2022 : entre emmerdements et absurdie

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Dessin de Claude Ponti

Une semaine et déjà 2022 promet.

« Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français, je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder ! Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie », puis un peu plus loin « « Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen », déclare le Président à un panel d’intervieweurs.euses sélectionné(e)s par le journal Le Parisien. En pleine discussion du projet de loi introduisant le pass vaccinal, la phrase a fait mouche : au Parlement, on s’insurge, on s’invective – « un président ne devrait pas dire ça » (ou pas comme ça)-, on « stratégise » derrière les rideaux pour ralentir les débats … et on y arrive.

En face, rien de très nouveau, la majorité rame pour justifier les sorties présidentielles, témoin cet aveu curieux d’Aurore Bergé : « Normalement cette interview d’Emmanuel Macron programmée aujourd’hui n’aurait pas dû sortir pendant le débat PassVaccinal puisqu’on aurait dû voter hier ».

Je peine à ne pas éclater de rire : il aurait été loisible au Président de demander au journal de retarder la publication de la chose ou de l’amender plus qu’il ne l’a fait (très à la marge si j’ai bien saisi), à écouter ici (si vous avez la patience) :

https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-13/2986871-invites-david-doukhan-olivier-beaumont-et-thierry-breton.html

Le journal tempère sur RTL : « Dans notre panel, il y avait deux professionnelles de santé, une infirmière et une cadre qui travaille dans les Ehpad. Ces soignantes sont arrivées à l’Élysée exsangues, épuisées par deux ans de crise. Cette fatigue, elles l’ont exprimée devant le Président de la République et elles lui ont fait part de leur impatience vis-à-vis de ceux qui refusent de se faire vacciner ». C’est à ce moment là qu’Emmanuel Macron aurait eu cette phrase sur « emmerder les non-vaccinés ».

Il n’y aurait donc pas de quoi fouetter un chat, c’était une réaction cash et spontanée face à des personnes exténuées. Une journaliste de l’émission C à vous, voir la vidéo citée plus haut à partir de 15’05, s’est cependant intéressée aux 7 intervieweurs.euses du Président. Il en ressort que les intéressé.e.s avaient de nombreux intérêts communs, en particulier autour d’Emmanuel Macron, que l’une d’entre iels avait travaillé pour un homme politique ayant soutenu Emmanuel Macron et qu’un des « intervieweurs » d’un jour était lui dans un environnement familial très « pro-macron »…

Cela suffit-il à disqualifier l’exercice présidentiel ? Sans doute pas, mais il confirme, s’il en était encore besoin, que l’on finit toujours par tomber du côté où l’on penche et notre Jupiter ne nous a guère épargnés sur ce point depuis le début de son mandat. Après « les gens qui ne sont rien » et son semblant de mea culpa ; les « Gaulois réfractaires » et son semblant de mea culpa ; le « pognon de dingue » et son semblant de mea culpa ; le « je traverse la rue » … et les déclarations larmoyantes sur son « j’ai appris à aimer les français » (il faudra lui dire un jour qu’il est vraiment piètre acteur), nous le revoilà tout fringant dans la provocation.

A- t – il véritablement pris un risque ? Aucunement, la plupart de ceux qui s’insurgent n’aurait pas voté pour lui … Mais qui aime bien châtie bien et puis .. une petite brutalité de temps à autre distrait … de bien des choses.

A vrai dire, la petite sortie sur la citoyenneté me chiffonne davantage. Et je suis d’accord (moins avec le reste) avec le journaliste Patrick Cohen pour dire qu’en l’occurrence Jupiter semble confondre (à dessein ?) citoyenneté et civisme, la première englobant certes le second mais se traduisant aussi par certaines prérogatives, dont … le droit de vote. Pour ceux que cela intéresse, un petit instantané de la citoyenneté aujourd’hui : https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/quest-ce-quetre-citoyen-aujourdhui

S’acheminerait-on sous couvert de cette petite phrase vers l’institution d’une forme de crédit social à la chinoise par le biais du pass vaccinal ? Je pose ça là sans jugement.

En attendant, je suis plus que dubitative, et je ne suis pas la seule, sur les mesures prises pour enrayer la pandémie et sur la hausse exponentielle des contaminations.

Sur le premier point je suis assez raccord avec le point de vue exprimé ici :

http://noslendemains.fr/restrictions-anti-omicron-en-absurdistan-le-parti-den-rire-recrute/

Sur le second, observant, outre la réduction de leur durée de validité, que les tests, devenus payants pour les personnes majeures non vaccinées et sans ordonnance, représentent un sacré budget – 44 € minimum pour un test PCR, 22 € pour un test antigénique et 12,90 € pour un auto test -, à quoi s’ajoute le fait que le « vaccin » n’évite pas d’être contaminé ou contaminant, je me demande, dans le contexte d’une population cible majoritairement vaccinée, si le sombrero dont on coiffe les non-vaccinés n’est pas un peu grand (pour ceux qui se demanderaient : je suis vaccinée 3 doses). Par ailleurs, la pénurie de tests à court terme n’ayant rien d’une hypothèse d’école, quel nouveau discours va-t-on nous sortir du chapeau ?

Certaines déclarations du ministre de la santé lors de la discussion parlementaire ne sont pas sans inquiéter, sachant que, jusqu’ici, ce Gouvernement en matière sanitaire s’est souvent déjugé.

Ainsi, « nous n’envisageons évidemment pas d’empêcher l’accès aux soins des personnes non-vaccinées, même si de plus de Français s’interrogent sur ce que la collectivité doit consentir au bénéfice de celles et ceux qui refusent le vaccin » a déclaré Olivier Véran, oubliant au passage la destruction méthodique de l’hôpital public initiée via l’introduction de la T2A, chère à son patron J. Castex, responsable autant sinon plus que le virus du burnout soignant actuel et de l’absence suffisante de lits et de personnel.

Le tri des patients étant enclenché dans certains centres hospitaliers, cette étrange tribune d’un pourtant défenseur de l’hôpital public, lui donnera-t-elle des gages ?

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/01/02/covid-19-les-non-vaccines-devraient-pouvoir-dire-s-ils-souhaitent-ou-non-etre-reanimes-estime-le-professeur-grimaldi_6107912_3244.html

Fallait-il lancer ce débat et, si oui, en ces termes ?

Qui emmerde qui ? s’interrogeait G. Attal. Il y aurait, en matière d’échanges de balles, de quoi remonter aux origines du tournoi de Roland Garros.

Je n’ai jamais été subjuguée (c’est peu de le dire) par les qualités humaines de notre Président mais force est de lui reconnaître ce talent particulier de brouiller l’écoute (tant qu’à être vulgaire …les amateurs de contrepèterie comprendront).

