En pause pour cause de canicule

L’un des effets de la canicule, en plus d’un certain épuisement physique est d’assécher ce qui reste de cervelle. Pas l’ombre (sic) d’une idée ce jour, obsédée que je suis de garder un semblant de fraîcheur.

Pendant que Vulcain (anciennement Jupiter) prépare ses marteaux législatifs pour la rentrée, indifférent au contexte social et climatique comme un gamin de 2 ans aux injonctions parentales, il y a heureusement des belges pour nous rappeler, avec une sorte d’humour impavide, l’absurdité du monde…

ou se gausser non sans pertinence de nos petits habitus politiques

Interminable

C’est, alors que les températures remontent après un intermède rafraîchissant (toutes proportions gardées, mais tout de même), l’adjectif qui me vient, pour le moment (difficile de préjuger de la suite), s’agissant de ce deuxième quinquennat macronien. Long et morne comme le discours de politique générale d’Elisabeth Borne.

Le Covid, qui s’était fait discret ces derniers temps, refait opportunément (sic) surface dans nos gazettes. Le menu politique annoncé confirme s’il en était besoin cette impression : les élections ressemblent de plus en plus à des hologrammes. Ce qui a pu s’y exprimer n’a pas de densité. Ce sont juste des péripéties à peine distrayantes. Maintenant retour au sérieux.

Comme le titre assez joliment Médiapart, « À l’Assemblée, Élisabeth Borne invente le « compromis » sans concession ».

A vrai dire, c’est ce que la dame a toujours fait. Pour ce que j’ai pu observer de ma fenêtre professionnelle, lorsqu’elle était ministre du travail, le déroulé des « concertations » (puisque le mot négociation semble lui donner des aphtes) était le suivant : les représentants syndicaux étaient reçus les uns après les autres, poliment écoutés, poliment reconduits jusqu’à la sortie et découvraient au final que leurs remarques, suggestions, inquiétudes avaient coulé sur la pensée du ministre comme l’eau sur les plumes d’un canard.

L’on pourrait, si l’on est indulgent, se dire que le fait qu’ Elisabeth Borne se résolve à prononcer le mot compromis est en soi une concession. Un mot « trop longtemps oublié dans notre vie politique », a-t-elle impavidement regretté, appelant la classe politique à lui « redonner un sens et une vertu ».

« Nous mènerons pour chaque sujet une concertation dense, a-t-elle promis. Nous aborderons chaque texte dans un esprit de dialogue, de compromis et d’ouverture. […] Nous sommes prêts à entendre les propositions venues de chacun et à en débattre. »

Une concertation dense …amusant concept verbal. Dont acte, mais ne pas trop se leurrer cependant.

On pourrait même déjà voir poindre un joli trou dans la raquette méthodique : pour convaincre, relève Médiapart, la première ministre a cité dans son discours la quasi-totalité des président·es de groupes parlementaires, à l’exception de celles que la Macronie rassemble sous le vocable des « extrêmes », Mathilde Panot (La France insoumise, LFI) et Marine Le Pen (Rassemblement national, RN). Ce qui, en termes de représentation, fait tout de même du monde.

Les premiers pas de cette législature ne laissent d’ailleurs pas d’étonner. On y voit ainsi, malgré l’exclusion discursive ministérielle, le Rassemblement national se « respectabiliser » à peu de frais (2 vices présidences à l’Assemblée …vous me direz en matière de vice, c’est presque un hommage qui lui a été rendu par son vote par la majorité relative macronienne, voir billet précédent) tandis que la cohésion de la Nupes est chahutée sur fond d’affaires de mœurs.

Pour l’heure, peu de profondeur (hormis notamment l’intervention du socialiste Boris Vallaud) mais beaucoup de bruit.

La nomination d’Eric Coquerel à la tête de la commission des finances de l’Assemblée nationale a fait remonter de vieilles histoires de fesses. La seule victime ayant accepté de parler publiquement en rajoute à chaque interview après avoir initialement déclaré qu’elle ne considérait pas la drague lourdingue d’Eric comme une agression (voir article Médiapart du 2 juillet). La France insoumise faisant bloc autour de son champion, le jeune Taha Bouhafs, contraint de se mettre en retrait des élections législatives auxquelles il était candidat pour la France insoumise pour cause d’accusation de violence sexuelles, se plaint de la différence de traitement dont il fait l’objet de la part du comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles du mouvement et demande, ce qui se comprend, à ce que son cas soit revu de manière juste et équitable ….appuyé en cela par nombre de xénophobes et racistes brevetés, nés avant la honte comme on dit, qui l’avaient agoni d’injures lorsque son investiture avait été dévoilée.

Un « philosophe » autoproclamé qui semble avoir définitivement oublié son cerveau sur une étagère -Raphael Enthoven- s’en prend à Mathilde Panot, la Présidente du groupe des insoumis à l’Assemblée Nationale pour avoir utilisé le mot « rescapée » à l’endroit d’Elisabeth Borne dont le père connut l’enfer d’Auschwitz.

« Madame Borne, il faut le dire vous êtes une rescapée », s’est exclamée l’élue insoumise. « ‘Vous êtes la Première ministre la moins bien élue de la Ve République, vous avez maintenu un gouvernement à trous et à sursis ; trois de vos ministres ont été défaits aux législatives ; la ministre des Outre-mer a tenu trente-six jours avant de prendre la fuite ; que dire du ministre accusé de plusieurs viols, maintenu en poste jusqu’à lundi ».

Où l’on voit que l’utilisation du mot n’avait pas de lien avec le destin du père de la première ministre mais tout à voir avec l’histoire récente du Gouvernement.

Retweeté par plusieurs milliers de personnes, le message de Raphaël Enthoven a fait réagir en Macronie. Invité de Public Sénat le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guérini a appelé Mathilde Panot à « corriger » et « s’excuser ». Pour le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune, « là est l’impardonnable dérive mélenchoniste ».

Pourtant on ne compte pas les unes de journaux ayant utilisé le mot lors du remaniement ministériel….

Dans le même registre affligeant, on pourrait se demander s’il ne faudra pas bannir l’expression « se déporter » lorsqu’il s’agira d’exiger d’un membre du Gouvernement ou de son cabinet qu’il délègue l’examen de tel dossier à une autre instance en raison d’intérêts qu’il aurait pu avoir par le passé.

On en est donc là. Dans une écume de réflexion (et je suis gentille) où le pavlovisme le dispute au psittacisme. Le Gouvernement, qui s’est dispensé du vote de confiance devant l’Assemblée et n’a pas grand chose à craindre de la motion de censure déposée par la seule Nupes, a sauvé (provisoirement ?) sa tête sans gloire.

La dette publique et la réforme des retraites qui s’étaient absentées pendant la crise sanitaire -dont on peut légitimement penser d’ailleurs qu’elle est loin d’être terminée – reviennent en fanfare. Pôle emploi deviendra France travail (et pourquoi pas France famille pour les caisses d’allocations familiales et France Patrie pour le service national universel ? Tant qu’à faire dans le léger …). On distribuera des petits chèques ici et là pour calmer les précaires sans rien toucher aux fondamentaux.

Quand on traite quelqu’un comme une chaise, on court toujours le risque de s’asseoir à côté (Michel Déon – Un taxi mauve).

C’est peut-être une chose sur laquelle le Gouvernement et sa représentation devraient méditer. Mais je doute fort qu’iels le fassent spontanément.

Une époque formidable

Saisissant. En quelques jours à peine, le Rassemblement national sera devenu fréquentable tandis que la Nupes croupit dans son coin. Son défaut : abriter des sauvages non républicains regroupés sous la bannière LFI. Le refus d’un jeune insoumis de serrer la main d’un député Rassemblement national a plus d’importance que le discours nostalgique de l’Algérie française du doyen d’âge RN de l’Assemblée (qui se souvient à peine de ce que fut l’OAS) ou l’accession de deux membres de ce même parti à la vice-présidence (VP) de cette même assemblée grâce à des voix macronistes. Quoi ???? Mais comment ???

L’arithmétique est impitoyable comme le fait observer ce twittos (@malopedia) très au fait de la vie parlementaire qui note plusieurs singularités dans l’élection de ces deux représentants :

  1. Avec respectivement 290 voix (pour S. Chenu) et 284 (pour H. Laporte), ils ont obtenu bien plus que les 89 voix de leur groupe. Et bien plus que les 151 voix qu’on obtient si on y ajoute les 62 voix de LR. Même en faisant l’hypothèse que les membres du groupe LIOT ( Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoire) et les non-inscrits aient eux aussi tous voté RN (et il y a peu de chances que ce soit le cas, voir notamment l’attitude de C. de Courson, qui fait partie de ce groupe, lors de la désignation de la présidence de la commission des finances), il manque environ 114 voix pour avoir les 290 qu’a fait S. Chenu ;
  2. Il y avait aussi des candidats RN lors des votes pour les postes de secrétaire, qui ont obtenu 118 voix pour Bruno Bilde et 116 voix pour Edwige Diaz au premier tour (et 102 voix pour Bilde et 94 voix pour Diaz au second tour, nb : ils ont perdu) ;
  3. Si on revient aux voix des VP : 284 et 290 voix pour les candidats RN, c’est très suspicieusement proche d’un nombre important : 289. Si ce nombre ne vous parle pas : c’est (577/2)+1, c’est à dire pile la majorité absolue des sièges.

