Dracula et biodynamie

Stratégie de Dracula

La « stratégie Dracula » consiste à exposer le vampire à la lumière du jour, insupportable pour lui. Depuis quelque temps, nous assistons à une sorte de transposition politique du principe. Mais force est de constater que cela ne marche guère. Qu’il s’agisse de traités commerciaux ou de personnalités.

Si l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), au milieu des années 1990, est finalement mort lorsqu’il a été exposé en plein jour par ses détracteurs, il n’en a pas été de même des suivants. Souvenons-nous du contournement du « non » français au TCE ou des négociations de traités commerciaux par l’Union européenne, peu développées dans les gazettes et journaux télévisés mainstream. En 25 ans le paysage médiatique a, il est vrai, bien changé …

Quant aux personnalités politiques – sans évoquer les inénarrables péripéties judiciaires Balkanyques ou Sarkozystes – on notera que les trous dans la raquette de la «jurisprudence Balladur»,selon laquelle tout ministre mis en examen est censé démissionner de ses fonctions ministérielles, ont tendance à se multiplier : exemple parmi d’autres, le singulier maintien à son poste d’Eric Dupont – Moretti. La révélation de comportements constitutifs de harcèlement moral si elle entache la réputation de leur auteur ou autrice n’empêche pas non plus la poursuite d’un destin parlementaire (du moins jusqu’au élections suivantes) ou ministériel.

L’exposition à la lumière, donc, n’annihile pas toujours avec certitude nos draculas modernes. Ainsi, Marine Le Pen accusée d’avoir personnellement détourné près de 140 000 euros d’argent public quand elle était eurodéputée ne craint-elle pas, en toute décontraction, de réclamer pour son groupe la présidence de la commission des finances l’Assemblée Nationale.

Selon le règlement de cette Assemblée (art. 39), la présidence de cette commission est censée revenir à un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition. Le texte ne dit pas qu’il doit obligatoirement s’agir d’une personne appartenant au groupe d’opposition le plus important – mais cela a été le cas jusqu’ici -, et le fait que la majorité ne prenne pas part au vote conduisant à la désignation de ce président est un usage que personne n’a jugé utile de transcrire dans le règlement. Dès lors, il n’est pas du tout exclu que cette présidence convoitée ne finisse pas par revenir au RN, si Renaissance, rompant avec l’usage, préfère s’assurer d’un président de commission qui ne discutera pas fondamentalement sa politique économique et budgétaire (pour plus de détails sur cette commission, voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_des_Finances_(Assembl%C3%A9e_nationale).

Les chevaux de bataille du RN sont ailleurs.

Je n’ai pas écouté la dernière allocution de Jupiter mais le peu que j’ai pu capter ici et là, par mes lectures, m’a paru assez lunaire. Signifiant que son programme – qu’il a pris soin de ne pas développer plus que cela pendant les présidentielles – devait être appliqué, il a enjoint à ses opposants de se prononcer sur leur volonté ou non de l’aider à le réaliser. Quel compromis peut-on seulement envisager avec un Président qui ne supporte pas les débats, sauf à se compromettre, ce qui se paye toujours à plus ou moins longue échéance ? Stratégie de Dracula là encore.

On verra.

Biodynamie

La Biodynamie selon Henri Cruchon

C’est un concept que j’ai croisé lors de petites excursions dans ma région viticole et qui semble prendre racine dans les terroirs. En gros (pour ce que j’ai compris) l’objectif d’une vinification respectueuse des pratiques biodynamiques tend vers l’interdiction de tout ajout ainsi que de toute pratique tendant à modifier les équilibres naturels du raisin.

Le travail de la vigne et du sol est effectué en prenant en compte les cycles lunaires (lune montante, descendante,…). Il en va de même de la vinification : les soutirages et la mise en bouteille sont aussi faits à des moments choisis !!

S’inscrivant dans une logique de « phytothérapie » de la vigne et des sols, la biodynamie a recours à des pulvérisations à base de plantes (ortie, prêle, valériane, sauge..) et de minéraux (silice) pour dynamiser la vie du sol et renforcer la vigne afin de lui permettre de mieux résister aux attaques des maladies (mildiou, oïdium,..) ou du gel.

Le directeur de la propriété du château Fontroque, près de Saint Emilion, a choisi la biodynamie qu’il applique selon des principes qui me laissent un peu dubitative (voir ici : http://lesvinsdalainmoueix.net/la-biodynamie/) mais au palais le résultat est assez convaincant.

Pourquoi je parle de ça parce que dans la confusion politique actuelle je me demande si l’on ne devrait pas songer à la conception d’une « biodynamie politique » histoire de revivifier des terroirs bien essorés.

Impossible à ce jour d’évaluer ce que donnera la cuvée législative 2022. Espérons seulement qu’elle produira un jus textuel moins aigre que celle de 2017 !

La République c’est qui ?

On a beaucoup glosé et rigolé sur les mots de Mélenchon « La République c’est moi ».

Mais ceux-là, plus insidieux (déroulés sur un tarmac avec en fond sonore un avion faisant tourner ses moteurs …on appréciera le virage écologiste), mériteraient un sort semblable

« Aucune voix ne doit manquer à la République » (on passera aussi sur l’adaptation opportuniste d’une formule de JL Mélenchon à l’issue du premier tour des élections présidentielles).

Que comprendre, sinon, ce qui se distille dans ces éléments de langage gouvernementaux – après les « errements extrémistes Bornés » – , à savoir qu’il y aurait au sein des candidats NUPES qualifiés pour le second tour des législatives et en lice contre Ensemble (voire contre le RN) des candidats fréquentables (PC, PS, EELV) et des horreurs (LFI) (le fameux « au cas par cas » sorti du chapeau après des « extrêmes » indistincts) ?

Tout ça après avoir dragué de manière éhontée l’électorat mélenchoniste au second tour des présidentielles pour se faire réélire.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/richard-ferrand-ne-celebre-plus-ses-valeurs-communes-avec-melenchon_fr_6278df90e4b00fbab630a22c

La danse du ventre du second tour des présidentielles n’a pas pris chez moi ni dans mon entourage (pas plus qu’en 2017). Et je ne serais pas fâchée que le cynisme de cet homme soit justement récompensé par un franc dégagement. Mais les chances sont minces.

Et l’on s’étonne, face à ce pragmatisme sans âme (et sans doute aussi au fait que l’inversion du calendrier des élections a grandement participé à l’invisibilisation de l’importance des élections législatives), du niveau de l’abstention en particulier chez les jeunes.

Le vieux lion (j’en connais déjà un qui rigole) Mélenchon ne sera pas premier ministre mais on peut lui reconnaître d’avoir relancé une certaine dynamique à gauche. Que durera-t-elle ? Je ne sais. Les « je t’aime moi non plus Rousselliens » ne me disent rien qui vaille. Les coalitions comptent toujours des planches pourries. Et chez Ensemble, je me méfierais d’Horizons.

Bref, si Renaissance n’obtient pas sa majorité absolue, le prochain quinquennat risque d’être rock and roll à moins que Jupiter ne décide de dissoudre ce qui ne lui convient pas. Pari risqué.

En attendant ici, on crame

Dessin posté sur twitter par le reporter Loup Espagilière

Eléments de langage et violences enchantillyées

Les éléments de langage nouvel avatar du psittacisme (mais c’est plus facile à dire).

Il est de bonne guerre de critiquer le programme de son adversaire mais l’on pourrait au moins varier les angles. Plus de 600 propositions devraient le permettre. Or ce qui surnage est une lecture « occurrentielle » et « inventive » du programme de la Nupes. Petit condensé ici  :

Cette lecture chiffrée vient sans doute de la tête de l’Etat : « J’ai lu le programme de la Nupes. Ils y citent 20 fois le mot ‘taxation’ et 30 fois le mot ‘interdiction’, ce qui donne une idée assez claire de l’esprit du programme » a affirmé le Président.

Formule reprise en copié-collé par une masse de twittos macroniens.

La limitation du nombre de caractères des messages sur le réseau social les a sans doute empêchés de reprendre cette autre curiosité lancée par Christophe Castaner : «La France insoumise veut tout interdire – on trouve le mot 35 fois dans le programme ! –  couper du bois chez soi, la publicité, l’agriculture près des villes, la formation professionnelle dans un organisme privé…»

Indépendamment des petites différences sur le chiffrage du mot interdiction, et du fait qu’il s’agit d’un programme « commun », qu’est-ce que c’est que cette histoire d’empêcher de couper du bois chez soi ?

Une petite recherche nous apprend que le chef de file des députés LREM se réfère à la proposition de la Nupes d’interdire les «coupes rases, sauf en cas d’impasse sanitaire avérée» pour «défendre la forêt».

«Concrètement, il s’agit d’une technique de coupe particulière [qui] laisse le sol à découvert et s’effectue grâce à des machines lourdes. Il ne s’agit donc pas d’interdire aux particuliers de couper du bois mais d’encadrer cette pratique spécifique», explique Côme Delanery, membre de l’équipe du programme de l’alliance de gauche. «Notre proposition est d’interdire ces coupes rases au-delà de 2 hectares, sauf en cas d’impasse sanitaire avérée», détaille-t-il.

Selon le journal Libération, cette revendication avait déjà été portée à l’Assemblée nationale par La France insoumise en 2020, par le dépôt d’une proposition de loi sur le sujet.

«Cet encadrement s’appliquerait aux forêts publiques comme privées. L’objectif étant d’éviter la conversion des forêts feuillues en bonne santé en monoculture résineux, comme le dénoncent de nombreuses associations écologistes et de collectifs citoyens (…) Autrement dit, si la proposition de la Nupes concerne notamment la gestion d’espaces privés, elle ne revient pas à interdire de «couper du bois chez soi». La caricature de notre proposition est d’autant plus risible qu’elle avait été reprise dans un rapport de 2020 par la députée LREM Anne-Laure Cattelot, missionnée par le gouvernement», ajoute le militant Nupes.

Il n’empêche, la caricature, reprise par le chef de l’Etat lui même, a davantage fait mouche que les « approximations » d’Olivier Véran en matière de politique étrangère nupsienne.

Les éléments de langage ont le « mérite » discutable de dispenser de toute réflexion. Repris en boucle ils finissent même par devenir vérité par leur répétition même. Vous me direz, cela ne date pas d’hier, mais les nouvelles techniques de diffusion de l’information en amplifient singulièrement l’impact. La vérification par des équipes journalistiques dédiées, parfois plusieurs jours plus tard, tombe souvent à plat. Le message est engrammé.

L’effet collatéral de tout ça est, en particulier, je crois, une défiance et une indifférence croissantes vis à vis de la parole publique relayée sans état d’âme par des intervieweurs pas toujours très curieux.

La ventriloquie, moteur de la post vérité ?

Le manège enchantillyé de Jean Michel Blanquer

Jean Michel Blanquer est donc la dernière victime d’un de ces attentats pâtissiers rendus célèbres par Le Gloupier (voir ici sa fiche wikipedia), encore qu’en l’occurrence l’ancien ministre n’a eu droit qu’au « nappage » de certains gâteaux, à savoir la chantilly, et pas à la tarte tout entière. Il aurait pu se contenter de s’essuyer le visage et passer son chemin. Mais non. Manifestant un degré d’humour très béhachelien (lire la fiche précitée), il porta plainte. Les deux auteurs de cette agression inqualifiable comparaîtront le 4 juillet à 9 heures au tribunal judiciaire de Montargis pour une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ou plaider-coupable. Ils devront répondre de “violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail”, délit pour lequel la peine encourue est de trois ans d’emprisonnement, paraît-il.

On se pince. Décidément la pâtisserie devient hors de prix. Et on espère, en loucedé, que l’élimination au premier tour des législatives de l’enchantillyé passera crème.

PS : A propos du conseil national de la refondation, dont je parlais dans le billet précédent, je ne suis pas la seule à manifester un certain scepticisme sur son utilité et sa fonction (désolée oui, encore Clément) :

Dommage que la Nupes ne se soit pas attaquée frontalement à la langue de bois. Mais il est vrai qu’elle est assez partagée.

Evaluations

Pour ce qui est de nos duettistes Darmanin et Lallement ils ont, pour reprendre le titre du Canard en chaîné, gagné leurs galons de ballots d’or sous les applaudissements nourris de la presse étrangère (pas seulement anglaise).

Curieux début de quinquennat avec cette calamiteuse séquence internationale et footballistique et cette non campagne législative « renaissante » après une non campagne présidentielle justifiée par la guerre en Ukraine où Jupiter n’a pas encore daigné se rendre ce qui fait un peu tache alors que la France exerce la présidence du conseil de l’Union européenne. Il nous promet « cinq années de renouvellement complet » mais la languissante formation du Gouvernement, qui recycle nombre de ministres du précédent, n’en donne pas le sentiment. Le résultat des élections législatives bousculera-t-il un peu la donne ? Pas sûr.

Quant au « conseil national de la refondation », sur lequel Emmanuel Macron entend s’appuyer, qui réunirait « les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et des citoyens tirés au sort », il tient pour l’instant du gadget préélectoral. On se souvient du sort réservé aux propositions de la conférence citoyenne sur le climat.

En attendant, pour nourrir un peu cet épisode interminable, une petite vidéo récréative qui remet en mémoire quelques principes et réalités mais aurait pu aussi rappeler à quel point la réduction du mandat présidentiel à 5 ans et l’inversion du calendrier des élections a modifié le schéma représentatif de la 5e République et fait pencher la balance du pouvoir vers l’exécutif ( Dieu nous préserve cependant des prédictions de Marisol Touraine qui, sans doute, se voyait déjà première ministre).

Réalité et fiction et réalité fictionnelle

C’était avant. Avant l’invasion russe, avant ce chaos qui prospère à quelques milliers de kilomètres. Le Président a tombé le look costard cravate et fraîchement rasé pour celui de barbu et kaki. La réalité des destructions et exactions russes traîne dans nos pupilles tandis qu’il s’exprime à la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes.

“Je vais vous raconter une histoire. Dans cette histoire ce n’est pas le début, mais la fin qui est la plus importante. Cette fin est déjà écrite (…) Les plus terribles dictateurs du XXe siècle aimaient le cinéma. Mais ce qu’il en est resté, ce sont ces images terribles des chroniques documentaires (…). De nos jours, il ne se passe pas une semaine, sans qu’on ne retrouve des personnes torturées. Vous avez vu Marioupol, le théâtre municipal frappé par une bombe russe. Ce théâtre ressemblait à celui où vous êtes réunis aujourd’hui. Là-bas les gens se réfugiaient, c’était des civils” dit-il.

Un peu plus loin, il se réfère au film « Le Dictateur » de C. Chaplin et appelle de ses vœux l’émergence d’un nouveau Chaplin « qui prouvera que, de nos jours, le cinéma n’est pas muet”.

Tout cela, donc, devant le gratin très empesé du festival.

« Cette intervention de Volodymyr Zelensky sur la scène cannoise a été ainsi un moment rare de télévision qui nous a rappelé qu’il entre du monde dans le cinéma et du cinéma dans le monde, toujours plus qu’on ne le croît », termine Jacques Mandelbaum du journal « Le Monde ».

Je serais presque tentée d’ajouter à ces jolies circonvolutions que pour la citoyenne que je suis, le « cinéma du monde » vaut aussi d’être considéré. Un cinéma cruellement réaliste mais également mis en scène ici. Car l’intervenant est effectivement Président mais joue aussi, depuis le début du conflit, une partition communicationnelle que ce pauvre (sic) Vladimir au visage inexpressif et soufflé, engoncé dans une rhétorique insupportable à nos oreilles occidentales, ne saurait « challenger ». Mais Vladimir s’en soucie-t-il ? Pour lui, comme pour son homologue chinois, les images n’ont de sens que si elles exaltent ou contraignent.

Les images, mêmes figées, ne sont pourtant jamais muettes.

Je ne sais quoi penser face à cette dichotomie singulière sinon que nous, européens, combattants par procuration et dépendants – énergétiques à l’est, militaires à l’ouest – n’y faisons, après un sursaut momentané et égotiste, qu’une figuration « utile » et exposée : le rôle de tous ces petits personnages, qui, du muet au parlant, n’ont fait que laisser une ombre sur les toiles.

Je ne sais quoi penser sinon que je me méfie des images, des impostures qui circulent sur les réseaux et que mes yeux naïfs ne savent pas déceler. Ne pas se laisser abuser demande une mémoire visuelle que je n’ai pas.

Je ne sais que penser sinon que les images accessibles de prisonniers russes ne sont pas légion (il y a sans doute des raisons de part et d’autre de les tenir « à l’écart »).

Je ne sais quoi penser sinon qu’à de nombreux égards l’homme est une sale bête que le climat réduira peut-être à quia.

En attendant, nous voilà pourvus d’une première ministre qui ne fera sans doute rien de significatif d’ici les législatives à part prendre son temps pour constituer un gouvernement (dévoilé peut-être ce soir ?) qui sera là pour distraire du « lourd » qui adviendra après reprise des travaux parlementaires.

La dame Borne est sérieuse et sans états d’âme. S’en souvenir. Le mot négociation ne fait pas partie de son vocabulaire Elle préfère celui de concertation, plus pratique, car il n’abîme pas la feuille de route. Et , randonneuse assumée, je la soupçonne, de préférer les itinéraires conseillés (en haut lieu il va sans dire) aux chemins de traverse.

Petit blagounette pour sourire quand même :

Question: si Valérie Pécresse était un dinosaure, à quelle espèce appartiendrait-elle ?

réponse : à celle des appellodons

Essai de goguette maso avant 2e tour sur la chanson « déshabillez-moi »

Culpabilisez -moi
Culpabilisez -moi
Oui, mais pas tout de suite
Pas trop vite

Sachez me convoiter
Me désirer
Sans m’insulter

Culpabilisez -moi
Culpabilisez -moi

Mais ne soyez pas comme
Tous ces gens

Trop sûrs d’eux

Et d’abord, les mots
Tout le temps du prélude
Ne doit pas être rude
Ni vaniteux

Racontez-moi directement

sans faux-semblants

Mais avec retenue
Pour que je m’habitue

Culpabilisez -moi
Culpabilisez -moi
Oui, mais sans hauteur
Sans être hâbleur

Sachez me raisonner

Me séduire

Sans m’abaisser

Culpabilisez -moi
Oh, culpabilisez -moi
Avec délicatesse
En souplesse
Et doigté

Choisissez bien les mots
Utilisez-les avec rigueur

Ni violents, sans heurts

Mais non,

Voilà, ça y est, je suis
Irritée , dégoutée

Par votre voix suave

Qui m’insupporte

Oh, dégagez

Prenez la porte
Maintenant,

tout de suite
Allez vite

Une porte

Dérobée, mais laquelle ?

Laquelle ?

Réfléchissez

Regardez-moi
Osez me regarder

Sans dégoût
Regardez

Me culpabiliser

La belle affaire !

Et vous,
Débrouillez-vous!

