Ce blog n’est pas prémédité. Je ne planifie rien. Parfois les horizons me fatiguent, alors j’écris au plus près : sur des personnes qui m’ont marquée, sur du présent, du banal, et, quand ils me viennent, sur des imaginaires …qui n’en sont pas tout à fait, car on ne se défait jamais complètement de soi. Tout cela manque peut- être un peu d’unité, n’est pas d’airain. Cela zigzague, hésite, revient, repart. C’est comme ça. Le plus délicat est la distance car, si je ne rechigne pas à partager des émotions, l’intime reste une autre chose dont je n’ai pas envie de parler ici. Alors baladez-vous sur ce flou, si l’écriture vous en dit !
Voilà qui ne risque guère de m’arriver compte tenu de l’oukase de mon plus jeune frère, destiné, je suppose, à éviter une surenchère consumériste : les parents donnent à leurs enfants, les enfants à leurs enfants ou neveux et nièces, et tout le monde donne aux petits enfants ou petits neveux et nièces. Pourquoi ne pas faire un petit geste entre frère(s) et sœur (s) ? Mystère.
A vrai dire, je ne me suis jamais vraiment pliée à la règle, offrant, au moins (avec des succès divers) un calendrier de ma fabrication à tous, un petit cadeau plus personnalisé parfois aussi à certains : frère, nièce ou parent (qui a peut-être fini, à l’occasion, par trouver plus heureux bénéficiaire sur eBay, qui sait ?). Pour le reste, j’ai souvent cédé à la facilité : un chèque (achetez-vous ce qui vous fait plaisir). Celui-là ne sera pas échangé sur le net mais c’est absolument impersonnel.
Pourquoi j’en parle ? Parce que, sommes toutes, si le cadeau « non conforme » à l’attente a un prix (qu’on fixera), il n’a plus de réelle valeur . A peine considéré (il pourrait avoir des qualités tout de même…) c’est une chose dont on se défait et ce qui a pu exister d’intention et d’attention dans le don est bradé pour le compte sans (trop d’) état d’âme.
Vous me direz, le pragmatisme ambiant est peut-être plus franc que nos contorsions polies d’antan (Ce « Oh ! merci, il ne fallait pas … » qui m’a toujours perversement amusée, je dois dire, dans la mesure où le remerciement, dans le contexte, exprime très exactement le souhait : il ne fallait pas). Et les manières de se débarrasser d’objets encombrants, non désirés ou en double ont toujours existé.
Mais, je ne peux m’empêcher de trouver la célérité actuelle de l’échange et de la revente un peu déprimante et derrière cette sorte de mercantilisme, je ressens comme une forme d’indifférence.
Un effet de la banalisation du présent sans doute….
« Le monde d’avant » est une expression fort goûtée en macronie. Avant quoi ou qui…lui, eux ? Un monde qui affectionnait la synergie et ignorait encore le penser start-upiste et la disruption ?
« Disruption », « disruptif « … Jamais ces mots n’avaient été aussi employés dans les discours ambiants qu’ils soient politiques ou managériaux, à croire que certains sont payés au nombre de fois qu’ils arriveront à le caser.
Mais que signifient-ils exactement ?
Le père du concept est un « fils de pub », Jean-Marie Dru, qui rappelle : DISRUPTION est une marque appartenant à TBWA (une agence de communication) depuis 1992, enregistrée dans 36 pays dont l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Russie, l’Inde et le Japon.
« Même en anglais, au début des années 90, le mot ‘disruption’ n’était jamais employé dans le business. L’adjectif caractérisait les traumatismes liés à une catastrophe naturelle, tremblement de terre ou tsunami… »
C’est un professeur de Harvard, Clayton Christensen, qui aurait ensuite imposé mondialement via son best-seller « Innovator’s Dilemma » (1997) une définition « marché » de » l’innovation disruptive ». J.M. Dru explique :
Pour Christensen, ne sont disruptifs que les nouveaux entrants qui abordent le marché par le bas, et se servent des nouvelles technologies pour proposer des produits ou services moins cher.
Dans ce cas, souligne-t-il, la disruption ne peut venir que des start-up !
