J’aime ces impeccables séries MaggieSmithiennes, au paysage social circonscrit, ces dialogues à double détente distillés entre deux gorgées de thé, ces chapeaux, cette poussière élégante, cette distinction irréprochable et hypocrite, ce temps corseté. Rien ne dépasse, tout est en place, empesé, de bas en haut, de la coiffe de la cuisinière au col du maître des lieux. Pourtant, derrière ce glacis de bienséance, derrière ces jeux de rôles maîtrisés, derrière ces répliques mouchetées, ciselées à la virgule, au soupir, ces saillies au poivre, …. louvoient une violence prégnante, une passion celée dans les replis des mots et les ourlets des stratégies ; passé le sucre et le jasmin, quelque chose d’entier sous la retenue, de sauvage et d’impitoyable, explose à demi-mot sans souiller votre écran.
Les Français trompetaient leurs sentiments sans en penser un mot. Les Victoriens susurraient les leurs, de manière codée et constipée, en espérant être crus. La sincérité est à deviner à mi-chemin du bruit des uns et des sous-entendus des autres.
En regardant ces épisodes je me demande ce qui me fascine le plus : l’intelligence, la finesse, le sang-froid ou le cynisme. Ou tout cela à la fois, cette anglicité inaccessible. C’est un peu mon Graal.
Je me dis aussi que l’on aime bien résumer l’Anglais à cet amidon historique. Mais l’Anglais est une île, toujours défiée, jamais conquise, sauf une fois, peut-être par inadvertance : la grâce d’un Dieu qui avait choisi, on se demande encore, de se reposer ce jour-là, et d’un certain Guillaume qui y gagna ses galons de Conquérant …. pour nous seuls, de ce côté-ci des plages.

