Nouveau séisme au Népal qui appelle d’autres répliques, d’autres soubresauts de la mémoire.
Je me souviens de Nagarkot, un peu à l’est de Kathmandou. Ce jeune garçon nous avait accompagnés en chemin. Curieux comme une belette, il nous interrogeait à tour de rôle dans un sabir que seul notre guide parvenait à démêler . Tu viens d’où ? Et c’est où la France ? Tu es marié(e) ? Tu as des enfants ? Non ? Et comment ça se fait ? Moi, j’irai loin. Peut – être en France mais avant j’irai à Kathmandou. Tu connais ? Je lui avais dit que oui et lui avais montré des photos. Très impressionné, il avait voulu que je le photographie. Il avait aussi ses exigences et j’avais dû recommencer plusieurs fois. Finalement, ce cliché là lui avait plu.
A-t-il finalement vu Katmandou ?
Je me souviens de Bandipur, de ses rues dallées écrasées de soleil, ses lumières vacillantes au soir et de la conversation animée de ces deux là, ponctuée de cocoricos asthmatiques, de Dhulikhel et de cette jeune fille au regard lourd, presque dur, du Machapuchare et de l’Ama Dablam au petit matin, des rues de Thamel où je me suis perdue …
Plus loin encore, en remontant le fil des routes et des ponts suspendus, je retrouve Namche Bazar, nichée dans sa coquille, enchevêtrement de maisons en terrasses le long de petites rues sinueuses, le plaisir de cette douche chaude avant l’altitude, la brume en arrivant à Dhole.
Je revois, cette mère massant son bébé, les kampas crasseux et magnifiques sur le seuil de « notre » lodge, les danses de Tyangboche presque sorties d’un album d’Hergé, 
cet instituteur, si beau, faisant sa classe en plein air, qui nous avait hélé, et ses petits élèves qui ont aujourd’hui plus de vingt ans. Peut-être ensevelis.
Je repense aux vols aléatoires de Katmandou à Lukla, aux dzos (hybride de vache et de yack) indifférents sur la courte piste d’atterrissage et à ces reliefs qu’il nous semblait possible d’effleurer d’un doigt
Quinze années ont séparé mes deux voyages mais c’est l’émerveillement du premier que je rebrode sur la trame de gravas et de paysages dévalant leur propre pente. Je m’étais dit, alors : je reviendrai bientôt. Un bientôt relatif qui aurait pu être aujourd’hui.
A l’abri derrière nos murs, loin des fureurs de la terre, on ne sait pas le temps fragile.
Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés





