Une aventurière de type absolument secondaire

Selon les typologies de Le Senne, je me définirais plutôt comme étant du type émotif-inactif-secondaire nommé sentimental (même si j’ai des accès sanguins). Du moins quand il s’agit des voyages. Pendant le périple, j’ai une sorte de perméabilité spongiaire un peu décalée…la substance me vient au retour avec le manque de liberté qui l’accompagne et j’aime écrire avant que la mémoire ne fasse son petit lifting sur les souvenirs ….

Après la Mongolie et l’Alaska, Eliott a décidé d’arpenter les chemins himalayens en partant du Pakistan. Je ne sais rien de précis sur son itinéraire mais la seule destination fait ressurgir en moi des tas d’images et impressions orientales, surtout népalaises.

Je me souviens de l’odeur et de la couleur des petits matins frileux et gourds.

Je me souviens du sourire furtif d’un mère massant son bébé (si furtif que je l’ai raté sur la photo).

Je me souviens des kampas altiers sur le seuil de notre lodge.

Je me souviens d’un grand-père et son petit-fils sommeillant ensemble, serrés comme des chats, dans une méchante couverture.

Je me souviens des lampes à huiles et des moulins à prières.

Je me souviens des mots s’effilochant au vent.

Je me souviens des rues sinueuses où s’écoulaient les foules.

Je me souviens des offrandes, rouges, comme des saignées sous nos pas.

Je me souviens de la brique ambre de  Bakhtapur et des yeux pensifs de Swayambunath posés sur Katmandou.

Je me souviens de la joie et de l’incrédulité de ces hommes et de ces femmes croqués par un polaroïd, regardant leurs traits se dessiner peu à peu sur la pellicule.

Je me souviens d’un pot au feu de yack sous des lampes vacillantes.

Je me souviens des « namaste » le long des chemins.

Je me souviens …

Suivra-t-il ces chemins -là ?

Verra-t-il des visages  ressemblant à ceux-là ?

 

Croisera-t-il ces pèlerins ?

Partagera-t-il des fêtes comme celles-ci ?

Sans doute … et plus encore.

En attendant ses images, me voilà en train de retisser mes errances sur un drôle de métier chronologique …

Textes et photos : S. Lagabrielle : © tous droits réservés.

PS : Cette gnossienne de Satie en apesanteur par une artiste que m’ a fait découvrir un ami phocéen me semble appropriée pour clore cette songerie.

 

 

 

 

Répliques

Nouveau séisme au Népal qui appelle d’autres répliques, d’autres soubresauts de la mémoire.Nagarkot- Tukuchha 9-10-2008

Je me souviens de Nagarkot, un peu à l’est de Kathmandou. Ce jeune garçon nous avait accompagnés en chemin. Curieux comme une belette, il nous interrogeait à tour de rôle dans un sabir que seul notre guide parvenait à démêler . Tu viens d’où ? Et c’est où la France ? Tu es marié(e) ? Tu as des enfants ? Non ? Et comment ça se fait ? Moi, j’irai loin. Peut – être en France mais avant j’irai à Kathmandou. Tu connais ? Je lui avais dit que oui et  lui avais montré des photos. Très impressionné, il avait voulu que je le photographie. Il avait aussi ses exigences et j’avais dû recommencer plusieurs fois. Finalement, ce cliché là lui avait plu.

A-t-il finalement vu Katmandou ?

Bandipur 15/10/2008

Je  me souviens de Bandipur, de ses rues dallées écrasées de soleil, ses lumières vacillantes au soir et de la  conversation animée de ces deux là, ponctuée de cocoricos asthmatiques, de  Dhulikhel et de cette jeune fille au regard lourd, presque dur, du Machapuchare et de l’Ama Dablam au petit matin, des rues de Thamel où je me suis perdue …

 

Dhulikhel 9-10-2008

 

Plus loin encore, en remontant le fil des routes et des  ponts suspendus, je retrouve Namche Bazar, nichée dans sa coquille, enchevêtrement de maisons en terrasses le long de petites rues sinueuses, le plaisir de cette douche chaude avant l’altitude, la brume en arrivant à Dhole.

 

Je revois, cette mère massant son bébé,  les kampas crasseux et magnifiques sur le seuil de « notre » lodge, les danses de Tyangboche  presque sorties d’un album d’Hergé, IMG_20150514_0002

 

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cet instituteur, si beau, faisant sa classe en plein air, qui nous avait hélé, et ses petits élèves qui ont aujourd’hui plus de vingt ans. Peut-être ensevelis.

 

 

Je repense aux vols aléatoires de Katmandou à Lukla, aux dzos (hybride de vache et de yack) indifférents sur la courte piste d’atterrissage et à ces reliefs qu’il nous semblait possible d’effleurer d’un doigt

 

Quinze années ont séparé mes deux voyages mais c’est  l’émerveillement  du premier que je rebrode sur la trame de gravas et de paysages dévalant leur propre pente. Je m’étais dit, alors :  je reviendrai bientôt. Un bientôt relatif qui aurait pu être aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

A l’abri derrière nos murs, loin des fureurs de la terre, on ne sait pas le temps fragile.

 

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés