Soleil magnifique ce jour, mais je reste accrochée à cette œuvre sombre, radieuse et sacrificielle. Poulenc, peut-être celui qui pourrait me faire frôler quelque chose qui serait : croire.
Catégorie : Religion
Voyage de mémoire : évocation d’Hélène P. (2)
Je me souviens de ce jour où je vous ai raconté ce voyage à Auschwitz, cette « marche des vivants » entre les deux parties du camp, et l’amertume que cela m’avait laissé.
J’avais voulu « voir » votre récit.
« Vous êtes déçue » m’avez-vous dit. Sur le coup, je n’ai pas compris. Je n’avais pas fait ce voyage là pour les paysages. Je m’en étais fait une idée fausse : c’était tout autre chose.
Une curiosité cocardière avait fait traîner notre petit groupe au pavillon français du camp I, récemment inauguré, et cette fameuse marche, en vérité, nous ne l’avions pas faite. Nous avions rejoint Birkenau en longeant des maisonnettes sages, guidés par le bruit.
C’était le jour de Yom Hashoah , de nombreuses personnalités étaient là.
A Auschwitz – Birkenau, j’étais restée à l’orée des murs : étrangère. Difficile de penser dans cette nervosité sécuritaire, cet univers écartelé entre la réalité d’aujourd’hui et celle d’hier, prégnante, de tous ceux dont les noms s’égrenaient dans la bruine.
L’histoire est une ironie : vous m’avez clairement vue piétinant rageusement de n’être pas « dedans ». Ce dedans-là qui n’avait rien à voir avec le vôtre. Ma colère était une frustration que vous aviez entièrement raison de juger infantile et déplacée.
Vous m’avez répété plus doucement « vous êtes déçue ». Et j’ai fini par comprendre. Je vous ai raconté la fin : j’ai longé, de loin, avec une autre personne, ce qui restait des baraquements – des cheminées pétrifiées sous un ciel gris – évoqué avec elle d’autres morts qui nous étaient proches et douloureuses et n’avaient rien à voir avec Birkenau. Des morts que nous avons pleurées avec toutes les autres, suspendues au – dessus de nous, sans mots, face à des policiers, sinistres réminiscences bottées, patrouillant avec leurs chiens.
Photos : Sylvie Lagabrielle – tous droits réservés