Bref, tout cela semble, pour le moins, curieux. D’autant qu’à croire ce même twittos (pas spécialement nupesien, je précise)  » si chaque groupe (ou alliance (Nupes / macronistes)) avait voté pour ses propres candidats et aucun autre, il n’y aurait eu aucun VP élu aux tours 1 et 2, il aurait fallu aller au 3ème tour, et LREM (Renaissance) aurait pu rafler tous les postes (sous réserve de présenter assez de candidats) ».

Je vous conseille si vous avez un compte twitter d’aller lire l’ensemble de la démonstration car tout cela me dépasse faute de connaître sur le bout des doigts les règles applicables au fonctionnent de l’Assemblée qui m’ont tout l’air d’une usine à gaz. Vous pouvez aussi zapper et aller direct à ce résumé d’une semaine parlementaire pour le moins « insolite »:

ou ici :

Bon, d’accord, c’est orienté mais c’est fait exprès car la médiasphère mainstream est devenue si unanime qu’il devient presque osé de se poser des questions.

Ainsi, la Nupes se voit sommée de répondre sur ses intentions futures : « opposition frontale ou opposition constructive ? » Question où l’on voit poindre quelques inquiétudes fiscales comme le nez au milieu de la figure. Question qui n’est pas posée au RN dont l’économie (sic), en particulier, n’est pas la tasse de thé et qui ne fera pas de vagues sur ce sujet délicat.

Bref, on est dans un marigot pas très engageant. La semaine prochaine, E. Borne engagera-t-elle la responsabilité de son gouvernement ? Celle qui se termine me donne à penser qu’elle ne risquerait pas grand chose. Si elle ne le fait pas, la Nupes sera sans doute seule à présenter une motion de censure… vouée à l’échec.

Une « drôle » (sic) de cohabitation s’engage…assurément dangereuse si on continue sur cette pente :

Dracula et biodynamie

Stratégie de Dracula

La « stratégie Dracula » consiste à exposer le vampire à la lumière du jour, insupportable pour lui. Depuis quelque temps, nous assistons à une sorte de transposition politique du principe. Mais force est de constater que cela ne marche guère. Qu’il s’agisse de traités commerciaux ou de personnalités.

Si l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), au milieu des années 1990, est finalement mort lorsqu’il a été exposé en plein jour par ses détracteurs, il n’en a pas été de même des suivants. Souvenons-nous du contournement du « non » français au TCE ou des négociations de traités commerciaux par l’Union européenne, peu développées dans les gazettes et journaux télévisés mainstream. En 25 ans le paysage médiatique a, il est vrai, bien changé …

Quant aux personnalités politiques – sans évoquer les inénarrables péripéties judiciaires Balkanyques ou Sarkozystes – on notera que les trous dans la raquette de la «jurisprudence Balladur»,selon laquelle tout ministre mis en examen est censé démissionner de ses fonctions ministérielles, ont tendance à se multiplier : exemple parmi d’autres, le singulier maintien à son poste d’Eric Dupont – Moretti. La révélation de comportements constitutifs de harcèlement moral si elle entache la réputation de leur auteur ou autrice n’empêche pas non plus la poursuite d’un destin parlementaire (du moins jusqu’au élections suivantes) ou ministériel.

L’exposition à la lumière, donc, n’annihile pas toujours avec certitude nos draculas modernes. Ainsi, Marine Le Pen accusée d’avoir personnellement détourné près de 140 000 euros d’argent public quand elle était eurodéputée ne craint-elle pas, en toute décontraction, de réclamer pour son groupe la présidence de la commission des finances l’Assemblée Nationale.

Selon le règlement de cette Assemblée (art. 39), la présidence de cette commission est censée revenir à un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition. Le texte ne dit pas qu’il doit obligatoirement s’agir d’une personne appartenant au groupe d’opposition le plus important – mais cela a été le cas jusqu’ici -, et le fait que la majorité ne prenne pas part au vote conduisant à la désignation de ce président est un usage que personne n’a jugé utile de transcrire dans le règlement. Dès lors, il n’est pas du tout exclu que cette présidence convoitée ne finisse pas par revenir au RN, si Renaissance, rompant avec l’usage, préfère s’assurer d’un président de commission qui ne discutera pas fondamentalement sa politique économique et budgétaire (pour plus de détails sur cette commission, voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_des_Finances_(Assembl%C3%A9e_nationale).

Les chevaux de bataille du RN sont ailleurs.