Dans le même temps (sic) :

– l’absurdie n’est pas l’apanage de la politique sanitaire française : https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/lufthansa/la-compagnie-lufthansa-devra-effectuer-18-000-vols-presque-a-vide-pour-conserver-ses-creneaux-7576305 ;

-les consommateurs, vaccinés complets (et pourvus d’un masque FFP2 si possible) pourront s’étourdir en s’agglutinant devant les étals … au risque de se contaminer tant la « protection vaccinale » conduit souvent à baisser la garde sur les gestes barrières (n’est-ce pas M. Castex ?) : https://actu.fr/economie/date-duree-regles-sanitaires-tout-savoir-sur-les-soldes-d-hiver-2022_47688417.html;

Quant aux migrants, en pleine surenchère anti-immigration, peu de chances que leur situation change au cours de la présidence française de l’UE.

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2022, peut-être la fin de la pandémie mais sûrement pas celle des emmerdes.

Primaires, primaires, primaires (sur l’air de Paroles, paroles, paroles)

Cette chronique sur Blast se termine par la chanson « Le tourbillon de la vie ». Ce n’est pas celle qui m’est venue en premier, quoiqu’elle soit pertinente. Moi, j’ai pensé à cette chanson là, interprétée par Alain Delon et Dalida dont j’ai extrait les paroles ci-dessous.

Une parole encore
Paroles et paroles et paroles
Écoute-moi
Paroles et paroles et paroles
Je t’en prie
Paroles et paroles et paroles
Je te jure
Paroles et paroles et paroles et paroles et paroles
Et encore des paroles que tu sèmes au vent.

Nous voilà bien lamentablement dans les paroles : une prestation de notre Jupiter, que je n’ai pas regardée, mais qui m’a semblé surjouée, pour ce que j’ai pu voir sur cette vidéo, un candidat communiste sans aucune chance qui lamine une militante historique, une « primaire populaire » bien bavarde pour le coup et qui se sent pousser de drôles d’ailes et dont le site fait état de soutiens qui me sont sympathiques, dont Denis Robert créateur de Blast en particulier,

Je m’en étonne et on me répond qu’il s’agit d’une vieille liste de soutiens et que, de toutes façons, il n’y a aucun contrôle sérieux des inscriptions. En gros, pour rire et gâcher les fêtes de fin d’année du candidat de l’Union populaire, j’aurais pu, si j’étais plus alerte informatiquement, m’inscrire sur le site de cette primaire populaire, sous le nom de Marilyn Mélenchon (c’est le nom de sa fille).

Les propositions de la primaire populaire sont ici :

https://www.pactedupouvoirdevivre.fr/publications/90-propositions-pour-le-pouvoi

Les solutions presque providentielles sorties d’on ne sait quel chapeau ne me disent rien. Sur Twitter on s’interroge sur une candidature Taubira salvatrice face au naufrage Hidalgo. Christiane ira-t-elle ? Je n’y crois toujours pas (même si elle « envisage la chose pourtant). Sa combativité a déjà souffert par le passé de la guerre présidentialo-égotiste.

Confronté à cette pataugeoire que choisir ? Assistera – t on à un record d’abstention et/ou de vote blanc ? Je ne suis pas constitutionnaliste mais quelle serait la légitimité d’un Président élu sur les résultats d’un scrutin à participation citoyenne dérisoire. La constitution dit simplement « Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés ». Pas de quorum minimal, donc. Mais le fait est là : même élu sur un tout petit socle de convaincus, sans véritable contre-pouvoir parlementaire, le Président fait à peu près ce qu’il veut. Ce quinquennat en aura sans doute été la plus belle illustration.

En sortir et se sentir redevenir citoyen : une résolution pour l’an qui vient ?

Moutons, souris et/ou irrécupérables?

(Pour en savoir plus sur le monsieur, lire ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tommy_Douglas).

D’accord c’est simplificateur et daté mais je crois qu’il y a un fond de permanence électorale là-dedans. J’ai repêché cette vidéo grâce au commentaire d’un abonné au site Arrêt sur image sous une chronique de Daniel Schneiderman, ambiguë comme il sait les faire, intitulée « Gauche : on essaie la naîveté », avec cette drôle de phrase à propos de la « Primaire populaire » qui semble avoir son suffrage : « D’accord, ce « socle » est plein de trous sur les sujets qui fâchent (Europe, dette, laïcité, sécurité, immigration, nucléaire, et j’en passe). »

Pour le site, voir ici : https://primairepopulaire.fr/le-socle-commun/

J’avoue que, pour l’instant, je n’ai pas tout lu sur le site de ladite Primaire dont les idées, qui ne semblent pas diffusées sous un autre mode, sont inaccessibles, à tout le moins, aux Français « illectronistes » (j’entends par là ceux qui n’ont pas les moyens matériels d’accès à l’internet) ou ceux allergiques aux pilonnages numériques (ce socle programmatique était passé sous mes radars … assez louvoyants il est vrai). Ma lecture fragmentaire (je n’en suis qu’aux professions de foi liminaires) m’y fait retrouver des choses déjà lues dans le programme de la France Insoumise.

Alors, alors, s’agit-il, encore une fois, de nous proposer une candidature …pas trop chat (en partant du principe que la FI est la fameuse souris finale) ?

Selon Le Monde , Christiane Taubira « se tâterait » :

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/12/08/presidentielle-2002-christiane-taubira-entretient-le-doute_6105146_823448.html

mais pour les raisons que j’ai dites dans un précédent billet, je n’y crois pas

https://revages.home.blog/2021/04/10/15562/

mais je maintiens que l’élection d’une telle femme aurait de la gueule.

Rien à voir.

Angela Merkel a quitté la chancellerie et la société Ikéa se fend de cette publicité (c’est un sosie bien sûr) : enfin à la maison.

Enfin à la maison" : Ikea rend hommage à Angela Merkel dans une publicité

La com’ et le marketing décidément savent se saisir de tout y compris d’une retraite à laquelle je ne crois pas beaucoup non plus. Angela va réfléchir, posément, comme elle l’a toujours fait : conférences ? Peut-être pas, car discourir ne semble pas être son fort. Mémoires ? Je pencherai pour cette option là même si elle me paraît bien convenue. Et convenue, la dame, restée 16 ans au pouvoir, ne doit pas l’être tant que ça.

En attendant de prendre une décision, elle « merkelnisera », comme disent les allemands (il paraît que « zu merkeln » est devenu une expression rentrée dans le langage courant), autrement dit, elle observera la politique mondiale se déployer sans elle, avec ce petit sourire en coin que l’on a vu affleurer parfois sur son visage austère.

Ne doutons pas : c’est une féline.

Rien à voir encore.

Je ne peux que conseiller à mon tour (car je l’ai lu sur vive suggestion d’un ami) la lecture de ce livre « La tristesse est un mur entre deux jardins »  (Odile Jacob), échange épistolaire entre Michelle Perrot, historienne, et Wassyla Tamzali, avocate algérienne, féministe. Livre à lire et relire tant il est dense et où l’on peut voir des pensées se déployer et évoluer en même temps.

Pour avoir une idée plus concrète des deux dames on peut aussi regarder ceci : l’intervieweuse semble assez dépassée mais a le mérite de laisser les deux femmes dérouler leurs propos qui semblent prolonger encore ceux du livre, une sorte de tissage Pénélopique sauf que celui là ne cesse de se construire :

Pour l’instant je reprends le beau roman d’Alice Zeniter « L’art de perdre » qui ne traite pas vraiment des élections qui nous attendent. Encore que ce titre …

en attendant de plonger dans celui-ci, que l’ami précité me conseille aussi et qui promet d’être bien décoiffant :

http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Au_commencement_%C3%A9tait-672-1-1-0-1.html

Idéal quand on a besoin d’air. Attention , 700 pages tout de même : voilà qui n’a rien d’un zéphyr.

Inventaire à la Prévert amer

Il y a des jours l’écriture devient difficile. Et je ne me sens pas chroniqueuse agréée. Alors, dans ce petit inventaire très subjectif de ces dernières semaines, nous avons :

1/ 27 vies englouties au large de Calais et des tentes qu’on lacère. Sur tout le littoral, de nombreuses associations et habitants viennent en aide aux migrants. Mais la politique migratoire ne change pas : lutte contre les points de fixation et « militarisation » de la frontière. Malgré des conditions de vie indignes et les risques encourus, les candidats à la traversée s’entêtent. La réunion des ministres de l’Intérieur européens à Calais s’est achevée sur un objectif : renforcer la lutte contre les réseaux de passeurs. L’amélioration des conditions de vie pour les exilés n’a pas été abordée. Tout va bien …

2/ Un Président qui renoue le contact avec un dirigeant, Mohammed Ben Salmane pour ne pas le nommer, qui porte une lourde responsabilité dans l’un des meurtres les plus cruels de la période récente – et l’un des mieux documentés. La realpolitik l’a emporté ; la logique stratégique et économique aussi.

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/12/03/rafale-aux-emirats-treize-ans-de-negociations-pour-un-contrat-record_6104569_3210.html

Certes, il y a bien cette plainte …qui s’enfoncera probablement dans les sables du temps.

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/12/03/une-plainte-en-france-vise-les-dirigeants-des-emirats-arabes-unis-et-de-l-arabie-saoudite_6104581_3210.html

3/ Un nouveau variant nommé Omicron qui arrive, si j’ose écrire, à pic pour justifier de nouvelles restrictions qui ne sauraient tarder. Alors que son émergence plaide pour une levée des droits de propriété intellectuelle et le transfert de technologies sur les vaccins, traitements et tests anti-Covid, la logique financière risque fort, là encore, de l’emporter. A entendre les déclarations de certains producteurs de vaccin à Arn messager nous voila partis pour la mise en chantier de produits sur mesure dont les pays riches seront les premiers bénéficiaires. De quoi provoquer la juste colère des chercheurs sud africains qui ont joué franc jeu.

https://www.lindependant.fr/2021/12/01/egoistes-et-hypocrites-quand-le-chercheur-qui-a-decouvert-le-variant-omicron-charge-les-occidentaux-9963520.php

4/ Une primaire à droite qui voit émerger (les résultats ne sont pas définitifs à l’heure où j’écris mais la chose est tout de même préoccupante) un candidat proposant, entre autres choses sympathiques, la création d’un « Guantanamo à la française » afin d’enfermer « les cas extrêmement graves » qui nécessitent, selon lui, « des mesures d’exception avec un centre de rétention dédié » et d’un permis à points pour les migrants. Alors que, selon ce sondage (il est vrai qu’ils varient tant qu’est bien fol qui s’y fie, mais bon c’est juste pour illustrer ….), l’immigration ne semble pas constituer un thème prioritaire nous allons nous en manger pendant des mois et des mois jusqu’à la nausée (si ce n’est pas déjà le cas).

La raison ? Ne pas se laisser distancer sur la thématique par un candidat, pitoyable mais lancinant sur certaines chaines d’infos, dont l’entrée en campagne s’est avérée pour le moins ratée.

5/ Un ministre des outre mer qu’on a bien fait de nommer à ce poste pour calmer les Guadeloupéens (encore que je pense qu’il serait tout aussi odieux dans l’exercice de quelque mandat que ce soit). « Le ramenard et la manière » titre le Canard enchaîné dans le portrait qu’il tire de lui. Ramenard oui, mais la manière … jugez vous mêmes.

…et peut-être un préfet contestable décoré de la légion d’honneur traînant quelque part.

Cela ne vous donne pas envie d’hiberner, vous ?

Big quit

C’est, entre autres médias, France 24 qui s’en fait l’écho : « Les Américains l’appellent le “Big Quit” ou « great resignation ». Cette “Grande démission” désigne la vague d’employés qui quittent en nombre leur travail aux États-Unis. Ils ont été plus de 4,3 millions à remettre leur lettre de démission en août, d’après les dernières statistiques du département du Travail, publiées mercredi 13 octobre ».

https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20211015-aux-%C3%A9tats-unis-le-myst%C3%A8re-de-la-grande-d%C3%A9mission-de-millions-d-am%C3%A9ricains

Pourquoi s’en vont-ils ? Ce mouvement illustrerait avant tout, « un grand ras-le-bol des employés dans les secteurs les plus durement touchés ou sollicités durant la crise sanitaire. Nul hasard au fait que les caissières de supermarchés, les aides-soignantes, les femmes de ménages dans les hôtels et autres titulaires d’emplois peu qualifiés et mal payés soient les plus nombreux à avoir claqué la porte », souligne le Wall Street Journal.

Et chez nous ? Globalement nous n’en serions pas là, encore que l’on pourrait s’inquiéter du constat fait par notre fantomatique Conseil scientifique (le machin à Macron à nous qu’on a) : selon un avis publié le 5 octobre dernier, 20% de lits en moyenne seraient fermés dans les hôpitaux français, et ce, dans tous les secteurs de soins. En cause : le manque de personnel soignant. La réaction du Gouvernement ne s’est pas fait attendre : le ministre de la santé a estimé urgent de diligenter …une autre enquête.

On pourrait aussi s’inquiéter des départs dans l’Éducation Nationale. « Des stagiaires qui renoncent, des professeurs qui partent…Rapportés au total de 800 000 enseignants, ces départs ne pèsent pas grand-chose. Mais d’année en année, ils se font de moins en moins rares », signale le journal Le Monde dans un article publié le 22 novembre.

Conditions de travail dégradées, perte de sens, sans parler des salaires : ces métiers n’attirent plus. Et chacun cherche son chas. Reconversion pour les uns, retraite pour d’autres.

Pour moi, j’ai bien aimé mon métier (rédactrice dans une maison d’édition d’ouvrages et revues juridiques) jusqu’à ces 5 dernières années. Au cours de ces années, mon plaisir « laborieux » (sic) s’est fané – imperméabilité à une forme de communication qui me devenait étrangère ? Mon père m’a légué sa méfiance de ce qu’il appelait des « paroles verbales » : j’avais l’impression de plus en plus nette d’en être environnée et de ne plus être à ma place au milieu d’une logorrhée franglaise cachant mal son vide.

Je n’avais plus rien à dire à cette entreprise dont le nouveau visage ne me disait rien. Peut-être est-ce pour cela, au-delà des spécificités d’un métier, que l’on s’en va.

Pas de big quit chez nous, donc, mais, ça et là des exigences qui vont au delà du simple « matériel ». Il est d’usage que les mouvementa étasuniens mettent du temps à traverser l’atlantique. Il n’est donc pas exclu que nous y venions.

En attendant, avec les pots de départ d’usage, des regards envieux vous suivent …

A rebours de cette tendance au « leave » (départ), Courrier international nous narre l’histoire de cet entrepreneur néerlandais de 69 ans qui demande aux autorités de baisser de 20 ans son âge légal : “J’ai 69 ans mais je me sens comme si j’en avais 49, dit-il. C’est pour cette raison que j’ai demandé à l’état civil de diminuer mon âge. Si tu peux changer ton nom, passer d’homme à femme, ou l’inverse, pourquoi ne pourrais-tu pas rester coincé au même âge ?”.

Ce qui me fait penser à Oskar, ce personnage du « Tambour » de Günter Grass et ne me rends pas optimiste sur notre santé mentale.

Représentation

On se dit qu’on est à la retraite et que l’on a tiré un trait sur son ancienne discipline laborieuse et puis on apprend ça.

Saisi par la chambre sociale de la Cour de cassation d’une question prioritaire de constitutionnalité à la demande du Syndicat national de l’encadrement du groupe Carrefour CFE-CGC, le Conseil constitutionnel vient de rendre une décision assez « décoiffante » en matière d’élections professionnelles dans l’entreprise.

En application de l’article L 2314-18 du Code du travail, sont électeurs (et donc potentiellement éligibles en vertu de l’article L 2314-19 du même Code) les salariés des deux sexes, âgés de seize ans révolus, travaillant depuis trois mois au moins dans l’entreprise et n’ayant fait l’objet d’aucune interdiction, déchéance ou incapacité relatives à leurs droits civiques.

Selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation cependant, les salariés pouvant être assimilés au chef d’entreprise doivent être exclus de l’électorat et de l’éligibilité à ces élections. Sont visés les salariés détenant sur un service, un département ou un établissement de l’entreprise une délégation particulière d’autorité, écrite, permettant de les assimiler à l’employeur et ceux représentant effectivement l’employeur devant les institutions représentatives du personnel.

Ce qui pouvait sembler avoir du sens. Les institutions représentatives du personnel ont pour objet la défense des intérêts des salariés de manière constante, objective et subjective et des responsables (en l’occurrence des directeurs de magasin) ne peuvent pas présenter l’ambiguïté de représenter tantôt l’employeur, tantôt les salariés.

C’est cette jurisprudence que le Conseil constitutionnel vient bousculer (pour le moins). Sa décision s’appuie, en gros, sur les éléments suivants :

  • le Préambule de la Constitution de 1946 dispose, en son huitième alinéa, que : tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises.
  • l’article 34 de la Constitution range, par ailleurs, dans le domaine de la loi la détermination des principes fondamentaux du droit du travail. Ainsi, c’est au législateur qu’il revient de déterminer, dans le respect du principe énoncé au huitième alinéa du Préambule, les conditions et garanties de sa mise en œuvre et, en particulier, les modalités selon lesquelles la représentation des travailleurs est assurée dans l’entreprise.
  • les dispositions de l’article L 2314-18 du Code du travail ne contiennent aucune restriction électorale relative aux responsabilités des salariés. En privant néanmoins certains d’entre eux de toute possibilité de participer en qualité d’électeur à l’élection du comité social et économique, au seul motif qu’ils disposent de telle délégation ou de tel pouvoir de représentation, ces dispositions (telles qu’interprétées par la Cour de cassation se doit-on d’ajouter) portent une atteinte manifestement disproportionnée au principe de participation des travailleurs.

Par conséquent, l’article L 2314-18 du Code du travail doit être déclaré contraire à la Constitution.

Constatant que, l’abrogation immédiate des dispositions déclarées inconstitutionnelles aurait pour effet de supprimer toute condition pour être électeur aux élections professionnelles entraînant ainsi des conséquences manifestement excessives, les « Sages » ont décidé de reporter au 31 octobre 2022 la date de cette abrogation. Les mesures prises avant cette date en application des dispositions déclarées inconstitutionnelles ne peuvent être contestées sur le fondement de cette inconstitutionnalité.

Cette décision me laisse pour ma part un peu perplexe. Doit-on y voir un appel du pied de la Haute Juridiction au législateur (en clair le Parlement) à clarifier ses critères (la notion de « tout travailleur », sauf à lui donner une définition relativement connotée, ne laisse guère d’espace) ? Et si rien ne se passe d’ici là, il faudrait, alors, admettre qu’un responsable ayant, par exemple, âprement « négocié » un accord de performance collective qui, dans une perspective « d’adaptation rapide de l’entreprise aux évolutions à la hausse ou à la baisse du marché » (sic), permet d’ « aménager » (entre autres choses) la durée du travail et les rémunérations avec des répercussions graves (licenciement considéré par principe comme fondé sur un motif réel et sérieux) pour les salariés refusant ces « aménagements » de leur contrat, puisse se muer en colombe salariale lors d’une négociation ultérieure annuelle sur les rémunérations. Hum !

Je passe ici volontairement sur le processus électoral de ces élections qui pourrait permettre de limiter un peu la casse au premier tour mais au second, les candidatures sont libres. Alors … l’une des conséquences un peu paradoxales de la décision du Conseil constitutionnel pourrait être de redonner aux salariés une certaine exigence électorale. Mais j’ai sur ce point un optimisme très très mesuré.

