Europe ?

« Repoussés en Hongrie, de plus en plus de migrants et de réfugiés vont vers la Croatie. »
La parenthèse enchantée n’aura duré qu’un temps minuscule. Nous revoilà dans le calcul barbelé.
Je me souviens de ce voyage entre Lafayette et Miami en bus Greyhound.  Ma voisine était d’humeur bavarde. Nous avons commencé en anglais et, très vite, poursuivi en espagnol.
Elle venait du Nicaragua,  avait acquis la nationalité américaine, et en avait après tous ces mexicains  et autres sud-américains qui essayaient, clandestinement, de franchir la frontière.
Comment était-elle entrée aux USA ? Je n’ai pas pu le savoir. Sa famille proche était encore au Nicaragua et elle espérait les faire venir. Ce mélange de solidarité familiale et de xénophobie était un peu curieux.
Nos sang-mêlés hexagonaux les plus emblématiques, à savoir MM. Valls et Sarkozy, ne sont pas loin de cette configuration là.  Fermés aux autres puisqu’intouchables désormais.
Quant à A. Merkel, son nom a donné naissance à un autre mot : merkeln …en gros tergiverser, ne pas prendre de décision :  en quoi elle ne peut que se trouver des affinités avec notre petit père Queuille version 2012-2017.
« Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne puisse résoudre. »
Sauf que…pour reprendre la détestable image plombière de notre ex-président, l’eau trouve toujours sa route. Raisonner quotas, en prônant la libre circulation par ailleurs  est une équation devenue insoluble. Notre Europe est plus performante sur la normalisation de l’épaisseur de la tranche de jambon que sur l’imagination de l’Europe elle -même. Mais, au fond, pour être juste, il n’a jamais été question que de marchés, jamais d’hommes.

à propos d’image

 

 

vintimille-tt-width-604-height-403-bgcolor-000000 - copie (1)

 

A votre avis qu’est-ce ? une sculpture ? une installation ? Non ? Alors autre chose ?  On décadre, on recadre, on resserre, on floute, on leurre, même de manière minable comme je viens de le faire. Je ne suis pas sûre que l’angle original soit celui qui suit. Mais en plan plus large, voilà ce qui était :

 

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C’était avant Alyan Kurdi. Quand on laissait l’Italie se débrouilller. Ils sont vivants mais parqués sur des rochers du côté de Vintimille. Quelques jambes mais pas de visages. Recroquevillés dans des couvertures de survie, ils n’ont plus qu’une existence informe, définitivement chosifiée. La prise de vue accentue leur impasse. Ils sont vivants et sans horizon.

C’était avant Alyan, avant les grandes résolutions, quand il n’était pas question d’accueil. C’était avant. A ce moment là, l’heure était à la défausse, sur le voisin, sur le hasard et sur la tragédie.

Pourquoi cette photo m’a-t-elle frappée plus qu’une autre ? C’est le mystère du regard. Ce trou dans l’uniformité visuelle. Ce qui s’engage dans le fait de regarder. Pourquoi un petit garçon devint-il un symbole de notre faillite humanitaire et pas ces échoués – là, et, avant eux,  tous ceux entassés sur des bateaux d’infortune, tous ceux, jetés depuis des années sur les routes par notre inconséquence ?

Certains éditorialiseront un jour doctement sur la photo d’Alyan, dépassant la raison simple liée à la jeunesse de l’enfant (combien d’autres de son âge restés dans les angles désertés de la presse sont-ils morts ailleurs, pris dans des conflits auxquels nous ne sommes pas étrangers ?), à la position de son corps si proche d’un petit endormi.

Pour moi, c’est cette photo là qui me poursuit … avant que d’autres ne la chassent. Des vivants, ni les premiers, ni les derniers sans doute, saisis comme on le ferait d’une décharge à ciel ouvert.