
Après l’injonction scout « Je baisse, j’éteins, je décale », Agnès Pannier-Runacher, lors de sa présentation du plan sobriété du Gouvernement a cette drôle de phrase : « On ne demandera jamais à des Français en situation de sobriété subie de faire des économies ».
« En situation de » (comme les « en capacité de » d’ailleurs) : des mots pour ne pas nommer simplement les choses . Ainsi les personnes « en situation de précarité », pour ne pas dire précaires, « en situation de handicap » pour ne pas dire handicapé… à moins qu’il ne s’agisse d’englober ainsi la durabilité supposée de l’état des personnes ?
« En sobriété subie », donc. Une manière d’évoquer la pauvreté ? Petit rappel : en 2020, 9,3 millions de Français (en France métropolitaine car la situation est plus grave outre-mer) vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire, soit 14,6% de la population, les chômeurs, les familles monoparentales et les jeunes étant les plus exposés. Voir notamment ici : https://www.insee.fr/fr/statistiques/5759045
Or donc, dans sa grande mansuétude, le Gouvernement ne demandera jamais à ces personnes de faire des économies; Comment le pourraient-elles ? Autant dire qu’on ne va pas demander à ceux qui ne peuvent pas se chauffer de se chauffer moins.
Pour moi, Madame Engie vient de m’envoyer ce gentil poulet :
« Pendant l’hiver prochain, la France pourrait faire face à des tensions sur le réseau électrique. Le Gouvernement demande donc depuis quelques semaines un effort collectif aux Français afin que chacun contribue à son échelle à la sobriété énergétique.
Parmi les mesures adoptées pour contribuer à la sécurisation de l’alimentation électrique et pour soulager le réseau à un horaire où la demande est historiquement forte, le ministère de la transition énergétique a pris, par arrêté en date du 22 septembre 2022, des dispositions spécifiques relatives aux « dispositifs de comptage sur les réseaux publics de distribution d’électricité». Sur la période entre le 1er octobre 2022 et le 15 mai 2023, ENEDIS va suspendre chaque jour le déclenchement automatique du ballon d’eau chaude (et des matériels pilotés par le compteur) pour les foyers disposant d’un contrat en comptage Heures Pleines/Heures Creuses, dont des heures creuses en milieu de journée.
Cette désactivation interviendra pour vous à partir du 15/10/2022, chaque jour entre 11H50 et 13H20, jusqu’au 15 mai 2023 au plus tard. Rassurez-vous, votre ballon d’eau chaude fonctionnera normalement sur l’ensemble des heures creuses non concernées par la désactivation (notamment la nuit). Sachez que ni l’éclairage ni le chauffage de votre foyer n’est impacté, ni même l’usage de vos appareils électriques, s’ils ne sont pas pilotés par votre compteur (radiateurs, plaque de cuisson électrique, machine à laver, lave-vaisselle,…). »
Cette petite précision italique m’avait échappée. J’ai donc pensé que les appareils non pilotés par mon compteur se limitaient à ceux dont la mise en route ne dépendait que de moi (genre ma cuisinière) mais quid d’un réfrigérateur par exemple ? Quitte à poser une question idiote, j’ai contacté Madame Engie qui me rassure : « Non, non, seul votre ballon d’eau chaude est concerné ». Ce rassurisme technique ne me convainc qu’à moitié. Wait and see donc.
Dans le même ordre d’idées, Stanislas Guérini, Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques de France, annonce que le chauffage des bâtiments publics sera limité à 19°C. Quand le réseau connaîtra de plus fortes tensions, le ministre demandera un effort d’un degré supplémentaire. Lors de ces jours dits ÉcoWatt rouge, les agents seront aussi amenés à travailler en horaires décalés, l’eau ne sera plus nécessairement chauffée dans les sanitaires et il leur faudra se laver les mains à l’eau froide.
« Nous publierons chaque semaine notre consommation d’électricité et de gaz », a abondé Elisabeth Borne. « En fonction de celle-ci et de la météo, nous verrons si nous avons réalisé les économies d’énergies nécessaires », a-t-elle ajouté.
« Il n’y aura pas de police des températures », assure Agnès Pannier-Runacher (je gage que le montant des factures contribueront à une certaine sobriété).
Tant de gages après l’épisode coronavirus ont le don me rendre assez sceptique sur la suite.
Voilà qui me ramène aussi à la chasse au gaspi des années 70. Mais la situation sociale n’était pas même et nos centrales nucléaires n’étaient pas non plus pour la moitié à l’arrêt. Il y a de fortes chances que ces mesures se pérennisent voire se durcissent sans plan de transition écologique véritable. Pour l’heure, sans parler des déchets, la partie « relance du nucléaire » en période de réchauffement climatique et de baisse des niveaux d’eau me paraît bien hasardeuse d’autant que le feuilleton EPR tendrait à prouver qu’on ne sait pas fabriquer ces centrales d’un nouveau genre.
PS : Le Nobel d’Annie Ernaux divise. N’ayant rien lu d’elle (pas plus que de Houellbecq d’ailleurs) je n’ai pas d’avis sur l’évènement. Vu sur le site d’Arte cependant un drôle de petit objet visuel commenté par la dame : https://www.arte.tv/fr/videos/101402-000-A/les-annees-super-8/













































