Back to basics

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on partait en voyage avec un petit carnet d’adresse papier, après avoir éventuellement donné à ses proches les dates, horaires et numéros de nos vols ou trains. Sur place, on achetait des cartes postales qu’on envoyait sans être toujours sûr.e.s qu’elles arriveraient avant notre retour.

Un peu plus tard vinrent de petits téléphones itinérants aux possibilités d’abord limitées, des ordinateurs portables et des tablettes dont le poids n’était pas rédhibitoire au fond du sac. A défaut de posséder ce matériel, on trouvait parfois, en accès libre dans les hôtels ou dans des cybers cafés ou stations (sic), des bécanes pour contacter nos proches et amis.

Les téléphones se perfectionnant, on a fini par tout y mettre (carnet d’adresse, photos, applis diverses), compter sur lui pour se repérer dans l’espace, nous tenir au courant du grave ou du futile en temps réel etc…

La maladie d’une cousine que j’avais sous tutelle et la nécessité de pouvoir être jointe facilement me poussèrent à un premier achat. C’était un objet encore assez fruste qui ne me servit à rien d’autre qu’à téléphoner. Avec le suivant, je commençais à envoyer des messages puis vint la reddition finale au smartphone. Le dernier en date me permettant de prendre des clichés tout à fait corrects, j’en vins à délaisser mon appareil photo en cas de voyage en groupe, la vitesse des déplacements et la discipline horaire m’empêchant souvent de prendre mon temps photographique (régler ma prise de vue, changer d’objectif en particulier car je ne me trimballais pas avec plusieurs appareils réglés différemment ).

Le plus souvent mon téléphone restait au fond de mon sac à main. Je ne le sortais que pour appeler ou envoyer des messages à tel ou telle, prendre éventuellement des nouvelles du monde ou … des photos. Pour faire court, je ne me sentais pas enchaînée à cet objet qu’il m’arrivait souvent d’oublier chez moi.

Ce matin là, j’attendais tranquillement un taxi réservé la veille via une application installée sur mon téléphone. Un message m’avertit que le chauffeur était arrivé à destination et m’attendait …sauf qu’ayant sans doute lu trop rapidement ma commande il avait confondu avenue du Maine et rue du Maine et ne m’attendait pas au bon endroit. Je l’appelais (toujours via l’application). Il se confondit en excuses et promit d’arriver dans les 5 minutes. Sur mon écran, j’eu tout loisir d’observer les mouvements erratiques du véhicule car il arriva un bon quart d’heure plus tard. La marge que j’avais prise pour me rendre au rendez-vous avec mon groupe de voyage, gare du Nord, avait passablement fondu et les bouchons sur le trajet n’aidèrent pas au point que je désespérais d’arriver à temps. Finalement, ce fut tout juste et, soucieuse d’être à l’heure, je suis sortie comme une balle de la voiture.

Prendre l’Eurostar, c’est presque prendre l’avion (la seule grosse différence est que l’on peut passer les contrôles avec une bouteille d’eau et que l’on est pas obligé de sortir tout notre attirail électronique ce qui, dans le cas présent, aurait peut être eu son importance, quoique). Il vaut donc mieux arriver avec une bonne heure d’avance pour être sûr d’avoir son train sans flipper.

Les contrôles enfin passés, je me préparais à passer le temps en lisant les journaux sur mon téléphone. Je tâtais la poche de pantalon où je l’avais glissé en montant dans le taxi et là, gag, il n’y était plus. N’ayant côtoyé de près, en gare, personne d’autre que les membres de mon groupe et la police des frontières, j’en ai déduit que mon téléphone avait dû glisser de ma poche pendant mon trajet en taxi. Pour réparer sa bévue et me permettre d’honorer mon rendez-vous, le chauffeur n’avait pas lésiné sur le champignon et les coups de freins brusques.

A ce stade, je ne pouvais plus faire grand chose. Mon taxi était reparti, si j’avais les coordonnées de son employeur, je n’avais pas les siennes et il était trop tôt pour contacter le service client. Une membre du groupe me prêta son portable pour que je puisse bloquer ma ligne en attendant qu’on retrouve mon engin …ou pas. Je me consolais en me disant que je n’étais pas totalement démunie puisque j’avais également emporté ma tablette.

Il faisait beau à Londres, la circulation était dantesque (nous roulions dans un car affrété pour nous), le concert à l’église Saint Martin in the Fields très plaisant : j’oubliais dès lors mon souci pour profiter du moment.

Arrive le soir et je m’apprête à donner des nouvelles par courriel. Je tape mon email, mon mot de passe sur ma tablette et là, deuxième gag, Monsieur Google m’avise que pour attester que je suis bien moi, il me faut taper un code de vérification que l’on vient de m’envoyer ….sur mon téléphone portable ! Je réalise du même coup que tout mon carnet d’adresse se trouve hors de portée et que, pour contacter les unes et les uns, il va me falloir de la mémoire. Par curiosité, j’essaie de voir ce qu’il en est de mes billets de train. Même chose : madame Sncf connect veut s’assurer que je suis bien moi et m’envoie gentiment un code sur mon portable. Rétrospectivement je me félicite d’avoir aussi imprimé mes billets.

