Choisis ton camp camarade

« Toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu’une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu’elle-même. Horrifiés, nos pensées et notre compassion vont à toutes les populations désemparées victimes de tout cela. Le cessez-le-feu doit s’imposer. La France doit y travailler de toutes ses forces politiques et diplomatiques. Les peuples palestinien et israélien doivent pouvoir vivre côte à côte, en paix et en sécurité. La solution existe, celle des deux Etats, conformément aux résolutions de l’ONU ».

Les mots de ce post du 7 octobre dernier de Jean-Luc Melenchon ne m’ont pas choquée, pas plus que le communiqué de presse du groupe la France insoumise, qui en reprenait la teneur, publié peu après et ainsi rédigé :

« L’offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas intervient dans un contexte d’intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Nous déplorons les morts israéliens et palestiniens. Nos pensées vont à toutes les victimes. L’escalade actuelle risque d’entraîner un cycle de violences infernales. La France, l’Union européenne et la communauté internationale doivent agir sans délai pour empêcher cet engrenage. Dans l’immédiat, il faut obtenir un cessez-le-feu et la protection des populations. Toutes les parties doivent revenir à la table des négociations. Pour qu’une paix juste et durable voie le jour, les résolutions de l’ONU, à commencer par la fin de la colonisation, doivent être activement mises en œuvre. Nous devons tous et toutes œuvrer dans ce sens ».

A peine publié, Droite, macronistes et opposants internes à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ont sorti les catapultes contre le mouvement insoumis.

Que reprochait-t-on donc à ce communiqué ? Comme le fait observer Daniel Schneidermann sur son blog : « moins ce qu’il dit, que ce qu’il ne dit pas », en somme de renvoyer au cycle de violences, sans parler de crime de guerre ni d’actes terroristes, sans évoquer les atrocités commises et par là manifester une absence d’empathie pour les victimes israéliennes.

« Ils ont été maladroits en ne condamnant pas les actes du Hamas, ce qui était un préalable pour parler ensuite du fond et de l’histoire du conflit, a commenté le journaliste Denis Sieffert.

Aveugle que j’étais ! J’aurais dû y songer. Ainsi le conflit israélo-palestinien a-t-il ressurgi dans l’hexagone.

«Le judaïsme est-il un nationalisme ou une religion ? Je n’en sais rien mais il y a un certain nombre d’hommes qui veulent se rassembler en Israël et qui ont entrepris d’y bâtir ensemble un foyer. C’est leur droit, personne n’a le droit de les en empêcher. Si les Palestiniens désirent bâtir une nation, c’est leur droit aussi. Il y a assez de place dans le monde et au Proche-Orient pour que les Israéliens soient quelque part chez eux et les Palestiniens quelque part chez eux. Ainsi s’exprimait P. Mendès France (si j’en crois Madame Wikipedia) qui fut l’un des premiers à recevoir des représentants palestiniens chez lui ».

Pour avoir posté ce simple commentaire sur Médiapart, je me suis attirée la réponse suivante : « Ainsi s’exprimait P. Mendès France . Grand complice de la colonisation de la Palestine et de la Naqba. Jolie phrase abjecte de dissimulation du projet sioniste, « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. » Cette canaille avec les Palestiniens, « quelque part », omet une chose, les Palestiniens étaient chez eux en Palestine, et non, un peuple n’a pas le droit de s’installer sur la terre d’un autre peuple en la proclamant sienne. Ce que cette canaille appelle un droit porte un nom, le colonialisme ».

J’avoue qu’associer les mots canaille et abject à PMF m’a laissée sans voix et puis la réponse omettait elle-même quelque chose : celui-ci utilise le mot « nation » s’agissant des palestiniens. A l’issue de la première guerre mondiale et la chute de l’empire Ottoman, des personnes se sont retrouvées sur un territoire, occupé depuis longtemps, nommé Palestine, sous mandat britannique. Se définissaient-elles véritablement déjà comme, un peuple, une nation avant la création de l’Etat d’Israël ? Une brève expérience pendant laquelle j’ai eu l’occasion de voir des images de la création, en 1939, du kibboutz où je travaillais, m’avaient conduite à me poser la question. Peut-être que tout a commencé là : une terre « en friche », si j’ose écrire, dont l’appartenance était « à revendiquer », comme on dit « à louer » ou « à vendre », et qui allait faire guerre.

Je n’ai pas répondu mais j’étais loin d’avoir tout lu ou entendu.

Par exemple, cette réflexion (sic) glanée dans une petite vidéo : « Il y a une différence à faire entre des gens qui sont des civils, qui sont assassinés dans la rue par des commandos islamistes et les victimes collatérales de bombardements consécutifs à cette attaque. Il faut marquer cette différence, c’est même très important de la faire. » (Raphael Enthoven 10-10-2023).

On observera la subtile distinction : morts civils d’un côté, masse indistincte de l’autre. Je me suis demandée si l’on pouvait dire quelque chose de plus dégueulasse.

Il aura fallu un certain temps pour entendre cela sur un média mainstream (ailleurs on pouvait lire des choses nettement plus sensées que ce que ces médias donnaient à entendre), en l’occurrence France inter, le 12 octobre dernier :  » Le droit à la légitime défense n’est pas un droit à une vengeance indiscriminée » (D. De Villepin). Une saine désescalade dans le délire verbal pourrait-on dire.

Aujourd’hui nous en sommes là : la bande de Gaza soumise à un siège complet (pas d’électricité, pas de nourriture, pas de gaz) par l’État hébreu, accompagné de bombardements intensifs, 1,1 million de personnes sommées d’abandonner leur domicile et tout laisser derrière elles, des milliers de morts et de blessés de part et d’autre, des personnes disparues, l’imminence de l’entrée de Tsahal dans Gaza et des otages israéliens dont on peut craindre qu’ils soient exécutés.

Un désastre cousu de longue main.

Parmi les raisons (en vrac et de manière non exhaustive) selon de plus éclairés que moi : une Autorité palestinienne devenue inexistante depuis des années, un mouvement totalitaire et répressif ayant pris le pouvoir à Gaza, dont la gestion politique du territoire est critiquée par une bonne partie de la population gazaouie, mais considéré comme une incarnation de la résistance palestinienne à l’occupation, la poursuite de la colonisation menée par le gouvernement israélien actuel, son sentiment que les technologies de surveillance, couplées à une aide soit via un financement piloté par le Qatar et supervisé par l’ONU, soit par des permis de travail, allaient acheter la paix sociale dans la bande de Gaza et cette idée de « contourner » la question palestinienne en « normalisant » ses relations en particulier avec l’Arabie Saoudite.

Tout cela vient de nous péter à la figure et je ne vois pas dans ce contexte de porte de sortie possible. Démettre Benyamin Nétanyahou, en qui le journal Haaretz voit (justement, à mon sens) le responsable éminent de ce chaos (voir ci-dessous), ne suffira pas.

https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-israel-benyamin-netanyahou-est-responsable-du-desastre

Le conflit cristallise, après bien d’autres, des fractures planétaires.

Tout va bien.

En attendant, je n’en peux plus d’une empoignade nationale commencée après les législatives de l’an dernier qui, sans honte, se boursouffle sur une tragédie.

PS : « L’injonction qui m’est adressée de condamner, avant toute autre parole, ce qu’a commis le Hamas, vise trop souvent à m’obliger à me disculper d’emblée de mon prétendu antisémitisme organique, comme si j’étais génétiquement coupable. Il me faut, comme de nombreux Palestiniens, montrer en permanence patte blanche (E. Sanbar. Mediapart 14/ /10/2023).

Comment va la vie ?

Tandis que le Bouthan pense en termes de Bonheur national brut, nous mesurons le taux de privation matérielle et sociale de la population. J’ignorais jusqu’à il y a peu l’existence de cet indice de l’Insee. Cet indicateur repère les personnes ne pouvant pas couvrir les dépenses liées à au moins cinq éléments de la vie courante parmi treize (comme pouvoir chauffer son logement à la bonne température, s’acheter des vêtements neufs, accéder à Internet ou se réunir avec des amis autour d’un verre ou d’un repas au moins une fois par mois). Selon l’institut de la statistique, après une baisse observée début 2021 (11,3%), liée aux mesures prises en raison de la crise sanitaire (en particulier le confinement qui en limitant les possibilités de consommer, a, par ce biais, allégé les contraintes sur les dépenses des ménages), début 2022, le taux de la population en situation de privation matérielle et sociale était de 14%, taux supérieur à celui-de enregistré début 2020 (13,4%) avant la crise sanitaire qui constituait déjà un record depuis la création de cet indice. Outre la reprise des habitudes de vie antérieures à la crise sanitaire, l’inflation est venue éroder le pouvoir d’achat des ménages. Les chiffres de 2023 ne sont pas connus mais ne devraient guère être plus brillants.

Pour information ce tableau plus explicite, regroupant l’intégralité des critères :

En dzongkha, la langue du Bhoutan, le Bonheur National Brut (BNB) se nomme « bonheur tous ensemble ». Selon la Revue Projet, le BNB pose la question des conditions d’une vie digne, base indispensable pour envisager l’épanouissement de chacun et de tous, et qui devrait être l’objectif principal de toute action publique. En somme : « Qu’est-ce qui est suffisant pour être heureux ? ». « L’économie est ainsi ramenée à sa juste place, celle des activités nécessaires à la vie humaine dans de bonnes conditions, dans le respect de la nature ». Lire l’intégralité de l’article ici :

https://www.revue-projet.com/articles/2018-02-whitaker-que-nous-apprend-le-bonheur-national-brut-du-bhoutan/8338

Certes, comme le soulignait, Jean Christophe Victor dans un numéro du « Dessous ds cartes » assez ancien (2011), on aurait tort d’idéaliser la politique Bouthanaise mais, au moins, peut-on lui savoir gré d’avoir conduit certaines organisations économiques comme l’OCDE à enrichir leur arsenal d’indices de mesures. Voir par exemple ici :

https://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/about/initiative-vivre-mieux/

Comme le précise l’organisation, l’indicateur du vivre mieux (aussi abrégé « BLI » pour better life index en anglais) est l’un des multiples projets de l’initiative du vivre mieux de l’OCDE dont l’objectif est d’aider les gouvernements à placer le bien-être au centre de l’élaboration des politiques publiques. A côté du BLI, outil interactif de sensibilisation des citoyens, l’OCDE publie également un rapport complet sur le bien-être intitulé «Comment va la vie ? »

A s’en tenir à l’indice Insee, pas très bien pour une proportion de personnes qui tend à augmenter. E. Macron réitère sa foi en un éco-productivisme consistant à ne quasiment rien changer malgré une donne climatique qui, elle, évolue, l’inflation ronge les portefeuilles, les millions de Bernard Arnault et la solidarité citoyenne n’empêchent pas les files devant les restos du cœur de s’allonger.

Où il apparaît que le concept de bonheur tous ensemble a des progrès à faire dans l’hexagone (et ailleurs). L’ important étant, en l’occurrence, la notion de commun.

Ce qui nous ramène à la boutade de Coluche qui pensait que la création des restos serait temporaire : « Dites-nous ce dont vous avez besoin, on vous apprendra comment vous en passer ».

Où il sera question de justice et de pépettes

Il y a peu, je me distrayais en lisant cette bande dessinée sociologique (mais pas que), très documentée, de Monique et Michel Pinçon-Charlot consacrée à l’affaire Cahuzac. Affaire qui finalement n’aura pas duré si longtemps : un peu moins de 6 ans séparent son point de départ- la parution en décembre 2012 d’un article de Médiapart mettant en cause le ministre- de son point d’arrivée, la condamnation dudit ministre en mai 2018.

Indépendamment de la confirmation que le principe « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » reste d’actualité en République, on y apprend quelques rudiments d’ingénierie financière, sur ce qui peut séparer l’optimisation fiscale (légale) de l’évasion fiscale (illégale), et en quoi consiste le « verrou de Bercy » (dispositif encadrant la poursuite pénale des auteurs d’infractions financières).

Le couple de sociologues a consacré maints ouvrages sur les pratiques sociales des « classes sociales supérieures » (en particulier celles de la grande bourgeoisie parisienne). J’en ai lu quelques uns mais n’y ai pas trouvé l’explication de ce rapport boulimique à l’argent observé chez Jérôme Cahuzac mais observable chez bien d’autres à commencer par notre fleuron national : l’inestimable Bernard Arnault (lequel, selon de nobles gazettes nationales, est actuellement la cible d’investigations de la cellule de renseignement financier de Bercy dans le cadre d’une enquête ouverte visant un oligarque russe, Nikolaï Sarkisov).

Certes, pour reprendre la boutade de Woody Allen, « l’argent est préférable à la pauvreté ne serait-ce que pour des raisons financières », mais certains ne semblent jamais rassasiés. Parmi les nombreux ouvrages consacrés à l’argent croisé sur la toile, j’ai tiqué sur celui-ci « Tout le monde mérite d’être riche » d’Olivier Seban. Mérite ? Riche? Et pourquoi donc ?

Pierre Dac avançait l’explication suivante « dans notre société de consommation, un homme qui a de l’argent est un homme considéré. Un homme qui n’en a pas est également considéré, mais lui, comme un pauvre type ». Soit. Ce qui m’échappe c’est l’accumulation à des niveaux presque impensables, au sens le plus littéral du mot.

Au point de vouloir, en quelque sorte, s’extraire du commun, ce monde « banal ».

Je me demande d’ailleurs où en sont les projets libertariens de seasteds : des communautés flottantes en mer, en dehors de la juridiction des gouvernements terrestres avec l’objectif de permettre aux résidents de vivre selon leurs propres règles et législations. Pour ce que j’ai pu glaner ici et là, des phalanstères marins pas ouverts à tout le monde.

Pourquoi j’évoque tout cela ?

Parce que le Conseil Constitutionnel en déclarant inconstitutionnelle une disposition du Code de procédure pénale en ce qu’elles méconnaissaient, à ses yeux, le droit à un recours juridictionnel effectif et les droits de la défense vient de remettre une pièce dans le juke-box de l’affaire Fillon, vieille de 6 ans déjà.

L’homme considérait-il insuffisant son état de fortune ou, c’est une hypothèse, son souci de bon père de famille économe le poussa-t-il à mettre le contribuable …à contribution ?

Pauvre homme, en effet, qui peut se payer des années de procédure…

To be or not to be (there)

En ce 22 septembre de l’an de grâce 2023, le Roi Charles III et la Reine Camilla font escale à Bordeaux. La Reine Elizabeth aima aussi cette pause. Un peu malicieusement, j’y vois comme une sorte de nostalgie de l’époque (lointaine) où ce territoire était anglais.

Mais passons. Plus sérieusement, le dilemne du jour est celui-ci : tenter de les apercevoir ou pas ? Braver les barrières pour une poignée de main ou non ?

Et d’abord où se rendre ? La mairie nos informe gentiment.

« Le public aura l’opportunité de voir l’arrivée du couple royal à l’Hôtel de Ville (Place Pey Berland) et à la Place de la Bourse. La place Pey Berland sera ouverte à partir de 11h30 pour accueillir le public. L’événement de la Place de la Bourse débutera en début d’après midi, et durera jusqu’à la fin de l’après-midi. Le public aura l’occasion de se retrouver au Miroir d’eau tout au long de l’après-midi. »

Mais avant de profiter de l’évènement, comme on l’imagine, il faut montrer patte blanche. Des périmètres de protection ont été prévus sur les différents lieux où le couple compte se rendre.

La préfecture nous prévient dans ce style administro-sécuritaire inimitable :

« Dans ces périmètres, la circulation des piétons et des vélos sera possible mais de manière canalisée par les forces de sécurité et la circulation des véhicules réglementée, voire interdite sur certains créneaux.

Seront interdits dans cette zone : les rassemblements et manifestations, le port, le transport et l’utilisation d’artifices de divertissement, de pétards, d’armes réelles ou factices sans motif légitime, les chiens dangereux, et le transport de carburant ou de tout autre liquide inflammable. »

Qu’est-ce que ce motif légitime qui pourrait m’autoriser à porter une arme ? Mystère.

Détail cocasse ajouté par la mairie : les parapluies seront autorisés (vu la météo du jour cela se conçoit) mais non les bouteilles d’eau (????).

La préfecture poursuit.

« Les forces de sécurité seront habilitées à procéder à des contrôles aléatoires des piétons (palpations de sécurité des personnes, inspections visuelles et fouilles de bagages) et des fouilles de véhicules (arrêtés, circulant ou stationnant sur la voie publique ou dans des lieux accessibles au public). En cas de refus des personnes contrôlées de se soumettre à ces contrôles elles pourront être reconduites à l’extérieur du périmètre.

Dans ces périmètres de protection, certaines zones barriérées seront soumises à un accès réglementé, où le public sera soumis à des contrôles systématiques. La circulation des piétons et des véhicules sera interdite, sauf pour les personnes dûment accréditées, les riverains, les personnes justifiant d’un motif impérieux. Les habitants des zones concernées sont invités à anticiper leurs déplacements, adapter leur itinéraire si besoin et à se munir d’un justificatif de domicile pour tout déplacement au sein ces périmètres de sécurité. »

Rompez.

Finalement, républicaine et agoraphobe, je resterai chez moi. De toutes façons vu l’heure à laquelle je clos ce billet, il est déjà un peu tard pour me propulser sur le théâtre des opérations.

11 septembre 1973

11 septembre 1973, le coup d’ État au Chili, La Moneda prise d’assaut, la mort de Salvador Allende, ce premier jour d’une dictature pinochetiste qui allait durer presque 17 ans, je venais d’avoir 16 ans et d’entrer en terminale. On en parla en cours d’espagnol. Un peu. Mais ce qui rendit l’évènement particulier à mes yeux fut la découverte presque concomitante du poète Pablo Neruda mort 12 jours après le coup d’État et dont certains pensent aujourd’hui qu’il fut assassiné. Mon père m’offrit, en effet, quelque temps plus tard une version bilingue des hauteurs du Macchu Pichu (la version française était de Roger Caillois). Suivirent, cette fois sur ma cassette personnelle, le « Canto General » et « j’avoue que j’ai vécu » (Confieso que he vivido) en version espagnole.

Emportée par le flot nerudesque, je m’essayais à la poésie. Une production qui s’étala sur plusieurs années, fortement encouragée par ma grand-mère qui me voyait déjà écrivain et se désolait de mon choix de faire des études de droit.

Je n’ai pas gardé grand chose de cette production. Parmi les rescapés figure ce texte là qui se veut un hommage au poète.

Ame errante d’un peuple

Muselé

Par des bouches inhumaines

Ame perdue

Quelque part à l’abri du néant

Étamine fertile qui enfanta ses racines

Toi qui donna vie à ces créature humaines

Qui s’enlisaient dans cet utérus infernal de cuivre et de salpêtre

Toi qui leur appris à naître

Aide les à ne pas mourir.

Condor à la tête de Dieu Inca

Ton sang coule dans les rues

Et rougit l’asphalte, ton écorce d’être enraciné

Les poings se figent dressés dans le hurlement des balles

Fiers, comme une insulte à la mort

Et toi, au dessus des nuages exsangues

Par delà la pierre vivante

Pablo de tu pueblo

Tu planes

Entouré de légende

Comme les hauteurs mystérieuses et menaçantes où tu t’es fondu.

Énigme puissante

Née de la terre qui retourne à la terre

Selon un temps qui se replie sur lui-même comme une fleur

Mystère de fantastique souffrance

Tu rejoins à jamais ces entrailles d’amour grandioses et cruelles

Las alturas de Macchu Pichu.

Ces hauteurs ne sont pas au Chili mais au Pérou voisin mais passons. Un jour que j’évoquais cet essai, au détour d’une conversation, devant un ami chilien, ce dernier me dit qu’il serait curieux de le lire. Je n’ai pas satisfait à sa curiosité et il a sûrement oublié la chose. Si non, il faudra qu’il vienne ici.

Chutes

Image d’un trou noir qui me semble assez réunir les chutes de ce billet

Ce matin, la pluie, enfin, et une chute annoncée des températures de 15 ° environ par rapport à hier. Le mercredi 22 août nous avons tutoyé les 40-41 ° (44° dans certaines chambres non climatisées du service de pédiatrie du CHU de Bordeaux, autrefois réputé pour sa qualité), la nuit du mercredi au jeudi le mercure est péniblement descendu à 27 ° à 6 heures du matin pour remonter dès la mi-journée à son étiage de la veille. Aujourd’hui donc, minimales au réveil 21° -soit 5 degrés au dessus des normales saisonnières tout de même -, maximales en journée 23-25 ° – les prévisionnistes ne sont pas tous d’accord – soit 3 = 5 degrés en dessous des normales saisonnières ,

Cette chute brutale du mercure est un soulagement, les murs refroidissent, le corps se détend, mais ce yoyo climatique, appelé à se renouveler de plus en plus fréquemment, à en croire les spécialistes, inquiète autant qu’il use. Fataliste, le ministre de la santé nous assène que l’on « doit s’habituer à vivre avec » mais heureusement, rassurons-nous, il a pensé à activer un numéro vert dédié. Magique. A chaque difficulté son numéro, les mesures concrètes attendront. En ce domaine comme en d’autres, le Gouvernement se contente donc de brasser du vent. Les quelques mottes de green arrachées dans un golf poitevin – soit dit en passant situé en zone d’alerte renforcée sécheresse- par des manifestants estampillés Soulèvements de la Terre, semblent émouvoir davantage les ministres de l’agriculture et de la transition écologique que cette surchauffe tardive alors que le niveau des trois quarts des nappes phréatiques est sous la normale..

Autre chute, mortelle celle-là, celle d’Evgueni Prigojine à bord d’un avion privé qui s’est écrasé, mercredi 23 août, dans la région de Tver, à environ 180 kilomètres au nord-ouest de Moscou. Les causes du crash soulèvent de nombreuses questions, la réalité de la présence de Prigojine dans l’avion semble également susciter, malgré tout, quelques doutes : le Journal Le Monde titrait encore hier sur sa mort « présumée ».

Si l’agence Rossaviatsia confirme qu’Evgueni Prigojine se trouvait à bord de l’avion, l’agence de presse russe Interfax sur Telegram, citant les services de secours, indique que les corps des dix personnes qui se trouvaient à bord de l’avion ont été retrouvés sans préciser si les victimes ont pu être identifiées.

