de Russie.

Ainsi avons-nous commencé notre périple en culture sibérienne par une sorte de condensé : Huttes (Tchoum,) Evenks (l’un des peuples les plus anciennement installés en Sibérie), yourtes en bois bouriates, ostrog (forteresse cosaque) avec ses tours de guet, chapelle en bois, école paroissiale, isbas, grange communale, moulins à eau… Partis d’ une époque indéterminée (tchoums) nous enjambons le temps, déboulant au XIX ème siècle (les moulins, l’école …) après avoir traversé le XVII ème (la forteresse, la chapelle).

Pour ce que j’ai compris, certains édifices ont été déplacés et remontés, d’autres construits à l’identique. Peu importe : le glissement se fait en pente douce du paganisme évenk au milieu des forêts à l’orthodoxie russe en terrain dégagé.

Taltsy 16 juillet 2019, Dieu Evenk
Taltsy 16 juillet 2019 tombe Evenk
Taltsy 16 juillet 2019 , Ostrog d’Ilimsk, XVIIème siècle
Taltsy 16 juillet 2019 Notre Dame de Kazan
Taltsy 16 juillet 2019 , grange, XIX ème siècle

Taltsy 16 juillet 2019, école, XIXème siècle
Taltsy 16 juillet 2019, Isbas, XIX ème siècle
Taltsy 16 juillet 2019, Isba, XIX ème siècle

Tout aurait été parfait sans l’irruption du XXI ème siècle chinois : une noria de cars bondés (il faut dire, la Chine n’est pas si loin à vol d’avion) déversant des groupes compacts et fébriles semble-t-il plus spécifiquement intéressés par la partie russe (ostrog, école, isbas …).

Mais les voyages minutés laissent leur revanche aux flâneurs. Comme celle-ci (en espérant que ça marche) : profiter paisiblement de chants russes sans être ballotté, bousculé, compressé et assailli de bras téléescopiques de smartphones.

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Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Angara

Irkoutsk 15 juillet 2019

Géographiquement parlant (source Madame Wikipedia), l’Angara est la seule rivière issue du lac Baïkal alors que celui-ci reçoit 336 cours d’eau. Après avoir quitté le lac au niveau de Listvianka, l’Angara s’écoule vers le nord en arrosant les villes d’Irkoutsk et de Bratsk, puis s’oriente vers l’ouest après avoir reçu les eaux de l’Ilim, et se jette dans l’Ienisseï à hauteur de Strelka. Sa longueur est de 1 779 km.

Angara, c’est aussi une légende que nous raconte notre guide Anna, pour qui, comme pour beaucoup d’Irkoutiens, la rivière (mais j’ai du mal à me contenter de ce mot-là vu ses dimensions et son débit) est un être à part entière.

« Au temps jadis, le puissant Baïkal était bon et joyeux. Il avait une fille Angara, d’une grande beauté, qu’il aimait fort. Tout le monde l’admirait et la respectait, jusqu’aux oiseaux de passage qui n’osaient effleurer ses eaux. Vint le moment où l’on songea à marier la jeune fille. Le vieux Baïkal lui présenta un jeune prince nommé Irkout qui laissa Angara indifférente. Celle-ci avait, en effet, déjà croisé le noble Iénisseï et en était tombée éperdument amoureuse.

Une nuit, alors que son père dormait, Angara a pris toutes ses eaux et s’est mise à courir à perdre haleine vers son bien-aimé. A son réveil, Baïkal, pris de fureur en découvrant la fuite de sa fille, a saisi un rocher et l’a lancé dans sa direction.

La roche est tombée juste sur la gorge d’Angara qui s’est mise à implorer son père, à lui demander pardon et à le prier de lui donner au moins une goutte d’eau. Baïkal lui a répondu qu’il ne pouvait lui donner que ses larmes…

Depuis lors, l’Angara jette ses eaux-larmes dans l’Iénisseï. On a nommé la roche jetée par Baïkal à la poursuite de sa fille, la pierre de Chaman. Les peuples alentours ont longtemps cru que Baïkal abritait tous les esprits – bons aussi bien que mauvais. Sur cette pierre de Chaman, ils faisaient de riches sacrifices au lac de peur qu’il ne se mette en colère ».

Ce matin – là, sur la route nous menant à la petite ville de Listvianka, à peine défroissés du voyage de la veille, nous peinons à raccrocher la légende à la réalité. La sauvage Angara n’est plus tout à fait ce qu’elle était : des barrages ont dompté ses eaux pour le confort électrique des hommes, et le rocher, dans la brume, n’émerge qu’à peine. A vrai dire, n’importe quelle pierre aurait pu faire l’affaire.

