Songeries Belmondiques

A bout de souffle. A cause d’ une allergie godardienne aussi tenace qu’irréfléchie, je n’ai pas vu ce film, ni Pierrot le fou d’ailleurs. J’ai donc loupé l’envol cinématographique de Jean-Paul Belmondo. Plus tard je me suis ennuyée à le voir courir dans les rues désertées de Rio et j’ai zappé ses guignolades en short à pois.

Bien sûr il y a pléthore de rôles entre ces deux pôles et j’en ai raté beaucoup. Pour faire court, j’ai surtout retenu de lui, côté film, la sirène du Mississipi de François Trufaut, le voleur de Louis Malle et Stavisky d’Alain Resnais – trois films sombres et pas très « cascadants » – et, côté anecdotique, ce matin où en sortant de chez moi (j’habitais alors rue Vavin à Paris), j’ai croisé cet homme athlétique tenant entre ses mains un de ces microchiens souvent affublés de rubans (mais pas dans ce cas). Je ne sais pas quel film on tournait et il (Jean-Paul pas le chien) était manifestement en pause.

Jean-Paul Belmondo Photo Stock - Alamy

Certains prétendent que les maîtres et leurs chiens ont quelque chose en commun et cela se vérifie parfois comme ici :

mais j’ai plus de mal à en établir un entre Jean-Paul et son yorkshire. Peut-être un certain sens de la dérision ?

Je ne sais ce que Bébel, du haut de son nouvel olympe, a pensé de l’hommage qui lui fut rendu aux Invalides.

Pourquoi, d’ailleurs, avoir rendu hommage à un acteur à cet endroit-là, plutôt marqué militairement ? Pourquoi ne pas avoir choisi , par exemple, le jardin du palais royal plus proche du ministère de la culture ? Et pourquoi pas la Concorde comme pour Johnny Hallyday ?

A en croire le professeur en droit international public Jean Paul Pancracio, interrogé sur France culture, les Invalides étaient plus faciles à sécuriser. Soit.

Pour moi, je n’ai pu m’empêcher d’y voir surtout un prétexte à une mise en scène, dans un lieu impressionnant, par un Président en mal d’auteur (de hauteur?), de sa propre personne au-delà d’un quinquennat… à bout de souffle.

J’en rajoute dans mon irritation macronnienne ? Sans doute mais peut-être pas tant que ça.

Sans remettre en cause, le choix de l’hommage présidentiel, le professeur sus-nommé observe tout de même que « les hommages nationaux comme les entrées au Panthéon sont des gestes d’abord politiques. Il faut faire entrer des contemporains qui ont milité comme Joséphine Baker, Simone Veil, son époux, évidemment, mais il ne faut pas que ça devienne galvaudé. L’entrée au Panthéon se fait tout les 20 ans ou 30 ans, il ne faut pas qu’il y en ait deux ou trois tous les ans. J’ai l’impression que les entrées s’accélèrent. Il faut que ça reste réservé aux plus hautes personnalités françaises qui ont apporté à notre pays, une contribution exceptionnelle, de même pour les hommages nationaux ».

Alors ?

Laïcité mon amour

Or donc, on décida dernièrement de supprimer l’Observatoire de la laïcité, chargé d’assister le Gouvernement dans son action visant au respect du principe du même nom, par un comité interministériel de la laïcité. Instance consultative indépendante, l’Observatoire, installé en 2013 et réunissant des représentants des ministères, des experts et des parlementaires, était chargé de conseiller le gouvernement, à travers avis et rapports. Il avait aussi pour mission de faire de la pédagogie auprès des écoles, entreprises et administrations, sur les principes de la laïcité (neutralité de l’État, liberté de conscience et de religion dans le respect des lois de la République…).

La raison de la suppression ? Pour faire court, et à en croire certaines gazettes : il n’en faisait pas assez contre l’islamisme.

Depuis, nous voilà donc dotés d’un comité interministériel de la laïcité, composé de ministres et présidé par le premier d’entre eux, chargé de « coordonner l’action du gouvernement afin de s’assurer du respect et de la promotion du principe de laïcité par l’ensemble des administrations publiques ».

Cette instance récente ne semble pas avoir encore de site propre et l’on ne sait quelle définition de la laïcité elle retiendra, quoique (voir plus loin).

Celle de l’Observatoire était celle-ci :

« La laïcité garantit la liberté de conscience. De celle-ci découle la liberté de manifester ses croyances ou convictions dans les limites du respect de l’ordre public. La laïcité implique la neutralité de l’Etat et impose l’égalité de tous devant la loi sans distinction de religion ou conviction.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs croyances ou convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.

La laïcité implique la séparation de l’État et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’État – qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte – ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses. De cette séparation se déduit la neutralité de l’État, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers. La République laïque impose ainsi l’égalité des citoyens face à l’administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.

La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public ».

Bien.

J’imagine que le nouveau comité a accordé son imprimatur à la campagne lancée sur le sujet par le ministère de l’éducation nationale puisque le ministre chargé de la chose siège en son sein.

Je ne suis pas sûre qu’elle éclaire vraiment le sujet (un sujet à peu près clair en 1905, illisible aujourd’hui) …

En même temps que ce nouveau comité interministériel dont l’allégeance à l’exécutif ne fait guère de doute (voir sa composition), s’est créée une Vigie de la laïcité (association loi 1901) ayant pour but « de continuer à mener une réflexion active sur les modalités, éventuellement nouvelles, de l’application de la laïcité face aux défis contemporains », qui compte parmi ses membres Jean-Jacques Schiappa, père de Marlène, influenceuse tiktok et néanmoins Ministre chargée de la citoyenneté.

La Vigie réagit vivement au poulet communicant ministériel (lire ci-dessous, en principe, le zoom est automatique mais sinon le texte est disponible ici :

https://www.vigie-laicite.fr/d%C3%A9crypter-l-actualit%C3%A9) :

Si une certaine vulgarisation me semble indissociable de la « communication grand public », doit-elle pour autant prendre les lecteurs pour des abrutis ? L’emballage visuel des concepts est à la pensée ce que celui des produits est à la consommation.

Mais, heureusement, réseaux obligent, le détournement n’est jamais loin. Je vous laisse donc exprimer votre laïcité à l’aide du tableau ci-joint :

Pour moi cela donne : permettre à Akhenaton et Joey de faire germer des lentilles, ce serait cela la laïcité.

Songeries voyageuses

Copenhague – Août 2021

Mes plus anciens souvenirs de voyage viennent de là. Certains réels, d’autres reconstruits au fil de photos noir et blanc prises par ma mère : le Danemark. Nos pérégrinations privilégiaient le Jutland. Copenhague fut une découverte plus tardive. Mais une impression demeura entre les deux : un quelque chose de paisible …et coloré. Les maisons, les cieux.

Copenhague août 2021

Ce matin là, j’ai donc quitté les environs agités de Paname pour une sorte de retour à mes petites sources voyageuses.

Petite curiosité : on ne m’a pas demandé de produire mon passe sanitaire en France. Aucun contrôle officiel ni à l’aller ni au retour à Roissy. A en croire mes compagnons de voyage, seuls les bistrotiers du terminal 2- F se pliaient à la consigne. La seule réelle formalité hexagonale a laquelle j’ai dû me soumettre est celle de remplir, au retour, un imprimé à rendre au personnel de la compagnie Air France. Je n’avais pas de stylo accessible, on m’en fournit un en me précisant qu’il n’était pas à rendre.

Arrivée à Copenhague, on me demanda seulement si j’étais vaccinée sans exiger de preuve. Seuls les contrôles lors de l’embarquement sur le bateau qui nous emmena de Copenhague à Oslo puis lors des formalités aéroportuaires à Stockholm furent plus stricts. Entre les deux, pratiquement rien ou plutôt rien de vraiment pesant à moins de considérer qu’enfiler des gants jetables pour vous servir au buffet du petit déjeuner dans un hôtel soit insupportable. Dehors, nos masques collés sur la tronche nous désignaient comme étrangers. On les abandonna d’ailleurs assez vite. Le plus dangereux n’était pas le Covid mais les vélos et trottinettes. Peu accoutumés aux circuits dédiés à ces modes de transport très usités, nous regardions souvent à contretemps.

Cette sorte de confiance sanitaire – il y avait des consignes mais pas de police – nous a un peu trop bercés sur un retour « à la normale ». Peut-être est-ce ce qui nous égare. Tant de mensonges et d’approximations chez nous depuis plus d’un an. Le sentiment de responsabilité envers la collectivité que l’on peut avoir s’évanouit lorsqu’on infantilise.

Stockholm août 2021

Le Vasa, qui devait être le fleuron de la flotte suédoise, sombra le jour de son voyage inaugural, au bout de quelques 1300 mètres de navigation : trop lourd, pas assez lesté. Les caprices constructeurs (il avança brutalement le calendrier de la réalisation du navire) et canonniers du Roi (plus de 64 canons, une première à l’époque) d’alors eurent raison du vaisseau. Mais personne ne fut désigné responsable de la catastrophe. Ainsi vont des jours qui ne changent guère.

Oslo août 2021

Oslo août 2021

Ces drakkars ou devrais-je plutôt dire karv, snekkja, dreki…knörr, bien plus légers, sillonnèrent le monde. D’un bateau à l’autre, la certitude démesurée d’un destin, liée aux dieux, s’était muée en vanité.

Il me semble qu’on en est toujours là. A regarder le Vasa, qui se refuse à tout adjectif, couler, magnifique, sabords ouverts.

Stockholm août 2021

Texte et photos Sylvie Lagabrielle tous droits réservés

Une escapade bienvenue

C’est parti pour une journée bien pluvieuse alors j’ai choisi ces deux petites illustrations colorées pour conjurer la grisaille. La lecture de la presse n’égaye guère plus. Sentiment d’un surplace covidien qui au bout d’un an et demi fait plus que lasser car il n’est presque question que de cela. Seule petite lueur dans tout ce maussade, à laquelle me fait un peu penser le graphisme de ces dessins, un prochain voyage en Scandinavie en commençant par Copenhague. Un article de Médiapart m’apprend que « voyager au Danemark aujourd’hui, c’est comme faire un bond dans le monde de demain. Au restaurant, au cinéma, au musée… Pas d’aller et retour du masque sur le nez en fonction de l’endroit où l’on met les pieds. C’est simple, les masques ont presque disparu du paysage danois. À la place, avant d’entrer, un passe sanitaire est exigé depuis avril déjà ».

Tout de même.

Ne pas se tromper donc : « arpenter Copenhague, cependant, ce n’est pas retrouver le monde d’avant : les QR codes sont omniprésents dans ce pays hautement digitalisé. « Ici c’est Big brother, le paiement par téléphone, les banques, la sécurité sociale, le permis et maintenant le Coronapas… Tout est digitalisé et c’est bien accepté », assure Jan Pravsgaard Christensen, professeur d’immunologie des maladies infectieuses à la faculté de santé de l’université de Copenhague ».

Je fais le tour de mes « possessions » : le pass sanitaire, c’est fait, la carte sans contact aussi. Cela devrait aller. Cette acceptation digitale élargie des Danois tranche radicalement avec notre scepticisme … et les quelques couronnes qui me restent d’un précédent séjour ne devraient pas me servir.

