Tempelhof

Je ne sais pas si nous saurions faire cela. En pareil cas, j’imagine que, chez nous, des appartements, des bureaux, des hypermarchés, que sais-je encore, auraient poussé comme de mauvais champignons, faisant la fortune d’opportunistes immobiliers.

Mais, à Berlin, les habitants virent les choses autrement.

Célèbre pour avoir permis, pendant la guerre froide, l’acheminement de denrées à Berlin Ouest malgré le blocus imposé par les soviétiques,  l’aéroport de Tempelhof, aujourd’hui désaffecté, est devenu un immense espace de liberté pour les Berlinois, sans doute plus sensibles que nous à l’écologie.

 

Ouvert du lever du jour au coucher du soleil, chacun le vit comme il l’entend.

Ce jour là, il faisait si beau que j’ai décidé d’y faire un tour avant de rentrer sous mes cieux parisiens énervés.

Si je vous dis qu’on y mange, « barbecuse », joue au baseball, au foot et à des jeux assez mystérieux à base de matériaux de récupération, qu’on y court, jardine, qu’on s’y mélange aussi, sans se jauger, dans des sortes de guinguettes à bratwurst, bières et frites, et tant d’autres choses encore qui ne sont peut-être pas toutes dicibles… cela peut sembler d’un banal absolu. Et pourtant …

380 hectares offerts à la rêverie, au partage, à un certain « rien » économique dans ce pays compétitif à la rationalité financière exigeante : j’ai trouvé cela étonnant et finalement  assez réjouissant.

Au loin, l’énorme batisse (il paraît qu’elle se visite mais j’ai loupé cet épisode) impressionne derrière des grilles.

Je me suis donc promenée sans crainte de me prendre un vélo, un skate, un addict des rollers, une trottinette, un ballon ou un cerf-volant, et, chemin faisant, je suis tombée sur ces petits baraquements. conçus, pour ce que mon allemand très rudimentaire m’a permis de comprendre,  pour des réfugiés (les germanistes pourront me confirmer au vu de la photo ci-dessous).

Parqués, coupés du monde ? Non. Sur la rue, une entrée sans filtre policier. Le grillage est simplement la prolongation de celui isolant les bâtiments de l’ancien aéroport. Combien de temps peuvent – ils rester là ? Je ne sais. Mais les conditions de logement semblent nettement plus décentes que celles ci-dessous et autres jungles à ciel ouvert….dans un pays qui ose encore, malgré cela et d’autres choses,  se revendiquer « pays des droits de l’homme ».


Texte et photos S. Lagabrielle, sauf la dernière, tous droits réservés

 

Zad, Larzac et complots

 

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Notre dame des Landes, Larzac mêmes combats ?  La question revient ici et là dans la presse depuis la décision du Gouvernement d’abandonner le projet. Je ne sais pas s’il est interessant de faire un comparatif sec des deux mouvements. Le tissu social a changé, la mondialisation est passée par là, la question écologique s’est imposée depuis. Mais inscrire le sujet dans une analyse de l’évolution, sur le long terme, des modes de désobéissance civile, pourquoi pas ? Pour l’heure, le conflit nantais me paraît loin de connaître sa conclusion. D’autres questions se posent,  par exemple celles-ci, évoquées par Médiapart : les paysans historiques pourront-ils retrouver leurs terres ? Les personnes venues occuper le terrain pour empêcher l’arrivée des pelleteuses et créer un laboratoire de vie sans État pourront-elles rester ? Pas sûr que leur résolution n’engendre pas d’autres confrontations, sociales celles-là. En tous les cas une chose est sûre : l’abandon a un prix qui augure de solides marchandages dont il n’est pas sûr que l’Etat sorte vainqueur. Ainsi va le monde du bétonnage plus roué que la puissance publique.

Y-aura-t-il un jour, à propos de Notre Dames des Landes, un documentaire comme celui-évoqué par l’affiche ci-dessus ?

Je me souviens l’avoir vu avec une amie et être sortie de la projection redopée. Manifestations en tracteur, occupations de ferme au nez et à la barbe des soldats ou moutons lâchés sur le Champ-de-Mars,…les (déjà) insoumis du Larzac affinaient leur stratégies au fil des jours. 10 ans d’inventivité, de luttes opiniâtres et joyeuses contre plusieurs gouvernements successifs.  Pourquoi ce sentiment de joie ? Peut-être  prenait-il racine dans ces retrouvailles avec une époque dont je pense, sans doute à tort, qu’elle portait plus d’optimisme, à moins que ce ne soit simplement, implicitement, dans ce retour à ma propre jeunesse … Je suis sortie de la séance avec le sourire au coeur.

Complotistes les français ? On a beaucoup commenté, parfois de manière très réductrice (quelques items comme disent les initiés) les résultats de ce sondage dont la méthodologie a vite prêté à discussion. Complotiste peut-être moi-même, je m’interroge sur le timing de sa sortie qui coïncide avec l’irruption de la lutte jupitérienne annoncée contre les fake news. Sur le sujet, j’aime bien ce point de vue là :