
Difficile de revenir au quotidien après ces « rêvages » sibériens hebdomadaires. Je n’avais pas l’intention de les faire durer aussi longtemps. Mais construire de petits récits me permettait de me défaire de l’impression de vivre dans une sorte de chaos amplifié par
« lémédias » et « léréseaux ».
Après Karthoum et Alger, Port-au-Prince, Hongkong, Quito, Bagdad, voici maintenant Beyrouth, Santiago du Chili et Barcelone. Comme le fait observer Denis Sieffert dans le journal Politis de cette semaine, « ces processus, qui ont tous une dimension révolutionnaire, ont plus que des traits en commun. La première flammèche paraît parfois dérisoire. Au Liban, c’est une taxe sur l’application mobile de messagerie WhatsApp. En Haïti, c’est la pénurie de carburant. Au Chili, une augmentation de
quelques pesos du prix du ticket de métro. À Hongkong, un amendement qui inquiète. Et le feu, qui couvait, se propage. C’est un homme, un clan, et bientôt un système que l’on conteste. Et des mots, partout les mêmes, qui surgissent : inégalités, corruption, démocratie. Partout l’objet de la colère se déplace ».
Ces mouvements ont-ils un avenir face à la violence institutionnelle et policière qui se déploie en images plongeant dans une sidération impuissante ? Ou une crise boursière y mettra-t-elle un terme funeste avant que le capitalisme ne mute encore en saisissant la perche verte ?
En attendant, voici la France, pays autoproclamé des droits de l’homme, élevée, dans la bouche d’un sénateur chilien, en modèle de stratégie de maintien de l’ordre. Pas de quoi pavoiser.
Dans un article paru dans son numéro de février 2019, P. Rimbert et S. Halimi du Monde diplomatique concluaient » Appuyé sur une base sociale étroite, il [E. Macron] ne pourra mettre en œuvre ses «réformes » de l’assurance-chômage, des retraites et de la fonction publique qu’au prix d’un autoritarisme politique renforcé, une répression policière et un « grand débat sur l’immigration » à l’appui. Après avoir sermonné les gouvernements « illibéraux » de la planète, M. Macron finirait ainsi par en plagier les recettes… »
Nous y sommes il me semble.
Ainsi s’installe, à peine en douce, une accoutumance à un hybride appelé « démocrature » fondé sur une majorité en ordre et des éléments de langage relayés sans recul par une classe éditoriale médiatique plus suivie que d’autres. Y compris ceux qui ne veulent rien dire : « un droit illégal » assénait Muriel Pénicaud sur France Inter à propos du récent mouvement des cheminots. A quoi une juriste en droit social lui répondait justement sur Twitter : « une grève illégale ça n’existe pas ; on parle de mouvement illicite de travail dans ce cas. Un droit ne peut pas être illégal ». Le raisonnement vaut pour le droit de retrait, il me semble. Juridisme pensez-vous ? Non. Je vous souhaite de ne pas vous retrouver en garde à vue pour saisir le cocasse de l’illégalité décrétée du droit de vous exprimer.
Pour revenir aux cheminots, il est ironique de voir maintenant certains usagers, au delà de leur « prise d’otage », s’aviser que leur sécurité n’est pas un sujet mineur…à sacrifier sur l profit.
Ce qui n’empêche pas certains de persister dans leur bashing ferroviaire. Lu ce tweet par exemple « Rapport interne de la direction des audits de sécurité #SNCF. « La cause première de l’accident est la présence d’un convoi routier exceptionnel (…). Même avec 50 contrôleurs, la collision aurait eu lieu, donc… », je me demande si on peut faire plus absurde ….
Je n’évoquerai pas le sujet du voile et des délires qu’il charrie (dont le moindre n’est pas l’évocation d’une société de vigilance qui désarçonne, par exemple, en milieu scolaire) …

le lassant feuilleton du Brexit, l’abandon brutal des kurdes par Trump, la tribune télévisuelle offerte à un condamné pour incitation à la haine raciale et ces autres choses que j’oublie et qui me donnent à penser, parce que je suis un peu limitée, que l’on marche sur la tête sur des routes constellées d’éclats de grenades de désencerclement.
« Je préfère toujours les gens qui viennent râler, ceux qui me font le plus peur sont ceux qui ne disent plus leur colère », nous dit Emmanuel qui ne semble guère enclin à aller amadouer cette ire silencieuse.
Après l’assurance chômage, l’hôpital et en attendant l’ouverture des commerces jusqu’à minuit (il est vrai que tout le monde a besoin d’aller acheter un pot de confiture à cette heure en prévision du petit déjeuner), c’est la sécurité sociale que l’on fragilise encore à nouveau : désormais, cela a été acté dans le cadre de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, l’État ne compensera pas, dans le budget de la Sécurité sociale, les exonérations de charges sociales qu’il institue. Manque à gagner pour la sécu pour l’instant : 5,2 milliards d’euros selon Médiapart. Bientôt, on viendra nous dire que le déficit persistant de cet organisme est la preuve que ce système n’est plus viable pour le réduire, disons, à quelque chose, qui ressemblerait au medicare américain.
Alors passablement déprimé, on est heureux de tomber sur une émission intelligente en 4 volets sur Arte :
https://www.arte.tv/fr/videos/083305-001-A/travail-salaire-profit-travail
et à se réjouir de la moindre mise en cause des « grands de ce monde » : Marc Zuckerberg par exemple (même si celle-ci n’est pas exempte de mise en scène et la pertinence des questions discutée par certains avocats, mais l’effet est quand même là)
http://www.leparisien.fr/international/la-democrate-alexandria-ocasio-cortez-met-mark-zuckerberg-dans-l-embarras-au-congres-americain-24-10-2019-8179380.php
Thierry Breton subira-t-il un interrogatoire aussi direct ou les parlementaires européens, rassasiés par leur happening anti-Goulard, modéreront-ils leur témérité pour ne pas froisser à nouveau notre Jupiter ?