Parler d’autre chose

La période « m’oblige » comme diraient certains qui ne se sont pas sentis obligés bien longtemps. Plus tard, des historiens des idées (si le climat ne nous a pas cramé d’ici là) reviendront sur les constructions tactiques des dernières élections et nous serons nombreux à avoir l’air de fieffé imbéciles, si nous sommes toujours là.

Que vaut un coming – out électoral ? Un brevet de démocrate première étoile ? Pas grand chose en réalité quand l’isoloir vous permet de faire tout autre chose. Alors pourquoi l’exiger (je parle de presque 15 jours d’injonctions sur les réseaux sociaux) ?

Cela me rappelle une histoire entendue au cours de mes études. Une grande firme cosmétique, avant de lancer une crème dépilatoire sur un marché, avait interrogé des femmes sur l’usage éventuel qu’elles en feraient. Forte d’un accueil positif, la firme inonda les étals de son produit qui fit …. un flop retentissant. Les interrogées avaient répondu en masse très positivement parce qu’il faut rester aimable à l’égard de qui s’intéresse à vous alors même que votre pilosité n’a jamais été un sujet.

Moralité : prendre les réponses pour ce qu’elles sont : des réponses, pas des professions de foi.

Mais MLP c’est pas un poil mais un lupus !

Oui. Mais faites-moi la grâce de penser que j’ai encore un peu de conscience. Merci.

Or donc, parler d’autre chose.

Musique par exemple. Quoique parler soit vain. Mieux vaut écouter et définitivement se taire.

Et si vous voulez absolument lire, songer au mois de juin, il y a ceci…

https://blog.mondediplo.net/fraude-electorale

Nuit debout n’a pas pris. Mais il n’est pas inutile de réfléchir sur Beethoven.

RIP Radu Lupu.

Impasses

Cet ami me dira sûrement que mes lignes poussent à se pendre avec un élastique ou sauter du balcon … mais bon.

On avait déjà le verbe « Merkeln », qui signifie être indécis ou ne pas avoir d’opinion sur quelque chose – un comportement que les Allemands attribuaient souvent à Angela Merkel. Nous voilà donc avec « macroner », guère plus flatteur.

https://www.watson.ch/fr/international/guerre/594269799-arrete-de-macroner-comment-les-ukrainiens-se-moquent-des-francais

Ce sentiment vaut ici pour cet entre deux tours aux allures renouvelées d’impasse.

Si en 2017 on pouvait donner du « crédit » (sic) au barrage républicain macroniste, on a, depuis, eu le temps de se rendre compte que Jupiter ne reconnait rien (notamment le barrage républicain en 2017), ne se sent redevable de rien.

« Après avoir méprisé les corps intermédiaires, les contre-pouvoirs et les oppositions tout au long du quinquennat, Emmanuel Macron assure aujourd’hui vouloir adopter une « nouvelle méthode ». «  (Médiapart). Comment souscrire une seule seconde à cette supercherie ? Alors qu’il fait mine de tendre la main à Strasbourg, il envoie sa police à Paris contre des étudiants , des jeunes qui ne veulent pas de lui.

Oui, mais Marine, mais Mariiiine quand même !!!!

Oui, il y a péril. La potion est quand même imbuvable : un Président sortant, dont à peu près 75 % du corps électoral (si on s’en tient aux seuls votes exprimés) ne veut pas – et qui, soit dit en passant, a largement damé le boulevard qu’il a ouvert à son adversaire via les lois séparatisme ou sécurité globale – pourra continuer à pratiquer son travail de casse sociale.

Et c’est sans doute là le problème : un scrutin considéré comme essentiel mais qui s’avère particulièrement vicié dans un contexte d’abstention croissante. La désertion serait-elle moindre si le vote blanc, moyen d’exprimer son opposition à un choix réducteur, était reconnu ? Je me suis souvent posé la question.

Depuis 40 ans « le système ne choisit pas les meilleurs, il choisit les plus conformes, c’est dangereux » (Albert Jacquard).

Restent, pour ne pas désespérer, les élections législatives.

Pour moi, la catastrophe serait d’hériter d’une Assemblée Nationale aussi caricaturale que celle que nous avons eu ces 5 dernières années. Une parole soufflée du château, des débats verrouillés, dans des conditions temporelles inacceptables. Au final une chambre d’enregistrement aveugle et sourde comme jamais.

Je ne suis pas assez douée pour vérifier l’authenticité de cette vidéo où l’on entend des habitants de Shanghai confrontés à la pénurie de nourriture, crier sur leurs balcons leur mécontentement et leur désarroi. Mais elle signe, pour moi, l’impasse politique, économique, sanitaire et écologique où nous sommes. Tous.

PS pour sourire un peu. Je ne sais pas non plus qui a imprimé cela (j’imagine qu’il y a pas mal de pages blanches après) mais cela ressemble assez au programme de certains candidats recalés au premier tour de l’élection présidentielle dont on ne sait non plus si le parti survivra…

PPS : S’il avaient un peu de dignité professionnelle, les journalistes Léa Salamé et Gilles Bouleau devraient décliner d’animer (sic) ce débat où ils auront, au mieux, un rôle décoratif comme nous l’ont prouvé les joutes de ce genre depuis des lustres. Ce n’est pas aux politiques de choisir les journalistes qui les interrogent. Ou de définir qui est journaliste. Personnellement, je ne regarderai pas plus ce simulacre de débat que je n’ai regardé les précédents.

Vote utile

« Un président sans permis de conduire peut-il conduire le pays ? » demande Léa Salamé à Jean-Luc Mélenchon.

On se pince.

A quoi on pourrait répondre : une journaliste à la déontologie discutée peut-elle « conduire » une émission politique sur le service public ? Lire ici (allez à la conclusion c’est plus économique)

Tout cela est assez nul et dans le contexte actuel on aurait aimé plus sérieux. Mais voilà, pour le consistant il faut lire et voir ailleurs.

Mais revenons à nos moutons. Voter utile. La cartographie est telle que la maxime « au premier tour on choisit, au deuxième on élimine » ne semble pas pouvoir fonctionner cette fois ci …à moins d’un gros coefficient de masochisme.

Curieuse « campagne » en vérité où l’on passe plus de temps à s’écharper dans chaque camp à l’heure où la pandémie, les soubresauts climatiques, la guerre enfin devraient au minimum nous amener (candidats compris) à nous interroger sur notre choix sociétal à venir. Au risque de la ringardise « citationnelle » absolue, je me référerai à ce propos attribué à Geronimo :  » Quand le dernier arbre aura été abattu, le dernier poisson pêché et la dernière rivière polluée ; quand respirer l’air sera écœurant, vous vous rendrez compte, trop tard, que la richesse n’est pas dans les comptes bancaires et que l’argent ne se mange pas ». Mais voilà, tandis que l’argent circule au-dessus de nos têtes, les idées se momifient sur des thématiques détestables.

Pour l’heure, Jupiter évite la confrontation, pioche plus ou moins dans les propositions des uns et des autres, son « en même temps » retrouvé : amusant notamment de le voir parler de planification écologique, lui qui a méticuleusement torpillé la convention citoyenne sur le climat qu’il avait contribué à mettre en place, consternant de le voir reprendre cette idée de subordonner le versement de RSA à 20 heures de travail hebdomadaire … soit l’équivalent d’un poste à temps partiel qui serait, dès lors, payé largement au-dessous du Smic alors que parallèlement on accorde des milliards sans contrepartie aux entreprises dans l’espoir de les voir investir …ce qui reste largement à vérifier. L’oiseau semble avoir pris conscience du signe « et de droite et de droite » et un rétropédalage style « ma pensée est plus complexe que cela » est en route. Mais un certain mal s’est déjà imprimé.