Sur la route vers Listvianka 16 juillet 2019

Ne la cherchez pas, elle est quelque part derrière les herbes.

L’Angara c’est aussi, de manière plus anecdotique, l’un des deux brises-glace commandés par la Russie à l’Angleterre à la fin des années 1890. Epargné par les conflits, il fut utilisé pour le transport de fret et de passagers jusqu’en 1962. Amarré depuis 1990 un peu à l’écart du centre ville d’Irkoutsk, c’est aujourd’hui un musée qui participe à la mélancolie que m’a inspiré la ville.

Irkoutsk 16 juillet 2019

Via ces tours de mémoire que nous joue notre cerveau, ce bateau esseulé m’évoqué un documentaire, « Odessa, Odessa », à propos duquel, une amie, aujourd’hui disparue, me disait qu’on ne comprend pas les russes si on ne saisit pas ce qu’est leur nostalgie, quelque chose qui ne se résume pas d’ailleurs à ce mot là.

Ce sentiment un peu flottant m’a accompagné toute la journée malgré le soleil sur Listvianka. Du moins, il me semble que c’est ce que ces quelques images disent.

Listvianka 16 juillet 2019
Listvianka 16 juillet 2019

Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

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Irkoutsk 15 juillet 2019

« Less is more » m’avait dit cette photographe professionnelle, mais le numérique allié au sentiment que l’on ne reverra peut-être (sans doute) jamais ce que l’on a sous les yeux, n’incite pas à l’économie. De mon premier jour sibérien, je retiens cette image prise dans un état semi-comateux lié à la longueur du voyage. A croire que, vieilles réminiscences de lecture de Michel Strogoff, je ne voulais voir que cela, ces isbas, habitées, désertées, qui s’enfoncent parfois dans le sol et donnent une impression de grande solitude.

Irkoutsk 15 juillet 2019
Irkoutsk 15 juillet 2019

Pourtant la ville s’est bien développée sur les deux rives de l’Angara et, au soir, de massives constructions, qui vont des grises Kroutchevkas soviétiques à des immeubles d’un modernisme un peu tape à l’oeil et dont la construction n’est pas toujours plus soignée, nous font face.

Irkoutsk 16 juillet 2019

Face à cet amas de clichés, les mots ont du mal à émerger et ce qui me vient tient plus de l’inventaire à la Prévert ou plutôt de je me souviens à la Perec que du récit à la Bouvier. Alors, en attendant que tout cela décante …

Je me souviens du marché aux poissons de Listvianka :

Listvianka 16 juillet 2019

…de mes premières impressions du lac Baikal du haut du Mont Chybété …

Lac Baikal du haut du Mont Chybété 17 juillet 2019

…et des méandres « algués » (??) de l’Anga

…de ces lieux chamanistes où l’on prie et honore les dieux avec des pièces, des mégots et des sucreries, offrandes qui m’ont fait penser à Maximon, saint païen guatémaltèque …

Khoujir, île d’Olkhon 18 juillet 2019
Khoujir, île d’Olkhon 18 juillet 2019

…des couleurs du village de Khoujir après l’orage

Khoujir, île d’Olkhon 18 juillet 2019

…de la petite église du village reconstruite en 2007

Khoujir, île d’Olkhon 19 juillet 2019

…du jardin un peu kitsch de nos hôtes à Oust-Bargouzine …

Oust-Bargouzine 20 juillet 2019

… et de ces autres visages du Baikal à proximité où je me suis fait dévorer par les moustiques en prenant cette photo…

Oust-Bargouzine , parc national Zabalkalsky 20 juillet 2019

… de bouquets d’oiseaux dans les arbres dans le golfe de Chivirkouysky

Golfe de Chivirkouysky 21 juillet 2019
Golfe de Chivirkouysky 21 juillet 2019

…de ce petit gamin à Oulan-Oudé qui se faisait peur en donnant du pain aux pigeons

Oulan-Oudé 22 juillet 2019

…de cette femme dans un village de « vieux-croyants » nous accueillant sur le seuil de sa maison avec un pain et du sel

…et de ses deux tantes choristes parfois approximatives qui nous ont bien divertis en organisant un faux mariage traditionnel (avec tractations à la clé) entre deux d’entre nous :

…du marché couvert d’Irkoutsk, petit condensé de visages sibériens

Irkoutsk 25 juillet 2019
Irkoutsk 25 juillet 2019
Irkoutsk 25 juillet 2019
Irkoutsk 25 juillet 2019

Sur ces visages là mon voyage s’est clos. Reste à remonter ses souvenirs de manière moins lapidaire …

à suivre donc.

Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés