Un peu de détente

J’ai un petit faible pour cette chanteuse, à l’humour un peu acide, qui parle de choses assez partagées sur des textes ciselés. Je me demandais donc si j’allais me lancer sur mon billet hebdomadaire aujourd’hui ou demain quand je suis tombée sur ça. Providentiel.

Et tant qu’à faire d’aborder les grands sujets du quotidien j’ai rajouté ça.

Mais il y en aurait bien d’autres de la « petite messe solennelle » aux « bijoux de famille » en passant par « madame » que je vous laisse rechercher pour vous distraire gaiement des retraites.

Prendre de la hauteur

A la veille d’une autre journée à battre le pavé, l’envie vient de changer d’univers. Les images transmises par le télescope James webb y invitent

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Nébuleuses mais aussi exoplanètes où la vie serait peut-être possible. Comme celle-ci dénommée « Wolf 1069 b ». Un seul point noir, elles sont loin, très loin. Et qu’y ferait-on que nous n’ayons déjà fait ici ? Mystère.

Pour l’heure, elle fournissent un peu de rêve ce qui n’est pas si mal. Mais redescendons.

La réflexion ci-dessous est assez cousue de fil blanc mais elle rappelle quelques petites choses pas inutiles quand nos politiques s’attellent à mélanger les serviettes et les torchons.

D’un certain point de vue, ma mère qui, lorsqu’elle était encore au foyer, avait suggéré à mon père de lui verser une rémunération pour le travail qu’elle effectuait à la maison (histoire aussi d’avoir un peu d’autonomie financière), était déjà « Friotiste ». Peut-être trop avant-gardiste déjà. La réponse fut nette : pas question.

Rien à voir. Encore que l’histoire illustre assez bien les choix de société de la majorité présidentielle.

En 2020, en pleine pandémie de coronavirus, le gouvernement avait mis en place le « ticket restaurant universitaire » à 1 euro pour les étudiants boursiers. Ce dispositif avait été étendu à tous les étudiants en janvier 2021. Près de 32 millions de repas ont été ainsi servis pour 1 euro. A la rentrée 2022, le périmètre de la mesure a été ramené aux étudiants bousiers et aux étudiants non boursiers en situation de précarité.

Dans le cadre de sa niche parlementaire, le parti socialiste a présenté hier, une proposition de loi visant à rétablir ce repas à 1 euro pour tous les étudiants, le coût de la mesure devant être couvert par une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs . Alors qu’elle avait quelques chances de passer – son article 1er posant le principe du repas à 1euro pour tous les étudiants et dans tous les sites de restauration des Crous.avait été adopté – la proposition fut finalement rejetée à une voix près. Selon un journaliste du Figaro présent sur place, pour éviter le succès qui s’annonçait, les partis Renaissance et LR ont joué la montre pour permettre à plusieurs de leurs députés de revenir dans l’hémicycle et voter contre la proposition dans son ensemble.

« On a refusé le principe de dire qu’on donne de l’argent public à tous même ceux qui n’en ont pas besoin. C’est ça le sujet. On doit faire des choix », a déclaré Franck Riester, le ministre délégué des Relations avec le Parlement.

La justification peut faire sourire (jaune). On est moins regardant quand il s’agit d’aider les entreprises (là, je ne vise pas le Gouvernement actuel en particulier). Cette question s’est-elle posé pour la ristourne générale sur l’ essence?

En apprenant le résultat de ce vote, je m’étais dit qu ‘il y aurait peut-être là un sujet de nouvelle autour d’un éventuel sentiment de honte chez les députés ayant rejeté le texte, chacun se demandant si c’était sa voix qui en avait décidé du sort. Mais de honte il n’y avait pas. Donc pas de sujet.

« Au-delà de l’enjeu essentiel de la restauration, c’est sur l’ensemble des questions de vie étudiante que nous travaillons, notamment grâce à l’amélioration du système de bourses », s’est encore justifiée Sylvie Retailleau, la ministre de l’Enseignement supérieur sur son compte Twitter. Affaire à suivre donc.

On vit une époque formidable.

Songeries manifestantes bis

Il faisait beau ce 31 janvier. Le parcours de la manifestation avait été légèrement modifié.