Jupiter, donc, évite les débats, les vrais, ceux où l’on se frotte et se confronte, mais les « affaires » le rattrapent, Mac Kinsey bien sûr ou plus exactement le recours dispendieux à des cabinets de conseil privé pour définir la politique hexagonale au motif, entre autres, que ces officines disposeraient d’une expertise et d’une réactivité dont l’administration française serait dépourvue (a-t-on audité la chose ? et qui 🙂 ?), recours qu’il justifie, non sans fébrilité, ou encore ce petit caillou-ci, peu relayé encore mais qui sait ce que les 10 jours qui nous attendent nous réservent :

« L’introuvable campagne » titre Médiapart. « Introuvable » est-il le bon adjectif ? Ou plutôt l’introuvable ne s’appliquerait-il pas plutôt à l’électeur ?

On se focalise sur les présidentielles (effet désastreux de l’inversion du calendrier des élections sous Jospin). On a tort. Pour moi, les législatives à suivre sont peut-être plus importantes. La dernière législature, en particulier à l’Assemblée nationale où l’on a vu un groupe de godillots voter tout et n’importe quoi dans des conditions de timing invraisemblables, a été lamentable, une caricature de représentation à l’exception de quelques députés -dont je garderai les noms pour moi- d’opposition, de gauche (pas seulement Insoumis) comme de droite ou centre droit et même, à l’occasion, certains égarés LREM.

Rempiler avec ça – des débats souvent médiocres réduits à l’os avec la complicité d’un arrogant perchoir ferrandien- serait désastreux. De quoi faire déserter plus encore le citoyen des urnes.

A Léa Salamé, Jean Luc Mélenchon a répondu que la France n’était pas une voiture. Ce n’est pas non plus une start-up, ni une entreprise pas plus que l’hôpital ou l’éducation. Cette conception privatiste et communicationnelle de ce qui devrait être des « Communs » est mortifère. La survenance du ou de la Covid, devant la(le)quel(le) nous nous sommes retrouvés complètement à poil, a suscité de brefs espoirs aujourd’hui oubliés. Ah ! ce beau « quoi qu’il en coûte »… en définitive pas mutualisé pour deux sous.

Au seuil du premier tour, le 10 avril qui écrira à l’instar de Louis le seizième « Aujourd’hui, rien » ?

PS : pour ceux qui ont accès à Courrier international, je conseille vivement la rubrique « sacrés français ».

Ukraine : sans mots que dire ?

Tout cela est absolument subjectif et témoigne de mon « humeur » en ces temps guerriers. Voilà, faites – en ce que vous voudrez.

je vais le faire
je vais affronter la Russie
tu as mon épée
tu as mon arc
tu as ma hache
…..il s’en va seul avec ce viatique

Et pendant ce temps là en France (grosse fatigue vis à vis de ces désolants va-t-en-guerre en battle dress griffés : BHL, Bruckner, Gluksmann fils et j’en oublie)…

Dessin posté par Bad Corp sur Twitter

Voir ressortir ce dernier, cet inepte bravache breveté depuis longtemps pourtant, sur les plateaux télés participe aussi à ma déprime. Pour mémoire, ce ridicule reportage bosniaque héroïsé où je vous laisse juge de la menace représentée par les 2 militaires (policiers?) de l’autre côté du muret où notre Bernard national se tient en planque.

Se faire passer en toutes circonstances pour plus grand que l’on est, tout un programme auquel il ne semble pas vouloir déroger … mon père prof agrégé de philosophie, après lecture de quelques opus dudit, le considérait comme un vent conceptuel. Pas faux.

Je n’ose imaginer la rigolade poutinesque (à supposer que le rire soit dans ses facultés) devant cet hercule hexagonal tout en espérant sans trop y croire à ce genre d’optimisme :

mais pour l’instant …

Nous sommes en guerre, la vraie pour le coup.