Puisqu’il y en a un, je me rabats, à l’hôtel, sur le bon vieux téléphone mis à disposition dans ma chambre pour joindre ma mère. Échec. Une voix suave me répond : « this number is not in service, please try again ». Je descends à la réception, le préposé ne réussit pas plus que moi. Les téléphones britanniques ne semblent pas reconnaître les numéros commençant par +33 5 56…. ( Joueuse, pour une fois, j’ai même poussé le vice jusqu’ à leur demander de faire mon propre numéro de téléphone fixe. Nouvel échec sur toute la ligne). De guerre lasse, je me suis créé une adresse email qui m’a permis de communiquer avec ceux dont je me souvenais des coordonnées.

Finalement, tout s’est temporairement réglé une fois rentrée sur Paris par le prêt d’un smartphone de secours pour un mois par Madame Orange. Le service client de la compagnie de taxi ne réussira pas à contacter mon chauffeur. Qui sait d’ailleurs si mon précieux engin n’a pas été tout simplement récupéré par un client suivant qui se sera bien gardé de le lui signaler.

L’histoire est banalissime mais illustre cette autre banalité : la technique vous asservit autant, sinon plus, qu’elle vous sert. En d’autres temps, ma mère aurait attendu une carte postale sans s’inquiéter (pas de nouvelles, bonnes nouvelles). Maintenant ce temps « réel » qui ne supporte pas, ou à peine, l’attente, finit par devenir anxiogène.

Vous me direz perdre ses papiers ou titres de transport autrefois était une tuile mais sans doute, de fait, faisions nous plus attention. La facilité électronique nous rend oublieux.

Les cabines téléphoniques britanniques si reconnaissables ont été conservées comme des sortes de reliques décoratives car il n’y a plus de téléphone dedans.

Nous nous baladons à longueur de temps avec un petit mouchard utile. Indispensable ? Peut-être pas encore tout à fait mais gageons qu’il le sera à court terme.

L’homme libre sera seul et impuissant. car les alternatives se réduisent. Et la technique fait le reste.

Quand j’étais petite, notre facteur, M. Colas, passait deux fois par jour pour distribuer le courrier. On discutait un peu, C’était convivial. Envoyer une lettre « normale », de nos jours, est devenu une usine à gaz avec la disparition du timbre rouge. Le temps que l’entreprise ne veut pas « perdre », c’est vous qui le perdez à vos frais.

Ainsi va notre riant monde.

Parenthèse florentine

Florence Ponte Vecchio 27 octobre 2021

De la ville je n’avais que de pauvres souvenirs : ceux d’un point de rencontre matinal à la gare Santa Maria Novella pour une randonnée dans les vignes du chianti qui devait nous conduire jusqu’à Sienne. Ce jour de mai 1994 était un dimanche et la ville semblait endormie. Musées, églises, tout était fermé. Alors nous nous étions promenés dans les rues, désertées à cette heure là dans mon souvenir. Ne m’était restée que cette impression de la cathédrale Santa Maria del Fiore presque engoncée dans une place trop petite pour elle.

Dès le lendemain nous avions quitté la ville pour les sentiers.

Rien de tel cette fois-ci.

Arrivées, ma compagne de voyage et moi, en début d’après-midi, nous avons plongé dans des rues pleines de vie et de touristes en majorité italiens … au fond, dans une ville rendue à l’idée volubile que je me faisais de l’Italie.

Florence marché central 26 octobre 2021

Offices, dont je n’ai pas bien compris la logique de présentation des œuvres (je suggère d’ailleurs aux amateurs, s’ils le peuvent, de sélectionner les salles où sont exposées celles qui les intéressent…pour s’éviter de piétiner inutilement dans nombre de pièces au deuxième étage où démarre la visite), Académie –qui ne saurait se limiter au David de Michel ange-, Palazzo Vecchio, Palais Pitti, Dôme de Brunelleschi (sujets au vertige et asthmatiques s’abstenir : plus de 400 marches et 100 mètres de « vide » vous attendent), chapelle des Médicis, églises Santa Maria Novella, Santa Croce … de notre hôtel idéalement situé près du marché central nous avons arpenté la ville sans céder autant que cela à la découverte musarde.

C’est ce que me photos me disent.

Au fil du temps -week-end prolongé de Toussaint oblige-une certaine asphyxie m’a gagnée à mesure que la foule gonflait dans les rues. La fluidité des premiers jours s’était évanouie.

De cette semaine je retiendrai surtout une après-midi « au pif » (aucune visite calée ce jour là) sur les bords de l’Arno avec le Ponte Vecchio en perspective et les jardins de Boboli deux matins plus tard, un silence retrouvé et cette vue détachée qu’ils offrent sur la ville. La quiétude d’être délivrée de la rumeur du monde.

Florence rives de l’Arno 27 octobre 2021

Florence, jardins de Boboli 29 octobre 2021

Rentrée en France, j’ai repensé à ce film de James Ivory, tiré d’un roman de E.M.Foster « Avec vue sur l’Arno », à ces – so british- voyages edouardiens « initiatiques » avec duègnes incorporées. Florence n’y jouait que son rôle de prétexte romantique et, en le revoyant, je me rendis compte qu’au delà des déserts matinaux de 1994, la ville, au fond de mes pupilles, avait conservé le visage encaustiqué de Maggie Smith, sublime chaperon devant l’Eternel.

Florence, vue du palazzo vecchio 31 octobre 2021

Texte et photos S. Lagabrielle :tous droits réservés.