La raison est-elle à chercher dans la confiance, remise en question chez nous, qu’ils accordent à leurs pouvoirs publics ? La parole y fut-elle moins biaisée ? Peut-être. L’article insiste sur le fait que de strictes mesures de restrictions des libertés décidées tôt (après avoir été débattues ?), puis leur levée très progressive et étalée dans le temps, avec des jauges et des plages horaires augmentées au rythme de la décroissance de la circulation du virus et de l’arrivée des doses de vaccin alliées à politique efficace de traçage des cas contacts expliquerait aussi une résilience face aux contraintes instaurées pendant la pandémie que nous sommes loin d’éprouver. Une situation que l’on observe même jusque dans la « sulfureuse » enclave de Christiania où, il y a quelques années, je n’ai pas osé emmener ma nièce alors âgée de 13 ans.

Copenhague fut notre dernière escapade estivale à l’étranger avec ma mère. Y retrouverai-je la paisibilité et la légèreté de l’air d’alors ? Sans doute pas. Un ersatz plutôt, comme cette première « délocalisation » depuis un an et demi, sur fond de traçage covidique. Mais plus confortable à vivre que notre houle sociale. Du moins je l’espère.

Pass et muscade

Je tombe par hasard sur la discussion à l’Assemblée nationale du projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire (déposé le 20 juillet et adopté le 23 au petit matin en première lecture).

Les votes des amendements qu’ils soient à main levée ou électroniques se suivent et se ressemblent :

-Qui est pour ?

-Qui est contre ?

80 voix pour, 128 voix contre. Rejeté.

Il faut croire qu’à l’heure où je me branche (que je n’ai pas notée mais on discute déjà depuis un certain temps) il n’y a que 200 députés environ dans l’hémicycle dont 128 votent systématiquement contre les amendements proposés. Le remplaçant de Richard Ferrand au perchoir, le député LR Marc Le Fur, s’impatiente et coupe au moindre dépassement du temps de parole. On sent chez lui une certaine lassitude. Il en viendra même à dire : « Monsieur le rapporteur, Monsieur le ministre, vous êtes défavorables à tous les amendements… sauf les vôtres. »

Médiapart relate : « Censé se clore en une petite journée mercredi, l’examen a couru jusqu’au creux de la nuit, vendredi. L’essentiel du débat a porté sur l’article premier, qui instaure un passe sanitaire à l’entrée des bars, restaurants, activités de loisirs, foires et salons professionnels, transports de longue distance, grands magasins et centres commerciaux en dehors de ceux vendant des « biens de première nécessité ». Les articles suivants ont été expédiés à toute vitesse.

La lassitude et l’exaspération au perchoir se retrouvent sur les bancs.

« Sur les amendements, c’est non, c’est non, c’est non, s’est ému un député républicain (LR). Sur ce sujet, il faut de la concorde. Vous brutalisez nos concitoyens. » « Jamais le gouvernement ne se remet en cause », a renchéri Éric Coquerel de La France insoumise. »

Le 22 juillet à l'Assemblée, vue du banc des ministres. © Photo Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP

Sur le banc des ministres, plutôt déserté, on est imperméable à ce qui se dit (comme disait Coluche, la dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours). Vive le portable qui donne l’impression de faire quelque chose de ses doigts à défaut de faire travailler sa cervelle.

Côté parlementaires, sauf peut-être les députés LREM qui peuvent organiser des roulements vu leur nombre, on est proche du burn-out.

L’adoption, à l’occasion, de certaines dispositions semble de peu de poids. S’opposant à l’avis du gouvernement, les députés ont ainsi voté contre le recours au passe sanitaire dans les établissements de santé ou les maisons de retraite, que ce soit pour les patients non urgents (le passe sanitaire n’était pas prévu pour les admissions en urgence) ou les visiteurs.

Qu’à cela ne tienne, le ministre de la santé Olivier Véran a réintroduit la disposition, en faisant adopter à la toute dernière minute, à 5 heures du matin, un amendement du gouvernement. A vaincre sans péril on triomphe sans gloire…

Dans ce fatras de mesures, cette autre.

Cette juriste spécialisée en droit social note :

Un autre twittos s’interroge en passant :

Tout cela me fait penser aux élus d’un comité social et économique qui n’auraient pas compris que leur rôle est de représenter les salariés et non de relayer les discours de la hiérarchie. Les députés LREM ont fait du psittacisme élyséen leur marque de fabrique quitte, en l’occurrence, à se renier au nom de la contagiosité du variant Delta pourtant avérée depuis plusieurs mois, notamment outre-manche. La vigilance était d’ailleurs telle ces derniers temps que le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune, qui se rendait à Bonn en avion, avait cru bon d’avertir Jupiter de l’absence de tout contrôle sanitaire avant embarquement (Canard enchaîné du 7 juillet). L’histoire ne dit pas ce qu’il en était pour les entrants sur le territoire … mais on peut supposer que les affichettes apposées dans les aéroports l’an dernier ont été traduites pour que le variant delta soit informé de notre valeureuse anticipation sanitaire. J’exagère, je sais. Mais à l’heure de la mondialisation, imaginer que ce qui se passe outre-manche ou Pyrénées ne finira pas par vous atteindre ….

Qu’importe, demain est toujours un autre jour et les paroles engagent plus que jamais ceux qui y croient. A l’instar du Président, on se renie donc sans fard comme Yaël Braun Pivet, députée des Yvelines et présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale, farouche défenseure du pass sanitaire élargi, qui se montrait pourtant mitigée en avril concernant son utilisation sur le territoire français. « Il faut être attentif et ne pas limiter les allées et venues quotidienne à la possession d’un tel passeport. Il y a un risque pour les libertés individuelles. Un pass sanitaire pour accéder à de grands événements, oui pourquoi pas. Pour agir dans la vie quotidienne, prendre une bière en terrasse ou se faire une toile, je ne crois pas, je crois que cela serait aller trop loin. »

Ce n’est pas la girouette qui tourne c’est le vent. D’où ce sentiment que les députés LREM sont en représentation mais ne représentent pas et ce constat que je partage,

comme cet autre d’ailleurs :

https://blogs.mediapart.fr/jadran-svrdlin/blog/180721/la-defausse-du-passe-sanitaire-et-ce-quelle-ne-dit-pas

Autre chose.

Notre ministre de l’intérieur salue l’initiative

« Ah ben, on va se sentir à l’aise dans la file orange », observe la journaliste Ellen Salvi.

Celui-là a opté pour une formule synthétique :

En vrac pour finir.

Ouverture de JO de Tokyo. Même sans Covid, la saison n’était pas la plus appropriée.

https://www.blast-info.fr/articles/2021/tokyo-2021-le-fric-les-variants-et-langoisse-au-coeur-des-jo-WiHY99AXQrqzq2W4G6wGqA

Ainsi va le monde sur la tête, pendant que des billionaires, ne sachant que faire de leur argent, s’envoient en l’air.

« Quand on mettra les cons sur orbite, t’auras pas fini de tourner » dit Jean Gabin dans Le Pacha, je crois.

Richard Branson, Jeff Bezos et Elon Musk ne voient pas les choses de manière aussi terre à terre. Richard Branson entend rester dans le transport aérien et développer le tourisme spatial. Le fondateur d’Amazon veut installer les industries polluantes dans l’espace pour que la Terre reste une zone de résidence et de loisirs (ça dépend pour qui). Le patron de SpaceX veut notamment coloniser Mars, car il est persuadé que c’est la solution pour que l’humanité ne coure pas à sa perte.

Cette « philosophie » à je ne sais combien de tonnes de CO2 sent la marchandisation de ce qui restait encore à « marchandiser » : l’espace. Lire ici :

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/environnement-et-climat-ce-que-coute-le-tourisme-spatial-a-la-planete_4708117.html

Qui sait si, au siècle prochain, on n’en viendra pas à vendre des concessions spatiales (un petit chez soi au milieu de satellites de tous poils) à ceux qui en auront les moyens (après tout certains ont déjà essayé la vente de parcelles lunaires). En attendant, nos petits croisiéristes d’un nouveau genre dans leurs suppositoires s’amusent.

Vous me direz, le siècle dernier a été celui de l’aviation mais au risque de paraître bégueule, il y avait du panache dans les pionniers de celle-là quand nos nouveaux aventuriers suintent plutôt un cynisme qui laisse pantois (sidéral ?). Témoin ces remerciements de Jeff Bezos à ses salariés et ses clients (dont je ne suis pas) qui ont rendu sa petite virée d’une utilité discutable possible.

Monseigneur est trop bon…

Improvisations et provocations

Variant Delta : l'impossible sortie de crise pour Emmanuel Macron | Les  Echos

Pass sanitaire et cafouillages

L’oracle s’est exprimé ce 12 juillet. Plutôt que de proclamer la vaccination anti-covid obligatoire pour tout le monde (ce aurait eu le mérite de la clarté), Jupiter, qui avait assuré en décembre dernier qu’il n’entendait pas s’y résoudre et en avril que le pass sanitaire ne saurait être un instrument de différenciation, a opté pour une solution « hybride » : vaccination obligatoire pour les soignants et les personnes au contact de gens vulnérables, pression sur les non-vaccinés via le pass sanitaire en rendant sa présentation obligatoire pour accéder à certains lieux. Effet delta.

« J’ai confiance en vous », a affirmé le Président lundi soir. Mais la réciproque n’est plus vraie depuis fort longtemps, comme le rappelait à l’automne dernier l’ancien directeur général de la santé William Dab : « Toutes les mesures qui ont été prises dernièrement concernent des restrictions de liberté, sont faites pour tirer les oreilles des gens. Ce sont des sanctions de la faillite de la prévention sur le terrain », soulignait-t-il, rappelant que « lorsqu’on gère un risque sanitaire, on gère toujours l’incertitude » et qu’il est donc nécessaire de « gagner la confiance de la population ». Mensonges à propos des masques, stratégie de tests à la remorque, débuts passablement bordéliques de la vaccination (je ne sais pour d’autres territoires, mais en Île de France, certaines personnes n’arrivaient pas à décrocher de rendez-vous près de chez elles pour se faire vacciner quand certains centres de vaccination faisaient de la retape pour ne pas avoir à jeter des doses inutilisées, sans compter l’approvisionnement, misérable à ses débuts, des médecins libéraux) et soupçons, légitimés par son retrait temporaire, autour du vaccin Astra Zeneca ont contribué à installer dans la population, un attentisme au mieux, une solide défiance au pire. Je m’en tiens là qu’aux « ratés » les plus visibles.

Le calendrier des opérations annoncé semble avoir été fixé selon les normes usuelles depuis l’irruption du Covid : par le Président seul sans concertation ni débat. Serré, très serré le calendrier : le pass sanitaire, qui aurait dû, en principe, rester cantonné à quelques cas limités, devrait être finalement étendu dès le 21 juillet, pour les plus de 12 ans (mais il semble que des assouplissements soient envisagés, vacances déjà organisées obligent, voir plus bas), aux « lieux de loisirs et de culture » rassemblant plus de 50 personnes, puis début août, après promulgation d’un texte de loi, aux cafés et restaurants, et aux centres commerciaux, tout comme aux cars, trains et avions pour les longs trajets.

« Seuls les vaccinés et les personnes testées négatives pourront accéder à ces lieux, qu’ils soient clients, usagers ou salariés », a détaillé Emmanuel Macron. Panique chez les employeurs : s’il était attendu que les soignants soient soumis à une obligation vaccinale, nul n’avait vraiment envisagé, même après l’entrevue entre les syndicats et le président vendredi 9 juillet, que les salariés des secteurs recevant du public seraient eux aussi soumis à une très forte contrainte. Un avant-projet de loi circule déjà, voir ici:

https://www.actuel-rh.fr/content/lavant-projet-de-loi-sur-la-gestion-de-la-crise-sanitaire-cree-une-autorisation-dabsence

qui suscite moult questions techniques, que je vous épargnerai, de la part des professionnels du droit social mais le petit article qui suit soulève une judicieuse question (à propos de l’obligation pesant sur les personnels soignant et pompiers d’être vaccinés au 15 septembre ) :

https://www.actu-juridique.fr/social/vaccination-port-d

u-masque-quels-sont-les-droits-des-salaries/

 » Le Conseil constitutionnel a validé le passage de 5 à 11 vaccins obligatoires pour les enfants en considérant qu’il est loisible au législateur de définir une politique de vaccination afin de protéger la santé individuelle et collective (20 mars 2015). La loi en préparation sur l’obligation vaccinale des personnels médicaux devrait en conséquence passer le contrôle du conseil constitutionnel sans dommage. La seule incertitude concerne le fait que tous les vaccins anti-Covid disponibles bénéficient d’une autorisation d’utilisation conditionnelle, s’agissant d’une AMM provisoire. Cela interroge sur une obligation vaccinale au moyen de produits dont la mise sur le marché n’est pas pérenne »

Quelles réactions du côté des soignants ? On notera que certains se félicitent de la décision prise, sans se leurrer pour autant. Ainsi en-est-il du professeur Grimaldi, diabétologue aux hôpitaux de Paris, animateur d’une liste de discussion rassemblant de très nombreux médecins :

« Le président paraissait petit et faible depuis le début de la crise, là il reprend la main tout en servant sa propre politique. D’un côté, il s’appuie sur les valeurs collectives de la vaccination, du service public, de l’intérêt général, de l’autre il relance des réformes libérales. En somme, il se sert de la vaccination majoritairement acceptée par la population pour faire passer une politique économique minoritaire… ».

Et du côté du ministère de la santé ? Le respect des échéances présidentielles a donné lieu à des annonces surprenantes ….

Alors que cela fait des mois que l’on nous dit que l’immunité n’est pas atteinte avant 2 semaines.

Mais alors pour les lieux de culture et de loisirs rassemblant plus de 50 personnes c’est 21 juillet ou fin août ?

Les vacances sont sauvées.

Et pourquoi les policiers et gendarmes ne sont-ils pas tenus de se vacciner au même titre que les pompiers ? Pour ce que l’on a pu voir ces derniers mois, voire années, il sont au contact, non (petite remarque en passant : contrairement à d’autres ils conservaient aussi leur régime de retraite dans la réforme « suspendue ») ? No comment.

Allez vous y retrouver.

Comme le remarque ce twittos :

Cette absence de dialogue donne parfois des résultats singuliers : des vaccinés possiblement contrôlés par des policiers ou gendarmes qui ne le seront pas, des vaccinés qui, au nom des libertés individuelles, se refusent à se soumettre à l’obligation de justifier de leur vaccination au moyen du pass, des non-vaccinés qui jurent de boycotter des endroits où ils ne seront, en principe, pas admis.

L’État défaillant se défausse sur la société.

Sa stratégie intrigue chez nos voisins.

«Je ne pense pas qu’on puisse gagner la confiance en changeant ce que nous avons dit, c’est-à-dire pas de vaccination obligatoire», a taclé la chancelière allemande lors d’une conférence de presse à l’institut de veille sanitaire Robert Koch. Selon elle, pour convaincre les récalcitrants à la vaccination, il convient de «discuter tous ensemble, en famille, au travail, dans le club de football, partout où les êtres se connaissent et se font confiance».

Quant à la Suisse :

https://www.heidi.news/sante/vu-de-suisse-l-autoritarisme-de-macron-est-surrealiste

(Ce même site donne des informations intéressantes sur la recherche qui a conduit au développement des vaccins à ARN messager

https://www.heidi.news/explorations/arn-messager-la-revanche-des-outsiders/ce-qui-se-passe-dans-votre-bras-au-moment-du-vaccin

Et cet autre s’efforce de faire un peu de pédagogie.

https://www.letemps.ch/sciences/dix-doutes-legitimes-vaccination-zero-bonne-raison-ne-y-aller ).

Je ne doute pas que certains réticents resteront sur leurs positions. Je me demande toujours où en sont les recherches relatives à un traitement, tout le monde ne pouvant pas se faire vacciner. On a récemment ressorti l’ivermectine du placard.

https://www.pasteur.fr/fr/espace-presse/documents-presse/ivermectine-attenue-symptomes-covid-19-modele-animal

Alors efficace ou pas ?

En attendant, certains se lanceraient déjà dans la vente ou l’échange de QR codes libérateurs. De quoi alimenter le numéro spécial du Canard enchaîné sur les escrocs.

blague pass sanitaire – Blagues et Dessins

De l’humour Beauvesque

Mis en cause dans l’interpellation d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, trois gendarmes ont, selon les informations de Médiapart, été décorés, en 2019 (donc sous Castaner), pour cette arrestation, au cours de laquelle le jeune homme de 24 ans est décédé le 19 juillet 2016. Quand on connaît le caractère relativement explosif de l’affaire … cela s’imposait.

Je suppose, par ailleurs, que la promotion au 14 juillet du Préfet Lallement au grade de commandeur de l’ordre de la légion d’honneur doit quelque chose à Gérald Darmanin (où il se vérifie que l’honneur de cette légion se discute, pour le moins).

L’accusé est cuit quand l’avocat n’est pas cru (P. Dac)

C’est peut-être ce que devrait méditer E. Dupont-Moretti qui vient d’être mis en examen pour « prise illégale d’intérêts » après plusieurs heures d’interrogatoire dans les locaux de la Cour de Justice de la République. Il lui est concrètement reproché d’avoir utilisé les moyens administratifs de son ministère et ses attributions disciplinaires, sitôt arrivé Place Vendôme l’été dernier, dans le seul but de régler des comptes avec des magistrats anticorruption avec lesquels il a été en conflit ouvert quand il était encore avocat. J’avoue que sa nomination en tant que Gardes des Sceaux m’a toujours laissée perplexe et encore plus le fait qu’il l’accepte … mais peut-être ceci expliquerait cela.

Pot Pourri

Le rire comme parti

A la lecture je me dis que ce titre peut se lire dans deux sens.

Le virus s’ébroue quand nous nous pétrifions, pensée comprise. La Covid et ses variants élimineront-ils tout rire derrière des masques obligés ?

Face au quasi désert programmatique pour ces élections présidentielles 2022, la candidature de B. Gaccio – humoriste, scénariste, auteur et producteur de télévision, connu en particulier pour sa participation à l’écriture de l’émission Les Guignols de l’info de Canal+ (période ante Bolloré) – est-elle si absurde ?

Image

On se souvient de Coluche, mais avant lui, il y eut notamment Pierre Dac en 1965 et son « Votez MOU » (Mouvement Ondulatoire Unifié) ainsi que Ferdinand Lop – éternel candidat malchanceux (car les anti-Lop ne manquaient pas) à la présidence de la République, la quatrième, en même temps qu’à l’Académie française – dont le programme électoral préconisait :

  • l’extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir ;
  • la construction d’un pont de 300 m de large pour abriter les clochards ;
  • le prolongement de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et l’extension du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (dans les deux sens) ;
  • l’installation d’un toboggan place de la Sorbonne pour le délassement des troupes estudiantines ;
  • la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique ;
  • le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept mois ;
  • l’aménagement de trottoirs roulants pour faciliter le labeur des péripatéticiennes ;
  • l’octroi d’une pension à la femme du soldat inconnu ;
  • l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur (mettant en cela en pratique une suggestion de Jean Louis Auguste Commerson) ;
  • la suppression du wagon de queue du métro.

Ferdinand n’inquiéta jamais mais il n’en fut pas de même des deux autres. Au début de l’été 1965, la popularité de P.Dac toujours montante inquiéta les autres candidats et, à l’Élysée, l’on trouva que « la plaisanterie avait assez duré ». L’humoriste abandonna ses prétentions par fidélité à De Gaulle qu’il avait connu du temps de la France libre. Pour Coluche, ce fut plus noir. Les pressions amicales pour le décourager de se présenter n’ayant pas abouti, des méthodes plus radicales et illégales (notamment la recherche par le service des renseignements généraux de tous faits pouvant le discréditer) auraient alors été employées (source Madame Wikipedia).

Qu’en sera-t-il de notre Gaccio ? On aurait peut-être tort de penser à une inéluctable répétition de l’histoire. Après tout les ukrainiens ont bien élu un élu un humoriste à la tête de leur Etat : Volodymyr Zelensky.

En attendant, pour moi, le choix du gnou se discute : à s’en tenir à sa morphologie, cet animal ressemble à la fois à une antilope avec ses grandes pattes fines qui lui permettent de courir très vite, au cheval par sa corpulence, sa crinière et sa queue et au taureau avec sa tête, ses cornes et sa charge imprévisible et brutale dès qu’il se sent menacé (Madame Wikipedia).

Polymorphe (sic), imprévisible et brutal : pas très glamour ça.

Pour l’heure la communauté « réseausociale » ne s’intéresse pas trop à nommer ce nouveau mouvement : molle du gnou en somme. Je propose Génération NéOrbitale Unilatérale. Ce qui vaut bien le MOU de Dac, non ?.

Priorité

Il est vrai que cela s’imposait :

https://www.lefigaro.fr/culture/dans-la-douleur-le-conseil-de-paris-enterine-l-erection-d-une-statue-en-hommage-a-johnny-hallyday-20210707

Faisons le pari que les grimpeurs ne tarderont pas à disputer aux pigeons l’exclusivité de ce mât de cocagne d’un nouveau genre pour se rapprocher de leur idole.

Gaguesque

Et pendant ce temps ailleurs

Le Chili se dote d’une assemblée constituante dont, chose à noter, plus de la moitié des élus sont des indépendants, qui ne militent pas au sein d’un parti. Les 155 constituants (77 femmes et 78 hommes), élus au suffrage universel en mai dernier, sont entrés en fonction dimanche 4 juillet en élisant comme présidente une indienne mapuche : Elisa Loncon.

Avec l’entrée en fonction de son assemblée constituante, le Chili entre dans “un nouveau cycle”, comparable à celui de mars 1990 (date de l’élection du démocrate chrétien Patricio Aylwin, premier président élu démocratiquement depuis le coup d’État d’Augusto Pinochet, en 1973), estime un chroniqueur du quotidien de Santiago La Tercera.

365 jours pour, selon Elisa Loncon, reconstruire  » un nouveau Chili plurilingue avec toutes les cultures, tous les peuples, avec les femmes, avec les territoires » : le défi est immense et assez enthousiasmant à suivre pour qui se désole, comme moi, du contexte politique hexagonal actuel. Cet ami chilien me conseille ce site : « C’est un média honnête », me dit-il.

https://www.elmostrador.cl/

Et puis cela entretiendra mon espagnol.

Cachez ce nombril que je ne saurais voir

Je n’ai pas trop suivi cette histoire de crop-top : pour faire court, un t shirt moulant qui s’arrête au-dessus du nombril voire parfois juste en dessous de la poitrine. L’objet n’est pas récent mais il est au centre de l’une de ces disputes dont nous, français, avons le secret.

Petites illustrations ici :

Selon le journal Le Midi Libre (2/07/2021) : ce sont les footballeurs américains qui, les premiers, auraientdécidé de couper leur tenue pour un meilleur confort lors de fortes chaleurs. Une certaine marque aurait ensuite créé des vêtements pour le grand public mais cette mode aurait peu à peu disparu, le « crop top » étant de plus en plus interdit dans les lieux publics. Dans les années 90, des stars comme Madonna ou les Spice Girls ont relancé la tendance mais ce n’est que récemment que le vêtement est redevenu populaire. Au point de séduire de nombreuses jeunes filles partout en France qui arborent le « crop top » à l’école. Interrogé sur le sujet en septembre dernier, Jean-Michel Blanquer avait milité pour une « tenue républicaine ».

Personnellement, je ne sais pas ce qu’est une tenue « républicaine ». De mon temps, au siècle dernier (c’est dire), la solution était simple : on devait porter un tablier, parfois d’un certain modèle, mais pas toujours, en particulier dans les petites classes (je m’étonne d’ailleurs que le ferme et « progressiste » Jean-Michel Blanquer, ébranlé, semble-t-il, par tant d’indécence, n’ait pas déjà rétabli cette solution simple. Une irruption de pudeur démocratique ?). La « contrainte du tablier » ne m’a jamais semblé si terrible puisqu’elle ne s’exerçait, et encore pas si sévèrement, qu’entre les murs de l’école ou du lycée.

Aux beaux jours, il n’était pas rare de voir des femmes porter un simple haut de maillot de bain en public (avec un jean, une robe ou un short) …sans parler de cet exemple paléo crop-top.

ingrid-bergman-stromboli-ab.jpg

Au fond l’objet n’a aucune importance et l’on a raison d’ ironiser sur le fait qu’il n’y a pas si longtemps, faisait polémique un vêtement, « trop couvrant » pour le coup, le burkini pour ne pas le nommer.

On aurait donc pu laisser la mode croptopienne s’évanouir d’elle-même. Finalement, il n’ y a peut-être pas plus conformiste que de la suivre. Mais voilà, au détour d’un entretien accordé au magazine Elle, le Président de la République a jugé opportun de critiquer ledit crop-top et de livrer dans la foulée sa conception du féminisme. Epidémiologiste à ses heures et sociologue avec ça : quel homme !!

Et rebelote sur une polémique rampante – que je n’ai pas trop suivie non plus : intersectionnalité contre un certain « universalisme » auquel j’aurais tendance à trouver, maintenant que j’en sais un tout petit peu plus (merci Macron), des aspects assez puritains et autoritaires. Ce qui me fait penser au critique James de Coquet qui disait, je crois, « chez nous, on peut donner n’importe quel prénom aux fils aînés, à condition que ce soit James ». Les filles peuvent bien s’habiller comme elles veulent …à condition, donc.

Intersectionnalité : pauvre juriste, le concept m’était passé haut. Madame Wikipedia m’éclaire : il s’agit d’une notion employée en sociologie et en réflexion politique, désignant la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société. Pour une approche plus savante on peut aller là :

https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2015-2-page-55.htm

A voir notre quotidien, je ne vois pas ce qui choque dans l’affaire intersectionnelle. Ma perplexité est ailleurs. Quel intérêt de se focaliser sur un engouement, qui a toutes les chances d’être éphémère, de la part d’un Président désireux de ramener vers lui des jeunes qui semblent largement indifférents à sa personne (si on en croit les dernières élections, centrées mainstream sur des sujets qui ne concernaient pas les compétences des collectivités locales en cause, et largement désertées par les 18-25 ans) ? Quel intérêt dans le contexte de crise climato-économique et sociale aggravé par la Covid où nous sommes plongés (pour longtemps encore je crois) ?

Sur Médiapart, un lecteur belge s’énerve : »Macron finira par parler de la distance entre le genou et le nombril des femmes au nom du féminisme, de l’humanisme et Médiapart en fera un article et Macron fera parler de lui. Si vous arrêtiez de parler de sujet de mode pour en fabriquer de la politique, de la philo à deux balles, cela obligerait peut être Macron à chercher des solutions à vos problèmes ».

Je ne suis pas loin de penser comme lui. Les 3 derniers quinquennats (Sarkozy, Hollande, Macron) ont fait verser la fonction présidentielle dans une sorte de peopolisation décérébrante. On imagine mal une question semblable (j’entends sur un mouvement de mode) posée, disons, pour rester en Europe, à Angela Merkel ou Mario Draghi (si cela a été le cas, je suis preneuse).

Pendant ce temps, la Colombie britannique étouffe, le village de Lytton a quasiment disparu, un œil de feu, causé par une fuite de gaz sur un pipeline sous-marin, s’est formé dans le golfe du Mexique et le fonctionnement de la centrale nucléaire de Taishan inquiète (pour rester sobre).

Couvrez ce sein que je ne saurais voir

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

Molière : Tartuffe (1664)

La maison brûle comme disait le grand Jacques, écologiste occasionnel, et nous en sommes encore là : parler chiffon et nombril.

La politique de diversion a ses limites. Espérons que 2022 en soit une. Pas brune cela va de soi.

L’injonction comme principe démocratique

C’est un titre paradoxal mais, délivrée des contraintes laborieuses, c’est un peu ce que je finis par ressentir au fil de mes lectures et de mes pérégrinations sur la toile. Pour résumer cela ressemble à ça :

Et celle-ci, plus indirecte – qui risque de disparaître rapidement si le variant delta continue sa progression – y participe.

ARS Paca (@ARSPaca) | Twitter

Ajoutez au paysage l’entrée en vigueur au 1-7-2021 du passeport vaccinal.

Je pourrais considérer ce dernier comme anecdotique : autrefois, avant de partir pour des destinations lointaines, je consultais systématiquement la rubrique « santé » du site France Diplomatie et trimballais sur moi un petit carnet énumérant tous les vaccins auxquels je m’étais soumise. Mais nous n’étions pas, alors, dans l’obligation : il était plus prudent de … ce à quoi je me conformais.

Le passeport vaccinal – également nommé certificat Covid-19 uniformisé, certificat vert numérique ou pass sanitaire européen – érigé au rang de nouveau sésame pour espérer voyager librement, lui, est obligatoire lors des contrôles aux frontières des pays européens. Sans compter les tests PCR attenants.

Censé, donc, permettre aux citoyens européens une liberté de circulation entre les Etats membres, le passeport de vaccination fait l’objet de nombreux débats légaux entre les pays. « C’est un instrument gratuit et temporaire, qui n’a pas vocation à durer dans le temps une fois la crise sanitaire terminée », aurait toutefois précisé la Commission européenne ( lire ici : https://www.geo.fr/voyage/passeport-de-vaccination-ces-pays-qui-envisagent-de-ladopter-203703 ).

Temporaire vraiment ? Ailleurs, où des mesures semblables sont adoptées, on en doute :

https://www.journaldemontreal.com/2021/04/30/passeport-vaccinal-non-a-legoisme?fbclid=IwAR348ulG-Dt-rSs-p-cx0dTQS4VvZ8f7wt9bqvFMcEYS8JxQtkbx8Y0REqY

Qu’en penser ? Quelques éléments de réponse ici, également piochés outre-atlantique :

Je me souviens de cet article du journal Le Monde de l’an dernier :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/16/le-credit-social-les-devoirs-avant-les-droits_6026047_3232.html

De quoi faire rêver certains…

Vous me direz qu’il existe déjà chez nous des mécanismes (notamment bancaires) conduisant à une marginalisation sociale mais nous n’en sommes pas encore à la notation à ce degré. Une amie me faisait remarquer, qu’autant que faire se peut, elle refusait de recourir à l’informatique – ce qui lui vaut de perdre un temps non négligeable pour accomplir certaines démarches (et de solliciter aussi ceux qui s’y sont résolus). Dans un système à la chinoise, elle n’existerait tout simplement pas.

Je vous épargnerai cette citation de Benjamin Franklin, semble-t-il détournée de son sens premier.

https://www.telerama.fr/medias/etats-d-urgence-liberte-et-securite-arretons-de-citer-benjamin-franklin,135221.php

Peut-on déjà parler de démocratie sans ses citoyens après ces élections régiono-départementales désertées ? Ce serait exagéré. On pourrait, en revanche, s’interroger sur la légitimité d’élus sur un si faible socle. Passée l’inquiétude du premier tour, où l’on s’est vaguement interrogé sur le bras d’honneur des électeurs, la victoire au second a remis nos aiguilles représentatives au niveau d’indifférence où elles étaient.

La Covid, un formidable accélérateur de servitude volontaire ?

Que sont les citoyens devenus ?

La question se pose au vu de l’abstention au premier tour des élections régionales et départementales du 20 juin dernier. Les raisons les plus souvent avancées sont diverses : l’esquisse de la fin de la pandémie vécue comme une libération, une campagne électorale molle (éclipsée par l’Euro 2020 ?), l’incompétence d’un porteur publicitaire auquel l’État avait confié le soin de distribuer les professions de foi des candidats. Déjà, avant ce premier tour absent, circulaient sur twitter des photos de hangars où celles-ci dormaient. Par exemple :

Vous me direz, rien ne prouve qu’il s’agisse effectivement des professions de foi. Ce pourrait être un stock de prospectus à caractère publicitaire. Oui, mais voilà, un certain nombre d’électeurs ne les ont jamais reçues.

On aurait tort de minimiser l’importance de ces élections car les compétences du département et de la région sont au cœur de notre quotidien. En gros :

  • action sociale (enfance, personnes handicapées, personnes âgées, revenu de solidarité active), infrastructures (ports, aérodromes, routes départementales), gestion des collèges, aide aux communes, pour ce qui est du département ;
  • développement économique, aménagement du territoire, transports non urbains, gestion des lycées, formation professionnelle, pour ce qui est des régions.

Ajoutez à cela que ces deux collectivités territoriales partagent également avec les communes des compétences dans les domaines suivants : sport, tourisme, culture, promotion des langues régionales, éducation populaire.

Mais voilà, qui le sait ? ou s’en rend compte ? ou le prend en compte ?

Pas question ici de faire une étude sociologique de l’abstention – j’en serais bien incapable. Juste poser quelques impressions.

L’inquiétant dans cette histoire est qu’elle me semble conforter l’impression que l’exercice démocratique tend à se réduire à l’élection présidentielle et aux législatives qui la suivent, lesquelles enregistrent elles aussi des reculs de participation. Cette réduction alliée à une indifférenciation politique (la casse sociale est également partagée entre les gouvernement de droite et de gauche) peut, peut-être, également aussi expliquer que les jeunes s’en détournent. Non que la politique ne les intéresse pas, mais ce jeu de chaises musicales qui nous vaut les mêmes visages depuis des lustres, si. Certains ont pu croire qu’Emmanuel Macron constituait une exception dans ce paysage. D’une certaine façon oui, par son accession même, mais son exercice vertical du pouvoir a dessillé (enfin certains).

Le 27 juin renversera-t-il la tendance ? Je ne crois pas. L’entre deux tours, du moins en Île – de-France, nous vaut des joutes verbales et des jeux stratégiques éculés. Et seul l’espoir désespéré de voir advenir autre chose me conduit encore aux urnes.

Pendant ce temps là, tandis qu’on célèbre Napoléon, un journaliste allemand s’intéresse à une petite commune communiste depuis toujours. Ce sera ma petite évasion du jour…

https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-cent-ans-de-communisme-la-lecon-du-martinet-petit-village-cevenol

avec cette réminiscence limbique.