Sales attentes

Difficile de s’atteler à l’exercice hebdomadaire du billet tant les jours qui viennent paraissent aussi incertains et fragiles que Biden face à Trump dans son débat de jeudi soir. On pourrait vaguement espérer en se disant qu’un front à gauche à réussi à se reconstituer en peu de temps, mais les tensions pré élections européennes ne sont pas toutes retombées, les investitures ont fait le reste et le « on s’engueulera plus tard » sous-jacent n’engage pas à un optimisme débridé. Mais pour l’heure, cette alliance hétéroclite me soucie moins que ce qui se profile en face.

La campagne, si tant est que l’on puisse appeler campagne cette foire d’empoigne de 3 semaines, orchestrée par les médias dits mainstream, a davantage épargné la caricature du favori RN que les candidats Renaissance (à peine moins cela dit) ou du nouveau front populaire, en particulier les membres du mouvement la France insoumise, mouvement que le Conseil d’Etat se refuse à considérer comme « extrême », tout en retenant cette qualification en ce qui concerne le Rassemblement National : voir ici

https://francais-du-monde.org/2024/06/27/decision-conseil-etat-nuances-politiques/

Mais cette décision administrative est ignorée par les médias qui en restent aux tenailles extrêmes …et par certains électeurs prêts à voter pour le nouveau Front populaire à condition que le candidat de leur circonscription n’affiche pas le logo LFI sur leur profession de foi.

On aimerait que les 2 M (Macron et Mélenchon) se taisent. On aimerait ne pas être sur un pont suspendu qui perd ses lattes.

Et « la plaine » me direz-vous ? J’entends par là Renaissance, Modem, Liot, Horizon, les Républicains non Ciottistes. Mêmes sables mouvants. On règle ici aussi de petits comptes, on pense à plus tard. Sur les tracts de certains candidats Renaissance, la photo d’Emmanuel Macron a tout bonnement disparue. Contreproductive ?

L’orthodoxie et l’hétérodoxie économiques s’invectivent, y compris par prix nobels interposés, sans s’attarder, pour les premiers, sur les difficultés croissantes de vie de nombre de nos concitoyens. François Hollande propose de financer la hausse du Smic par de nouvelles exonérations sociales qui mettent la sécurité sociale en difficulté, oubliant au passage que certaines (réduction générale , réduction du taux de cotisation patronales d’assurance maladie, réduction du taux de la cotisation d’allocations familiales) sont déjà en partie liées au montant du Smic, dont toute hausse accroit les seuils d’exonération, et qui ont surtout constitué des trappes à salaires. On oublie aussi aisément grâce à qui l’aide à domicile et d’autres services ou professions « tiennent » encore, bien que payés au lance pierre.

On est pas loin, pour peu qu’on soit catholique ou prêt à abjurer pour un moment son agnosticisme, d’invoquer Sainte Rita. Je plaisante à peine.

Même les puissants sont inquiets. Ainsi Bernard Arnault qui éructe de ne pas avoir été prévenu en amont par Macron de sa décision de dissoudre l’Assemblée Nationale. Il faut dire, à en croire Le Palmipède, que la bourse a chuté et qu’ il n’est plus l’homme le plus riche du monde, que de la proximité de la marque LVMH avec Madame devient encombrante et que les violences des si bien dédiabolisés costards cravates du RN bénéficient d’une mansuétude de certaines préfectures qui pourrait s’exprimer sans complexes sur des avenues huppées. Cela ferait mauvais genre à l’heure des JO dans lesquels il a fort investi et dont on ne sait qui va récupérer la patate chaude sécuritaire.

L’étau, pour l’électeur, au-delà des programmes bricolés ou aménagés sur le gaz, voire progressivement totalement remis en cause (n’est – ce pas Jordan ?) est, pour l’heure, le temps extrêmement contraint accordé à la tenue de ces élections. En attendant ce qui suivra.

L’électeur américain en novembre a de fortes chances de se retrouver dans la même situation. Le New York Times adjure Joe Biden de se retirer de la course à la Maison Blanche après sa prestation calamiteuse de jeudi, histoire de donner quelque chance et un souffle au parti démocrate. B. Obama minimise en écrivant sur X (ex-twitter) qu’il arrive à tout le monde de rater un débat…à ce point ?

Un Président en fonction dont les « capacités cognitives » sont mises en doute depuis quelque temps (les moins polis ont d’autres mots en réserve) ou un ancien Président menteur invétéré et caractériel notoire : vous vous voyez choisir ?

Pour nous, de très érudits, moyennant sondages, se risquent à l’élaboration de scénarii possibles, certains en voient six, d’autres moins. D’autres agitent la possibilité qu’E. Macron, en fonction des résultats, prenne la décision (seul encore) d’activer l’article 16 de la Constitution. Certes cet article ne peut pas l’ être n’importe comment (https://www.conseil-constitutionnel.fr/la-constitution/quel-pouvoir-donne-l-article-16-de-la-constitution-au-president-de-la-republique) mais ce Président nous a déjà gratifié d’une lecture très personnelle du texte fondateur de la cinquième République très mollement contredite par le Conseil constitutionnel.

Quand tout est propice à tous les complotismes, faites vos jeux ….

Covidée !

Lundi matin, je me suis réveillée avec un vague mal de gorge, la sensation d’être passée sous un rouleau compresseur et la tête embrumée. Mon état ne s’arrangeant pas après mon petit déjeuner habituel, prise d’un pressentiment, je suis allée me faire tester à la pharmacie du coin. Le test antigénique délivra son message assez vite : j’étais bien covidée. Dûment masquée FFP2, je suis passée, chez le médecin (c’est pas recommandé mais attendre de pouvoir l’avoir en visio, j’en avais pour un sacré bout de temps). Je n’avais pas de fièvre, une respiration et un degré de saturation en oxygène normaux, juste un pouls un peu rapide. Je revins à la^pharmacie pour récupérer les médicaments prescrits (doliprane + une solution à me pulvériser dans le nez) puis chez moi pour annoncer la « bonne » (sic) nouvelle à tous ceux que j’avais croisés récemment, en particulier ma mère, et finalement m’isoler.

Ce n’est pas que j’avais oublié que la bestiole circule. De nombreux articles dans la presse font d’ailleurs état d’une recrudescence des cas dernièrement. Si j’ai un peu lâché côté rappel de vaccin, je n’ai jamais transigé avec le port du masque (FFP2 donc,plutôt que masques chirurgicaux qui ont tendance à « bailler » sur les côtés) dans les endroits fermés et/ou avec forte concentration humaine (transports en commun, ascenseur, supermarchés, salle de conférences) ni avec la nécessité de garder, autant que possible, mes distances. Le port du masque dans les transports me valait parfois des sourires amusés et quelquefois des manifestations de galanterie bienvenue : on me proposait de m’asseoir.

Passées les premières mesures informatives viennent les questions : où avais-je bien pu choper cela ? Et combien de temps rester à l’isolement ?

Sur le temps d’incubation et celui où l’on est censé rester contagieux, il semble que ce soit assez variable mais de façon générale les chiffres qui reviennent le plus dans ce que j’ai pu lire sont : 3 à 5 jours pour le temps d’incubation, 7 à 10 pour la durée de contagiosité sachant que l’on est plus particulièrement contagieux la semaine qui suit l’apparition des symptômes. En ce qui me concerne, n’ayant pas une vie sociale effrénée, je n’ai trouvé que 2 ou 3 évènements susceptibles d’ être à l’origine de ma contamination : mes exploits d’assesseure de bureau de vote le 9 juin, l’Assemblée plénière du Conseil Bordeaux seniors auquel j’appartiens le 11 et une réunion du comité dit « de la rue » à la mairie le 13. Les 2 premiers sont trop éloignés de l’apparition des symptômes chez moi et pour le 3eme, je suis dubitative. Nous étions une dizaine de personnes dispersées dans une immense salle dont toutes les fenêtres étaient restées ouvertes et ma voisine, la plus proche, qui s’est fait tester après que je l’aie informée de mon état, n’a rien, . Reste aussi l’hypothèse toujours possible d’une rencontre prolongée non masquée avec une personne déjà contaminée mais asymptomatique. Où il apparaît, en filigrane, que l’application « Tous anti Covid » (aujourd’hui désactivée ) qui, en cas de rencontre avec une personne « à risques », vous envoyait une notification indiquant à peu près à quel moment l’évènement s’était produit avait une petite utilité.