Plus généralement, elle m’interroge sur ce qu’est devenu le sens public du mot représenter. Je me souviens de salariés faisant partie du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de l’entreprise dans laquelle je travaillais, plus prompts à relayer la parole directoriale que de faire valoir notre point de vue. L’attitude de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale (qui a le dernier mot dans le processus de discussion parlementaire) ressemble assez à cela. Si j’en crois le site internet de cette assemblée, être député, c’est exercer un mandat confié par le peuple français au service de l’intérêt général. Mais force est de constater que, majorité oblige, la parole gouvernementale jupitérienne n’y est que très peu discutée et l’opposition, de quelque bord qu’elle vienne, fort peu entendue. Il suffit d’aller sur le site du travail des commissions.

Alors, plus que représentants, ces élus me semblent être en perpétuelle représentation d’un pragmatisme sans colonne vertébrale (En Marche : combien de divisions territoriales au juste ?) …ce qui ne signifie pas la même chose.

A propos de la candidature de Muriel Pénicaud au poste de directrice générale de l’Organisation internationale du travail, la députée Insoumise Manon Aubry observait « ce serait comme confier à Monsanto la lutte contre les pesticides ».

En levant toute condition pour être électeur (et donc éligible) aux élections professionnelles dans l’entreprise, en introduisant une sorte d’ « en même temps » singulier dans la représentation salariale, le Conseil Constitutionnel me paraît avoir ouvert une semblable porte.

Globalement, politiquement, climatiquement etc, il me semble que nous en sommes là

Marcher sur la tête, un projet interdisciplinaire - Bienvenue chez les  P'tits !

Heureusement, il est des livres qui délivrent du marasme. Je n’ai pas encore fini celui-ci, conseillé par un ami : « La tristesse est un mur entre deux jardins » (chez Odile Jacob), une rencontre lumineuse entre deux femmes, Michelle Perrot, historienne, et Wassyla Tamzali, avocate et féministe algérienne. L’intelligence et l’ouverture, il n’y a que ça de vrai.

Le réel et le ressenti

Ce 13 novembre à Bordeaux : temps couvert, température 15° C, ressenti 16°. Cette notion de ressenti ne m’ « interpelle » pas spécialement en température basse mais mon mercure personnel s’emballe en été. C’est même à partir du moment où les températures estivales me sont devenues difficiles à supporter que j’ai commencé à faire attention à la chose dans les bulletins météo.

De quand date cet indice météorologique ? Et que signifie-t-il ?

A en croire les décodeurs du Monde, le concept aurait émergé en 1939 aux États-Unis lors des expéditions de Paul Siple et Charles Passel en Antarctique. L’idée générale était que le froid est ressenti de manière plus violente lorsqu’il y a un gros coup de vent. C’est ici :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/06/24/canicule-qu-est-ce-que-la-temperature-ressentie_5480770_4355770.html

Plus généralement, selon Madaame Wikipedia, la température ressentie est un indice qui exprime la sensation subjective de froid ou de chaleur en fonction de la température mesurée, du vent et de l’humidité relative. Elle est le résultat d’une équation basée sur les échanges thermiques et sur des données expérimentales acquises auprès de volontaires.

A l’heure de la post vérité, l’indice ne me paraît pas dénué de déclinaisons hors de son univers physique.

Prenons, par exemple, le sujet du pouvoir d’achat ou du Covid et de l’hôpital ?

Si l’on en croit l’Insee, le pouvoir d’achat des français serait en hausse de 1,4% sur une moyenne annuelle, comparativement à 2020. Chiffre confirmé par lObservatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui lui, table sur une hausse du pouvoir d’achat pour fin 2021 de l’ordre de 1,5 %. Quant à 2022, l’évolution du pouvoir d’achat est estimée à 0,7 %, selon ce même organisme.

Pourtant tel n’est pas le ressenti des intéressés. L’ humeur dépensière, portée par la réouverture des restaurants, le tourisme ou les loisirs s’évanouit, En cause « la hausse des prix à la consommation, qui ont augmenté de 2,6 % sur les 12 derniers mois, selon les chiffres publiés vendredi 29 octobre par l’Insee, soit la plus forte hausse depuis octobre 2008, souligne Aurélien Daubaire, chef du département des prix à la consommation à l’Insee. A eux seuls, les prix de l’énergie (gaz, électricité, carburant) ont enregistré une hausse de 20,1 % en un an » (Le Monde 29 octobre 2021) .

La comptabilité des ménages, sur laquelle ces derniers prix pèse, ne s’accommode guère dès lors du discours selon lequel leur situation se serait améliorée ni du satisfecit affiché par le Gouvernement selon lequel, les Français auraient vu leur niveau de vie s’améliorer depuis 2017, malgré la pandémie de Covid-19, grâce, entre autres, à des mesures telles que la suppression de la taxe d’habitation, l’exonération de certaines cotisations sociales sur les heures supplémentaires ou encore le chèque énergie.

Quid du Covid et de l’hôpital ?

On se souvient des lancinantes conférences de presse du directeur de la santé Jérôme Salomon nous annonçant les chiffres de la progression du virus et des reportages sur les conditions de travail, pour le moins dégradées (manque de personnel, de masques, de blouses, de respirateurs …), dans les services confrontés à l’arrivée des patients. Certains ont vu une intervention programmée les concernant (ou un proche) différée. Bref, le sentiment semblait assez partagé que cette pandémie galopante avait mis l’hôpital dans une tension proche de l’insoutenable et les soins hors Covid presque à l’arrêt.

Or qu’apprend-t-on ? Que seuls 5 % des malades en réanimation et 2 % de tous les malades hospitalisés en 2020 l’auraient été pour cause de Covid 19.

 Ces chiffres surprenants ont été avancés  par le médecin Martin Blachier sur le plateau de LCP mardi dernier s’appuyant sur un rapport de l’agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH). Stupeur. Devait-on en déduire que notre système hospitalier était devenu fragile à ce point là ?

A vrai dire non. Car si le chiffre de 2 % figure bien dans l’étude de l’ATIH, il s’agit d’une moyenne sur l’année 2020. Or, les hospitalisations pour Covid-19 se sont principalement concentrées sur les mois de mars-avril au printemps, puis entre octobre et novembre pour la deuxième vague. Il est valable pour l’ensemble du territoire, ne disant rien des différences régionales. Ce ne sont là que « quelques réductions » (sic) dont nos médias deviennent coutumiers. Pour d’autres omissions sur ce rapport, voir par exemple ici :

https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/non-le-chiffre-de-2-dhospitalisations-liees-au-covid-19-ne-demontre-pas-quon-en-a-trop-fait_14043833/

On pourrait aussi gloser sur la guerre des chiffres relatifs au nombre de lits fermés faute de personnel : 20% selon le Conseil scientifique cher à notre Jupiter, 6 % selon une enquête de la Fédération hospitalière de France …Résultat des courses, le ministre de la Santé vient d’ en diligenter une nouvelle par ses services… enquête qui ne réglera sûrement rien si elle ne finit pas au fond d’un tiroir tant les sujets ne font plus qu’un petit tour dans les colonnes (au fait les pandora papers, on en cause ?).

