Autant l’avouer, il m’est de plus en plus difficile de m’extraire d’une certaine morosité mêlée de colère devant ces titres quotidiens qui annoncent une austérité plombante et une campagne présidentielle déprimante. Mon stylo regimbe, ma pensée déserte.
L’actualité me colle au sol quand j’aimerais donner à lire léger.
En d’autres temps, pour me défaire de cette pesanteur, j’aurais été au cinéma, mais pas cette fois. L’envie ne m’est pas venue. Désir de choses plus contemplatives ? Allez savoir.
Sur le site Là bas si j’y suis, Daniel Mermet avait commencé une série d’émissions intitulée « apprendre à regarder » autour de tableaux de Pieter Bruegel. Hélas interrompue trop tôt pour l’élève assidue que je commençais à être.
Savoir voir. Une gageure quand on n’a pas de culture picturale. Ma complexion myope m’a détournée du visuel pour le sonore. Ce que je suis capable de deviner d’une partition – sa construction, par exemple-je suis incapable de le faire devant une toile.
Vous me direz : et la photo ? Mhmmm.
Cette photographe professionnelle, à l’issue d’un stage, m’avait joliment écrit que j’étais arrivée à former des mots photographiques et qu’il me restait à créer un langage. Autant dire que mon « œil » ne parle pas encore.
Peut-être a-t-il besoin de statique pour se former … d’où la peinture. Que j’aime pour l’heure comme on aime le vin : « en bouche ».
A rebours de la chronologie j’ai commencé par la collection Pinault à la bourse du commerce. Quelques compositions m’ont « interpellée », comme on dit, mais j’ai davantage été séduite par la « scénographie », comme on dit aussi. Le travail de recomposition architecturale de Tadao Ando : sobre, fonctionnel….., japonais.

Qu’est-ce qui oriente le regard vers ceci plutôt que cela ? Qu’est-ce qui vous fait sentir que vous êtes « au monde » ? C’est la question que je me suis posée en allant voir la seconde collection : celle des frères Morozov à la Fondation Vuitton.
Du réalisme russe au post impressionnisme, le voyage visuel se saisit du bâtiment presque dans son intégralité. Il se dit qu’Ivan Morozov pouvait mettre plusieurs années avant d’acquérir une œuvre, non par manque de moyens financiers mais il avait comme besoin « d’y entrer » dirais-je.
Et c’est un peu là que je m’inquiète de ma relative impassibilité devant les choix artistiques de M. Pinault qui disent un monde âpre et consumériste.



Et si mon époque ne m’intéressait pas ?
Pourtant si.
N’ayant pas les moyens des frères Morozov ou de François Pinault, je n’ai acquis que quelques œuvres dans lesquelles je me sens bien. Ce tirage argentique, par exemple, d’une réalisation qui pour moi exprime avec malice l’ « inéquilibre » dans lequel nous sommes.

PS : Ce blog prend ses quartiers pour une bonne semaine florentine.
PPS : En prologue à l’exposition Morozov, je suggère à ceux qui le peuvent d’aller voir l’exposition consacrée à Ilya Répine (1844-1930) au petit palais. Peintre réaliste au langage pictural très plastique, il fit partie d’un groupe singulier d’artistes russes qu’on appela « les ambulants » …
Morose mais malicieuse et toujours juste, Sylvie. La collection Morozov est en effet superbe, Je ne connais pas encore la collection Pinault, que j’ai malgré tout très envie de découvrir, mais je suis allée hier au Salon d’art contemporain de Montrouge, et n’ai ressenti aucune émotion si ce n’est de l’ennui devant des vidéos et autres installations bien grises, assorties de laborieuses explications. On veut de la peinture, on veut de la couleur, on veut du beau !
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