
Difficile de s’atteler à l’exercice hebdomadaire du billet tant les jours qui viennent paraissent aussi incertains et fragiles que Biden face à Trump dans son débat de jeudi soir. On pourrait vaguement espérer en se disant qu’un front à gauche à réussi à se reconstituer en peu de temps, mais les tensions pré élections européennes ne sont pas toutes retombées, les investitures ont fait le reste et le « on s’engueulera plus tard » sous-jacent n’engage pas à un optimisme débridé. Mais pour l’heure, cette alliance hétéroclite me soucie moins que ce qui se profile en face.
La campagne, si tant est que l’on puisse appeler campagne cette foire d’empoigne de 3 semaines, orchestrée par les médias dits mainstream, a davantage épargné la caricature du favori RN que les candidats Renaissance (à peine moins cela dit) ou du nouveau front populaire, en particulier les membres du mouvement la France insoumise, mouvement que le Conseil d’Etat se refuse à considérer comme « extrême », tout en retenant cette qualification en ce qui concerne le Rassemblement National : voir ici
https://francais-du-monde.org/2024/06/27/decision-conseil-etat-nuances-politiques/
Mais cette décision administrative est ignorée par les médias qui en restent aux tenailles extrêmes …et par certains électeurs prêts à voter pour le nouveau Front populaire à condition que le candidat de leur circonscription n’affiche pas le logo LFI sur leur profession de foi.
On aimerait que les 2 M (Macron et Mélenchon) se taisent. On aimerait ne pas être sur un pont suspendu qui perd ses lattes.
Et « la plaine » me direz-vous ? J’entends par là Renaissance, Modem, Liot, Horizon, les Républicains non Ciottistes. Mêmes sables mouvants. On règle ici aussi de petits comptes, on pense à plus tard. Sur les tracts de certains candidats Renaissance, la photo d’Emmanuel Macron a tout bonnement disparue. Contreproductive ?
L’orthodoxie et l’hétérodoxie économiques s’invectivent, y compris par prix nobels interposés, sans s’attarder, pour les premiers, sur les difficultés croissantes de vie de nombre de nos concitoyens. François Hollande propose de financer la hausse du Smic par de nouvelles exonérations sociales qui mettent la sécurité sociale en difficulté, oubliant au passage que certaines (réduction générale , réduction du taux de cotisation patronales d’assurance maladie, réduction du taux de la cotisation d’allocations familiales) sont déjà en partie liées au montant du Smic, dont toute hausse accroit les seuils d’exonération, et qui ont surtout constitué des trappes à salaires. On oublie aussi aisément grâce à qui l’aide à domicile et d’autres services ou professions « tiennent » encore, bien que payés au lance pierre.
On est pas loin, pour peu qu’on soit catholique ou prêt à abjurer pour un moment son agnosticisme, d’invoquer Sainte Rita. Je plaisante à peine.
Même les puissants sont inquiets. Ainsi Bernard Arnault qui éructe de ne pas avoir été prévenu en amont par Macron de sa décision de dissoudre l’Assemblée Nationale. Il faut dire, à en croire Le Palmipède, que la bourse a chuté et qu’ il n’est plus l’homme le plus riche du monde, que de la proximité de la marque LVMH avec Madame devient encombrante et que les violences des si bien dédiabolisés costards cravates du RN bénéficient d’une mansuétude de certaines préfectures qui pourrait s’exprimer sans complexes sur des avenues huppées. Cela ferait mauvais genre à l’heure des JO dans lesquels il a fort investi et dont on ne sait qui va récupérer la patate chaude sécuritaire.
L’étau, pour l’électeur, au-delà des programmes bricolés ou aménagés sur le gaz, voire progressivement totalement remis en cause (n’est – ce pas Jordan ?) est, pour l’heure, le temps extrêmement contraint accordé à la tenue de ces élections. En attendant ce qui suivra.
L’électeur américain en novembre a de fortes chances de se retrouver dans la même situation. Le New York Times adjure Joe Biden de se retirer de la course à la Maison Blanche après sa prestation calamiteuse de jeudi, histoire de donner quelque chance et un souffle au parti démocrate. B. Obama minimise en écrivant sur X (ex-twitter) qu’il arrive à tout le monde de rater un débat…à ce point ?
Un Président en fonction dont les « capacités cognitives » sont mises en doute depuis quelque temps (les moins polis ont d’autres mots en réserve) ou un ancien Président menteur invétéré et caractériel notoire : vous vous voyez choisir ?
Pour nous, de très érudits, moyennant sondages, se risquent à l’élaboration de scénarii possibles, certains en voient six, d’autres moins. D’autres agitent la possibilité qu’E. Macron, en fonction des résultats, prenne la décision (seul encore) d’activer l’article 16 de la Constitution. Certes cet article ne peut pas l’ être n’importe comment (https://www.conseil-constitutionnel.fr/la-constitution/quel-pouvoir-donne-l-article-16-de-la-constitution-au-president-de-la-republique) mais ce Président nous a déjà gratifié d’une lecture très personnelle du texte fondateur de la cinquième République très mollement contredite par le Conseil constitutionnel.
Quand tout est propice à tous les complotismes, faites vos jeux ….






