Veillée

Cette image postée par l’astrophysicien Eric Lagadec, a été capturée par la sonde Mars express de l’agence spatiale européenne , dans la région de Ultimi Scopuli, près du pôle sud de Mars, au printemps, quand la glace commence à disparaitre.

Le bruit et la fureur nous feraient presque oublier les belles choses. On ne m’aurait pas informée qu’il s’agissait d’une région martienne, j’aurais pensé à la lointaine Sibérie. Recadrée pour faire disparaître les montagnes au fond et un peu photoshoppée pour enlever la voiture, la photo ci-dessous pourrait presque sembler jumelle de la précédente. Enfin, je trouve.

Rien de tel que l’espace dans toutes ses acceptions pour échapper à l’atmosphère récriminante ambiante, en particulier, à tous ces poncifs éculés consubstantiels aux grèves SNCF.

La particularité du mouvement de grève des contrôleurs tient en ce qu’il est piloté par un collectif, sans représentativité spécifique, en marge des organisations syndicales mais ayant besoin de s’appuyer sur ces dernières pour se faire entendre de la direction. Ce collectif n’étant , en effet, pas habilité à négocier avec cette dernière, les organisations syndicales ont ainsi relayé ses revendications. Les avancées obtenues ayant été jugées insuffisantes, certaines organisations syndicales ont, à la demande du collectif, maintenu leur préavis de grève (les syndicats seuls sont en mesure d’en déposer dans les transports), mais sans appeler explicitement les contrôleurs à faire grève. Un vrai sac de nœuds.

L’imbroglio est toutefois intéressant dans la mesure où il marque l’amorce d’une sorte de giletjaunisation du mouvement social dans une entreprise fortement syndiquée. Et comme en 2018, voilà, si j’ose écrire, les syndicats « à la rue », débordés par « le terrain ».

Il n’est pas exclu que le mouvement canari reparte sur fond de baisse du pouvoir d’achat, de réforme des retraites et d’envolée des prix de l’énergie sans oublier les coupures de courant, pardon, les délestages tournants. G. Darmanin le craint tellement qu’il a commandé pour 38 millions de grenades (lacrymos, fumigènes, grenades assourdissantes) pour ses troupes.

Dans ce contexte électrique (sic), rien de tel donc qu’une grande étendue paisible, si paisible qu’on en oublierait le froid, silencieuse et pour soi seul, loin du chahut. Mon paysage, à vrai dire, est bien plus rétréci mais fait aussi son office. Le flamboyant érable face à moi perd doucement ses feuilles et me laisse entrevoir deux petits écureuils. J’observe, en solitaire, l’arbre se défaire de sa parure en songent malicieusement à ceux que les fêtes de fin d’année accablent et qui vont pouvoir se dispenser des rituels grâce à la SNCF.

Quand j’étais petite, mon moment préféré était le retour de la messe de minuit où j’allais seule avec ma mère : le chocolat maison qu’elle nous préparait et les brioches associées. Un moment suspendu avant les cadeaux du lendemain. Des cadeaux dont on ne savait rien car on ne faisait pas de liste de courses au père Noël, alors. En tous cas pas chez nous.

PS : Je venais à peine de terminer ce texte quand la nouvelle est tombée du retrait par toutes les organisations syndicales de leur préavis pour le nouvel an. Gageons qu’un projet de loi viendra promptement en discussion pour « encadrer » plus « efficacement » le droit de grève dans les entreprises de transport : interdiction de faire grève certains jours ? Réquisition ? Garantie de service à certaines heures ou époques ? Les paris sont ouverts.

Un commentaire sur “Veillée

  1. Je partage tout à fait votre analyse en y ajoutant un constat alarmant: les syndicats sont déjà bien inquiétés par le désintérêt des salariés de nombreux secteurs à leur égard , et peu considérés par le gouvernement qui ne prend plus guère leur avis avant les réformes.
    Si des mouvements animés par des collectifs parviennent eux à obtenir si vite satisfaction à leurs revendications en bloquant le pays par ce type de rapport de force , là où les syndicats auraient eu plus de mal, je m’inquiète fort pour l’existence de ces derniers dans des luttes sociales qui ne passeront plus par eux , et pour un climat explosif de type gilets jaunes qui risque vite de prendre des formes incontrôlables et des répressions violentes comme celles que nous avons connues en 2018. Ou en 1968…La contestation est en train de prendre de nouveaux canaux ,insatisfaite par l’inefficacité des institutions fantômes qui jusque là cadraient le dialogue social!
    Bonnes fêtes de fin d’année à vous et encore merci pour ces publications toujours si pertinentes et stylées.
    Jean Yves

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