Je ne sais si ces données qui concernent surtout le variant Omicron valent aussi pour le nouveau variant qui circule dénommé FLiRT qui serait assez proche de ce dernier. Selon les chercheurs de l’Univeresité John Hopkins de Baltimore, en effet, le virus n’aurait pas assez muté pour devenir très différent des souches précédentes.

Je me serais bien passée de ce flirt là. Pour l’heure, je ne tousse pas, je respire normalement, je n’ai pas de fièvre, je n’ai perdu ni goût, ni odorat, je n’ai pas mal à la tête, plus de gorge irritée. Je mouche et j’éternue un peu mais c’était déjà vrai avant le Covid en cette saison où les allergènes se baladent. Je me traîne juste. Pas sûr que la lassitude de rester enfermée depuis lundi n’en soit pas aussi la cause.

Un point noir toutefois : j’ai trouvé le moyen de contaminer ma mère, testée positive par l’infirmière venue faire sa toilette. Son médecin est passé. Son ordonnance ressemble à la mienne. Ses SMS me donnent à penser qu’elle ne va pas trop mal. Elle me propose d’ailleurs, maintenant que nous en sommes au même point, de passer la voir. Je ne sais pas si c’est une bonne idée.

Point de campagne

Dimanche 9 juin. Il est presque 23 heures et nous finissons de compléter les listings récapitulatifs des élections qui se sont tenues dans la journée. Le bureau où j’ai été affectée comme assesseure compte 1163 inscrits, 715 ont voté (en personne ou par procuration). Ce qui donne un taux de participation d’environ 61,5%. Pas si mal pour une élection européenne. Les résultats sont à l’image de ceux recueillis au niveau national : en tête Jordan Bardella, puis viennent Valérie Hayer, Raphaël Gluksmann, chacun des 3 avec plus d’une centaine de votes, suivent loin derrière François-Xavier Bellamy, puis Manon Aubry. Marion Maréchal talonne Marie Toussaint. 12 listes ne comptent aucun vote en leur faveur. Les autres moins de 10 voix.

On se détend un peu, car la journée a été longue, quand arrive la responsable du centre de vote (qui compte 5 bureaux) laquelle nous apprend la dissolution de l’Assemblée Nationale et l’organisation de nouvelles élections législatives les 30 juin et 7 juillet. Qui sera libre ? On se compte. Il va manquer du monde. Et on ressent une vague impression d’être nassé dans ce temps si serré.

Je me dis in petto que je n’avais pas vu venir cette « bordelisation », pour reprendre un mot cher à notre ministre de l’intérieur. Cette fois elle est d’origine présidentielle.

Une petite blagounette commence à circuler sur les réseaux sociaux : face à l’ampleur de l’avance RN, le cabinet Mac Kinsey aurait proposé dix solutions à E. Macron qui se serait mépris et aurait entendu « dissolution ». C’est très moyennement drôle, je vous l’accorde.

Il reste que ce soir là, vu les résultats, je me dis que les castors de 2022 vont aussi se compter, vu la brutalité de la politique menée depuis les dernières présidentielles et législatives.

Et puis, la gauche s’organise en un Nouveau Front Populaire (NFP), accouche d’un contrat de législature en 5 jours et en 3 actes. Les négociatrices et négociateurs se sont mis d’accord sur 150 mesures qu’ils s’engagent à prendre selon un ordonnancement chronologique : les quinze premiers jours – la rupture –, puis les cent premiers jours – les bifurcations –, et enfin les mois suivants – les transformations.

On se couche presque optimiste pour se réveiller en plein psychodrame. La raison ? La décision de LFI de refuser les investitures aux législatives à Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danielle Simonnet, Hendrik Davy, et Frédéric Mathieu, en délicatesse avec les positions de la direction depuis octobre dernier.

Règlement de comptes ? Purge ? Les grand mots sont lâchés à la télévision et sur les réseaux.

Passée une certaine incrédulité, je songe que rien ne justifie des réinvestitures automatiques (à moins que cela ait été acté dans les accords du NFP ?). Et que la machine à perdre est lancée car il y a fort à parier que ce début de campagne tournera autour de cette décision. Et puis les écartés, ou du moins certains, ont déjà fait savoir qu’ils se maintiendront face à leurs remplaçants au risque d’engendrer des triangulaires peut-être risquées.

Autre point de friction, la reconduction d’Adrien Quatennens, condamné en 2022 pour violences conjugales, contre l’avis de tous ses partenaires du Nouveau Front populaire. Sous pression, ce dernier vient de retirer sa candidature. mais LFI a investi un autre candidat sur sa circonscription face à Amy Bah, présidente de l’association Nous toutes à Lille et soutenue par la maire de Lille, Martine Aubry. Chez Renaissance, dans le même registre, c’est le bal des faux-culs sur les cas Abad et Peyrat (le premier accusé de violences sexuelles par trois femmes, mis en examen en mai pour tentative de viol sur l’une d’elles et placé sous le statut de témoin assisté pour les deux autres, le second condamné pour violences conjugales)

Autres petites gâteries labellisées NFP, la réapparition de François Hollande, candidat en Corrèze et l’investiture d’Aurelien Rousseau, ancien ministre d’Elisabeth Borne. Je ne sais qui a suggéré la seconde, mais le retour du premier laisse augurer la ré-émergence de vieilles rancunes.

Après la bordelisation consécutive à la dissolution, voici donc celle liée aux investitures…qui devrait prendre fin ce soir. Il sera alors plus que temps de rentrer dans la lecture des programmes, ces, souvent, grands oubliés ou caricaturés des plateaux télés. La tentation people, c’est tellement plus simple.

Après on verra ce qui sort du chapeau. Viendra le temps de la composition du Gouvernement (J. Bardella Premier ministre, je ne vois pas plus lunaire, à part présenter un bidet aux élections présidentielles), de celle du perchoir de l’Assemblée Nationale, de la désignation de ses questeurs et présidents de commission etc. Sans parler de la gestion du bon déroulement et de la sécurité des JO, à suivre.

En attendant, le socle présidentiel se montre plutôt discret avec cette affiche assez peu paritaire que certaine, agacée par son « virilisme », s’est sentie obligée de corriger. Histoire de sourire un peu. Parce qu’à part le locataire Elyséen et la dame aux chats, je ne vois pas qui s’amuse aujourd’hui.

La cerise sur le chaos

Tandis que le scrutin européen permet surtout de tester les possibles têtes d’affiches de nos présidentielles 2027, d’autres élections se rapprochent à grands pas qui ne font pas rêver. Cauchemarder plutôt : les élections présidentielles américaines. Peu au fait du système électoral étasunien, je me suis demandée quelles étaient les conditions d’éligibilité à la fonction de Président des Etats-Unis.

Si j’en crois Madame Wikipedia, ces conditions, définies par l’article II de la constitution US, sont les suivantes : ne peuvent se présenter que les citoyens américains de naissance, âgés d’au moins 35 ans, ayant résidé pendant au moins 14 ans aux États-Unis. Autrement dit, il n’existe aucune restriction fondée sur la moralité ou le casier judiciaire. Même lesté de casseroles diverses et variées, rien n’interdit à Donald Trump de se présenter. Et ce, même en cas de condamnation à de la prison. L’ancien Président, qui risque quatre ans de détention pour falsifications de documents comptables, sera fixé sur sa peine le 11 juillet, soit 4 jours avant la convention qui devrait l’introniser officiellement candidat du parti républicain. 