Je n’ai pas écouté la dernière allocution de Jupiter mais le peu que j’ai pu capter ici et là, par mes lectures, m’a paru assez lunaire. Signifiant que son programme – qu’il a pris soin de ne pas développer plus que cela pendant les présidentielles – devait être appliqué, il a enjoint à ses opposants de se prononcer sur leur volonté ou non de l’aider à le réaliser. Quel compromis peut-on seulement envisager avec un Président qui ne supporte pas les débats, sauf à se compromettre, ce qui se paye toujours à plus ou moins longue échéance ? Stratégie de Dracula là encore.

On verra.

Biodynamie

La Biodynamie selon Henri Cruchon

C’est un concept que j’ai croisé lors de petites excursions dans ma région viticole et qui semble prendre racine dans les terroirs. En gros (pour ce que j’ai compris) l’objectif d’une vinification respectueuse des pratiques biodynamiques tend vers l’interdiction de tout ajout ainsi que de toute pratique tendant à modifier les équilibres naturels du raisin.

Le travail de la vigne et du sol est effectué en prenant en compte les cycles lunaires (lune montante, descendante,…). Il en va de même de la vinification : les soutirages et la mise en bouteille sont aussi faits à des moments choisis !!

S’inscrivant dans une logique de « phytothérapie » de la vigne et des sols, la biodynamie a recours à des pulvérisations à base de plantes (ortie, prêle, valériane, sauge..) et de minéraux (silice) pour dynamiser la vie du sol et renforcer la vigne afin de lui permettre de mieux résister aux attaques des maladies (mildiou, oïdium,..) ou du gel.

Le directeur de la propriété du château Fontroque, près de Saint Emilion, a choisi la biodynamie qu’il applique selon des principes qui me laissent un peu dubitative (voir ici : http://lesvinsdalainmoueix.net/la-biodynamie/) mais au palais le résultat est assez convaincant.

Pourquoi je parle de ça parce que dans la confusion politique actuelle je me demande si l’on ne devrait pas songer à la conception d’une « biodynamie politique » histoire de revivifier des terroirs bien essorés.

Impossible à ce jour d’évaluer ce que donnera la cuvée législative 2022. Espérons seulement qu’elle produira un jus textuel moins aigre que celle de 2017 !

La République c’est qui ?

On a beaucoup glosé et rigolé sur les mots de Mélenchon « La République c’est moi ».

Mais ceux-là, plus insidieux (déroulés sur un tarmac avec en fond sonore un avion faisant tourner ses moteurs …on appréciera le virage écologiste), mériteraient un sort semblable

« Aucune voix ne doit manquer à la République » (on passera aussi sur l’adaptation opportuniste d’une formule de JL Mélenchon à l’issue du premier tour des élections présidentielles).

Que comprendre, sinon, ce qui se distille dans ces éléments de langage gouvernementaux – après les « errements extrémistes Bornés » – , à savoir qu’il y aurait au sein des candidats NUPES qualifiés pour le second tour des législatives et en lice contre Ensemble (voire contre le RN) des candidats fréquentables (PC, PS, EELV) et des horreurs (LFI) (le fameux « au cas par cas » sorti du chapeau après des « extrêmes » indistincts) ?

Tout ça après avoir dragué de manière éhontée l’électorat mélenchoniste au second tour des présidentielles pour se faire réélire.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/richard-ferrand-ne-celebre-plus-ses-valeurs-communes-avec-melenchon_fr_6278df90e4b00fbab630a22c

La danse du ventre du second tour des présidentielles n’a pas pris chez moi ni dans mon entourage (pas plus qu’en 2017). Et je ne serais pas fâchée que le cynisme de cet homme soit justement récompensé par un franc dégagement. Mais les chances sont minces.

Et l’on s’étonne, face à ce pragmatisme sans âme (et sans doute aussi au fait que l’inversion du calendrier des élections a grandement participé à l’invisibilisation de l’importance des élections législatives), du niveau de l’abstention en particulier chez les jeunes.

Le vieux lion (j’en connais déjà un qui rigole) Mélenchon ne sera pas premier ministre mais on peut lui reconnaître d’avoir relancé une certaine dynamique à gauche. Que durera-t-elle ? Je ne sais. Les « je t’aime moi non plus Rousselliens » ne me disent rien qui vaille. Les coalitions comptent toujours des planches pourries. Et chez Ensemble, je me méfierais d’Horizons.

Bref, si Renaissance n’obtient pas sa majorité absolue, le prochain quinquennat risque d’être rock and roll à moins que Jupiter ne décide de dissoudre ce qui ne lui convient pas. Pari risqué.

En attendant ici, on crame

Dessin posté sur twitter par le reporter Loup Espagilière

Eléments de langage et violences enchantillyées

Les éléments de langage nouvel avatar du psittacisme (mais c’est plus facile à dire).

Il est de bonne guerre de critiquer le programme de son adversaire mais l’on pourrait au moins varier les angles. Plus de 600 propositions devraient le permettre. Or ce qui surnage est une lecture « occurrentielle » et « inventive » du programme de la Nupes. Petit condensé ici  :

Cette lecture chiffrée vient sans doute de la tête de l’Etat : « J’ai lu le programme de la Nupes. Ils y citent 20 fois le mot ‘taxation’ et 30 fois le mot ‘interdiction’, ce qui donne une idée assez claire de l’esprit du programme » a affirmé le Président.

Formule reprise en copié-collé par une masse de twittos macroniens.

La limitation du nombre de caractères des messages sur le réseau social les a sans doute empêchés de reprendre cette autre curiosité lancée par Christophe Castaner : «La France insoumise veut tout interdire – on trouve le mot 35 fois dans le programme ! –  couper du bois chez soi, la publicité, l’agriculture près des villes, la formation professionnelle dans un organisme privé…»

Indépendamment des petites différences sur le chiffrage du mot interdiction, et du fait qu’il s’agit d’un programme « commun », qu’est-ce que c’est que cette histoire d’empêcher de couper du bois chez soi ?

Une petite recherche nous apprend que le chef de file des députés LREM se réfère à la proposition de la Nupes d’interdire les «coupes rases, sauf en cas d’impasse sanitaire avérée» pour «défendre la forêt».

«Concrètement, il s’agit d’une technique de coupe particulière [qui] laisse le sol à découvert et s’effectue grâce à des machines lourdes. Il ne s’agit donc pas d’interdire aux particuliers de couper du bois mais d’encadrer cette pratique spécifique», explique Côme Delanery, membre de l’équipe du programme de l’alliance de gauche. «Notre proposition est d’interdire ces coupes rases au-delà de 2 hectares, sauf en cas d’impasse sanitaire avérée», détaille-t-il.

Selon le journal Libération, cette revendication avait déjà été portée à l’Assemblée nationale par La France insoumise en 2020, par le dépôt d’une proposition de loi sur le sujet.

«Cet encadrement s’appliquerait aux forêts publiques comme privées. L’objectif étant d’éviter la conversion des forêts feuillues en bonne santé en monoculture résineux, comme le dénoncent de nombreuses associations écologistes et de collectifs citoyens (…) Autrement dit, si la proposition de la Nupes concerne notamment la gestion d’espaces privés, elle ne revient pas à interdire de «couper du bois chez soi». La caricature de notre proposition est d’autant plus risible qu’elle avait été reprise dans un rapport de 2020 par la députée LREM Anne-Laure Cattelot, missionnée par le gouvernement», ajoute le militant Nupes.

Il n’empêche, la caricature, reprise par le chef de l’Etat lui même, a davantage fait mouche que les « approximations » d’Olivier Véran en matière de politique étrangère nupsienne.

Les éléments de langage ont le « mérite » discutable de dispenser de toute réflexion. Repris en boucle ils finissent même par devenir vérité par leur répétition même. Vous me direz, cela ne date pas d’hier, mais les nouvelles techniques de diffusion de l’information en amplifient singulièrement l’impact. La vérification par des équipes journalistiques dédiées, parfois plusieurs jours plus tard, tombe souvent à plat. Le message est engrammé.

L’effet collatéral de tout ça est, en particulier, je crois, une défiance et une indifférence croissantes vis à vis de la parole publique relayée sans état d’âme par des intervieweurs pas toujours très curieux.

La ventriloquie, moteur de la post vérité ?

Le manège enchantillyé de Jean Michel Blanquer

Jean Michel Blanquer est donc la dernière victime d’un de ces attentats pâtissiers rendus célèbres par Le Gloupier (voir ici sa fiche wikipedia), encore qu’en l’occurrence l’ancien ministre n’a eu droit qu’au « nappage » de certains gâteaux, à savoir la chantilly, et pas à la tarte tout entière. Il aurait pu se contenter de s’essuyer le visage et passer son chemin. Mais non. Manifestant un degré d’humour très béhachelien (lire la fiche précitée), il porta plainte. Les deux auteurs de cette agression inqualifiable comparaîtront le 4 juillet à 9 heures au tribunal judiciaire de Montargis pour une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ou plaider-coupable. Ils devront répondre de “violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail”, délit pour lequel la peine encourue est de trois ans d’emprisonnement, paraît-il.

On se pince. Décidément la pâtisserie devient hors de prix. Et on espère, en loucedé, que l’élimination au premier tour des législatives de l’enchantillyé passera crème.

PS : A propos du conseil national de la refondation, dont je parlais dans le billet précédent, je ne suis pas la seule à manifester un certain scepticisme sur son utilité et sa fonction (désolée oui, encore Clément) :

Dommage que la Nupes ne se soit pas attaquée frontalement à la langue de bois. Mais il est vrai qu’elle est assez partagée.