Songeries voyageuses

Copenhague – Août 2021

Mes plus anciens souvenirs de voyage viennent de là. Certains réels, d’autres reconstruits au fil de photos noir et blanc prises par ma mère : le Danemark. Nos pérégrinations privilégiaient le Jutland. Copenhague fut une découverte plus tardive. Mais une impression demeura entre les deux : un quelque chose de paisible …et coloré. Les maisons, les cieux.

Copenhague août 2021

Ce matin là, j’ai donc quitté les environs agités de Paname pour une sorte de retour à mes petites sources voyageuses.

Petite curiosité : on ne m’a pas demandé de produire mon passe sanitaire en France. Aucun contrôle officiel ni à l’aller ni au retour à Roissy. A en croire mes compagnons de voyage, seuls les bistrotiers du terminal 2- F se pliaient à la consigne. La seule réelle formalité hexagonale a laquelle j’ai dû me soumettre est celle de remplir, au retour, un imprimé à rendre au personnel de la compagnie Air France. Je n’avais pas de stylo accessible, on m’en fournit un en me précisant qu’il n’était pas à rendre.

Arrivée à Copenhague, on me demanda seulement si j’étais vaccinée sans exiger de preuve. Seuls les contrôles lors de l’embarquement sur le bateau qui nous emmena de Copenhague à Oslo puis lors des formalités aéroportuaires à Stockholm furent plus stricts. Entre les deux, pratiquement rien ou plutôt rien de vraiment pesant à moins de considérer qu’enfiler des gants jetables pour vous servir au buffet du petit déjeuner dans un hôtel soit insupportable. Dehors, nos masques collés sur la tronche nous désignaient comme étrangers. On les abandonna d’ailleurs assez vite. Le plus dangereux n’était pas le Covid mais les vélos et trottinettes. Peu accoutumés aux circuits dédiés à ces modes de transport très usités, nous regardions souvent à contretemps.

Cette sorte de confiance sanitaire – il y avait des consignes mais pas de police – nous a un peu trop bercés sur un retour « à la normale ». Peut-être est-ce ce qui nous égare. Tant de mensonges et d’approximations chez nous depuis plus d’un an. Le sentiment de responsabilité envers la collectivité que l’on peut avoir s’évanouit lorsqu’on infantilise.

Stockholm août 2021

Le Vasa, qui devait être le fleuron de la flotte suédoise, sombra le jour de son voyage inaugural, au bout de quelques 1300 mètres de navigation : trop lourd, pas assez lesté. Les caprices constructeurs (il avança brutalement le calendrier de la réalisation du navire) et canonniers du Roi (plus de 64 canons, une première à l’époque) d’alors eurent raison du vaisseau. Mais personne ne fut désigné responsable de la catastrophe. Ainsi vont des jours qui ne changent guère.

Oslo août 2021

Oslo août 2021

Ces drakkars ou devrais-je plutôt dire karv, snekkja, dreki…knörr, bien plus légers, sillonnèrent le monde. D’un bateau à l’autre, la certitude démesurée d’un destin, liée aux dieux, s’était muée en vanité.

Il me semble qu’on en est toujours là. A regarder le Vasa, qui se refuse à tout adjectif, couler, magnifique, sabords ouverts.

Stockholm août 2021

Texte et photos Sylvie Lagabrielle tous droits réservés

Vagabondages

Birmanie

La Birmanie fut mon dernier voyage lointain avant que la Covid ne nous cloue à demeure. M. était notre jeune guide. Je ne sais pas dans quel quartier de Yangon (Rangoon) elle habite. Sur facebook elle livre son quotidien précaire, en birman malheureusement, que la médiocrité des traductions proposées par le réseau social ne permet que d’effleurer. Ainsi par exemple :

J’y apprends cependant incidemment l’existence de ce courant #WeNeedR2PInMyanmar (“Nous avons besoin de R2P en Birmanie”) qu’elle soutient. Une blogueuse sur Médiapart m’éclaire.

« Selon le quotidien singapourien The Straits times, “R2P”, fait référence à la “responsabilité de protéger”, “un principe adopté au lendemain du génocide de 1994 au Rwanda qui oblige la communauté internationale à intervenir si un État manque à protéger sa population contre des crimes de guerre ou un nettoyage ethnique”. Il peut s’agir, ajoute le journal, d’aide humanitaire, diplomatique, ou d’un recours à la force.

“Pour de nombreux manifestants birmans transportant les corps ensanglantés de leurs pairs à travers les rues, cela ne signifie qu’une chose : une intervention militaire.”

“Jusqu’à il y a deux jours, je ne voulais pas d’intervention militaire”, explique au journal une jeune femme ayant véhiculé dans sa voiture des manifestants pour les mettre à l’abri.

Mais, maintenant, la situation a changé. Le peuple birman attend impatiemment une intervention des Nations unies.”

En témoigne par exemple cet appel relayé par M.

En attendant les images donnent une idée de la violence que M. endure tous les jours.

Japon

Marché aux poissons de Tsukiji à Tokyo. C’était une curiosité à ne pas manquer.

Selon Madame Wikipédia, le marché pouvait être schématiquement présenté en trois secteurs distincts :

  • le premier était consacré spécifiquement au marché du thon ;
  • le second était le marché couvert, dédié aux poissons en tous genres, dont la vente était réservée aux professionnels ;
  • le troisième était la partie extérieure, consacrée aux condiments, aux accessoires et aux restaurants.

Lors de mon premier voyage en 2007, il était encore possible aux touristes d’assister à la criée mais cette possibilité fut retirée puis limitée à un certain contingent de personnes car leur présence perturbaient les enchères. A défaut de criée, on pouvait toujours zigzaguer entre les étals en se gardant des voitures motorisées déambulant dans ce dédale de petites échoppes familiales.

Transformation du site en base de transport principale pour les véhicules transportant les athlètes et le personnel participant aux jeux olympiques qui devaient se dérouler en 2020, présence de rats d’égouts en période de moindre activité du marché, il fut décidé de le transférer plus loin à Toyosu (3 kilomètres plus au sud). Un documentaire sur la chaîne Arte raconte ce déménagement qui s’effectua, après moult péripéties liées à des questions de sécurité, de coût, de manque de transparence financière et de carences dans l’information du public, entre le 6 et le 11 octobre 2018. On sent peu d’inclination des protagonistes pour ce nouveau lieu froid et plus éloigné de leur clientèle (restaurants principalement). Le documentaire se clôt sur la fermeture de petits commerces qui vivaient autour du marché (petits cafés, marchands de fripes estampillées tsukiji etc.., ) et sur un emménagement résigné dans des lieux où tous ne retrouvèrent pas leurs mètres carrés d’antan.

Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de revenir au pays du soleil levant, et, si oui, si j’aurais envie de revoir ce marché si particulier. Car pour moi, il demeure cela. On peut trouver bizarre d’avoir une affection pour un endroit clos, sombre et désuet mais j’aimais bien ce lieu si vivant qui ne semblait pas coupé du monde. A regarder ces clichés d’il y a 10 ans, à l’heure où la fermeture du marché était déjà programmée, je me demande à quoi ils pensent tous.

Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Marché Tsukiji
Fabricant de couteaux à proximité du marché Tsukiji

Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Birmanie : lac Inle

Cette partie finale du voyage est ma préférée. Plus « naturelle », encore que la mise en scène n’en soit pas complètement absente.

Lac Inle 21 novembre 2019

Ce genre de photo figure dans tous les guides et blogs de visiteurs. Cet homme pêchait-il vraiment ? Pour ma part j’en doute et je n’étais pas la seule. Le bruit de nos embarcations suffisait sûrement à éloigner les poissons.

La brièveté de notre séjour autour du lac (3 jours) ne m’a pas permis de savoir si les pêcheurs croisés un peu plus loin participaient au ballet ou non. Je m’en tire en me disant que pour avoir développé de telles aptitudes à l’équilibre, ils ont bien dû être de « vrais » pêcheurs un jour (ou pratiquent encore effectivement cette activité loin des regards en des recoins plus paisibles, les « têtes de gondole » touristiques n’étant peut-être pas reconduites d’un jour à l’autre). Et puis, pourquoi se priver de la beauté d’un mouvement ?

Les Inthas, qui se seraient installés autour du lac, selon mon guide Lonely Planet, aux alentours de 1359, manoeuvrent leur pirogue d’une manière singulière.

Debout sur la poupe de la pirogue, ils n’utilisent qu’une seule rame et la pilotent en s’aidant d’une seule jambe. 

Lac Inle 21 novembre 2019

Mais comment pêchent-ils ? Selon des visiteurs plus érudits que moi, actuellement selon deux modes modes différents (https://www.voyageway.com/art-de-la-peche-sur-le-lac-inle) : au filet ou à la nasse. Auparavant, la technique consistait en une sorte de cage qui était plongée dans l’eau mais celle-ci n’est plus utilisée qu’à des fins artistiques.

Lac Inle 21 novembre 2019

Plus mystérieux reste pour moi le ramassage de ces végétaux au risque de noyer la barque. Je suis définitivement citadine et ne comprends rien aux champs, une lacune grave si l’on considère l’avenir nutritif de la planète.


Lac Inle 21 novembre 2019

Mais revenons aux Inthas, peut-être est-ce ce mode fragile d’existence sur des esquifs, des maison sur pilotis, illustration de l’impermanence des choses chère aux boudhistes, en voie de « museification »pourtant pour cause de tourisme compulsif, qui m’a plu.

Lac Inle 21 novembre 2019

Je me demande ce qu’est la vie quand la chaleur et la moiteur éloignent le pérégrin. Parce que dans les couleurs je ne voyais que nous et dans une sorte de grisaille des barques vides attendant le chaland. Il faudrait pouvoir rester mais prendre et goûter le temps est devenue chose si rare…

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Birmanie : Pindaya et « Botulisme »

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Pindaya est un village situé dans la région du lac Inle, réputé dans toute la région notamment pour sa grotte aux 8 000 bouddhas.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Y ont été entreposées au fil des siècles des statues parmi lesquelles figurent des donations de toutes physionomies et origines géographiques. Pour la plupart recouvertes d’or, ces statues offrent aux pièces souterraines une luminosité presque irréelle. L’initié peut y suivre l’évolution des représentations du Bouddha de siècle en siècle, le néophyte s’y perd dans tous les sens du terme.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

L’endroit est, en effet, un véritable labyrinthe ponctué de petites grottes, d’étroits lacets.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Ainsi, au bout de ce qui s’avéra une impasse, suis-je tombée sur cette statue offerte par un certain Jean-Baptiste Botul.

