Les Forsyte et autres dynasties télévisuelles d’outre-manche

IMG_20140804_0002_NEWJ’aime ces impeccables séries MaggieSmithiennes,  au paysage social circonscrit, ces dialogues à double détente distillés entre deux gorgées de thé, ces chapeaux, cette poussière élégante, cette distinction irréprochable et hypocrite, ce temps corseté. Rien ne dépasse, tout est en place, empesé, de bas en haut, de la coiffe de la cuisinière au col du maître des lieux. Pourtant,  derrière ce glacis de bienséance, derrière ces jeux de rôles maîtrisés, derrière  ces répliques mouchetées, ciselées à la virgule, au soupir, ces saillies au poivre, …. louvoient une violence  prégnante, une passion celée dans les replis des mots et les ourlets des stratégies  ;  passé le sucre et le jasmin, quelque chose d’entier sous la retenue, de sauvage et d’impitoyable, explose à demi-mot sans souiller votre écran.

Les Français trompetaient leurs sentiments sans en penser un mot. Les Victoriens susurraient les leurs, de manière codée et constipée, en espérant être crus. La sincérité est à deviner à mi-chemin du bruit des uns et des sous-entendus des autres.

En regardant ces épisodes je me demande ce qui me fascine le plus : l’intelligence, la finesse, le sang-froid ou le cynisme. Ou tout cela à la fois, cette anglicité inaccessible. C’est un peu mon Graal.

Je me dis aussi que l’on aime bien résumer l’Anglais à cet amidon historique.  Mais l’Anglais est une île, toujours défiée, jamais conquise, sauf une fois,  peut-être par inadvertance :  la grâce d’un Dieu qui avait choisi, on se demande encore,  de se reposer ce jour-là, et d’un certain Guillaume qui y gagna ses galons de Conquérant …. pour nous seuls, de ce côté-ci des plages.DowntonAbbey1

La caméra explore le temps

Magie des archives télévisuelles qui me font retrouver André (Castelot),  Alain (Decaux), semblablement érudits et un peu figés, et mes dimanches enfantins  rassemblés devant un petit écran aux noirs et blancs trop contrastés, trop tremblés et  brouillardeux pour nos yeux d’aujourd’hui. Cette introduction duelle un peu empesée a quelque chose de délicieusement désuet, comme les anis de Flavigny ou ces lots de pastilles spéciales menthe digeste du professeur Dépret de Bouchain recommandées « aux fumeurs, conférenciers, chanteurs, sportsmen, voyageurs, mineurs, ouvriers et cultivateurs » (Attention ! Pour éviter les contrefaçons ou imitations, exigez l’adresse complète sur chaque boîte).

La caméra rembobinait le temps avec des à peu près voulus qui nous le rendaient accessible et sensible. L’histoire se relisait dans la fragilité de la chair et non dans la rigoureuse impeccabilité  des reconstitutions en 3D.

Ces émissions exhumées ont tout des poupées russes : la caméra explore le temps, à travers elle, la télé repasse sa propre histoire et nous revisitons notre âge.

 

 

 

 

 

Texte S.Lagabrielle