S’il l’emporte en novembre, Donald Trump pourra ainsi entrer en fonctions en janvier 2025. Il ne pourra, toutefois (et heureusement !), ni se gracier ni ordonner l’abandon de ces poursuites, celles-ci se déroulant dans le cadre d’une procédure engagée par l’Etat de New York, et non pas au niveau fédéral.

Selon la journaliste Maya Kandel, la différence entre cette campagne électorale et celles de 2016 et 2020 se trouve dans l’image de « hors-la-loi » que Donald cultive et adapte en fonction de son auditoire. A la fois gangster et victime, se comparant tantôt à Al Capone pour le général et au christ lorsqu’il s’adresse à sa base chrétienne. Héros antisystème, en somme (Gardons cela en tête car nous ne sommes pas immunisés, chez nous, contre ce genre de supercherie).

Pour moi, ce qui me laisse perplexe, c’est le crédit (sic) que l’on continue d’accorder outre atlantique au personnage. Vous me direz, nous pouvons, nous aussi, nous enorgueillir d’un ancien Président à casseroles, mais il ne me semble pas à ce point caricatural. Question de point de vue ? Oui, vous avez raison.

En face « sleepy Joe » dont il est difficile de mesurer ce qu’il lui reste de lucidité et dont le capital électoral s’est sans doute étiolé en raison de sa politique à l’égard de l’Etat d’Israël.

Pour résumer, la revanche des élections de 2020 entre deux gérontes kakistocrates pour des raison différentes, cela vous tenterait, vous ?

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2024/06/06/la-kakistocratie-ou-le-pouvoir-des-pires-comment-l-incompetence-se-glisse-au-sommet-des-entreprises_6237598_1698637.html

Une victoire trumpiste ajouterait, pour moi, une cerise sur le chaos qui se diffuse sous nos yeux depuis trop longtemps.

Et nous en 2027 ? Pas de quoi fanfaronner non plus, pour être franche.

De Rafah à Bibi

Cette image aurait déjà été partagée 47 millions de fois en soutien aux Palestiniens sur les réseaux sociaux. Probablement générée par intelligence artificielle, elle est paradoxale dans la mesure où elle vise à solidariser (tous les regards sont tournés vers Rafah) tout en ne disant rien par elle-même. Le lisse vaguement flou de cet alignement impersonnel n’a que peu à voir avec l’état réel de Rafah.

Récemment rattrapée par la patrouille facebook pour une photo jugée choquante par la plateforme, j’ai pensé que celle – ci était de nature à passer entre les gouttes des algorithmes. Ce vide artificiellement produit aurait donc pour fonction de contourner la censure. D’autres images plus difficiles à regarder circulent aussi pourtant..

Pourquoi partager cela ? Pourquoi cette image plutôt qu’une autre ? De quoi est-elle le révélateur ? Pour Laurence Allard, maîtresse de conférences en sciences de la communication et chercheuse à l’université Sorbonne-Nouvelle et membre de l’Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel, interrogée par Le Monde, « cette image représente le « clictivisme », c’est-à-dire qu’on partage une information en un clic avec un vague commentaire, mais on est au degré zéro de l’engagement. On partage un slogan, et un visuel sans forcément y réfléchir, en s’y livrant très peu ». De la compassion à peu de frais en somme.

Je ne dois pas être entrée dans ce « clictivisme » car ce cliché ne me parle pas, ne mobilise rien en moi. Et je n’ai pas besoin d’injonction pour me sentir concernée par ce qui se passe à Gaza. Je ne nie pas cependant que mon engagement soit distant dans la mesure où il se borne à soutenir des ONG travaillant sur place. Enfin, aujourd’hui, devrais-je dire celles qui en ont encore les moyens, humains en particulier.

Hier soir sur TF1/LCI, Benjamin Netanyhou était interviewé par Darius Rochebin, journaliste maison. J’avoue que je n’ai pas eu le courage de regarder ça. Certains se rassuraient à l’avance en gageant que Darius ne se laisserait pas embobiner. Il semblerait pourtant qu’il n’ait pas tout à fait réussi. « Même rognés par Darius Rochebin , les tunnels de propagande du criminel de guerre Netanyahou sont restés des tunnels », a posté Daniel Schneidermann sur X (ex-twitter). Il en fera sans doute son obsession du jour sur son blog.

N’ayant pas vu l’entretien, je ne puis rien en dire et d’autres en analyseront la substance par le menu. Je me demande seulement si la course au coup médiatique justifiait qu’on offre une telle tribune au premier ministre israélien dont la parole est davantage attendue par la CPI et dont je doute également qu’elle réforme les opinions des uns et des autres. Peut-être même aura-t-elle un effet « radicalisant ».

S’il en est un qui s’ est réjoui de l’évènement, c’est Meyer Habib qui semble avoir « travaillé » l’entretien avec son ami « Bibi ». Du moins le prétend-t-il sur X (ex-twitter). Je me suis toujours demandé ce que Meyer faisait à l’Assemblée Nationale à part relayer bruyamment et parfois agressivement la parole nétanyahouesque. Se souvient-il qu’il est censé représenter les français établis dans les pays suivants : Chypre, Grèce, Israël, Italie, Malte, Turquie et territoires palestiniens ?

9 juin : un vote pour pas grand chose ?

Le 9 juin, j’irai voter. Je serai même assesseure (le e est là exprès) dans mon bureau de vote. Ce n’est pas que cette Europe là m’enthousiasme mais, pour plagier la devise de certain Palmipède, le droit de vote ne s’use que lorsque l’ on ne s’en sert pas.

Juin 1979. J’ai 21 ans bientôt 22 (en août). Premières élections européennes. C’est la deuxième fois que je vote. Avant, il y avait eu les municipales qui, à l’époque, à Bordeaux reconduisaient sans férir J. Chaban-Delmas. Là, c’est nouveau et je me dis qu’instituer une représentation des citoyens à ce niveau, c’est peut-être un premier pas vers la création d’une fédération. Les Etats-Unis d’Europe, j’y crois et pense que les Etats Nation composant l’Europe devraient être progressivement défaits de certaines de leur prérogatives pour que l’ensemble puisse fonctionner. Je pense aussi que la question sociale devrait être au cœur de ses préoccupations. Bref, je déparle et « dé-pense ».

Ma naïveté aura la vie dure. Jusqu’en 2005. Ou plutôt 2008 quand le Parlement français, réuni en congrès, a approuvé la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Lisbonne. Je n’avais pas voté « non » au référendum relatif au traité constitutionnel européen par nationalisme ou souverainisme mais en raison, surtout, de ses orientations économiques : cette « concurrence libre et non faussée » qui nous vaut la signature de traités de libre-échange climaticides entre autres choses. J’avais voté « non » parce qu’il me semblait que l’Europe en tant qu’ensemble ne se protégeait pas sur ces questions.

L’enfant européen a plus de 70 ans (si on remonte à la CECA) et, s’il pèse en matière commerciale, sa consistance politique est faible au regard des puissances émergentes et/ou émergées (on dira les BRICS pour faire court). J’aurais dû mieux lire les traités européens quand ils étaient encore lisibles.

Alors pourquoi voter ? Parce que je suis têtue dans mes affections et une optimiste désespérée. La persévérance paye parfois.

PS : J’ai mis cette photo du Belem, qui frôla aussi nos rives bordelaises, arrivant dans le vieux port de Marseille parce qu’elle est belle et presque proche d’un tableau. Pour le reste les JO ne m’intéressent absolument pas.

De l’intelligence au pur buzz

« Quand l’histoire fait dates » est une émission que j’aime bien sur Arte. A vrai dire, l’une des rares dont je regarde les reprises sur youtube. Je suis tombée sur l’épisode « 1848, le printemps des peuples » un peu au hasard. En le regardant à nouveau, il me semble curieusement résonner aujourd’hui : les idéaux, y compris sociaux, les nationalismes, la répression, qui ouvrit la voie, chez nous, au second empire mais surtout la question finale suggérée : qu’est-ce qui fait peuple ? Qu’est-ce qu’un peuple ? Le conflit au Moyen Orient la réitère de manière effroyable.

L’historien Patrick Boucheron, qui supervisait cette émission, en eut une autre sur l’antenne de France Inter : « Histoire de », supprimée au bout de deux saisons pour « raisons budgétaires », alors qu’elle avait trouvé son public. Dans le même temps, on a fait passer celle de Charline Vanhoenacker, qui rassemblait plus d’un million de fidèles, de quotidienne à hebdomadaire. Cette dernière version, qui continue à être insolemment populaire, verra son budget raboté d’un tiers à la saison prochaine. L’un de ses chroniqueurs, Guillaume Meurice, vient d’être convoqué à un entretien préalable à l’issue duquel on lui signifiera probablement qu’il n’est plus le bienvenu à l’antenne. Le motif ? Une vanne que je n’ai pas trouvée spécialement drôle (Nétanyahou qualifié de « sorte de nazi mais sans prépuce ») ni la justice répréhensible.

https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2024/04/22/la-plainte-visant-guillaume-meurice-classee-sans-suite_6229256_3236.html

Seront également supprimés à la rentrée prochaine, plusieurs rendez-vous incontournables de la station publique, notamment « C’est bientôt demain », un créneau hebdomadaire consacré à l’actualité des luttes et mobilisations environnementales et sociales en cours ou  » La terre au carré » également axée sur l’écologie et l’environnement. Trop d’écologie tue l’écologie sans doute. Et le cocktail écologie – social, c’est anxiogène.

« Les formats doivent évoluer » se défend la direction : un marronnier confortable pour qui veut se défaire d’un peu de polémique.

Une journaliste d’ Arrêt sur images, harcelée par l’extrême droite pour un tweet dans lequel elle dénonçait le racisme en France, ayant ponctuellement collaboré à 2 séries sur France Inter, ne sera finalement soutenue que du bout des lèvres, par la direction de l’antenne après 2 communiqués d’une veulerie consternante. Voici la version 1 (le dessin est de Fred Sochard)

La suite ici

https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/y-a-t-il-quelquun-a-la-barre-de-france-inter

Pendant ce temps là, Léa Salamé, évoque son métier (journaliste paraît-il) en ces termes : « Peu importe la question, peu importe la réponse, il faut qu’il y ait un moment. » Rien ne vaut le buzz, en somme.

Voilà. Dormez, braves gens et surtout n’allez pas chercher à vous informer. C’est très surfait.

On vit une époque formidable.

Un exercice pas facile

Pascale, une amie et ancienne collègue va rejoindre la cohorte des retraités à la fin du mois de mai. Ces dernières années l’essentiel de son travail consistait en la supervision d’une revue exigeante de jurisprudence sociale : la RJS dans notre jargon.

Je reçois hier un courriel collectif, adressé aux « anciens de la rédaction », de mon ancienne cheffe de service m’avisant de la décision des rédacteurs en poste d’offrir à Pascale une revue de jurisprudence « un peu spéciale »

« Elle regroupera, comme toute RJS, une partie doctrinale, et une partie décisions du mois.. C’est pour la partie doctrinale que nous comptons sur vous et sur vos talents d’écriture ! Si vous pouviez rédiger sous Word un article (même court !) évoquant vos souvenirs avec Pascale, ce serait super chouette ». Dead line pour envoyer ma copie, le 20 mai.

Et me voilà un peu embêtée car ce n’est pas dans le travail que j’appréciais Pascale. L’indulgence n’était pas son fort et sa franchise parfois blessante. Ainsi étais-je à ses yeux une honnête juriste mais manquant décidément de profondeur et de prospective dans mes commentaires de textes ou d’arrêts ; « tu ne fouilles pas assez » me disait-elle. Au moins étais-je fiable – une qualité qu’elle ne reconnaissait pas à tout le monde-c’était déjà ça.

Non, c’est la personne « hors les murs laborieux » que j’appréciais et apprécie toujours. C’est dans tous les à-côtés du travail que nous nous entendions et nous entendons encore car je continue à la voir ainsi que son mari, Diego – il est chilien- lors de mes passages à Paris. On discute bouquins, musique, politique le plus souvent autour de bons vins et de petits plats. Mes penchants sont un peu plus à gauche que les leurs mais on ne s’est jamais brouillés pour ça. Franchies les portes de l’entreprise, dégagée des prudences de l’écriture juridique, Pascale était drôle et le reste dans ses emportements. « Je me trompe peut-être » est un de ses incipit favoris. Sans attendre un oui ou un non. C’est cette forme de hardiesse que j’aime chez elle comme chez une autre amie, de fac celle-ci, Michèle.

Il se peut que je me retrouve à travailler avec Pascale dans le cadre d’une association créée par Diego qui s’inscrit dans un mouvement, appelé ailleurs « el sistema », qui considère la démocratisation culturelle comme un puissant levier d’intégration sociale. A la fin de l’an dernier, il a organisé la tournée en région parisienne d’un orchestre de jeunes d’un quartier déshérité de Santiago et m’a demandé à cette occasion de réviser une plaquette de présentation de l’association et de l’orchestre. Satisfait de ma collaboration, il m’a demandé si j’acceptais de rejoindre son association. J’ai dit banco. Je ne sais pas trop ce que j’y ferai de là où je suis mais il ne s’agira plus de droit.

Pour l’heure, il me reste à écrire un texte aimable sans tomber dans une hagiographie professionnelle qui ne leurrera personne, à commencer par l’intéressée. L’exercice me fait un peu penser à ces scènes du film « Quatre mariages et un enterrement » où un ami des mariés est chargé d’un petit hommage qui se doit d’être émouvant et drôle. Drôle surtout.

Je ne suis pas sûre de savoir faire ça.

Finalement j’ai envoyé ça :

Jubilacion

J’ai toujours aimé ce mot (retraite en espagnol), bien plus dynamique que notre « retraite », qui sent le sapin. Mon temps retraité s’est construit paisiblement à l’improviste. Je te le souhaite aussi  Ma mémoire, ce jour, est comme le ciel, changeante. Tant de choses en tant d’années et découvrir qu’au fond le métier ne fut pas tout.

Je me souviens …

des «je me trompe peut-être» préventifs qui n’attendaient (et n’attendent toujours pas) de réponse dans un sens ou un autre. Pas de fausse humilité là-dedans, juste une reconnaissance préambule : nous sommes tous faillibles (sauf le Pape, paraît-il, mais on n’en a encore pas la preuve à ce jour) ;

de ce que je m’étais promis de ne jamais faire : rempiler dans un comité d’entreprise et surtout d’en être trésorière…et je m’y suis résolue … comme quoi les « je me trompe peut-être » ne se trompent pas toujours et peuvent même être amicalement persuasifs ;

des colloques politiques improvisés à la machine à café. Tu n’y a jamais mystère de tes inclinations, contrairement à moi, bien plus radicale au fond. «Rome, ultime objet de mon ressentiment, … » …mais je m’égare ;

des déjeuners « chez le petit portugais d’à côté ». Tu aimais ses poulpes grillés (jamais pu me résoudre à bouffer de la chambre à air pour ma part) ; on faisait des concours de taches sur chemisier avec Martine ; on y avait nos petits ronds de serviette ; on y goutait les petites attentions, un peu alcoolisées parfois, du taulier…et on y traîna une nostalgie rétrospective lorsqu’il partit ;

des jours ronchons comme on en a tous. Là, ne pas te déranger ;

des éclats de rire sonores comme je n’en ai pas (et pourtant j’ai une bonne voix) ;

de la clope longtemps chérie ;

de ces choses drôles et graves qui tricotent une amitié, mais cela c’est entre nous.

Je me demande en revanche :

Si  tu as aimé les Shadocks, Pierre Desproges et le tribunal des flagrants délires, Alexandre Vialatte et ses articles un peu déjantés dans le journal  « La Montagne »,  Pierre Dac, les « Tontons flingueurs », l’absurdité  et la dérision en général.

 Parce que ce sont des choses que j’ai toujours aimé partager. Et je ne suis pas sûre de te  l’ avoir dit un jour.