Interminable

C’est, alors que les températures remontent après un intermède rafraîchissant (toutes proportions gardées, mais tout de même), l’adjectif qui me vient, pour le moment (difficile de préjuger de la suite), s’agissant de ce deuxième quinquennat macronien. Long et morne comme le discours de politique générale d’Elisabeth Borne.

Le Covid, qui s’était fait discret ces derniers temps, refait opportunément (sic) surface dans nos gazettes. Le menu politique annoncé confirme s’il en était besoin cette impression : les élections ressemblent de plus en plus à des hologrammes. Ce qui a pu s’y exprimer n’a pas de densité. Ce sont juste des péripéties à peine distrayantes. Maintenant retour au sérieux.

Comme le titre assez joliment Médiapart, « À l’Assemblée, Élisabeth Borne invente le « compromis » sans concession ».

A vrai dire, c’est ce que la dame a toujours fait. Pour ce que j’ai pu observer de ma fenêtre professionnelle, lorsqu’elle était ministre du travail, le déroulé des « concertations » (puisque le mot négociation semble lui donner des aphtes) était le suivant : les représentants syndicaux étaient reçus les uns après les autres, poliment écoutés, poliment reconduits jusqu’à la sortie et découvraient au final que leurs remarques, suggestions, inquiétudes avaient coulé sur la pensée du ministre comme l’eau sur les plumes d’un canard.

L’on pourrait, si l’on est indulgent, se dire que le fait qu’ Elisabeth Borne se résolve à prononcer le mot compromis est en soi une concession. Un mot « trop longtemps oublié dans notre vie politique », a-t-elle impavidement regretté, appelant la classe politique à lui « redonner un sens et une vertu ».

« Nous mènerons pour chaque sujet une concertation dense, a-t-elle promis. Nous aborderons chaque texte dans un esprit de dialogue, de compromis et d’ouverture. […] Nous sommes prêts à entendre les propositions venues de chacun et à en débattre. »

Une concertation dense …amusant concept verbal. Dont acte, mais ne pas trop se leurrer cependant.

On pourrait même déjà voir poindre un joli trou dans la raquette méthodique : pour convaincre, relève Médiapart, la première ministre a cité dans son discours la quasi-totalité des président·es de groupes parlementaires, à l’exception de celles que la Macronie rassemble sous le vocable des « extrêmes », Mathilde Panot (La France insoumise, LFI) et Marine Le Pen (Rassemblement national, RN). Ce qui, en termes de représentation, fait tout de même du monde.

Les premiers pas de cette législature ne laissent d’ailleurs pas d’étonner. On y voit ainsi, malgré l’exclusion discursive ministérielle, le Rassemblement national se « respectabiliser » à peu de frais (2 vices présidences à l’Assemblée …vous me direz en matière de vice, c’est presque un hommage qui lui a été rendu par son vote par la majorité relative macronienne, voir billet précédent) tandis que la cohésion de la Nupes est chahutée sur fond d’affaires de mœurs.

Pour l’heure, peu de profondeur (hormis notamment l’intervention du socialiste Boris Vallaud) mais beaucoup de bruit.

La nomination d’Eric Coquerel à la tête de la commission des finances de l’Assemblée nationale a fait remonter de vieilles histoires de fesses. La seule victime ayant accepté de parler publiquement en rajoute à chaque interview après avoir initialement déclaré qu’elle ne considérait pas la drague lourdingue d’Eric comme une agression (voir article Médiapart du 2 juillet). La France insoumise faisant bloc autour de son champion, le jeune Taha Bouhafs, contraint de se mettre en retrait des élections législatives auxquelles il était candidat pour la France insoumise pour cause d’accusation de violence sexuelles, se plaint de la différence de traitement dont il fait l’objet de la part du comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles du mouvement et demande, ce qui se comprend, à ce que son cas soit revu de manière juste et équitable ….appuyé en cela par nombre de xénophobes et racistes brevetés, nés avant la honte comme on dit, qui l’avaient agoni d’injures lorsque son investiture avait été dévoilée.

Un « philosophe » autoproclamé qui semble avoir définitivement oublié son cerveau sur une étagère -Raphael Enthoven- s’en prend à Mathilde Panot, la Présidente du groupe des insoumis à l’Assemblée Nationale pour avoir utilisé le mot « rescapée » à l’endroit d’Elisabeth Borne dont le père connut l’enfer d’Auschwitz.

« Madame Borne, il faut le dire vous êtes une rescapée », s’est exclamée l’élue insoumise. « ‘Vous êtes la Première ministre la moins bien élue de la Ve République, vous avez maintenu un gouvernement à trous et à sursis ; trois de vos ministres ont été défaits aux législatives ; la ministre des Outre-mer a tenu trente-six jours avant de prendre la fuite ; que dire du ministre accusé de plusieurs viols, maintenu en poste jusqu’à lundi ».

Où l’on voit que l’utilisation du mot n’avait pas de lien avec le destin du père de la première ministre mais tout à voir avec l’histoire récente du Gouvernement.

Retweeté par plusieurs milliers de personnes, le message de Raphaël Enthoven a fait réagir en Macronie. Invité de Public Sénat le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guérini a appelé Mathilde Panot à « corriger » et « s’excuser ». Pour le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune, « là est l’impardonnable dérive mélenchoniste ».

Pourtant on ne compte pas les unes de journaux ayant utilisé le mot lors du remaniement ministériel….

Dans le même registre affligeant, on pourrait se demander s’il ne faudra pas bannir l’expression « se déporter » lorsqu’il s’agira d’exiger d’un membre du Gouvernement ou de son cabinet qu’il délègue l’examen de tel dossier à une autre instance en raison d’intérêts qu’il aurait pu avoir par le passé.

On en est donc là. Dans une écume de réflexion (et je suis gentille) où le pavlovisme le dispute au psittacisme. Le Gouvernement, qui s’est dispensé du vote de confiance devant l’Assemblée et n’a pas grand chose à craindre de la motion de censure déposée par la seule Nupes, a sauvé (provisoirement ?) sa tête sans gloire.

La dette publique et la réforme des retraites qui s’étaient absentées pendant la crise sanitaire -dont on peut légitimement penser d’ailleurs qu’elle est loin d’être terminée – reviennent en fanfare. Pôle emploi deviendra France travail (et pourquoi pas France famille pour les caisses d’allocations familiales et France Patrie pour le service national universel ? Tant qu’à faire dans le léger …). On distribuera des petits chèques ici et là pour calmer les précaires sans rien toucher aux fondamentaux.

Quand on traite quelqu’un comme une chaise, on court toujours le risque de s’asseoir à côté (Michel Déon – Un taxi mauve).

C’est peut-être une chose sur laquelle le Gouvernement et sa représentation devraient méditer. Mais je doute fort qu’iels le fassent spontanément.