Nous y voilà.
Pour J.M. Dru la définition serait beaucoup trop restrictive .
La Disruption, ne serait pas une théorie pour décrire l’existant, mais « une méthodologie dynamique tournée vers la création ». « C’est l’idée qui permet de remettre en question les « conventions » généralement pratiquées sur un marché, pour accoucher d’une « vision », créatrice de produits et de services radicalement innovants » (…) L’innovation disruptive est une innovation de rupture, par opposition à l’innovation incrémentale, qui se contente d’optimiser l’existant.
Voui, voui, voui.
Dans le monde de notre schumpéterien Jupiter elle se rapprocherait plutôt, me semble-t-il, de l’idée de destruction créatrice. Son début de mandat en témoigne. En attendant une prochaine disruption médiatisée sur le mode trumpiste (plutôt dis-erruptif celui là … je veux Trump) qu’il semble affectionner (ah ! la signature des ordonnances travail ….), il célèbre son anniversaire dans un bâtiment qui fut peut-être disruptif en son temps, allez savoir.
Dans le petit monde dans lequel je travaille, la « disruption » invoquée à tous les étages ressemble à de vieux pots ripolinés ou une manière de faire passer du vieux à peine lifté pour du neuf. Je ne vois rien de disruptif à faire du prêt à porter ou du sur mesure … je veux dire une diffusion de nos contenus éditoriaux par « marché » ou « client » quand seule la technique change.
Pour l’heure nos produits « d’avant », si on se fie au taux élevé de réabonnement, semblent adaptés à nos cibles. Bien sûr, qu’il faut chercher à, comment dire, sortir du confort de nos jours. Mais peut-être pas n’importe comment, en partant du principe, par exemple, qu’en coupant et en assemblant des bouts de machins ici et là, on va arriver à quelque chose de cohérent. De ce point de vue la gérance et nos commerciaux, ces derniers en nombre exponentiel, ont jusqu’ici rivalisé d’imagination sans s’intéresser vraiment au contenu de ce que nous produisons déjà, ce qui, en termes de charge de travail, n’est pas indifférent car nos effectifs, eux, sont beaucoup plus stables et qu’il faut tout vérifier …. jusqu’aux pub envoyées par courrier et diffusées sur notre site.
« L’ouvrage sur les institutions représentatives du personnel, c’est quelle ligne de produit, à votre avis, c’est du social ? » avait demandé celle-ci à ma collègue responsable dudit. A la place de ladite collègue j’aurais répondu « non, c’est du porno » … ce qui par les temps qui courent n’est peut-être plus si faux.
Pas de considérations diverses, ni d’états d’âme ce vendredi pour cause d’ultimes révisions du Dixit Dominus de G.F Haendel que ma chorale donne en concert demain 14 décembre. Redoutable et magnifique partition qu’il est avisé de ne pas quitter d’un oeil. Une demi-seconde d’inattention et vous voilà perdu, le chant en friche, le rythme aux abonnés absents jusqu’à ce que vous trouviez une mesure, un soupir, un silence, une croche pour revenir dans le choeur et l’oeuvre. Mais quel plaisir, bon sang quand ça « roule » !
J’avais pensé vous gratifier de ce petit train qui meublait nos interludes télévisuels dans le temps (disparu des écrans comme les lignes ferroviaires secondaires …) pour faire patienter mais cela m’a paru limite.
Alors pour vous donner une idée de la partition sur laquelle je travaille encore ce soir (les coups de plumeau vocaux ne sont jamais inutiles)…cette interprétation dirigée par un cador du genre.
A quoi j’ajouterai (sinon ma chef de choeur m’accusera d’avoir oublié l’essentiel) que nous nous nous efforcerons de relever le gant !!!
Je n’étais pas une lectrice de Jean d’ O. Tout au plus ai-je lu quelques articles, ici ou là, mais rien de son œuvre désormais pléiadisée. Aussi mes impressions de lui sont-elles essentiellement visuelles et auditives. Les yeux azur et frisés, cette voix aigrelette et précieuse et cette bouche gourmande d’où pouvait jaillir un compliment courtois ou une vacherie acidulée … à moins que ce ne fut l’inverse. L’homme avait travaillé sa posture et était un bon client cathodique : affable, jamais à court d’une anecdote … on ne pouvait en vouloir à Jean d’O qui traînait un dandysme un peu suranné mais si vintage .