Evaluations

Pour ce qui est de nos duettistes Darmanin et Lallement ils ont, pour reprendre le titre du Canard en chaîné, gagné leurs galons de ballots d’or sous les applaudissements nourris de la presse étrangère (pas seulement anglaise).

Curieux début de quinquennat avec cette calamiteuse séquence internationale et footballistique et cette non campagne législative « renaissante » après une non campagne présidentielle justifiée par la guerre en Ukraine où Jupiter n’a pas encore daigné se rendre ce qui fait un peu tache alors que la France exerce la présidence du conseil de l’Union européenne. Il nous promet « cinq années de renouvellement complet » mais la languissante formation du Gouvernement, qui recycle nombre de ministres du précédent, n’en donne pas le sentiment. Le résultat des élections législatives bousculera-t-il un peu la donne ? Pas sûr.

Quant au « conseil national de la refondation », sur lequel Emmanuel Macron entend s’appuyer, qui réunirait « les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et des citoyens tirés au sort », il tient pour l’instant du gadget préélectoral. On se souvient du sort réservé aux propositions de la conférence citoyenne sur le climat.

En attendant, pour nourrir un peu cet épisode interminable, une petite vidéo récréative qui remet en mémoire quelques principes et réalités mais aurait pu aussi rappeler à quel point la réduction du mandat présidentiel à 5 ans et l’inversion du calendrier des élections a modifié le schéma représentatif de la 5e République et fait pencher la balance du pouvoir vers l’exécutif ( Dieu nous préserve cependant des prédictions de Marisol Touraine qui, sans doute, se voyait déjà première ministre).

Réminiscences en B pour ne pas parler d’Abad

Teresa Berganza

C’est une petite rubrique dans le journal Le canard enchaîné qui m’apprend la mort de la cantatrice Teresa Berganza. Une immense petite bonne femme lumineuse. La seule personne à qui, en groupie inconditionnelle, j’ai demandé un autographe qui attend sagement dans un carton que je le redécouvre.

Je me souviens d’un magnétique Alcina de Haendel mis en scène par Jorge Lavelli dans la cour de palais des papes à Aix en 1978 où elle interprétait le rôle du chevalier Ruggiero ou encore du film Don Juan de Losey où elle était une Zerline un peu mûre. On dit qu’elle fut une Carmen inoubliable, mais je n’ai jamais particulièrement apprécié cette œuvre. Pour moi, je l’ai surtout croisée en récital. Elle avouait, malgré les années, avoir le trac avant d’entrer en scène (certains prétendent même qu’il fallait l’y pousser), mais une fois là son intelligence mélodique se déployait avec une sorte de grâce.

Il y a bien longtemps, je lui avais consacré ici ce petit texte.

Bordeaux

Retrouver sa ville natale est parfois singulier. Ayant perdu à peu près tous mes repères dans la ville, je me suis inscrite à une balade consacrée aux « mystères de la ville ». J’y ai ainsi appris que l’église Saint Seurin avait abrité quelque temps le cor de Roland et le bâton de Saint Martial de Limoges – emprunté pour mater certain dragon puis confisqué par la ville de Bordeaux en raison de ses pouvoirs. La ville était alors anglaise et ce qui est aujourd’hui la rue de la vielle tour abritait, comme son nom l’indique, une ancienne tour (aujourd’hui disparue) au sommet de laquelle les Anglais faisaient flotter leur étendard orné de lions que les bordelais appelaient « dragons ». Selon la légende, un dragon monstrueux s’était installé dans la tour et menaçait les habitants de la ville de souffler peste ou choléra s’ils ne lui apportaient pas tous les dimanches une jeune-fille vierge âgée de 15 à 20 ans ainsi qu’un tombereau de légumes et d’herbes afin de se nourrir. L’affaire dura jusqu’au jour où une certaine Nicolette, fort jolie et intelligente, désignée pour entrer dans la Tour du Dragon, réussit à faire parler le monstre lequel lui avoua qu’on ne pourrait le forcer à quitter la Tour qu’en lui présentant le bâton miraculeux de Saint Martial. Douze jurats de Bordeaux furent envoyés à Limoges pour négocier l’emprunt du fameux bâton dont six furent retenus en otage pour garantir l’emprunt et le bâton de Saint Martial arriva enfin à Bordeaux. L’évêque de la ville se hâta en grande cérémonie vers la Tour du Dragon. Dès que le bâton en eut touché le mur, la bête effrayée en jaillit dans un bruit étourdissant et sauta dans la Garonne où il s’abima dans une pluie de flammes. Les bordelais ayant eu connaissance des autres pouvoirs magiques du bâton de St Martial, notamment de sa capacité à faire venir la pluie, décidèrent de le conserver dans la basilique Saint Seurin. Quant aux otages, la légende raconte qu’ils n’étaient pas des jurats mais en fait de pauvres hères payés pour cette mission et que devant le refus bordelais de rendre la crosse de St Martial, ils furent ensevelis jusqu’au cou et massacrés sur une place de Limoges. Le cor du héros de Roncevaux comme la crosse du Saint disparurent un jour de l’église Saint Seurin. Nul ne sait quand et où iels se trouvent aujourd’hui.