En choisissant la plus grande place d’Europe (12 hectares) pour le départ du cortège, les syndicats faisaient le pari d’une mobilisation massive. De fait, elle le fut. La tête du cortège était aux deux tiers du parcours quand la queue du peloton s’élança….enfin façon de parler. Le pack, pour parler comme les rugbymen, était du genre compact.

Entre nous, on se disait, « cette fois, la préfecture ne pourra prétendre que nous sommes seulement 16000 ». Le 19 janvier, en effet, les syndicats avaient estimé le nombre de manifestants à 60 000 personnes quand la préfecture n’en concédait que 16 000 « au plus fort ».

Hé bien si ! Alors que les syndicats décomptaient 75000 personnes, la préfecture n’en a vu que 16500.

Quand les organisations dénombrent à la louche, la préfecture estime à la petite cuillère. Mais, à ce petit jeu, est parfois battue par certains sondagiers. Ainsi à Paris. Alors que la CGT annonçait le chiffre de 500 000 personnes, la Préfecture de Police n’en avait retrouvé que 87 000, chiffre supérieur à celui de 55000 retenu par un cabinet dénommé Occurrence. Depuis lors, les blagues fusent sur ce cabinet, du style sous la reprise d’une affiche du film « les 7 mercenaires », ce commentaire : mais seulement 3 selon Occurence. Ou bien :

– Je vois que vous aimez le cinéma. Qu’êtes-vous allé voir récemment ?

– Les 31 dalmatiens.

Félicitations, bienvenue chez Occurrence !

Ce running gag des décomptes est lassant. Qui y croit encore ? Peut-être d’ailleurs qu’une étude sociologique des cortèges (quasi impossible sur le gaz) serait plus intéressante. Passés l’exaltation du moment et le combat de chiffres, la réalité reprend ses droits et elle n’est pas réjouissante. La conclusion qu’en tire cet économiste (assez répétitif) peut paraître excessive mais à la réflexion, il y a tout de même de ça. E. Macron, qui ne pourra pas se représenter en 2027, ne se sent entravé par rien. « Tu es libre et tu peux faire ce que tu veux », lui a lancé Marisol Touraine (qui espérait faire partie du futur gouvernement ?), lors de l’entame de son second quinquennat. Dont acte. Manu n’a pas besoin d’être encouragé.

L’interview d’E. Borne d’hier soir confirme cette impression. « Mon objectif sur ce texte (réforme des retraite), comme sur tous les textes que l’on porte, c’est de trouver des compromis », a-t-elle conclu. Après avoir fait passer des lois de finances et de financement de la sécurité sociale à coup de 49-3, nassé le temps des débats sur ce projet de loi précisément, tout en choisissant, dès son entrée à Matignon, ses interlocuteurs et en en excluant définitivement d’autres, voilà une affirmation un brin osée. Le principe demeure : « Cette réforme, elle se fera », et le recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans « n’est pas négociable ». Tout cela sur fond d’un rapport d’un conseil ayant travaillé sur des hypothèses transmises par le Gouvernement et dans lequel chacun pioche ce qui l’arrange.

Refaire 1995 ? La situation économique rend la chose peu crédible. Alors ?

La présence très visible de lycéens dans les manifs, qui en ont ras le bol de voir l’enseignement passé à tabac et du bordel qu’on va leur laisser, donne à penser qu’au-delà des retraites c’est un mode de vivre ensemble entier qui est à redéfinir. L’évolution climatique devrait y inciter. Mais voilà, à en croire A. Jacquard, le mal est plus ancien.

En attendant, Madame fait la manche pour un hôpital public dont son mari poursuit consciencieusement la destruction. Le cynisme, c’est un métier.

S’engager

Je me souviens …

Lors d’une formation complémentaire à la gestion du personnel, j’avais, avec d’autres participants, fait une petite enquête sur le thème : « être militant cela veut dire quoi ? ». Nous avions ainsi rencontré des délégués syndicaux d’entreprise, des membres d’un parti politique (en l’occurrence de l’UDF, parti de VGE qui était encore Président pour quelques mois encore à l’époque), des « associatifs ».

Je ne me souviens plus, en revanche, des conclusions que nous avions tiré de ces échanges, si ce n’est que militer était diablement chronophage.

Plus tard, adhérente à Amnesty international, mon rôle s’est borné à faire des revues de presse , en particulier sur le Togo, alors sous la présidence de Gnassingbé Eyadema. Ayant accédé au pouvoir en 1967, celui-ci avait instauré un régime autoritaire de parti unique (pléonasme wikipedien pour ne pas dire dictature). En 1990, à la suite de violentes manifestations, une conférence nationale souveraine censément appelée à définir les conditions d’un rééquilibrage des pouvoirs – plus précisément ajouter un doigt de respect des droits de l’homme dans un océan d’arbitraire – avait fini par être mise sur pied. Sur fond d’ affrontement brutaux, où se mêlaient des rivalités ethniques entre ewés et kabiyés, ce processus de démocratisation capota et Eyadema conserva son pouvoir jusqu’à sa mort en 2005. Avec l’appui bienveillant de la France, soit dit en passant, dont le Président de l’époque, François Mitterrand, dans son discours de La Baule du 20 juin 1990, avait pourtant semblé vouloir conditionner l’aide économique de la France à ceux des pays africains qui s’engageraient dans la voie de l’abandon du parti unique.

Synthétiser le naufrage de la conférence togolaise à destination de l’organisation n’était pas vraiment s’engager, ni militer. Juste relater.

Redevenue bordelaise, suite à une réunion d’information portant sur la politique à l’égard des aidants où j’avais laissé traîner mon nom et mon intérêt éventuel pour une structure participative initiée par la mairie intitulée Conseil Bordeaux seniors actions, j’ai été recontactée par la mairie. Comme vous vous en doutez, c’est une structure plus jeune par sa constitution (à peine un an) que l’âge de ses animateurs, lesquels ne manquent pas d’ambitions.

En gros, le conseil est une instance consultative. Il peut saisir le politique de sujets qu’il souhaite aborder. A l’inverse, le politique peut saisir le conseil de questions sur lesquelles son avis lui semble pertinent.

Une petite réunion détaillant son rôle et ses liens avec la mairie a été organisée mardi dernier à destination de ceux, comme moi, ayant proposé leur services. J’ai ainsi appris qu’il existait différentes commissions en son sein : culture et loisirs, accessibilité des bâtiments, des espaces publics, transport et mobilité, habitat adapté, santé et prévention, information, communication et numérique, lien social et solidarités intergénérationnelles.

Les membres actifs de ces commissions ont présenté les différents chantiers sur lesquels ils travaillent, insistant sur l’investissement que cela représente mais aussi sur la patience requise quant aux débouchés concrets, surtout quand les thèmes touchent non seulement aux compétences de la mairie mais aussi à celles de la métropole (ah ! les millefeuilles administratifs français, toujours du grand art) …ce qui est le cas des transports.

Nous avions une semaine pour réfléchir pour confirmer notre candidature.

Tout bien considéré, j’ai opté pour une participation à une seule commission (histoire d’évaluer la chronophagie de cette activité), si possible de plein air (dans la mesure où elle exige à se déplacer) : accessibilité des bâtiments, des espaces publics et transport et mobilité ou habitat adapté.

Au fond, j’ai l’engagement circonspect à l’image de ma façon d’enter dans l’eau : je préfère tâter la température avant l’immersion.

Songeries manifestantes

Il faisait un temps exécrable à Bordeaux ce 19 janvier 2023, mais j’y suis allée quand même. Où ? A la manif. Le trajet prévu était le suivant (voir ci-dessous), ce qui fait une assez jolie boucle, dans tous les sens du terme, qu’en toute honnêteté, je n’ai pas faite en entier.

N’ayant pratiquement jamais manifesté à Bordeaux – mes pénates jusqu’à l’an dernier se situant en région parisienne – je ne sais pas s’il est classique et représente en quelque sorte le République – Nation bordelais. A mon arrivée place de la République vers 11 h 30, une foule déjà assez compacte derrière des barrières dressées là non par la police mais en raison de travaux en cours. Une sorte de barrage filtrant préexistant, véritable aubaine, dirai-je, pour la maréchaussée. Avec d’autres personnes, j’ai attendu le démarrage de la manif pour la rejoindre. Quasiment une heure de surplace sous la pluie avant de déambuler selon ce rythme un peu agaçant fait de progression et de points arrêtés. Dans mon petit carré, surtout des « vieux », je veux dire des quadragénaires et des quinquagénaires et des retraités solidaires comme moi.

Ayant essuyé, si j »ose dire, 3 réformes des retraites au cours de ma carrière (1993, 2003, 2010, celle de 2014 ne m’impactait plus) qui ont contribué à faire reculer l’horizon d’une libération laborieuse (sic) et diminuer le niveau des pensions, je comprends que cette énième mouture, en jouant, pour faire court, sur l’âge légal et le resserrement de la période d’atteinte des 43 ans de cotisations nécessaires pour atteindre le taux plein, fasse tousser. Surtout combinée à la réforme annoncée de l’assurance chômage.

J’ai eu la chance d’avoir une carrière sans « trous » mais cette linéarité, qui me permet de profiter d’une pension correcte, est de nos jours, du moins dans le secteur privé, parfaitement anachronique.

Qui a raison, qui a tort ? A gauche, on répète à l’envie cette antienne issue d’un article du journal libération …

depuis lors relativisée par certains selon lesquels, d’autres chiffres seraient, plus adéquats pour parler de la différence sociale d’espérance de vie et de retraite : la moitié des hommes les plus modestes de 60 ans ont 30 % de risque d’avoir moins de 10 ans de retraite, d’après l’Insee, et les exploitants agricoles et les ouvriers sont plus de 20 % à être en incapacité dès leur première année de retraite, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et de la statistique.

Plus globalement chacun sort un même joker pour affirmer des certitudes opposées : le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR).

Alors, urgence ou pas urgence à réformer ? Selon, Michaël Zemmour, enseignant -chercheur, spécialiste des politiques socio-fiscales, « le rapport du COR en lui-même est assez explicite, et sa synthèse hiérarchise bien les enjeux. Il nous dit que les dépenses sont sous contrôle et que le système n’est pas en danger. En revanche, il nous alerte sur une baisse des recettes, notamment de celles qui viendraient de l’État, ce qui occasionne un déficit, alors que les dépenses, elles, sont stables (…) La question pour les retraites est de savoir comment on répartit un niveau de revenus national entre actifs et retraités. La réponse n’a rien d’évident et doit faire l’objet d’un débat politique ».

S’il ne s’agissait que de cette répartition là …

Je songeais un peu à cela tout en me disant que ce trajet aurait été bien agréable sous le soleil de ce matin. Au lieu de quoi, trempée, et songeant aux kilomètres qui m’attendaient à pied pour rentrer chez moi, j’ai déserté.

Les syndicats revendiquent 60 000 manifestants, la police n’en a dénombré que 16 000. La vérité, as usual, est entre les deux.

La veille, il avait neigé.

PS : En Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Ardern annonce sa démission : « Je sais qu’il y aura de nombreuses discussions après cette annonce pour comprendre quelles ont été les vraie raisons de mon départ. […] Le seul angle intéressant que vous trouverez, c’est qu’après six ans de gros challenges, je suis humaine. Les politiques sont humains, on donne tout ce qu’on peut, aussi longtemps qu’on le peut. J’ai tout donné pour être première ministre, mais cela m’a aussi beaucoup coûté. Vous ne pouvez pas et ne devriez pas faire ce travail à moins d’avoir un réservoir plein, et encore davantage en réserve pour les défis imprévus et inattendus qui se présentent inévitablement »,a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. « Je n’ai tout simplement plus assez d’énergie pour quatre ans supplémentaires  (…). Je pars parce qu’un poste aussi privilégié s’accompagne d’une grande responsabilité. La responsabilité de savoir quand vous êtes la bonne personne pour diriger, et aussi quand vous ne l’êtes pas ».

A méditer messieurs.

PPS : Quand E. Macron fait du Chirac. « Votre vote m’oblige » avait dit ce dernier en 2002 avant de s’asseoir dessus. Même chose ici.