Alors ? Ma première réaction a été de me dire que ce flou était un terreau fertile au complotisme. Après tout, figurer sur une liste de passagers ne prouve pas toujours que vous ayez effectivement embarqué. On a déjà connu le cas de personnes qui auraient dû se trouver dans un appareil s’étant abîmé en mer ou crashé sur terre mais l’ayant loupé pour une raison ou une autre. Et si Prigojine avait organisé sa propre disparition avant que l’impavide Poutine ou ses sbires n’agissent ? Hein ? Disparaître ne signifie pas nécessairement être mort. Et d’abord que faisait-il en Russie ? Connaissant son Vladimir par cœur, il devait bien se douter qu’il se jetait dans la gueule du loup. Donc ce n’était pas lui mais un sosie. Et puis, à supposer que son corps soit identifié, quel crédit accorder aux conclusions d’une unité médico-légale composée d’individus asservis au pouvoir et nécessairement corrompus ?

Je n’ai pas écumé les réseaux sociaux mais je suis à peu près sûre qu’on doit y trouver des choses de ce genre.

On pourrait se dire, c’est très simple au fond : il suffit de savoir à qui profite le crime.

Vlad ?

Pas si sûr. Selon le journaliste Antoine Perraud de Médiapart, si l’élimination de Prigojine était bien la basse œuvre du Kremlin, ou pour le moins de son bras armé le FSB, à en croire les services secrets britanniques, souvent bien informés, quel signe cela envoie-t-il au monde ?  Cette élimination s’avère-t-elle un signe de force ou de faiblesse du pouvoir et de son sommet ? Mes petite cellules grises affaiblies par une semaine de franche canicule n’ont pas de réponse à cette question. Je suis à peu près certaine, en revanche, que les claviers et les rotatives ne vont pas tarder à chauffer et nous servir sur cet évènement des opus tous aussi bien étayés les uns que les autres.

Sun tannée ou fatigue solaire

Après un mois de juillet et une entame d’août plutôt paisible côté températures nous voilà rattrapés par la chaleur. Une semaine avec des pics à 35° C nous attend. Le mercure redescendra progressivement la nuit aux alentours de 20-22 ° C – quasiment la température en journée du côté de Brest où cette amie se pèle de froid. Je ne sais si notre ressenti est d’autant plus aigu qu’il ne se passe guère de jour où la question du réchauffement climatique déserte la Une des gazettes, mais le sentiment de chaleur affleure parfois alors qu’il fait encore bon – 23° C à l’heure où j’écris ces lignes (10 h15) à Bordeaux m’indique madame Météofrance. Il n’empêche, je sens comme une lourdeur sur mon balcon. Le soleil est encore derrière les nuages et les feuillages du parc de l’ immeuble. Sporadiquement un petit courant d’air allège un peu l’atmosphère mais trop faible pour alléger ce ressenti de pesanteur. Bientôt, je vais fermer les volets et fenêtres du salon pour conserver un peu de ce frais relatif jusqu’au soir et irai m’exiler quelque temps dans une des petites pièces situées à l’ouest avant de les obturer à leur tour lorsque le soleil viendra lécher leur rebord.. La nuit j’ouvre tout. Grâce à cette simple technique d’aération, des volets relativement épais et du double vitrage, la température dans l’appartement n’a, jusqu’ici, pas dépassé 25°C. Ce qui est supportable. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est l’obscurité et cette contrainte tacite de devoir s’activer tôt si l’on veut profiter du dehors. Je suis plutôt du matin mais, désormais retraitée, j’aime bien traîner un peu.

Pour me « distraire » de cette vie ramollie, je repense à mon appartement levalloisien par ces températures : pas de volets, pas de double vitrage, des immeubles tout autour, pas d’espaces verts, hormis un rachitique square. Le soleil venait taper dès le petit matin jusqu’en milieu d’après-midi dans mon salon-salle à manger. Au bout d’une heure les vitres étaient brûlantes et les rideaux que j’avais posés ne protégeaient guère. Je les doublais avec des draps mouillés mais cela ne suffisait pas à occulter la chaleur. L’espace devenait vite étouffant et à la longue mes ventilateurs ne brassaient plus que de l’air chaud. Mon salut en semaine : mon bureau climatisé. Mes week-end étaient immobiles et transpirants.

Je n’ai jamais aimé la chaleur. Mon père prétendait qu’il avait fait particulièrement chaud le mois de ma naissance (août 57). Ma détestation aurait-elle une origine intra-utérine ? Allez savoir…

En attendant (nouvelles totalement piquées au hasard), Nicolas Sarkozy, dans son dernier opus, avoue n’avoir jamais aimé la diabolisation de Marine Le Pen et son émule, Gérald Darmanin, prend ses marques pour Le Château qu’il devait déjà guigner avant même d’avoir besoin de se raser ; Edwy Plenel et Plantu posent avec l’équipe du Bondy Blog ; le patron de Lidl Michel Biero, nous confirme qu’ « on ne reviendra pas aux prix d’avant-crise » ; le conseil national de la refondation sur l’éducation déçoit ; la guerre russo-ukrainienne s’enlise de plus en plus sûrement ; le Covid revient (s’il était jamais parti). La routine quoi.

Où il sera question de voyage

Acropole dans la ville grecque antique Lindos, île de Rhodes, Grèce

En remerciement de ma fidélité, le journal Télérama me propose un voyage culturel à un prix défiant toute concurrence – 280 euros prix de base (1000 euros d’économies), transport, hôtels avec petit déjeuner, excursions et visites inclus. Destination : Rhodes et la mer Egée. Le programme avait de quoi séduire : visites de la vieille ville de Rhodes, de la ville de Lindos, croisière panoramique (??) en catamaran moderne (???) en mer Egée turque (enchanteresse spécifie le prospectus), visite de Hiérapolis et de Parmukkale célèbre pour ses terrasses calcaires et ses sources thermales, de la ville antique d’Aphrodisias pour finir par Ephèse et retour à Rhodes. Plaisir et détente garantis.

Outre le fait que l’on peut se poser la question de savoir comment on peut proposer un tel rabais sur le prix – j’ai fugitivement pensé au roman de Jules Verne « L’Agence Thompson and Co »- , la pertinence de cette « suggestion de voyage » jointe au numéro du journal pour la période du 5 au 18 août avait de quoi surprendre compte tenu de ce qui venait de se passer sur l’ile de Rhodes quelques semaines plus tôt : chaleur (au-delà de 40 ° C), incendies et rapatriement en catastrophe de milliers de touristes, Aucune date particulière n’était cependant indiquée, ce qui pouvait signifier que l’on pouvait souscrire pour plus tard en saison. Mais pas de s’affranchir du spectacle de paysages carbonisés. La nature ne se répare pas si vite.

https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/08/04/a-rhodes-apres-les-incendies-le-tourisme-est-sauve-pas-la-nature_6184402_3244.html

Je me suis demandée pourquoi avoir maintenu cette offre. Les prospectus étaient imprimés alors, autant les écouler ? Je serais d’ailleurs curieuse de savoir combien de personnes se seront risquées à décrocher leur téléphone pour réserver.

Pour moi, j’ai découvert Rhodes y a presque 30 ans, en chemin vers une autre île plus petite : Karpathos, moins connue et plus sauvage, alors, ce qui m’allait bien. Je n’ai jamais aimé les foules, les grands hôtels au style hall de gare ou d’aéroport même si j’ai parfois dû y sacrifier.

Small is beautiful professait-on quand j’avais 20 ans. J’essaie, en ce qui concerne les voyages, de me tenir à cette modestie volumétrique. Qui a vraiment envie de voyager sur une monstruosité comme celle-là

ou celle-ci (dénommé Icon of the seas encore en cours de construction semble-t-il)

– à côté desquelles le Titanic aurait eu l’air d’une coquille de noix – à moins d’avoir un goût farouche pour la promiscuité ?

A l’heure où la date du Jour du Dépassement, c’est à dire celui où nous avons consommé toutes les ressources que notre planète peut régénérer en une année, s’avère de plus en plus précoce, cette gloutonnerie consumériste – pour ceux qui en ont les moyens- dont le gigantisme naval n’est qu’un symptôme (sinon on ne construirait pas ces villes flottantes), paraît décidément hors sol (c’est le cas de le dire).

Ceux qui ne les ont pas (les moyens) bidouillent, parfois de manière bien sordide. Je ne sais si la chose est vraie mais à l’heure où (presque) tout s’achète et se vend, elle paraît plausible.

On vit, sur la tête, une époque formidable

Boycotter les JO Paris 2024 ?

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Cette image constitue la chute d’une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux ces derniers jours, mêlant des extraits de la vidéo promotionnelle des jeux Olympiques de Paris 2024 et des images de violences policières. Si les extraits de compétitions sportives proviennent du monde entier, les images montrant la police en action sont toutes filmées en France. On aperçoit même la vidéo de la mort du jeune Nahel, tué par la police à Nanterre le 27 juin dernier. Le message véhiculé par le montage n’a rien de subliminal : touristes qui venez à Paris pour les JO, prenez garde, on a vite fait de se trouver sur la trajectoire d’un policier furieux (sic).

Ou plutôt, ne venez pas.

Difficile de ne pas se dire que l’image de la France à l’international est décidément bien abîmée. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la gestion calamiteuse, l’an dernier, de la finale de foot de la ligue des champions entre Liverpool et le Real Madrid et des mensonges, notamment ministériels, qui l’ont émaillée.

Puis vient le moment où l’on s’interroge sur la source de la vidéo et, là, il semblerait que les choses ne soient pas si claires que ça. Le fil est assez compliqué, et il faut être plus émérite que moi sur les réseaux, mais en bout de pelote on trouverait …un compte (« New York Insider ») ayant des accointances avec…le régime azerbaïdjanais ! Quel intérêt peut donc bien avoir Bakou ? La main poutinienne se cache-t-elle derrière cette curieuse opération de communication ?

A vrai dire, je m’en moque. Je n’ai jamais apprécié cet évènement – où pour quelques médailles de plus on n’hésite pas à débaucher chez la concurrence- recréé par un antisémite, colonialiste et misogyne.

« Une petite olympiade femelle à côté de la grande olympiade mâle. Où serait l’intérêt ? […] Impratique, inintéressante, inesthétique, et nous ne craignons pas d’ajouter : incorrecte, telle serait à notre avis cette demi-olympiade féminine. Ce n’est pas là notre conception des Jeux olympiques dans lesquels nous estimons qu’on a cherché et qu’on doit continuer de chercher la réalisation de la formule que voici : l’exaltation solennelle et périodique de l’athlétisme mâle avec l’internationalisme pour base, la loyauté pour moyen, l’art pour cadre et l’applaudissement féminin pour récompense » C’était un homme d’un autre temps mais on appréciera quand même.

Les derniers JO s’étant tenus à Paris ayant eu lieu en 1924, la ville s’imposait pour fêter ce centenaire. S’en relèvera-t-elle ? On prétend souvent que « les jeux paieront les jeux ». Mais j’ai des doutes. Pour l’heure le prix des places fait grogner. A quoi la ministre chargée des sports répond : « Pour réussir cette fête populaire, il faut bien que certaines personnes (…) achètent très cher des billets pour des épreuves exceptionnelles, des finales qui seront mythiques (…). Pour les autres il reste des billets à 24 euros pour le foot, la voile, ou à 50 euros pour le basket ou le handball ». On appréciera là encore.

Autant rester chez soi, alors, pour profiter de ces finales mythiques de plus près. Certes on n’aura pas le frisson de l’ambiance mais au moins pourra-t-on se préserver de l’éventualité du retour d’un concurrent dont on ne parle plus guère : le Covid. Les participants aux fêtes de Bayonne viennent d’en faire l’expérience.

En attendant, les bouquinistes seront priés de déguerpir avec leur caisse et plus de 3000 logements étudiants seront réquisitionnés mais, promis juré, les infortunés se verront « proposer un relogement dans une autre résidence ». Le recrutement de 45000 bénévoles, qui, à ce jour, devront financer leur venue à Pairs et leur séjour pendant les jeux, interroge. Quelle sera leur protection en cas d’accident, par exemple ?

Pour l’instant, il est donc surtout question d’argent et d’une facture qui explose. Soyons heureux, le Président a fixé le cap : faire mieux qu’en 2020 c’est à dire ramener plus de médailles et surtout tenir son rang (on rappellera qu’à leur retour en 2020 les athlètes français s’étaient fait engueuler par un Macron pas content du tout de voir la France au 8e rang au tableau des médailles olympiques et au 14e des paralympiques).

On vit une époque formidable.

Poulets

https://blog.mondediplo.net/de-la-republique-policiere-a-la-republique

L’homme est agaçant avec une propension certaine à , si j’ose dire, s’écouter écrire. Il n’empêche l’analyse mérite d’être lue. Surtout à la lumière de ce qui transpire de la réunion du ministre de l’intérieur avec les syndicats de police qui s’est tenue hier. Notamment ceci :

Certes il est des syndicats de policiers moins braillards et plus réfléchis comme celui-ci :

Mais comme disait feu Françoise Giroud, on finit toujours par tomber du côté où l’on penche et , depuis qu’il sévit, on a eu tout le loisir d’apprécier la « pente naturelle » de Monsieur Darmanin.

On vit une époque formidable.