Arrivés rue du loup, dont le nom intrigue, on me raconta d’autres histoires. Pour certain historien ce nom pourrait avoir été donné en hommage à un Biturige Vivisque nommé Lucius Lupus. Pour un autre, il évoquerait l’incursion spectaculaire de loups à Bordeaux en 582, lesquels auraient dévoré des chiens en pleine rue à la vue du peuple. D’autres se réfèrent aux commerces de la rue et au fait que l’un d’entre eux avait un loup comme enseigne… là aussi le monde historique se perd en conjectures mais une autre histoire de loup garou datant de 1600, consignée celle là, traine quelques rues plus loin. Celle d’un individu d’une quinzaine d’années, nommé Jean Grenier, qui, à l’en croire, avait mangé des enfants dont il trouvait la chair savoureuse. Arrêté, le « loup-garou » fut traduit devant un tribunal qui le condamna à être pendu. Finalement considéré comme un faible d’esprit et non comme une créature du diable sa peine fut commuée. L’anthropophage fut simplement enfermé jusqu’à sa mort en 1610 dans le couvent de l’Observance où on allait le visiter comme une bête curieuse.

Recluserie à Bordeaux

Des chapelles et églises possédaient parfois autrefois un reclusoir (ou une recluserie), dans lequel s’enfermaient – parfois à vie – des pénitentes. Ces dernières étaient appelées saquettes ou sachettes à cause du sac ou du cilice qui constituait leur unique vêtement. Ces reclusoirs étaient généralement d’étroites cellules dont on murait l’entrée. La recluse ne pouvait plus alors communiquer avec le monde extérieur que par une fente de quelques pouces donnant dans l’église ou le cimetière. C’est par là que la charité publique lui octroyait quelques tranches de pain et autres rogatons. A Bordeaux, sur l’actuelle place Gambetta, non loin de l’angle de la rue Judaïque et de la rue du Palais-Gallien, se trouvait la  « Chapelle de la Recluse Saint Ladre  » (Saint Lazare). Construite au IXème siècle, elle fut détruite en 1452 par le Comte anglais John Talbot qui démolit une grande partie du quartier lors de son siège de Bordeaux, avant d’y entrer avec ses troupes. La date me surprend mais vérification faite, redevenue française en 1451, reconquise par ledit John Talbot en 1452, la ville se rendit définitivement en 1453 après la bataille de Castillon… à la grande consternation fiscale des bordelais qui perdirent dans l’affaire nombre de privilèges commerciaux et furent lourdement taxés par le roi de France.

Mon « anglotropisme » m’a toujours fait penser que notre rue Saint James devait se prononcer à l’anglaise … erreur, il s’agirait d’une déformation de Jaime (Jacques) la ville se trouvant sur l’une des routes menant à Compostelle.

Comme quoi une petite heure et demie de balade peut s’avérer très instructive au delà des légendes. Par pur snobisme, je n’imaginais pas que la ville de Montaigne eut un jour cédé aux dragons et loups-garous.

Bifurcation

Cette vidéo a largement tourné sur la toile. Dans leur discours, prononcé lors de la remise de leurs diplômes d’ingénieurs agronomes le 30 avril 2022, ces jeunes diplômés déclarent ne pas vouloir contribuer à une agriculture qui « mène la guerre au vivant et à la paysannerie » et appellent à « bifurquer », à sortir de la voie pourtant toute tracée devant eux.

Selon une émission récente diffusée sur le site arrêt sur image, les premières manifestations de ce mouvement remonteraient chez nous à quelques années : en décembre 2018, un diplômé de l’école d’ingénieurs Centrale Nantes, Clément Choisne, annonçait déjà son intention de « bifurquer ». En 2019, c’était le tour de 2 polytechniciens.

Agir de l’intérieur ou de l’extérieur ? Mon expérience me dit que les biais intérieurs à une entreprise ont leurs limites. Et tout le monde n’a pas ce choix ou cette envie de « bifurcation ». J’imagine mal des élèves d’HEC, de l’ESSEC ou de toute autre grande école de commerce s’engager dans une forme de « marketing désobéissant » pour le moment.

