
« Toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu’une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu’elle-même. Horrifiés, nos pensées et notre compassion vont à toutes les populations désemparées victimes de tout cela. Le cessez-le-feu doit s’imposer. La France doit y travailler de toutes ses forces politiques et diplomatiques. Les peuples palestinien et israélien doivent pouvoir vivre côte à côte, en paix et en sécurité. La solution existe, celle des deux Etats, conformément aux résolutions de l’ONU ».
Les mots de ce post du 7 octobre dernier de Jean-Luc Melenchon ne m’ont pas choquée, pas plus que le communiqué de presse du groupe la France insoumise, qui en reprenait la teneur, publié peu après et ainsi rédigé :
« L’offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas intervient dans un contexte d’intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Nous déplorons les morts israéliens et palestiniens. Nos pensées vont à toutes les victimes. L’escalade actuelle risque d’entraîner un cycle de violences infernales. La France, l’Union européenne et la communauté internationale doivent agir sans délai pour empêcher cet engrenage. Dans l’immédiat, il faut obtenir un cessez-le-feu et la protection des populations. Toutes les parties doivent revenir à la table des négociations. Pour qu’une paix juste et durable voie le jour, les résolutions de l’ONU, à commencer par la fin de la colonisation, doivent être activement mises en œuvre. Nous devons tous et toutes œuvrer dans ce sens ».
A peine publié, Droite, macronistes et opposants internes à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ont sorti les catapultes contre le mouvement insoumis.
Que reprochait-t-on donc à ce communiqué ? Comme le fait observer Daniel Schneidermann sur son blog : « moins ce qu’il dit, que ce qu’il ne dit pas », en somme de renvoyer au cycle de violences, sans parler de crime de guerre ni d’actes terroristes, sans évoquer les atrocités commises et par là manifester une absence d’empathie pour les victimes israéliennes.
« Ils ont été maladroits en ne condamnant pas les actes du Hamas, ce qui était un préalable pour parler ensuite du fond et de l’histoire du conflit, a commenté le journaliste Denis Sieffert.
Aveugle que j’étais ! J’aurais dû y songer. Ainsi le conflit israélo-palestinien a-t-il ressurgi dans l’hexagone.
«Le judaïsme est-il un nationalisme ou une religion ? Je n’en sais rien mais il y a un certain nombre d’hommes qui veulent se rassembler en Israël et qui ont entrepris d’y bâtir ensemble un foyer. C’est leur droit, personne n’a le droit de les en empêcher. Si les Palestiniens désirent bâtir une nation, c’est leur droit aussi. Il y a assez de place dans le monde et au Proche-Orient pour que les Israéliens soient quelque part chez eux et les Palestiniens quelque part chez eux. Ainsi s’exprimait P. Mendès France (si j’en crois Madame Wikipedia) qui fut l’un des premiers à recevoir des représentants palestiniens chez lui ».
Pour avoir posté ce simple commentaire sur Médiapart, je me suis attirée la réponse suivante : « Ainsi s’exprimait P. Mendès France . Grand complice de la colonisation de la Palestine et de la Naqba. Jolie phrase abjecte de dissimulation du projet sioniste, « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. » Cette canaille avec les Palestiniens, « quelque part », omet une chose, les Palestiniens étaient chez eux en Palestine, et non, un peuple n’a pas le droit de s’installer sur la terre d’un autre peuple en la proclamant sienne. Ce que cette canaille appelle un droit porte un nom, le colonialisme ».
J’avoue qu’associer les mots canaille et abject à PMF m’a laissée sans voix et puis la réponse omettait elle-même quelque chose : celui-ci utilise le mot « nation » s’agissant des palestiniens. A l’issue de la première guerre mondiale et la chute de l’empire Ottoman, des personnes se sont retrouvées sur un territoire, occupé depuis longtemps, nommé Palestine, sous mandat britannique. Se définissaient-elles véritablement déjà comme, un peuple, une nation avant la création de l’Etat d’Israël ? Une brève expérience pendant laquelle j’ai eu l’occasion de voir des images de la création, en 1939, du kibboutz où je travaillais, m’avaient conduite à me poser la question. Peut-être que tout a commencé là : une terre « en friche », si j’ose écrire, dont l’appartenance était « à revendiquer », comme on dit « à louer » ou « à vendre », et qui allait faire guerre.
Je n’ai pas répondu mais j’étais loin d’avoir tout lu ou entendu.
Par exemple, cette réflexion (sic) glanée dans une petite vidéo : « Il y a une différence à faire entre des gens qui sont des civils, qui sont assassinés dans la rue par des commandos islamistes et les victimes collatérales de bombardements consécutifs à cette attaque. Il faut marquer cette différence, c’est même très important de la faire. » (Raphael Enthoven 10-10-2023).
On observera la subtile distinction : morts civils d’un côté, masse indistincte de l’autre. Je me suis demandée si l’on pouvait dire quelque chose de plus dégueulasse.
Il aura fallu un certain temps pour entendre cela sur un média mainstream (ailleurs on pouvait lire des choses nettement plus sensées que ce que ces médias donnaient à entendre), en l’occurrence France inter, le 12 octobre dernier : » Le droit à la légitime défense n’est pas un droit à une vengeance indiscriminée » (D. De Villepin). Une saine désescalade dans le délire verbal pourrait-on dire.
Aujourd’hui nous en sommes là : la bande de Gaza soumise à un siège complet (pas d’électricité, pas de nourriture, pas de gaz) par l’État hébreu, accompagné de bombardements intensifs, 1,1 million de personnes sommées d’abandonner leur domicile et tout laisser derrière elles, des milliers de morts et de blessés de part et d’autre, des personnes disparues, l’imminence de l’entrée de Tsahal dans Gaza et des otages israéliens dont on peut craindre qu’ils soient exécutés.
Un désastre cousu de longue main.
Parmi les raisons (en vrac et de manière non exhaustive) selon de plus éclairés que moi : une Autorité palestinienne devenue inexistante depuis des années, un mouvement totalitaire et répressif ayant pris le pouvoir à Gaza, dont la gestion politique du territoire est critiquée par une bonne partie de la population gazaouie, mais considéré comme une incarnation de la résistance palestinienne à l’occupation, la poursuite de la colonisation menée par le gouvernement israélien actuel, son sentiment que les technologies de surveillance, couplées à une aide soit via un financement piloté par le Qatar et supervisé par l’ONU, soit par des permis de travail, allaient acheter la paix sociale dans la bande de Gaza et cette idée de « contourner » la question palestinienne en « normalisant » ses relations en particulier avec l’Arabie Saoudite.
Tout cela vient de nous péter à la figure et je ne vois pas dans ce contexte de porte de sortie possible. Démettre Benyamin Nétanyahou, en qui le journal Haaretz voit (justement, à mon sens) le responsable éminent de ce chaos (voir ci-dessous), ne suffira pas.
Le conflit cristallise, après bien d’autres, des fractures planétaires.
Tout va bien.
En attendant, je n’en peux plus d’une empoignade nationale commencée après les législatives de l’an dernier qui, sans honte, se boursouffle sur une tragédie.
PS : « L’injonction qui m’est adressée de condamner, avant toute autre parole, ce qu’a commis le Hamas, vise trop souvent à m’obliger à me disculper d’emblée de mon prétendu antisémitisme organique, comme si j’étais génétiquement coupable. Il me faut, comme de nombreux Palestiniens, montrer en permanence patte blanche (E. Sanbar. Mediapart 14/ /10/2023).