Le pékin moyen qui a applaudi les soignants pendant le premier confinement après les avoir vus, impavide, puis revus le confinement levé, manifester dans les rues en tiendra, lui, pour ce qu’il sait : les attentes hospitalières.

Ainsi, dans la surenchère d’informations souvent biaisées quand elles ne sont pas tronquées, dans l’abondance renouvelée d’éléments de langage, le réel social se dissout et le ressenti s’affirme, largement alimenté par des réseaux sociaux en roue libre. Ce dont certain polémiste fait ses choux gras.

Quant aux politiques à l’aube de ces présidentielles ? Le ressenti d’une navrante course à l’échalote virant au grand foutage de gueule l’emporte chez moi sur toute notion de sérieux.

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Fin de mandat et projections

Le traître et le néant. C’est le dernier opus de la doublette Gérard Davet-Fabrice Lhomme. Après « Sarko m’a tuer » sur les années d’icelui et « Un président ne devrait pas dire ça », sur le quinquennat Hollandais, nous voilà donc au bilan macronien. Je n’ai pas lu le premier ouvrage, ai profité d’une version aimablement mise en ligne pour le second et ne suis pas sûre d’avoir envie de lire celui-là. A tout prendre, les chroniques de Patrick Rambaud étaient plus amusantes mais ni François ni Emmanuel ne l’inspirèrent autant que Nicolas.

Le quinquennat comme rente littéraire. C’est un peu l’effet que me font ces retrouvailles DavetLhomiennes. Deux livres de Marc Endeweld « L’Ambigu monsieur Macron » puis « Le grand manipulateur » avaient déjà largement suggéré le traitre …restait le néant.

Pourquoi le néant ? En quatre ans de mandat, l’homme a pulvérisé façon puzzle le paysage gauche-droite habituel, instrumentalisé comme nul autre un Parlement à sa dévotion, cisaillé un tissu social qui lui résiste encore un peu … entre autres réalisations (sic). Voilà qui n’est pas rien.

A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose : le constat que l’exercice si vertical du pouvoir par Emmanuel Macron n’a pas permis de constituer un parti derrière lui. Et la martingale de 2017 semble éculée. Ce qui fait dire à François Hollande, qui s’autorise au passage un petit tacle : « Il y a un mécontentement sourd qui est là ; mais comme il n’y a pas de débouché politique… on est dans le néant.« 

Pour l’heure, s’agit-il vraiment de néant ou de hors-sol ?

Cette sortie lunaire de notre Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances de France, Agnès Pannier Runacher donne une idée de l’aréopage aux manettes

A croire que les accidentés du travail se sont laissés distraire par la magie de l’atelier ou se demander ce qu’ils et elles fument.

Dans la même veine, cette autre trouvaille. La santé et l’hôpital sont en lambeaux, les sages femmes dans la rue pour réclamer des effectifs supplémentaires, un vrai statut médical à l’hôpital, une revalorisation de leur salaire et de meilleures conditions de travail. Mais on offre une bébé box aux jeunes mères dont le séjour à la maternité s’écourte (2 jours et demi pour ma nièce qui a accouché de son troisième enfant en août dernier). Comme si ceci, une boîte, pouvait compenser cela, un accompagnement humain.

Le gadget comme politique sociale.

On peut s’en amuser ironiquement comme cette chroniqueuse sur France inter …

…ou s’en inquiéter franchement devant la pléthore de candidats aux présidentielles de l’an prochain, la plupart englués dans des problématiques « séparatistes » (islamo – gauchisme fantasmé, wokisme supposé et autre cancel culture) ayant peu à voir avec le quotidien très précarisé d’un français sur cinq, selon une étude de l’Insee.

Rien de bien réjouissant.

Envolés des Unes les pandoras papers, relégué à une certaine presse le rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l’Eglise, presque évaporée la geste bennallesque tandis qu’ une laïcité à vif s’épanche sur fond d’hommage à Samuel Paty et que se profile le soixantième anniversaire d’un 17 octobre sanglant, largement documenté aujourd’hui et rappelé aux consciences lors du procès intenté à un ancien préfet de la Gironde nommé Papon. Mais il y a loin de la connaissance à la reconnaissance.

Certains misent l’avenir sur mars quand il serait peut-être plus sensé de s’occuper de cette planète – ci.

Justement, notre Jupiter – initiateur d’une convention citoyenne sur le climat, dont la plupart des propositions sont restées lettre morte – y vient en fin de mandat.

Passons sur le marronnier introductif : « les Français travaillent moins, en moyenne, que les autres« , nous aurions  » une quantité de travail allouée qui n’est pas au bon niveau, à la fois dans le cycle de vie et en horaires cumulés ».

Selon les fact-checkeurs du journal Le Monde, l’indicateur de l’OCDE sur lequel s’appuie le Gouvernement ( nombre moyen d’heures annuelles travaillées par pays) « mélange les emplois à temps plein et les emplois à temps partiel. Ces derniers font mécaniquement baisser la moyenne, particulièrement en Allemagne, où ils sont répandus, notamment chez les femmes : le pays se retrouve dernier de ce classement ». Impossible, donc, d’effectuer, comme le suggère Gabriel Attal, des calculs sur la base de « journées de travail de sept heures » . »La prise en compte des saisonniers, très nombreux dans les pays touristiques comme la France, contribue de la même manière à faire chuter la moyenne du temps de travail annuel. Enfin, ces comparaisons tiennent compte du nombre de jours non travaillés (congés payés et jours fériés), qui diffèrent d’un pays à l’autre. Avec 35 jours « off », les travailleurs en France sont parmi ceux qui en ont le plus, ce qui tire la moyenne horaire annuelle vers le bas ».

« Et puis c’est oublier que la productivité de la main-d’œuvre par personne occupée et heure travaillée, qui élimine les différences entre plein-temps et temps partiel, sont plutôt à l’avantage de la France (magie des ateliers ?). Selon les données de l’Union européenne, le pays se situe au septième rang pour l’année 2019, et même au cinquième pour 2020. Si l’Irlande est loin devant, la France fait mieux que l’Allemagne (étalon de référence) dans ce domaine ».

Bref, il y aurait de quoi discuter sur les « quantités de travail allouées qui ne sont pas au bon niveau ».

« Il nous faut avoir un pays qui produise davantage » ajoute le Président . Mais quoi et avec quoi ?

«Un plan d’investissement massif (30 milliards) pour faire émerger les futurs champions technologiques de demain et accompagner les transitions de nos secteurs d’excellence, automobile, aéronautique ou encore espace » précise-t-il – annonce qui ne l’engage pas à ce stade même s’il prévoit d’affecter un budget de 4 milliard pour amorcer la pompe- qui s’appuie notamment sur des « réacteurs nucléaires de petite taille innovants avec un meilleur gestion des déchets, l’hydrogène vert et l’exploration des fonds marins ».

Les premiers seraient « le nouveau mirage du nucléaire pour faire oublier le fiasco industriel et économique de l’EPR partout dans le monde. En France, l’EPR de Flamanville a déjà englouti plus de 19 milliards d’euros au lieu des 3 milliards prévus et accumule plus de 10 ans de retard. Or ces “petits” réacteurs ne sont même pas prêts : leur technologie n’est pas aboutie et ne le sera pas à un niveau industriel avant au mieux 2035 selon EDF. Beaucoup trop tard pour répondre à l’urgence climatique. Par ailleurs, ils n’offrent pas de réelles solutions face à la question majeure des déchets radioactifs” selon Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique à Greenpeace France.

La deuxième technologie serait fortement consommatrice d’énergie. Quant aux fonds marins si la gestion de leurs richesses est à l’aune de celle de la pêche, il y a du souci à se faire.

Et puis d’autres imaginent plus loin.

« Nous manquons d’une stratégie à l’horizon 2050 » et « je veux avec vous la bâtir » assure Édouard Philippe en lançant son parti « Horizons ». « Nous croyons que cette ambition passe par l’instauration d’une politique efficace de décarbonation de notre économie, la préservation de la biodiversité et un investissement accru dans l’excellence des filières énergétiques et agricoles françaises », a-t-il expliqué.

A croire que sa loyauté ministérielle l’a empêché d’initier … ces initiatives ou que le repos (sic) havrais lui a ouvert les écoutilles.

Mais au fait, il me semble que nous nous étions dotés d’un haut commissaire au plan. Que devient-il ?

Retraite

Autoportrait. © Vivian Maier/John Maloof Collection
Vivian Maier autoportrait

Me voilà donc entrée dans la confrérie des retraités.

Ayant été priée de solder tous mes congés non pris avant la date fatidique du 1er octobre 2021 (date choisie pour cesser mes activités), je ne travaille plus, en pratique, depuis le mois de juin. Ma sortie des effectifs de l’entreprise aurait dû me laisser indifférente. Et pourtant non. La restitution, hier, de l’ ordinateur qui me permettait de suivre la vie et l’activité de mon service, et de mon badge qui me donnait accès aux locaux et d’user de tout le matériel fourni par mon employeur (imprimantes, photocopieurs, bibliothèque …etc.) a définitivement concrétisé ce qui n’était encore que virtuel.

Retraite, un mot que je n’aime pas. Un mot qui, à première vue, sent la débandade et l’isolation, le placard et la naphtaline. Les anglais avec leur « retirement » partagent une brume semblable, ce qui n’est pas le cas de nos proches voisins latins (on pourrait vagabonder plus loin sur le mot mais cela risque d’être fastidieux ou mériterait peut-être une thèse, allez savoir). Les espagnols (j’ai sûrement dû déjà le dire ici) ont un mot nettement plus festif pour parler de cette période particulière où, au fond, il faut s’inventer une autre vie au monde : jubilacion. Les italiens en tiennent pour le pensonamiento qui a des relents pensifs, les portugais pour la reforma ce qui est carrément radical.

Pour revenir à hier, je suis sortie de ma communauté laborieuse sous l’œil envieux de ceux qu’il me faut bien nommer ex-collègues maintenant.

« Il va falloir structurer vos journées » me dit cette chef de service.

Sans doute. Tant que j’ai été « en congés », je n’y ai pas vraiment songé. Pour l’heure, je ne me sens pas trop l’âme à structurer mais j’ai ma liste de tâches. Je procrastine dans les rues de Paname quand le temps s’y prête. Des déambulations qui m’ont amenée dernièrement au Musée du Luxembourg où se tient une exposition consacrée à une singulière photographe : Vivian Maier.

Nourrice de son état et photographe compulsive, Vivian n’a jamais cherché à faire connaître son travail. A l’origine de sa découverte, une vente aux enchères et un jeune homme à la recherche de photographies pour illustrer un livre sur un quartier de Chicago. A l’arrivée plus de 100 000 négatifs dont très peu tirés par la photographe elle-même : manque de place (elle vivait chez ses employeurs) et de moyens sans doute.

A en croire le documentaire réalisé plus tard par le jeune homme, Vivian embarquait parfois les enfants dont elle avait la charge dans ses « promenades » au milieu de toutes ces solitudes urbaines que nombre de ses clichés donnent à voir : laissés-pour-compte, marginaux, SDF, miséreux noirs ou blancs auxquels elle semblait s’identifier.

Vivian Maier qui êtes-vous ? « A mysterious woman »
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Drôle d’œuvre dont on ne saura pas l’aboutissement, le regard ultime puisque ce qui nous est montré n’a pas été développé par ses soins. Quel contraste, quel cadrage final, quelle sélection (si elle en avait été capable ce dont le documentaire précité fait douter) auraient donc été les siens ? Cet inachèvement explique peut-être en partie la réticence de certains musées à accrocher son travail sur leurs cimaises.

Pour l’heure, on peut en apprendre un peu plus ici.

Loin de moi d’imaginer un jour produire des clichés de l’intensité de ceux de Vivian mais je me dis que tester une acuité visuelle revisitée par l’opération subie en mai en arpentant les rues sur mon temps délivré ..pourrait être une activité « structurante ».

To go or not to go …

https://images.bfmtv.com/QekjbevMhkmolup5Xw2rAH7Ual0=/0x0:1920x1080/1920x0/images/Jean-Luc-Melenchon-et-Eric-Zemmour-debattent-sur-BFMTV-le-jeudi-23-septembre-2021-1133327.jpg

Fallait-il débattre avec Eric Zemmour à la télé ou non ? La question est vieille comme celle de débattre avec l’extrême droite. Certains s’y sont aventurés (Lajoinie en 1987 puis Tapie en 1989 contre Le Pen père). Mais la majorité des politiques s’en abstint.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon s’y est-il collé ?