A titre personnel, je me souviens d’un bureau encombré du sol au plafond d’où il émergeait parfois, toujours souriant, du temps où je surnumérisais à l’Unesco (j’entends que j’y occupais un emploi temporaire). Je l’ai croisé un peu plus tard au salon du livre. Israël était à l’honneur cette année là , l’atmosphère était électrique et les contrôles nombreux. Il s’y était plié, sans faire d’histoire, comme tout le monde. Non loin de lui, j’avais été surprise par sa taille. Mes yeux l’avaient retenus plus grand …mais 25 ans s’étaient écoulés depuis mes déambulations dans les couloirs de l’organisation internationale et sans doute s’était-il un peu tassé.
Je n’étais pas fan de Johnny en lui-même mais plutôt de son avatar guignolesque. Ce n’était ma génération et je ne suis pas très « rock » (encore que j’aie fait des progrès au fil du temps). Lors d’un récent voyage au USA, une guide (française) qui avait tenu un restaurant à Los Angeles qu’il fréquentait nous décrivait un personnage semi-comateux, comme encombré de sa vie quand il n’était pas sur scène.
Sur Médiapart un blogueur écrit sobrement : « pas de bol pour Jean d’O : Johnny est mort ».
Et voilà qui me rappelle une autre coïncidence funeste : la mort de Prokoviev passée totalement inaperçue car survenue, si j’en crois Madame Wikipedia, une heure avant celle de Staline.
Et Johnny chassa Jean d’O et (presque) le reste du monde des unes quotidiennes….et des étranges lucarnes.
Les arcanes du succès et de l’actualité sont des choses dont j’éprouve, ici, chaque semaine, la singularité.
Réjouissons nous donc, tout de même, au milieu de tout ce crêpe noir : le savoir-faire du pizzaïolo napolitain est désormais inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité.
Curieuse, je me suis demandée ce qui avait été classé en ce qui concerne la France. Brève (et très incomplète) pêche sur le site ich.unesco.org : l’équitation de tradition française, le compagnonnage, le savoir-faire de la dentelle au point d’Alençon, la tradition du tracé dans la charpente française…en attendant le Biou d’Arbois ( fête périodique viti-vinicole, jour de la fête patronale et anniversaire de la libération de la ville d’Arbois) et, qui sait, l’En marche macronnienne…
Et c’est ainsi, comme disait le grand Alexandre (Vialatte) qu’Allah est grand.
Nostalgie et bonheur ce dimanche soir (26 novembre) avec ces deux documentaires sur Arte consacré à Mstislav Rostropovitch (et mêlant bien évidemment sa femme Galina Vishnevskaïa, ses filles et ses proches).
J’aime les mains, et, pour cela, je le trouvais irrésistible car les siennes étaient magnifiques : fines, puissantes, légères, équilibrées, carrées, intelligentes.
Sa beauté à elle, si habitée, son oeil d’aigle, me tenaient au loin quand sa voix me parlait au près du cœur. « Soprano lyrique sur scène et dramatique à la maison » disait-il d’elle avec humour.
Si loin, si proches. Ces deux là ont habité mes vingt ans.
Je me souviens de l’annonce de la déchéance de leur citoyenneté soviétique et du poème naïf ( pour ne pas dire autre chose) que cela m’avait inspiré à une époque où je me croyais poète. Le texte avait plu à ma grand-mère maternelle qui me trouvait du talent et avait décidé, je ne sais par quel truchement, de le leur faire parvenir. Je gage qu’ils ne l’ont jamais eu… et c’est sans doute pour le mieux.
Je me souviens aussi de cet après-midi – j’habitais à ce moment là non loin de l’opéra Garnier où il dirigeait « Eugène Onéguine »- où je l’ai vu arpenter la rue scribe balançant sans conviction, comme embarrassé par l’objet, un sac arborant le nom d’une grande enseigne. J’étais là, bêtement, sur le trottoir d’en face et n’ai pas osé l’aborder.
Je me souviens, enfin, d’avoir, ce même jour, cassé ma tirelire pour entendre ce fichu « Eugène Onéguine », d’avoir pensé pendant la représentation que c’était beau, foisonnant, un peu brouillon peut-être, et que Galina avait une voix trop riche et pleine pour incarner une jeune femme de 18 ans. Mais peu importait.
En me remémorant tout cela, je songe que le violoncelle, cet instrument qu’on enlace, qu’on embrasse presque autant qu’on en joue, au son parfois si proche de la voix, était fait pour moi, même si on peut se poser la question de savoir si ma maladresse insigne ne m’aurait pas rendue inéligible à son apprentissage.
Pour ce qui est de la voix, si j’ai caressé, petite, l’idée de devenir cantatrice (de l’influence de l’air de la Reine de la nuit de la Flute enchantée de Mozart, interprété par Lucia Pop), j’ai, aujourd’hui, une relation un peu distante avec la mienne. Comme beaucoup, je n’aime pas ma voix parlée et cultive un scepticisme indécrottable sur mes capacités vocales malgré tous les encouragements de ma chef de chœur et la confiance inouïe qu’elle m’accorde. C’est peut-être ce doute qui me l’a fait travailler de manière un peu molle au risque de décevoir quelqu’un (qui se reconnaitra) qui m’a fait progresser malgré moi et que je remercie ici de tout ce qu’il m’a donné sur le plan technique et humain.
Ainsi vont les jours. Mes nièces me prouvent à l’envie qu’il faut vraiment vouloir les choses et non pas seulement vouloir qu’elles adviennent. Mais je ne suis pas sûre d’être capable de me « réformer », comme disent les juristes, complètement là- dessus. C’est mon côté paresseux.
Dans un post déjà ancien, je glosais sur mes réticences vis à vis de ces nouvelles technologies (que j’utilise quotidiennement pourtant) qui ont tendance (disons pour faire court) à coloniser la vie personnelle et distraire du réel.
Dans sa dernière livraison, le journal Politis s’interroge frontalement : le smartphone nous rend-il cons ? « Le téléphone dit « intelligent » est un objet paradoxal : à la fois libérateur et addictif, il inquiète les spécialistes de l’apprentissage et du cerveau (…) « Smart », « Futé ». La Silicon Valley a bien compris que les nouvelles mines d’or se trouvent sous nos boîtes crâniennes. Elle a donc imaginé ce téléphone dont l’intelligence redoutable consiste surtout à savoir puiser dans notre temps de cerveau disponible. À capter notre attention et à collecter à la seconde nos données les plus intimes pour les vendre au plus offrant. À nous rendre malléables et dépendants. Qui a dit que rendre les objets plus intelligents nous rendrait moins stupides ? « .
Politis n’est pas seul à s’interroger en ces termes. Ainsi en est-il aussi de Psychologies magazine qui se demande « Internet nous rend-il idiots ? Les cogniticiens en sont certains, le travail sur écran a déjà modifié nos structures cérébrales. Difficultés de lecture, problèmes de concentration, d’assimilation… L’« Homo interneticus » serait-il un crétin ? »
Et je passe sur les questions relatives à la menace que font peser ces objets connectés sur notre santé (jusqu’où notre société bourdonnante d’ondes diverses nous perturbe-t-elle ?).
Personnellement, je n’ai pas de réponse à tout ça, mes impressions se bornent à l’agacement que provoque chez moi, la manie des selfies, les addicts aux textos qui ne regardent pas devant eux quand ils marchent dans la rue, quand ils ne vous ignorent pas définitivement où que vous soyez, et ceux qui écument leur carnet d’adresse et croient utile de nous informer de leur quotidien dans le métro. L’intelligence ne me semble pas en cause ici : juste l’éducation. Mais on pourrait aussi ajouter, allez, tiens : le smartphone nous rend-il rustres ou quand cette addiction à l’objet, ce besoin de rester connecté à un réel distant, deviennent plus importants qu’un moment partagé ?
Toutes ces questions n’ont rien de nouveau mais la simultaneité soudaine de dossiers consacrés aux dégâts de la sophistication technique …interroge.