24 avril 2022 : « Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir ».

19 janvier 2023 : « Nous devons faire cette réforme  [des retraites]. J’ai dit les choses clairement pendant la campagne [présidentielle]. » Petit rappel, seuls 27,85 % des électeurs qui se sont exprimés au premier tour ont approuvé un programme délivré très tard et peu débattu.

Au moins, Chirac, ne pratiquait pas le french bashing depuis l’étranger …chose que notre Président actuel ne rechigne pas à faire. Souvenons nous des « gaulois réfractaires » au Danemark….

Souvenirs persans

Shiraz, j’ai pris ces photos en octobre 2005. Mahmoud Ahmadinejad avait été élu Président de la République islamique quelques mois plus tôt mais il flottait encore dans l’air quelques restes de l’ouverture initiée par son prédécesseur Mohammad Khatami.

La parenthèse n’allait pas tarder à être refermée.

On fêtait, ce jour là, le poète Hafez, né environ 680 ans plus tôt, dans le jardin abritant sa tombe. De nombreux jeunes et moins jeunes s’étaient réunis là, un recueil de ses œuvres entre les mains,. Notre guide nous avait expliqué le singulier rituel qui nous était donné de voir : les Iraniens posent une question concernant leur futur à Hafez, puis ouvrent son « Divan » au hasard, le poème sur la page ouverte pouvant alors être interprété comme signifiant la réponse à la question.

Ces jeunes filles partageaient-elles les réponses ou les questions ou simplement le plaisir de se retrouver ?

Et que penser de cette jeune femme à l’air attentif et imperceptiblement inquiet ? L’homme connaissait-il par cœur le sens de sa destinée ?

Au bout d’un moment notre présence avait suscité la curiosité et nous avions moins échangé sur Hafez que sur nos vies respectives. En anglais. Que toutes ces adolescentes parlaient fort bien.

Cela m’avait frappée dès l’arrivée dans ce pays : la jeunesse. Le seul endroit où j’avais éprouvé ce sentiment était le Vietnam. Une raison commune sans doute : la guerre qui avait effacé de la carte démographique toute une génération. N’ayant pour la plupart connu que la théocratie Khomeiniste, on sentait chez ces jeunes un désir assoiffé d’en sortir. De s’évader. Peut-être de s’en défaire mais le mot n’était pas prononcé.

Je regarde ces photos en me disant qu’elles témoignent d’un temps, pour l’heure, révolu. Ces jeunes filles qui portaient leur voile en laissant dépasser leurs cheveux sont aujourd’hui en danger.

Je pense aussi à ces petites de l’âge de 5 ou 6 ans qui 17 ans plus tard, ont, peut-être, arraché leur voile et se sont peut-être coupé les cheveux dans un geste de défi. Puissent-elles n’être pas parmi celles-là actuellement incarcérées dans des conditions qu’on n’ose imaginer car on serait en deçà du réel.

Rétrospectivement, je me demande aussi si Hafez figure encore dans les lectures autorisées, lui dont l’univers charnel, ambigu, où l’ivresse côtoie l’amour physique et les observations de la vie quotidienne entend se conjuguer avec l’élan spirituel.

Sans l’éclat de Ton visage
mon jour n’a plus sa lumière,
Hormis la nuit la plus noire,
de la vie rien ne me reste

Hafez : Cent un ghazals amoureux

Futilités imagées

Dans l’émission « C’est encore nous » sur France inter, la présentatrice Charline Vanhoenacker, demande à l’invité de choisir une séquence humoristique (extrait de film ou de spectacle ou d’émission) et d’expliquer la raison de ce choix.

Transposée au dessin, j’aurais élu cette planche là qui m’a toujours fait rire. Peut-être parce que la frisée fut toujours l’ennemie de mes corsages …

Je me souviens de déjeuners avec des collègues à l’issue desquels la mise de l’une d’entre elles et la mienne sortaient rarement indemnes de la consommation de salades ou de plats en sauce. A croire que nous nous étions engagées dans une sorte de concours. C’était un gag si récurrent qu’on avait fini par acheter des petites lingettes détachantes au supermarché du coin. C’était mieux que rien …enfin pas tant que ça. Cette sorte de scoumoune saucière devait la préoccuper plus que moi : responsable d’une revue dans laquelle, pour faire court, se commettaient (et se commettent encore) d’éminents magistrats et professeurs spécialisés en droit social, elle « sortait », si l’on peut dire, plus que moi pour assurer la pérennité de ce partenariat prestigieux. Ce qui n’était pas de tout repos : composer avec des egos parfois exagérément chatouilleux demande une bonne dose d’une patience qui devait s’égarer un peu dans son coup de fourchette. Je n’avais pas ce problème de représentation de mon entreprise à l’extérieur. Ma tâche était plus simple. Les ouvrages dont j’ai été responsable demandaient juste que je m’accommode de susceptibilités passagères de certains ou certaines qui ne remettaient pas en cause l’existence de l’ouvrage car tous les contributeurs étaient aussi salariés de l’entreprise.

Cette contributrice là sur twitter s’appelle Irena Busarewicz. Elle y écrit peu préférant partager des images à l’humour souvent absurde et poétique qu’elle va pêcher je ne sais où. Par exemple celle-ci …

ou celle-ci…

ou encore celle-ci

qui me paraissent d’assez juste allégories du monde tel qu’il va .

Quelques jours en 2023

Heureusement qu’ils sont là pour sourire un peu. On notera que nos deux derniers Présidents ne sont pas exactement caricaturés comme les précédents.

Pourquoi F. Hollande en pingouin ? Selon certaines gazettes people, l’origine de cette représentation résiderait dans les paroles d’une chanson de Carla Bruni intitulée, justement, le Pingouin. Et notamment celles-ci :

« Eh le pingouin ! Si un jour tu recroises mon chemin, Je t’apprendrai le pingouin, je t’apprendrai à faire le baisemain » (allusion au fait que F. Hollande et sa compagne n’aient pas accompagné le couple Sarkozy jusqu’à leur voiture lors de la passation de pouvoirs).

« Tiens le pingouin, t’as l’air tout seul dans ton jardin » (allusion à la photo officielle, assez ratée, prise dans les jardins de l’Élysée par Raymond Depardon).

Pas de quoi froisser l’ancien Président qui avait déjà essuyé le sobriquet « Guimauve le Conquérant », plus cruel.

Macron en Pinocchio c’est plus compliqué. Les photos trafiquées le représentant avec un nez allongé, signifiant ses sincérités successives pour le dire gentiment, ne manquent pas comme celle-ci :

Mais qui dit Pinocchio, dit Gepetto et là, on est parfois tombé dans le nauséabond.

Reste qu’il manque, dans ces caricatures, la dimension manipulatrice de Jupiter lui-même. Que penser par exemple de ces déclarations ?

“J’en ai ras-le-bol des numéros verts dans tous les sens. Il y a une chose qui marche bien dans la République, ce sont les préfectures.” Le Gouvernement a été assez prodigue concernant les premiers, la deuxième phrase ira droit au cœur de la préfète Marie Lajus, sèchement limogée pour avoir, à en croire Le Canard enchaîné, rappelé à certains qu’on ne pouvait pas construire n’importe quoi n’importe où. Comportement dysfonctionnel s’il en est.

Plus étonnante est celle-ci , lancée à l’occasion de la galette de l’Elysée

« J’en ai comme vous assez qu’on ait des gens qui, sur la base de la crise, fassent des profits excessifs. Il n’est pas normal qu’il y ait des gens qui fassent des très gros profits dans un moment où on utilise l’argent du contribuable pour aider les plus petits à résister ».

Ces profits se traduisant souvent en distribution de généreux dividendes on serait tenté de lui rappeler que son Gouvernement, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2023, a tout simplement vidé du texte une mesure, adoptée par les députés, tendant à la taxation des « super-dividendes ».

Alors ? Aveu de façade ou sincère prise de conscience ? Dans ce dernier cas, il faudra qu’il explique à Bruno Le Maire, sourd à la notion, ce qu’est un profit excessif.

Partageant le constat présidentiel, certains proposent une autre solution. Ainsi François Hommeril, président de la confédération CFE-CGC : conditionner les aides publiques et les réserver aux entreprises qui ne les transformeront pas en profits et dividendes. Soit l’inverse de ce qui est fait aujourd’hui.

Mais Bruno préfère demander.

En cette période aux températures anormalement douces (+ 4 degrés par rapport à la normale à Bordeaux), les dossiers chauds s’empilent : retraites, chômage, santé, éducation nationale…

Premier crash test demain.

En attendant, alors que notre Président et le gouvernement multiplient les messages pour rassurer boulangers, artisans et même particuliers face à l’explosion des prix de l’énergie, le président LR du Sénat Gérard Larcher estime qu’ on ne pourra pas aider tout le monde. Ascèse et sobriété on vous dit (je sais elle est facile).

Autres petites nouvelles.

Après la suppression du timbre rouge, remplacé par une usine à gaz informatique, la Poste continue ses explorations managériales. C’est ici :

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/info-franceinfo-la-poste-va-lancer-en-mars-des-experimentations-pour-supprimer-les-tournees-quotidiennes_5583243.html

Plutôt que d’interdire la chasse le dimanche, le gouvernement envisage de développer une application pour smartphone à destination des promeneurs sur laquelle les chasseurs pourraient se signaler (Le Figaro). Le chasseur et le promeneur bougeant par essence, en voilà une idée qu’elle est bonne ! Ce qui revient, indirectement, à faire retomber la responsabilité des accidents sur les promeneurs (ben oui, c’est quand même pas compliqué de regarder son smartphone !). On ne sait pas ce qu’il en sera quand le chasseur tout à sa chasse aura oublié son portable dans son pick-up. Lorsque je randonnais, en période de chasse, on partait avec des sifflets à roulettes pour se signaler, On se faisait engueuler car on faisait fuir le gibier, paraît-il, mais, au moins, évitait-on les chevrotines.

Parfois je me demande ce qui finira par avoir notre peau en premier : le climat ou la technique ? Jacques Ellul avait bien son idée mais elle est difficile à résumer.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand comme concluait l’inestimable Alexandre Vialatte.

Digressions en vrac

Depuis quand se souhaite-t-on une bonne année ? Il nous vient parfois des questions un peu bizarres dont la réponse importe peu. Une brève recherche sur la toile me confirme que fêter la nouvelle année remonte à la plus haute Antiquité , comme aurait dit le grand Alexandre (Vialatte), et le jour élu varie selon les calendriers (grégorien, julien, chinois,hébraïque, persan, copte etc). Selon madame Wikipedia, en France, la nouvelle année commence officiellement au 1er janvier depuis l’édit de Roussillon du 9 août 1564, promulgué par le roi Charles IX. Autant dire hier.

Les dessous de l’année 2023 étant assez éventés, je pense que, vu l’état de notre système de soins, se souhaiter une bonne santé suffira largement. Notre ministre en charge, dont le regard inerte me fait irrésistiblement penser à une flaque d’eau, nous parle de refondation dès janvier. Pourquoi avoir attendu plus de 6 mois depuis sa nomination ? Mystère.

La Chine a mis fin à sa politique zéro Covid et sa « transparence » statistique nous ramène 3 ans en arrière. On s’est, certes, un peu équipés depuis mais l’Union européenne traîne à se coordonner. As usual. Parfois je me demande pourquoi j’ai été si enthousiaste à son propos. C’était un rêve de beaux jours qui ne résiste pas à la pluie.

Une idée en entraînant une autre selon une logique singulière, je songe au film « Un jour sans fin » d’Harold Ramis dans lequel Phil, présentateur météo cynique et désabusé, chargé de couvrir le traditionnel jour de la marmotte à Punxsutawney, petite ville de Pennsylvanie, se retrouve bloqué dans une boucle temporelle le forçant à revivre indéfiniment cette journée. D’abord dérouté par ce piétinement du temps, Phil y prendra d’abord un certain plaisir – plus rien n’a de conséquence au-delà du délai d’une journée- avant de se lasser. Mufle breveté au début de l’histoire, il apprendra pourtant au fil de son voyage immobile à se détendre, à s’ouvrir, à aimer. Le film laisse entendre d’ailleurs que c’est cette « humanisation » progressive qui permet à Phil de sortir de sa prison temporelle. C’est gentil, plaisant avec un petit côté Capra.

L’éternité c’est long, surtout vers la fin disait je ne sais plus qui et l’idée d’une répétition finalement émancipatrice peut séduire …un moment. Tout comme celle de remonter le temps pour le retricoter différemment…mais jusqu’où remonter ?

Alors, bien obligé de se contenter comme on pourra de et en cette année 2023.

Veillée

Cette image postée par l’astrophysicien Eric Lagadec, a été capturée par la sonde Mars express de l’agence spatiale européenne , dans la région de Ultimi Scopuli, près du pôle sud de Mars, au printemps, quand la glace commence à disparaitre.

Le bruit et la fureur nous feraient presque oublier les belles choses. On ne m’aurait pas informée qu’il s’agissait d’une région martienne, j’aurais pensé à la lointaine Sibérie. Recadrée pour faire disparaître les montagnes au fond et un peu photoshoppée pour enlever la voiture, la photo ci-dessous pourrait presque sembler jumelle de la précédente. Enfin, je trouve.

Rien de tel que l’espace dans toutes ses acceptions pour échapper à l’atmosphère récriminante ambiante, en particulier, à tous ces poncifs éculés consubstantiels aux grèves SNCF.

La particularité du mouvement de grève des contrôleurs tient en ce qu’il est piloté par un collectif, sans représentativité spécifique, en marge des organisations syndicales mais ayant besoin de s’appuyer sur ces dernières pour se faire entendre de la direction. Ce collectif n’étant , en effet, pas habilité à négocier avec cette dernière, les organisations syndicales ont ainsi relayé ses revendications. Les avancées obtenues ayant été jugées insuffisantes, certaines organisations syndicales ont, à la demande du collectif, maintenu leur préavis de grève (les syndicats seuls sont en mesure d’en déposer dans les transports), mais sans appeler explicitement les contrôleurs à faire grève. Un vrai sac de nœuds.

L’imbroglio est toutefois intéressant dans la mesure où il marque l’amorce d’une sorte de giletjaunisation du mouvement social dans une entreprise fortement syndiquée. Et comme en 2018, voilà, si j’ose écrire, les syndicats « à la rue », débordés par « le terrain ».

Il n’est pas exclu que le mouvement canari reparte sur fond de baisse du pouvoir d’achat, de réforme des retraites et d’envolée des prix de l’énergie sans oublier les coupures de courant, pardon, les délestages tournants. G. Darmanin le craint tellement qu’il a commandé pour 38 millions de grenades (lacrymos, fumigènes, grenades assourdissantes) pour ses troupes.

Dans ce contexte électrique (sic), rien de tel donc qu’une grande étendue paisible, si paisible qu’on en oublierait le froid, silencieuse et pour soi seul, loin du chahut. Mon paysage, à vrai dire, est bien plus rétréci mais fait aussi son office. Le flamboyant érable face à moi perd doucement ses feuilles et me laisse entrevoir deux petits écureuils. J’observe, en solitaire, l’arbre se défaire de sa parure en songent malicieusement à ceux que les fêtes de fin d’année accablent et qui vont pouvoir se dispenser des rituels grâce à la SNCF.

Quand j’étais petite, mon moment préféré était le retour de la messe de minuit où j’allais seule avec ma mère : le chocolat maison qu’elle nous préparait et les brioches associées. Un moment suspendu avant les cadeaux du lendemain. Des cadeaux dont on ne savait rien car on ne faisait pas de liste de courses au père Noël, alors. En tous cas pas chez nous.

PS : Je venais à peine de terminer ce texte quand la nouvelle est tombée du retrait par toutes les organisations syndicales de leur préavis pour le nouvel an. Gageons qu’un projet de loi viendra promptement en discussion pour « encadrer » plus « efficacement » le droit de grève dans les entreprises de transport : interdiction de faire grève certains jours ? Réquisition ? Garantie de service à certaines heures ou époques ? Les paris sont ouverts.