Démesures

Après le suppositoire personnel pour 15 minutes d’extase dans l’espace, le yacht.

https://www.courrierinternational.com/article/polemique-rotterdam-un-pont-historique-doit-etre-demonte-pour-le-yacht-de-jeff-bezos

Le constructeur – s’apercevant un peu tard que le navire, un trois mâts, est trop haut pour passer sous un pont historique qui lui permettrait de rejoindre la mer- a donc demandé à la municipalité de Rotterdam de démonter temporairement le pont afin que le navire puisse passer. Celle-ci a assuré que la somme correspondante serait remboursée par le constructeur. Quant à ceux qui faisaient valoir à ladite municipalité, qu’elle avait promis, après une rénovation majeure en 2017, de ne plus jamais démanteler l’ouvrage, on opposa, classiquement, l’importance économique et les emplois créés par la construction de ce navire (une coquille de noix à 430 millions d’euros) et l’on assura que le pont retrouverait sa forme actuelle.

Selon un article postérieur du Journal suisse Le Temps du 4 février, rien ne serait finalement encore « acté ». De quoi naviguer à vue ou rester en cale sèche.

Ambachtelijke restauratie van Rotterdamse Hef - Cobouw.nl

L’histoire est anecdotique mais elle m’amène à m’interroger à nouveau, d’une part, sur cette folie toute personnelle des grandeurs à l’heure où ces millions pourraient être plus utilement et collectivement investis et , d’autre part, sur l’ « obligeance » publique qu’elle soit étatique ou municipale.

GQ magazine (article lui aussi du 4/02/2022) m’indique que Jeff Bezos, d’ailleurs, ne compte pas acheter un seul navire, mais toute une flotte. On ose espérer, si ces rafiots sont construits au même endroit, que leur taille respectera les contraintes physique de l’environnement . Mais pourquoi faire cette flotte ?

Me revient alors en mémoire ce projet de milliardaires de créer des îles artificielles indépendantes des États, basées en eaux internationales – ou à défaut dans des zones franches comme en Polynésie – et échapper ainsi à toute règlementation (en particulier fiscale). L’article est un peu ancien et je ne sais pas où en est le projet aujourd’hui :

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwj-yZiasOb1AhUF1hoKHZKoBtoQFnoECAYQAw&url=https%3A%2F%2Freporterre.net%2FDes-milliardaires-revent-d-iles-artificielles-pour-echapper-au-rechauffement&usg=AOvVaw1Bsh8PBSSH3s2SmYFYUfTi

Le dessein « Bezosien » s’inscrit-il dans ce cadre ? Allez savoir …à moins qu’il ne s’agisse du dernier avatar du jeu « c’est moi qui ait la plus grosse » entre ultra riches.

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/02/04/le-pont-de-hef-face-a-la-fortune-de-jeff-bezos-et-des-mats-de-son-superyacht_6112390_3210.html

S’affranchir de toute règlementation étatique parce qu’on en a les moyens, cette sécession égoïste n’est pas nouvelle mais il me semble qu’on atteint là (je pense non seulement au bateau mais aussi aux escapades « astronautiques ») une démesure à l’aune des fortunes sur lesquelles elle s’appuie, elle-même fondée, au moins pour ce qui concerne celle de Jeff Bezos, sur une exploitation cynique de ses semblables à deux pattes.

Comment vivront-ils sur leurs îles, parce que, à moins d’une misanthropie carabinée, il faudra bien s’organiser entre soi mais aussi compter avec les populations locales et donc … produire de la norme. Y reviendra-t-on à la liberté originelle des amérindiens ou à l’inconstance des structures sociales de nos lointains ancêtres décrites dans « Au commencement était » ou y verra-t-on s’installer au bout du compte un système encore plus inégalitaire et rigide que celui prévalant de nos jours ?

S’agissant des relations avec la population polynésienne, il est notamment indiqué que les plateformes insulaires « visent à attirer des investissements directs et indirects en Polynésie française et à accueillir de nombreux projets d’entreprises et de recherche », et qu’elles bénéficieront pour ce faire d’une « zone économique spéciale qui facilitera la création et la gestion d’entreprises ».

Cette langue de bois n’augure pas l’invention d’un ordre nouvel ordre de solidarité sociale et le démontage du capitalisme paraît moins assuré que celui du pont de Rotterdam.

Ce qui me ramène à mon précédent billet « S’adapter » …

L’argent public n’a pas d’odeur mais les cabinets conseils ont du flair. Le retour sur investissement pour le pékin moyen est, lui, nettement plus discutable.

En parlant de Pekin se sont ouvert des jeux olympiques d’hiver sous contrainte sanitaire. Comme le raconte le journal « Le Monde », « C’est un univers quasi orwellien qui accueille athlètes et visiteurs étrangers, séparés du monde et souvent cloisonnés entre eux. Les tickets pour le célèbre stade du « nid d’oiseau » n’ont pas été proposés à la vente pour le public ; les 23 millions de Pékinois sont eux-mêmes soumis à un semi-confinement. Ces Jeux d’hiver sont tout sauf un événement populaire : la petite sphère sportive est si fermée, a relevé notre correspondant, que de nombreux Chinois ignorent même que leur pays accueille des Jeux olympiques ».

Où l’on voit que la conjugaison d’un virus avec le réchauffement climatique aurait tendance à nous transformer nous-mêmes en îles ..

Un commentaire sur “Démesures

  1. Salut la rêvageuse,
    la flotille de bateaux de milliardaire, c’est pour raison de sécurité. Les innocents ne doivent jamais savoir exactement sur lequel de ses navires le grand homme adulé se trouve afin de lui éviter à tout bout de champ l’arrivée impromptue de petites filles avec des corbeilles de fleurs ou encore celle d’un missile envoyé par des jaloux, qui troubleraient sa quiétude.

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