Difficile de s’entendre sur le contenu et la mesure de la connerie, de l’idiotie ou du crétinisme qui n’ont pas attendu le smartphone pour s’exprimer. Quelle unité retenir ? Quantitative ? Qualitative ? Sachant que l’appréciation de la qualité est aussi volatile qu’une volute de cigarette.
En ce qui me concerne, je regarde l’objet avec circonspection et ne m’en sert que de manière très basique. En gros, pour téléphoner ou envoyer des sms. Il reste la plupart du temps au fond de mon sac quand je ne l’oublie pas chez moi…
N’étant pas « née avec », j’observe qu’il a, en quelque sorte, succédé à la radio, la voiture, la télévision, la machine à laver, comme marqueur de modernité et d’intégration.
N’ayant pas encore lu le dossier de Politis (il vient de tomber dans ma boîte aux lettres), je ne sais pas ce que le journal en conclut. Pour moi, en tous cas, dans notre société mondialisée, posséder des objets « connectés » relève moins du choix que de l’injonction sociale.
Autre chose encore que …
Supprimer les cigarettes dans les films ? La proposition (aussitôt rétractée) de la ministre de la Santé Agnès Buzyn a soulevé de véhémentes protestations des milieux du cinéma, au nom de la liberté artistique, souligne le site Arrêt sur images. Et si on renversait le point de vue ? propose André Gunthert chroniqueur sur le site. Qui rappelle que les cigarettes ne sont pas arrivées par hasard dans les films : les cigarettiers, historiquement, ont été les pionniers du placement de produit …
mais ces maudites nous ont valu des scènes d’anthologie. Petit résumé qui n’est pas de moi mais pratique :
et puis, côté substance condamnable, que dire de celle là ?
Black friday
Aujourd’hui c’est black friday, offres promotionnelles, discount, soldes à gogo. Lancé dans les années 60 aux USA, le voilà chez nous. Wikipédia m’apprend que le black friday français se passe surtout sur Internet contrairement aux US où les grosses promotions ont lieu dans les commerces ayant pignon sur rue uniquement, et c’est seulement le lundi suivant, appelé le Cyber Monday, que les commerçants cassent les prix sur internet.
Le mot black m’évoque tout autre chose que cette folie dépensière. Et ne m’engage guère à plonger dans les délices des soldes branchées.
Décidemment tout est bon pour nous inciter à jeter par les fenêtres l’argent qu’on a pas (ou pas forcément) pour acquérir des choses dont on pourrait tout à fait se passer. La robe en schpounoutz est à prix cassé … ce serait bête de s’en priver, non ?
Et l’affaire Ramadan détrôna, dans nos colonnes hexagonales, l’affaire Weinstein. Sur fond d’accusation de viol et de harcèlement ressurgirent des querelles rances. E. Plenel a-t-il, par ses propos, véritablement condamné à mort une deuxième fois Charlie Hebdo ? A-t-il été d’une indulgence coupable envers ledit Ramadan, voire complice de ses manipulations intellectuelles ? Et Médiapart, dans son ensemble, s’est -il aussi montré complaisant en ne sortant une enquête sur le sujet des violences ramadiennes qu’au bout de presque 3 semaines ? Riss et Fabrice Nicolino ne vont-ils pas trop loin dans l’accusation ? N’y-a-t-il pas quelque risque pour Charlie de « surfer » sur le 7 janvier 2015 (aïe, aïe, je vais me faire insulter là) ?
« Je suis Charlie » contre « je suis Médiapart », chacun se compte et, pour ajouter à la confusion, notre matador national ex-premier, avec la finesse qu’on lui connait, appuyant le premier contre le second, d’éructer « « Je veux qu’ils reculent,je veux qu’ils rendent gorge, je veux qu’ils soient écartés du débat public ! Qu’ils perdent cette bataille d’idées ! Nous la menons pour la République et je la mène pour les musulmans de France. Parce que c’est nous qui les protégeons. C’est pas Edwy Plenel et ses sbires ».
Abus sexuels, islamisme, islamophobie, islamo-facisme, laïcité de combat, valeurs républicaines …on ne débat plus, on s’invective sans fond ni fin.