Le seul que je connaisse – et auquel Bernard Henri Lévy, dans son livre « De la guerre en philosophie », donna involontairement (et au grand dam de son ego) une visibilité inattendue – est un philosophe fictif créé en 1995 par Frédéric Pagès, journaliste au Canard enchaîné. Le seul titre des productions de JBB (dont les « nègres » diffèrent) signent le canular. Entre autres (parce que je les ai lus) :

– « La Vie sexuelle d’Emmanuel Kant », ouvrage tendant à donner du relief à la vie de ce philosophe considérée comme absolument terne. Jean-Baptiste se serait penché sur le délicat problème de la chasteté supposée d’Emmanuel à l’occasion de conférences prononcées en mai 1946 au Paraguay dans le cadre de rencontres de néo-kantiens. Il y aurait exposé pour la première fois la thèse selon laquelle « les philosophes ont inventé un moyen extraordinaire de se reproduire : ils ne pénètrent pas, ils se retirent. Ce retrait porte un nom : la mélancolie » ;

– « Landru, précurseur du féminisme. Correspondance inédite entre Henri-Désiré Landru et Jean-Baptiste Botul » dans lequel Jean-Baptiste conduit Landru à se dévoiler… et où il appert (comme disent les juristes) qu’en définitive le monstre de Gambais voulait en réalité remédier à la triste condition des femmes…

Selon le site de son éditeur : 

« la vie de Jean-Baptiste Botul, philosophe de tradition orale, est encore mal connue. Seules certitudes : il est né en 1896 et mort en 1947. À part cela, on ne sait pas grand-chose sinon que ce grand esprit, originaire des Hautes Corbières (il pâtit beaucoup de son accent méridional) connut de très près Joséphine Baker, Lou Andreas-Salomé et Simone de Beauvoir. On signale sa présence en Argentine, à Clipperton, en Cilicie et au Paraguay dans des missions restées très secrètes« .

Alors, pourquoi pas la Birmanie en général et Pindaya en particulier ?

Si j’ai le temps j’en toucherai deux mots à son créateur. Qui sait si Jean-Baptiste n’a pas entretenu une correspondance avec le treizième et/ou le quatorzième Dalaï- Lama ou des échanges spirites avec Siddhartha Gautama : un ouvrage à découvrir que je laisse à d’autres le soin d’écrire.

Grotte de Pindaya 19 novembre 2019

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Birmanie : c’est joli, c’est pas cher et c’est moi qui l’ai fait

Amarapura 13 novembre 2019

Cette petite ritournelle me reste en mémoire autant que les paysages, les lieux, les milles visages de Bouddha et ceux de ces moines de tous âges défilant silencieusement, en ligne, dans les rues d’Amarapura, leur repas entre leurs bras.

Il nous a cueillis à l’orée d’un petit chemin descendant sur un embarcadère où nous attendait un petit bateau destiné à nous amener sur l’autre rive du fleuve Irrawaddy pour visiter l’ancienne cité d’Ava (Inwa) : un essaim de jeunes filles/femmes trimbalant des sacs pleins de petits souvenirs.

– « Bonjour ! »

– « Bonjour ! »

– « Je m’appelle Aung (ou Cho ou Myat ou Epo …), et toi ? »

– « Sylvie. »

– « Et tu viens d’où ? »

– « France. »

Ne jamais répondre ou jeter ne serait-ce qu’un coup d’oeil furtif à la marchandise sinon vous êtes fait aux pattes.

– « C’est joli non ? », disaient-elles en montrant ce qu’elles avaient à vendre, « c’est pas cher et c’est moi qui l’ai fait. »

J’en doutais fort mais, ce jour-là, j’ai acheté à l’une d’elles, pour un prix extrêmement modique (3000 kyats soit environ 2 euros), trois petits bracelets, en vraies fausses pierres précieuses, que je trouvais mignons. Au retour de la visite d’Ava, elles étaient toujours là mais je ne fus pas entreprise et en ai conclu naïvement qu’il suffisait … de céder un peu.

Erreur.

Mingun 14 novembre 2019

Le lendemain était prévue la visite de Mingun, un site comportant notamment les fondations de ce qui aurait pu être l’un des stupas les plus grands du monde. Nous y arrivâmes après une petite heure d’excursion en bateau sur la rivière Ayeyarwaddy. Occupée à prendre des photos, je m’étais laissée distancée par le groupe. Une jeune femme, qui vendait accessoirement des petits chapeaux pour se protéger des rayons du soleil, m’indiqua gentiment la direction dans laquelle il était parti. En guise de remerciement, je lui ai pris un couvre-chef (qui me fut bien utile). Je pensais en être quitte. C’était sans compter sur sa voisine qui vendait des éventails.

Il faisait effectivement chaud. Mais je n’avais nulle intention de m’encombrer de cet objet : changer l’objectif de mon appareil photo en fonction des circonstances suffisait à occuper mes mains. J’ai donc décliné l’offre.

– « Regarde, c’est joli. Tu aimes les oiseaux ? »

– ….

– « 5000 kyat, c’est pas cher »

– ….

– « C’est moi qui l’ai fait ».

J’ai essayé plusieurs tactiques : le non-j’en-ai-pas-besoin plutôt amical, le non plus ferme, le non catégorique, le non mezza vocce puis forte, le cache-cache avec d’autres touristes, l’intérêt singulier pour certaines pierres.