« Parce que les. journalistes.n’ont.pas.fait.leur.boulot. Point. Ils étaient en première ligne pour nettoyer la merde répandue dans les oreilles des gens, ils ont préféré l’étaler partout », fait remarquer cet abonné au site « arrêt sur image ». Ce qui n’est pas totalement faux. A quoi un autre abonné sur le même site lui fait remarquer que, ce faisant, ce débat a peut-être ouvert une longue plage d’expression à JLM qui ne bénéficierait que rarement d’un accès à de tels temps de parole.

C’est possible. A vérifier.

https://medium.com/d%C3%A9penser-repenser/il-ne-faut-jamais-d%C3%A9battre-avec-lextr%C3%AAme-droite-f793840f65b5

Ce blogueur qui a un avis argumenté sur la question (il ne faut pas y aller) y mettait un bémol s’agissant de JLM : « Mon texte concernait un débat, qui n’avait d’ailleurs pas eu lieu, entre le rappeur Booba et l’éditorialiste Jean Messiha. Cette fois nous avons affaire au porte-parole d’un groupe politique et à un presque-candidat. Mélenchon est capable de maîtriser son ethos et sa posture. Et comme la mécanique d’audience est en ce moment en sa défaveur, il peut profiter de ce débat pour mettre la lumière sur lui. Le problème, ce n’est pas Mélenchon, ce sont les médias qui font de la pub gratuite à un candidat fascisant (La rhétorique zemmourienne va guider le débat, article sur le site ASI 21 septembre 2021) ».

Ce qui nous ramène peu ou prou à l’échange précédent.

Olivier Tonneau, enseignant-chercheur à l’Université de Cambridge et membre de la France Insoumise (mais qui en 2017 avouait que voter Macron au second tour ne lui posait pas de problème particulier), penche lui aussi pour un oui au débat pour les raisons suivantes :

“On ne discute pas avec l’extrême-droite, on la combat. Cette phrase est devenue un cliché qui, comme tous les clichés, n’a plus de sens. La preuve: on la trouve dans la bouche d’un maire LR, Alexandre Vincendet, du chiraquien Hugues Renson, bref de tout le monde: un tour sur Google vous le confirmera.

Pour donner sens au cliché, il faut en définir les termes. Clémentine Autain s’exprimait plus précisément dans Libé: “On ne négocie pas”, disait-elle, avec l’extrême-droite. Discuter ne signifie donc pas “parler” mais entrer en pourparlers, chercher un compromis – se compromettre.

Il y a longtemps, on pouvait considérer que parler, c’était déjà céder du terrain puisque c’était donner une place à l’extrême-droite dans le cercle de la raison (ou de la République). Cette bataille-là est évidemment perdue depuis longtemps. Alors aujourd’hui, la parole est-elle l’un des terrains sur lequel il faut affronter l’extrême-droite droite? Je crois que oui ; combat à mener tout en continuant d’affirmer qu’on n’aurait jamais dû s’y trouver contraint, donc en désignant également comme ennemis ceux qui ont introduit le loup dans la bergerie, à savoir les médias. La stratégie de confrontation avec l’appareil médiatique est donc une dimension indispensable de la lutte contre l’extrême-droite.

Sinon parler, que signifie combattre? J’avoue que je n’ai pas trouvé de réponse dans les posts de ceux qui reprochent à Mélenchon de débattre avec Zemmour. Je suis curieux qu’on m’en donne. En attendant, à défaut de mieux, je me dirai que débattre est la moins mauvaise façon de combattre… ».

Quoique, pour ce qui est de la télé … Les dispositifs mis en place pour ce genre de joute sont souvent tels que la petite phrase ou la « punchline » ( exemple : « le monopole du cœur » giscardien ou « l’homme du passif » mitterrandien 7 ans plus tard, ou encore le « je vous trouve un peu molle » de Darmanin adressé à Marine Le Pen voire l’anaphore hollandienne face à Sarkozy ) importent presque plus que le fond. Elles semblent même constituer le graal de l’exercice. Le petit « point » marqué dont, par médias interposés, on se souviendra. Et puis, il y a la posture, la posture, analysée, décortiquée, dépecée. D’où ce troisième élément de plus en plus omniprésent : le plateau.

Les chaînes ont essayé divers formats au fil du temps -incluant invité surprise, public, vérification des assertions des uns ou des autres (fact-chacking), pluralité de journalistes (dont les différences de sensibilité ne sont pas toujours évidentes), des tables, rondes, ovales, triangulaires, carrées, des pupitres, que sais-je ? – mais l’impression que j’en retire est toujours la même. Beaucoup de bruit pour rien (ou presque).

Bien entendu, ce matin (lendemain du débat litigieux) les unes ont des allures de résultats sportifs : « selon vous qui a gagné ? » Question sans aucun intérêt puisque chacun aura vu son champion à sa porte.

A cette question s’ajoute celle relative aux audiences qui « spéctacularise » encore plus l’évènement : « quel score pour «Élysée 2022» (avec Valérie Pécresse et Darmanin) face au débat Mélenchon-Zemmour sur BFMTV ? », pour ne parler que des émissions d’hier. Selon Le Figaro, « pour la Deux, c’est un échec avec seulement 1 million de téléspectateurs intéressés, soit 5,1% de part d’audience (PDA). La chaîne du service public est sixième dans le tableau Médiametrie des audiences, derrière TMC et Camping 3 (un film). En revanche, pour BFMTV, c’est un carton avec plus de 3,8 millions de téléspectateurs en moyenne (18,7% de PDA). Une audience qui place la chaîne d’information en tête des audiences de la soirée, toutes chaînes confondues ».

Où l’on se retrouve alors, avec- étage supplémentaire- la problématique du « bon client » télévisuel susceptible d’attraire le téléspectateur, la bonne affiche en quelque sorte. Le trublion Eric Zemmour, avec ou sans son comparse Eric Naulleau, a émergé comme tel et son exposition médiatique, sans contradicteur sérieux, ces dernières années, l’a consacré dans ce rôle. Sans cette dernière (l’exposition médiatique), le débat aurait-il eu lieu ? Pas sûr.

« Débattre est la moins mauvaise façon de combattre », et « combattre c’est parler »… je me dis souvent en regardant les extraits de ces émissions sur youtube : ici on ne parle pas véritablement, on joue ( ce qui, à vrai dire, est également une forme de combat). On peut apprécier ce type de jeu pour ce qu’il est : du théâtre. Et s’en tenir là sans être dupe. Ou passer son tour, ce que j’ai fait.

La réflexion se nourrit d’autres choses. D’où l’utilité de lire, écouter, voir… ailleurs.

Un ailleurs démultiplié par la toile, ce qui n’arrange pas forcément les choses pour l’individu.

« Si tous ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin » (P. Dac). Vous avez 4 heures.