Je n’ai rien lu ni entendu de Tariq Ramadan, je suis donc mal placée pour en dire quoi que ce soit (ne jamais m’être intéressée au personnage est sans doute le signe d’une grande légèreté de ma part). Mais cette guéguerre qui surprend quand elle ne consterne pas nos voisins européens a de quoi énerver.
Quand le sage désigne la Lune, l’idiot regarde le doigt
Pendant que certains décortiquent méthodiquement le détricotage social sans précédent qui s’effectue dans les silences dorés des ministères, les Unes ciblent cette vaine rivalité politico-médiatique. Ce qui nous vaut, dans les commentaires, des rapprochements parfois drôles. Ainsi, notre ex-premier ministre est-il qualifié de nouveau Clémenceau ou comparé à Mendès (les pauvres). Et pourquoi pas mère Téresa ? Son « zénitihisme » de la pensée étroit et désespérément binaire me ferait plutôt pencher pour Ceaucescu …mais je suis mal lunée à son égard.
Et quoi d’autre pendant ce temps là ?
On recule sur à peu près tout, le climat, le nucléaire, le glyphosate, la santé, le Proche -Orient, que sais-je encore … La Russie a-t-elle faussé nos élections ? Où en est la démocratie ? Faut-il « penser printemps » ? Rabelais était-il de gauche ou de lui-même ? Faut-il dormir avec la barbe sur ou sous le drap ? porter la moustache en brosse ou en guidon de vélo ? Les dahus ont-il quatre ou cinq pattes ? Raquel Garrido a-t-elle eu raison de choisir C8 ? Est-il vrai qu’au minstère de l’intérieur on appelle G. Colomb « son altesse sénilissime » ?
Le futile – comme si pour chasser le spleen, on avait besoin de se gausser ou se fritter – gagne souvent la partie en Une. Journalisme ou buzz ? En est-on vraiment dans cette équation là ?
Et toi que fais-tu d’autre avec ce billet ?
Bonne question à laquelle je ne répondrai pas. Je vous laisse construire votre réponse tous seuls. Puisque nous sommes aussi à l’heure des kits en tous genres.
Pour une fois, mon sujet de la semaine est, si j’ose écrire, tombé tout cuit. Mon actualité personnelle et celle de la presse se sont rejointes autour d’un mot : chute.
Entre mes exploits balnéaires intérieurs – un tapis de bain qui se dérobe et me voilà décrivant je ne sais quel mouvement peu gracieux se terminant en choc – et ceux de personnages plus connus, un point commun : la soudaineté (pourquoi justement à ce moment là ?).
La comparaison s’arrête là. Si je ne sais toujours pas comment j’ai fait mon compte, les individus plus considérables que ma petite personne, encore en phase de dégringolade (on est plus dans le ralenti en ce qui les concerne),…sont plus au fait de ce qui leur arrive. A vrai dire, dans leur cas, la question serait plutôt : qu’est-ce qui a contribué à fracturer un ascendant, une omerta qui (moyennant chez certain forte intimidation) fonctionnait depuis des lustres ? Mais le résultat est le même : vous voilà à terre …ou à peu près.
Pour moi, sentant une douleur au pied, je me suis rendue aux urgences en clopinant avec deux béquilles un peu particulières, souvenir d’un accident (sérieux) survenu dans les paysages grandioses de la Norvège, il y a presque 30 ans. Le norvégien étant susceptible de devoir se déplacer dans un contexte neigeux-glacé, elles sont pourvues de deux petits appendices amovibles, l’une d’un petit pic et l’autre d’un petit crampon, qui viennent se placer sous leur base. Elles ont l’avantage d’intimider et, ce faisant, de me protéger (surtout des imbéciles qui sur les quais du métro se mettent pile en face de l’ouverture des portes de la rame et ne veulent pas en bouger. Mon petit pic en devanture a tôt fait de les faire s’écarter).