Rien n’y a fait.

Quand elle ne pouvait pas me suivre, notamment lors de certaines visites, elle me disait « à tout à l’heure ». Et, de fait, à la sortie de tel temple, elle m’attendait, mes chaussures à la main.

Elle m’éventait en chemin (ce qui n’était pas désagréable), me montrait d’autres modèles. Le prix d’achat variait selon le degré d’exaspération qu’elle sentait en moi. Une véritable pro.

J’avais décidé de résister, je n’aime pas la vente forcée. Elle avait compris, de son côté, que, passé un seuil temporel, en bonne occidentale, je jetterais l’éponge. Ce que je fis : je lui en ai pris un, mais un seulement, pour un prix moyen (c’est à dire la moyenne de tous ceux qu’elle m’avait proposés). Une reddition assez ridicule finalement, à un quart d’heure de reprendre le bateau pour rentrer.

Par la suite je me suis verrouillée, marchant droit sans regarder ni répondre … sauf une fois.

Bagan 17 novembre 2019

C’était une jolie gamine à laquelle j’avais du mal à donner un âge. Une petite ado, disons, qui ne vendait ni objet, ni cartes postales, mais des dessins, sans faire l’article. Je les ai trouvés touchants et les lui ai achetés. Ils n’étaient vraiment pas cher et je me suis dit qu’elle devait sans doute en être l’auteur.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Birmanie : Yangon

Pagode Shwedagon 12 novembre 2019

Sur Yangon (Rangoon) s’ouvrit et s’acheva notre voyage. Entre ces deux moments, de nombreux chemins davantage engrammés dans ma cervelle que ceux du premier jour. Souvent, ces lieux où le périple se devine puis se referme me laissent un souvenir à la fois flou et morose. Flou, parce qu’à l’aller les heures d’avion altèrent la perception, morose parce que les dernières heures signent le retour à un quotidien laborieux que j’ai mis de côté le temps de l’aventure.

Ce qui me frappe en regardant mes photos est le contraste entre la ville Bouddhique inaugurale et le final colonial. Entre la rutilance de la pagode Shwedagon et l’aspect désolé de bien des bâtiments d’inspiration britannique. Entre une curiosité initiale et un détachement prématuré.

Pagode Chaukhtatgyi 12 novembre 2019

Avant Shwedagon, il y eut la pagode Chaukhtatgyi (merci Madame Lonely Planet), immense hangar abritant le plus grand Bouddha couché de Birmanie (65 mètres de long). Financée à l’origine par un riche marchand, la statue fut achevée en 1907, mais l’expression du Bouddha, jugée à l’époque agressive (selon Madame Wikipedia) ou trop rustique (selon notre guide), conduisit à son remplacement par une figure plus aimable, consacrée en 1973.

Au risque de choquer les fervents, j’ai trouvé le visage un peu kitsch mais ai été assez saisie par une androgynie, que je relèverai souvent plus tard, accentuée par « sa masse ». Homme, femme ou être universel ? Je ne saurais dire si ce n’est que ses gigantesques plantes de pieds étaient plus intéressantes à regarder que celle (actuelle) de mon pied gauche.

Pagode Chaukhtatgyi 12 novembre 2019

Après un petit tour dans un parc calme autour d’un lac (Lac Inya) au milieu duquel trône une réplique immobile d’une ancienne embarcation royale vint l’entame du « dur » : Shwedagon. Immense lieu tout en dorures et entrelacs de pagodes et de stèles où j’appris incidemment que, pour les ablutions, il était important de connaître le jour de la semaine auquel correspond celui de votre naissance (vendredi pour moi).

Lac Enya 12 novembre 2019

Le jour tombant donnait à la pagode éminente des couleurs mordorées et des ouvriers commençaient à installer les lumières qui lui donnent un relief particulier à la nuit (dont nous n’avons pas profité pour cause de départ très matinal le lendemain).

Pagode Shwedagon 12 novembre 2019
Pagode Shwedagon 12 novembre 2019

Assis sur des escaliers nous avons regardé s’écouler les « fidèles », dont ce moine à la recherche d’un photographe de passage pour se faire prendre en photo à l’aide de sa tablette. Comme quoi l’impermanence n’est pas incompatible avec la modernité.

Pagode Shwedagon 12 novembre 2019

« Tout est bien », ai-je pensé dans la chaleur adoucie et ce temps paisible.

Pagode Shwedagon 12 novembre 2019

Le Yangon du départ n’avait plus ces couleurs : bouchons interminables, façades mangées d’humidité. Il y a sans doute mille façons de se délivrer d’un passé pesant : par exemple, en le laissant se déliter. Seuls surnagèrent de la journée, ce petit cadeau de notre guide – un bracelet d’amitié que je porte au poignet droit- et un coucher de soleil mélancolique, somme toute assez banal.

Yangon 22 novembre 2019

Yangon 22 novembre 2019

Ainsi vont les jours.

Yangon 22 novembre 2019

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Russie : épilogue

La brochure nous faisait un peu miroiter le mythique transsibérien au lieu de quoi nous eûmes cela, une sorte de Corail russe amorti et vétuste :

Oulan-Oude 24 juillet 2019

Sans doute aurais-je gagné à mieux la lire (la brochure) puisqu’elle disait : « Le retour à Irkoutsk (depuis Oulan-Oude) se fait par la ligne mythique du transsibérien (voyage de jour pour profiter des paysages).