Mais l’existence de cette « rébellion diplômée » est intéressante à relever. Le secrétaire général de l’ONU ne s’y trompe pas qui exhorte ici les diplômés de l’Université Seton Hall University aux États-Unis  » à ne pas travailler pour les naufrageurs du climat (la traduction française de la vidéo proposée par youtube est loin d’être top)

Wait and see, donc, mais se faire entendre des générations plus âgées peut s’avérer compliqué. Cette réaction d’un actionnaire de Total privé de son assemblée générale (mais pas de ses dividendes) laisse à penser que le chemin est encore bien long à parcourir avant une quelconque « bifurcation » des habitudes.

Réalité et fiction et réalité fictionnelle

C’était avant. Avant l’invasion russe, avant ce chaos qui prospère à quelques milliers de kilomètres. Le Président a tombé le look costard cravate et fraîchement rasé pour celui de barbu et kaki. La réalité des destructions et exactions russes traîne dans nos pupilles tandis qu’il s’exprime à la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes.

“Je vais vous raconter une histoire. Dans cette histoire ce n’est pas le début, mais la fin qui est la plus importante. Cette fin est déjà écrite (…) Les plus terribles dictateurs du XXe siècle aimaient le cinéma. Mais ce qu’il en est resté, ce sont ces images terribles des chroniques documentaires (…). De nos jours, il ne se passe pas une semaine, sans qu’on ne retrouve des personnes torturées. Vous avez vu Marioupol, le théâtre municipal frappé par une bombe russe. Ce théâtre ressemblait à celui où vous êtes réunis aujourd’hui. Là-bas les gens se réfugiaient, c’était des civils” dit-il.

Un peu plus loin, il se réfère au film « Le Dictateur » de C. Chaplin et appelle de ses vœux l’émergence d’un nouveau Chaplin « qui prouvera que, de nos jours, le cinéma n’est pas muet”.

Tout cela, donc, devant le gratin très empesé du festival.

« Cette intervention de Volodymyr Zelensky sur la scène cannoise a été ainsi un moment rare de télévision qui nous a rappelé qu’il entre du monde dans le cinéma et du cinéma dans le monde, toujours plus qu’on ne le croît », termine Jacques Mandelbaum du journal « Le Monde ».

Je serais presque tentée d’ajouter à ces jolies circonvolutions que pour la citoyenne que je suis, le « cinéma du monde » vaut aussi d’être considéré. Un cinéma cruellement réaliste mais également mis en scène ici. Car l’intervenant est effectivement Président mais joue aussi, depuis le début du conflit, une partition communicationnelle que ce pauvre (sic) Vladimir au visage inexpressif et soufflé, engoncé dans une rhétorique insupportable à nos oreilles occidentales, ne saurait « challenger ». Mais Vladimir s’en soucie-t-il ? Pour lui, comme pour son homologue chinois, les images n’ont de sens que si elles exaltent ou contraignent.

Les images, mêmes figées, ne sont pourtant jamais muettes.

Je ne sais quoi penser face à cette dichotomie singulière sinon que nous, européens, combattants par procuration et dépendants – énergétiques à l’est, militaires à l’ouest – n’y faisons, après un sursaut momentané et égotiste, qu’une figuration « utile » et exposée : le rôle de tous ces petits personnages, qui, du muet au parlant, n’ont fait que laisser une ombre sur les toiles.

Je ne sais quoi penser sinon que je me méfie des images, des impostures qui circulent sur les réseaux et que mes yeux naïfs ne savent pas déceler. Ne pas se laisser abuser demande une mémoire visuelle que je n’ai pas.

Je ne sais que penser sinon que les images accessibles de prisonniers russes ne sont pas légion (il y a sans doute des raisons de part et d’autre de les tenir « à l’écart »).

Je ne sais quoi penser sinon qu’à de nombreux égards l’homme est une sale bête que le climat réduira peut-être à quia.

En attendant, nous voilà pourvus d’une première ministre qui ne fera sans doute rien de significatif d’ici les législatives à part prendre son temps pour constituer un gouvernement (dévoilé peut-être ce soir ?) qui sera là pour distraire du « lourd » qui adviendra après reprise des travaux parlementaires.

La dame Borne est sérieuse et sans états d’âme. S’en souvenir. Le mot négociation ne fait pas partie de son vocabulaire Elle préfère celui de concertation, plus pratique, car il n’abîme pas la feuille de route. Et , randonneuse assumée, je la soupçonne, de préférer les itinéraires conseillés (en haut lieu il va sans dire) aux chemins de traverse.

Petit blagounette pour sourire quand même :

Question: si Valérie Pécresse était un dinosaure, à quelle espèce appartiendrait-elle ?

réponse : à celle des appellodons