« C’est pas cassé » m’a-t-on dit aux urgences. « Glacez votre pied et surélevez-le. Vous en avez pour une dizaine de jours ». Mouais. Peu convaincue du sérieux des radios, j’ai consulté ailleurs, comme dit. Résultats des clopinages : c’est cassé mais il aura fallu un IRM et un scanner pour en être sûr. Ce soir, j’en saurai plus grâce à un chirurgien-orthopédiste mais, au moins, la chose est entendue. L’histoire n’ira pas au-delà de mon pied que j’aurais pu, ces derniers jours, louer (avec profit) comme nuancier…
Pas d’excuses, pas de contrition, on est est dans le (presque) dur.
Rien de tel pour nos éminents. On s’excuse, ou on nie … on gagne du temps en se disant que la presse est aussi fragile et versatile qu’un …petit os, par exemple. Les titres reculent (sic) des unes, pour éventuellement y revenir. L’accumulation de révélations lasse, les règlements de comptes rassis entre éditorialistes et intellectuels médiatiques, aussi.
Le temps réparera mon pied, mais il n’effacera pas (ou du moins, j’espère, peut-être pas complètement) les turpitudes, comme aiment à dire les juristes, les errements, les trahisons de ceux-ci…dont l’inconséquence nous vaut parfois des come back dont le timing laisse un peu rêveur : en particulier celui de DSK (dont les appétits sofitéliens contribuèrent à l’écarter de la course à la présidence de la République) venant gloser sur la fin du parti socialiste en plein « sexualgate » lié à l’affaire Weinstein qui diffuse comme un mauvais hématome. D’autres s’y prennent avec leur habileté coutumière, tel notre ex-premier ministre, tombé en quelques mois du tout à (presque) rien, espérant « se refaire » sur l’évènement, en avançant des banalités brutes de décoffrage avec ce port de tête un peu altier et provocateur agrémenté, aujourd’hui, d’un petit bouc grisonnant.
On devrait lui dire : Manuel, le génie n’est pas dans le poil … même si l’on a pu connaître quelques extraordinaires spécimen échevelés.
Telle sera …ma chute.
En attendant d’autres clichés plus glamour …une photo (provisoire) de mon pied.
C’est un site critique : anti – capitaliste, anti pensée unique, pourrait-on dire.
C’est, sur ce site, une émission fine : « la guerre des idées ».
« Désobéir ? », le « moment Macron » , se téléscopent un peu. Et me placent dans ma propre situation.
A l’heure où l’on revient sur la révolution d’octobre 1917, je m’interroge. Désobéir, lorsque les élections, qu’on oppose à votre colère, ont été régulières, même si les règles favorisent une limitation du choix, est réduit au non sens. S’opposer quand on se sent cerné par un certain opportunisme, demande une dialectique que je n’ai pas.
Curieuse époque qui cultive les réseaux et l’avenir individuel. Curieuse époque où je ne sais plus le courage de dire non.
« Avoir une intelligence plus un caractère, c’est rare, et le caractère se forme dans les épreuves » dit Régis Debray. Peut-être est-ce la tare de ma génération. De ne pas en avoir subi et
attendre.
Je crois que les jeunes, confrontés à ce monde où tout devient marchandise et où le temps ne compte plus, ne sont pas dans ce « mood ». Leur résistance est une perservérance. Et l’on aurait tort de croire qu’ils soient indifférents. Disons qu’ils ont une lucidité et une plasticité qui nous échappe.
Régis D. a des moues un peu affectées et des pudeurs de violette (« suis-je un intellectuel »?). Reste que je me retrouve dans sa mélancolie civique. Et que je n’ai pas trouvé encore de moyen d’en sortir.
Et le Portugal ? Très beau. Des petites vignettes pour illustrer et faire patienter.
Sur les chemins, au milieu des vignes de la vallée du Douro que j’espère épargnée par les feux, cette voix, dorée comme la lumière que l’on peut voir sur certaines photos de ces lieux, m’accompagnera … ainsi que vos jours si vous la partagez avec moi. A la veille de partir, je me suis souvenue que j’avais cela dans mes cartons musicaux. Je ne sais si Georges Friedrich Haendel aurait trouvé emploi à cette voix à la fois dense et lègère, pleine d’une saudade qui ne lui était pas étrangère …même s’il ne le savait pas.