De déjeuner dans le wagon-restaurant, promis lui aussi, nous n’aurons pas non plus. En d’autres occasions j’aurais apprécié la lenteur du train mais elle me parut fastidieuse et les paysages plus ternes que ceux que nous avions croisé jusque-là. Sans doute cette partie du voyage s’est elle colorée de ma déception.

Sur le parcours transsibérien 24 juillet 2019
Sur le parcours transsibérien 24 juillet 2019
Arrivée à Irkoutsk 24 juillet 2019

Le dernier jour nous plongea dans le XIX ème siècle, période où la ville sibérienne se mua en ville européenne, notamment sous l’impulsion d’intellectuels hostiles à l’autocratie de l’époque parmi lesquels les Décembristes (ou décabristes). Ce vocable désigne (pour faire court) un groupe d’aristocrates francophiles, séduits par les idées des philosophes des lumières, qui tentèrent le 14 décembre 1825, jour prévu pour la prestation de serment du nouveau Tsar Nicolas 1er, de soulever la garnison de Saint-Pétersbourg afin d’imposer des réformes, en particulier, l’établissement d’une Constitution et l’abolition du servage. Le complot échoua et la répression fut impitoyable. Cinq des chefs de la conjuration furent pendus et 121 conjurés condamnés à l’exil en 1826 parmi eux : Serguei Troubetskoï et Serguei Volkonski. Ayant purgé leur peine de travaux forcés, les exilés furent autorisés à s’installer à Irkoutsk. Entretemps les femmes de certains d’entre eux les avaient rejoints. Ce fut le cas pour les deux Serguei.

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison Volkonski

Construite en 1839, dans un village nommé Urik à l’extérieur de la ville, la maison de Volkonski a été déplacée à Irkoutsk en 1846. Y avaient lieu autrefois des bals, des concerts, des soirées théâtrales, musicales et littéraires où venait toute la haute société de la ville.  Elle abrite aujourd’hui le musée des décembristes et c’est toute cette saga que racontent les murs, les vitrines, les portraits, les vêtements, les meubles et les objets réunis là mais aussi autre chose de plus intime, une fêlure diffuse, dont je ne saisis pas tout de suite la teneur. Le petit dictionnaire du Baikal m’éclaire. Selon Nicolas Bielogovy, médecin et publiciste, ami entre autres de Tourgeniev, « Le vieux Volkonski passait à Irkoutsk pour un grand original. Arrivé en Sibérie, il avait radicalement rompu avec son passé de brillant représentant de la noblesse, s’était transformé en homme affairé et pratique et avait pris des habitudes de vie simple (…). L’été il passait des journées entières à travailler dans les champs et l’hiver, son passe-temps était d’aller au marché où il comptait beaucoup d’amis parmi les paysans de la périphérie de la ville et de discuter avec eux de leurs besoins ».

La culture était-elle devenue l’apanage exclusif de Madame Volkonskaia?

Irkoutsk 25 juillet 2019 Maison Volkonski

Cette virée dans l’Irkoutsk du XIX ème nous conduit ensuite chez M. Vladimir Soukachev, ancien maire de la ville, grand collectionneur et mécène. Durant son mandat furent construits le bâtiment du théâtre du Jeune spectateur, le pont sur l’Angara, la polyclinique, l’hôpital pour les enfants. Aux frais de Soukatchev furent édifiées l’école pour les enfants sourds-muets et l’école pour les filles pauvres.

Voilà pour la politique.

Dans les années 1870, Vladimir commence à collectionner des tableaux, des dessins, des sculptures. La galerie de peinture Soukatchev (comme on l’a appelée) est devenue avec le temps une des curiosités de la région. Son propriétaire en a fait don à la ville. C’est ainsi qu’ a été créé le Musée des Beaux-Arts d’Irkoutsk qui abrite aujourd’hui nombre d’oeuvres d’art russe mais aussi des tableaux de peintres ouest-européens (Monet, Pissaro notamment).

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison Soukachev

Nous croiserons un peu plus tard cette maison en bois, parfois appelée la maison en dentelle avant de replonger dans ce siècle – ci via le marché central de la ville.

Irkoutsk 25 juillet 2019 maison en dentelles

J’aime ces lieux, leurs étals, leurs odeurs, les discussions qui s’y déroulent comme le lierre sur son arbre et surtout les visages. Des visages que j’essaie de croquer sur le vif, en loucedé, de manière un peu misérable en jouant avec l’écran de mon appareil photo … sans tromper personne.

Irkoutsk 25 juillet 2019 marché central
Irkoutsk 25 juillet 2019 marché central

Cette dame a eu la gentillesse de faire semblant de ne pas remarquer mon manège. Je lui ai acheté pour sa peine un « sirop » dont une amie m’a traduit la notice mais que je n’ai pas encore essayé. C’est un nectar « à large spectre »si l’on peut dire puisqu’il est bon pour tout. S’il ne me rend pas malade il prolongera mes souvenirs.

Ainsi se clôt pour de bon le récit de mes tribulations sibériennes.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Russie : Bouddhisme et vieux croyants

Sibérie : datsan Rinpoche Bagsha 23 Juillet 2019

Datsan

Datsan est le terme utilisé pour désigner les monastères universitaires bouddhistes de tradition tibétaine (Gelugpa) situés notamment en Sibérie. En règle générale, dans un datsan, il y a deux départements : philosophique et médical. Parfois, on leur ajoute le département des pratiques tantriques où les moines n’étudient qu’après avoir terminé leurs études dans le département de philosophie.

Une petite pluie nous accompagnait ce matin là pour notre première visite : le datsan Rinpoche Bagsha situé sur une colline appelée Lysaya Gora qui doit offrir par beau temps une superbe vue sur la ville d’Oulan Oude. Le bâtiment est assez neuf et nous sommes à peu près seuls. A l’intérieur une grande salle, décorée de peintures qui semblent avoir été réalisées la veille, de longues tables où de part et d’autres des étudiants psalmodient de concert. Sous leurs doigts, des petits recueils de feuilles volantes contenant des mantras. Un moine « percussionniste » accompagne la musique répétitive et envoûtante des voix, et, d’un rythme particulier, signale les changements de textes. Nous sommes à peine là et pourtant présents dans une communion singulière avec ces hommes. Faute de culture en ce domaine, aucun de nous ne saura dire à quoi ce moment correspondait. Mais je garde à l’oreille l’harmonie des timbres et des lieux.

En sortant nous avons un peu fait le tour du propriétaire (sic), empruntant le « Chemin de longue vie et jardin de bonnes pensées » pour prolonger une méditation inattendue.

Sibérie : datsan Rinpoche Bagsha 23 Juillet 2019
Sibérie : datsan Rinpoche Bagsha 23 Juillet 2019

Un peu plus tard, toujours sous le crachin, visite d’un autre Datsan, celui d’Ivolginsk, situé à 30 kilomètres d’Oulan Oude. D’une autre envergure. Ouvert en 1945, il fut longtemps le centre spirituel et administratif bouddhiste de l’URSS. Réduit à un bâtiment à ses débuts, le centre s’est largement développé et abrite aujourd’hui de nombreux temples annexes, une université, une bibliothèque, un hôtel, un musée d’art bouriate, des bâtiments utilitaires, des logements pour les lamas et une curiosité : la dépouille d’un moine mort en 1927, Dachi-Dorjo Itigilov. Le corps d’Itigilov n’aurait jamais été embaumé ni momifié. Certains croyants fervents prétendent qu’Itigilov est encore vivant, mais immergé dans une sorte d’hibernation ou de Nirvāna. Nous avons sacrifié à la visite et je dois dire que derrière sa vitre, le visage de l’homme est presque lisse et le corps paisible dans la position du lotus. Mais je ne suis guère sensible à cette sorte d’étrangeté.

Sibérie : datsan d’Involginsk 23 Juillet 2019

Dehors, la bruine nous attendait toujours comme cette litanie égrenée par un haut parleur crachotant. Incontournable des circuits, cet endroit m’a laissée presque indifférente. Ce tourisme obligé en est peut-être la cause.

Sibérie : datsan d’Involginsk 23 Juillet 2019

Vieux Croyants

Les orthodoxes vieux-croyants sont un ensemble de personnes qui, refusant des réformes introduites par le patriarche Nikon en 1666-1667, se sont séparées de l’Église orthodoxe russe. Ma petite brochure de voyage m’explique : soutenu par le tsar Alexis Romanov, le patriarche souhaitait rapprocher la liturgie russe des usages grecs. Ces réformes aboutirent à un schisme. Beaucoup d’ opposants aux réformes « Nikoniques » émigrèrent vers l’est où l’influence de l’Église et de l’État était faible ou même absente à l’époque. Aujourd’hui les descendants de ces vieux croyants perpétuent leur traditions. Je ne sais pas combien ils sont encore (environ 120 000 ai-je noté dans mon carnet mais je ne suis plus très sûre de ce chiffre) mais, dans ce petit village, aux isbas multicolores, où nous attend Nadia, ils le sont tous.

Sibérie : Village de vieux croyants 23 juillet 2019
Sibérie : Village de vieux croyants 23 juillet 2019

Elle nous accueille sur le seuil de sa maison, en costume traditionnel.

Sibérie : Village de vieux croyants Nadia 23 juillet 2019

Après la visite du jardin et des communs (étable notamment), qui assurent en grande partie l’autosubsistance alimentaire de la famille, nous entrons dans la maison.

Sibérie : Village de vieux croyants chez Nadia 23 juillet 2019

L’entame est on ne peut plus moderne, mais passé un étroit couloir nous voilà dans le temps. La pièce est vive et gaie et les objets qui s’y trouvent semblent avoir été ceux emportés par les ancêtres sur leur chemin d’exil. L’un retient l’attention : un recueil de textes transmis de génération en génération depuis l’installation en ce lieux

Sibérie : Village de vieux croyants chez Nadia 23 juillet 2019

Nadia a requis deux de ses tantes pour nous faire respirer le parfum de cette culture isolée. Deux vieilles dames malicieuses, pas enthousiasmées de revêtir une tenue compliquée, qui nous feront découvrir les arcanes des tractations matrimoniales et, avec une justesse approximative, quelques polyphonies traditionnelles. Au bout de la journée pluvieuse une intense rigolade partagée.

Sibérie : Village de vieux croyants Nadia et ses tantes 23 juillet 2019

La joie des voyage tient parfois à presque rien.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés