Laïcité mon amour

Or donc, on décida dernièrement de supprimer l’Observatoire de la laïcité, chargé d’assister le Gouvernement dans son action visant au respect du principe du même nom, par un comité interministériel de la laïcité. Instance consultative indépendante, l’Observatoire, installé en 2013 et réunissant des représentants des ministères, des experts et des parlementaires, était chargé de conseiller le gouvernement, à travers avis et rapports. Il avait aussi pour mission de faire de la pédagogie auprès des écoles, entreprises et administrations, sur les principes de la laïcité (neutralité de l’État, liberté de conscience et de religion dans le respect des lois de la République…).

La raison de la suppression ? Pour faire court, et à en croire certaines gazettes : il n’en faisait pas assez contre l’islamisme.

Depuis, nous voilà donc dotés d’un comité interministériel de la laïcité, composé de ministres et présidé par le premier d’entre eux, chargé de « coordonner l’action du gouvernement afin de s’assurer du respect et de la promotion du principe de laïcité par l’ensemble des administrations publiques ».

Cette instance récente ne semble pas avoir encore de site propre et l’on ne sait quelle définition de la laïcité elle retiendra, quoique (voir plus loin).

Celle de l’Observatoire était celle-ci :

« La laïcité garantit la liberté de conscience. De celle-ci découle la liberté de manifester ses croyances ou convictions dans les limites du respect de l’ordre public. La laïcité implique la neutralité de l’Etat et impose l’égalité de tous devant la loi sans distinction de religion ou conviction.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs croyances ou convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.

La laïcité implique la séparation de l’État et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’État – qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte – ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses. De cette séparation se déduit la neutralité de l’État, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers. La République laïque impose ainsi l’égalité des citoyens face à l’administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.

La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public ».

Bien.

J’imagine que le nouveau comité a accordé son imprimatur à la campagne lancée sur le sujet par le ministère de l’éducation nationale puisque le ministre chargé de la chose siège en son sein.

Je ne suis pas sûre qu’elle éclaire vraiment le sujet (un sujet à peu près clair en 1905, illisible aujourd’hui) …

En même temps que ce nouveau comité interministériel dont l’allégeance à l’exécutif ne fait guère de doute (voir sa composition), s’est créée une Vigie de la laïcité (association loi 1901) ayant pour but « de continuer à mener une réflexion active sur les modalités, éventuellement nouvelles, de l’application de la laïcité face aux défis contemporains », qui compte parmi ses membres Jean-Jacques Schiappa, père de Marlène, influenceuse tiktok et néanmoins Ministre chargée de la citoyenneté.

La Vigie réagit vivement au poulet communicant ministériel (lire ci-dessous, en principe, le zoom est automatique mais sinon le texte est disponible ici :

https://www.vigie-laicite.fr/d%C3%A9crypter-l-actualit%C3%A9) :

Si une certaine vulgarisation me semble indissociable de la « communication grand public », doit-elle pour autant prendre les lecteurs pour des abrutis ? L’emballage visuel des concepts est à la pensée ce que celui des produits est à la consommation.

Mais, heureusement, réseaux obligent, le détournement n’est jamais loin. Je vous laisse donc exprimer votre laïcité à l’aide du tableau ci-joint :

Pour moi cela donne : permettre à Akhenaton et Joey de faire germer des lentilles, ce serait cela la laïcité.

Cachez ce nombril que je ne saurais voir

Je n’ai pas trop suivi cette histoire de crop-top : pour faire court, un t shirt moulant qui s’arrête au-dessus du nombril voire parfois juste en dessous de la poitrine. L’objet n’est pas récent mais il est au centre de l’une de ces disputes dont nous, français, avons le secret.

Petites illustrations ici :

Selon le journal Le Midi Libre (2/07/2021) : ce sont les footballeurs américains qui, les premiers, auraientdécidé de couper leur tenue pour un meilleur confort lors de fortes chaleurs. Une certaine marque aurait ensuite créé des vêtements pour le grand public mais cette mode aurait peu à peu disparu, le « crop top » étant de plus en plus interdit dans les lieux publics. Dans les années 90, des stars comme Madonna ou les Spice Girls ont relancé la tendance mais ce n’est que récemment que le vêtement est redevenu populaire. Au point de séduire de nombreuses jeunes filles partout en France qui arborent le « crop top » à l’école. Interrogé sur le sujet en septembre dernier, Jean-Michel Blanquer avait milité pour une « tenue républicaine ».

Personnellement, je ne sais pas ce qu’est une tenue « républicaine ». De mon temps, au siècle dernier (c’est dire), la solution était simple : on devait porter un tablier, parfois d’un certain modèle, mais pas toujours, en particulier dans les petites classes (je m’étonne d’ailleurs que le ferme et « progressiste » Jean-Michel Blanquer, ébranlé, semble-t-il, par tant d’indécence, n’ait pas déjà rétabli cette solution simple. Une irruption de pudeur démocratique ?). La « contrainte du tablier » ne m’a jamais semblé si terrible puisqu’elle ne s’exerçait, et encore pas si sévèrement, qu’entre les murs de l’école ou du lycée.

Aux beaux jours, il n’était pas rare de voir des femmes porter un simple haut de maillot de bain en public (avec un jean, une robe ou un short) …sans parler de cet exemple paléo crop-top.

ingrid-bergman-stromboli-ab.jpg

Au fond l’objet n’a aucune importance et l’on a raison d’ ironiser sur le fait qu’il n’y a pas si longtemps, faisait polémique un vêtement, « trop couvrant » pour le coup, le burkini pour ne pas le nommer.

On aurait donc pu laisser la mode croptopienne s’évanouir d’elle-même. Finalement, il n’ y a peut-être pas plus conformiste que de la suivre. Mais voilà, au détour d’un entretien accordé au magazine Elle, le Président de la République a jugé opportun de critiquer ledit crop-top et de livrer dans la foulée sa conception du féminisme. Epidémiologiste à ses heures et sociologue avec ça : quel homme !!

Et rebelote sur une polémique rampante – que je n’ai pas trop suivie non plus : intersectionnalité contre un certain « universalisme » auquel j’aurais tendance à trouver, maintenant que j’en sais un tout petit peu plus (merci Macron), des aspects assez puritains et autoritaires. Ce qui me fait penser au critique James de Coquet qui disait, je crois, « chez nous, on peut donner n’importe quel prénom aux fils aînés, à condition que ce soit James ». Les filles peuvent bien s’habiller comme elles veulent …à condition, donc.

Intersectionnalité : pauvre juriste, le concept m’était passé haut. Madame Wikipedia m’éclaire : il s’agit d’une notion employée en sociologie et en réflexion politique, désignant la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société. Pour une approche plus savante on peut aller là :

https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2015-2-page-55.htm

A voir notre quotidien, je ne vois pas ce qui choque dans l’affaire intersectionnelle. Ma perplexité est ailleurs. Quel intérêt de se focaliser sur un engouement, qui a toutes les chances d’être éphémère, de la part d’un Président désireux de ramener vers lui des jeunes qui semblent largement indifférents à sa personne (si on en croit les dernières élections, centrées mainstream sur des sujets qui ne concernaient pas les compétences des collectivités locales en cause, et largement désertées par les 18-25 ans) ? Quel intérêt dans le contexte de crise climato-économique et sociale aggravé par la Covid où nous sommes plongés (pour longtemps encore je crois) ?

Sur Médiapart, un lecteur belge s’énerve : »Macron finira par parler de la distance entre le genou et le nombril des femmes au nom du féminisme, de l’humanisme et Médiapart en fera un article et Macron fera parler de lui. Si vous arrêtiez de parler de sujet de mode pour en fabriquer de la politique, de la philo à deux balles, cela obligerait peut être Macron à chercher des solutions à vos problèmes ».

Je ne suis pas loin de penser comme lui. Les 3 derniers quinquennats (Sarkozy, Hollande, Macron) ont fait verser la fonction présidentielle dans une sorte de peopolisation décérébrante. On imagine mal une question semblable (j’entends sur un mouvement de mode) posée, disons, pour rester en Europe, à Angela Merkel ou Mario Draghi (si cela a été le cas, je suis preneuse).

Pendant ce temps, la Colombie britannique étouffe, le village de Lytton a quasiment disparu, un œil de feu, causé par une fuite de gaz sur un pipeline sous-marin, s’est formé dans le golfe du Mexique et le fonctionnement de la centrale nucléaire de Taishan inquiète (pour rester sobre).

Couvrez ce sein que je ne saurais voir

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

Molière : Tartuffe (1664)

La maison brûle comme disait le grand Jacques, écologiste occasionnel, et nous en sommes encore là : parler chiffon et nombril.

La politique de diversion a ses limites. Espérons que 2022 en soit une. Pas brune cela va de soi.

De l’air !

Image

Série « 1999 » à la fin des années 70. Des équipages choisis parmi des gens très qualifiés, qui voyagent sans fin en jersey gradés (jaune, rouge, bleu …je ne me souviens plus qui étaient les plus « capés ») uniformes. On ne sait pas trop ce qu’il mangent ou boivent (du recyclé bio breveté ?), comment ils continuent de voguer dans l’espace ni pourquoi ils (l’humanité en réalité) en sont là.

Peut-être sommes nous en train de prendre un chemin également erratique sur le plancher des vaches. Prenez l’air …par exemple.

Il est dégueulasse à peu près partout et à ce seul titre les masques ont leur utilité au point de se demander si avec l’aérosolisation (je ne sais pas comment on dit) prouvée de la transmission du virus Covid … on ne va pas finir par trouver des vertus au voile sous toutes ses formes et (presque) des justifications (« séparatisme » inclus ?). Je plaisante bien sûr…

Parmi les préconisations médicales anti-Covid 19, il y a celle d’aérer. A tout prendre il me semble qu’il faudrait surtout préalablement aérer la pensée globale du Gouvernement, trop confinée pour être efficace.

Prenons la situation éducative.

L’encombrement des amphis n’était pas un mystère.

De ce point de vue, le Gouvernement n’a jamais été prêt été en quoi que ce soit. Quand le voisin italien embauche des professeurs pour faire face au problème … on réduit la « jauge » (joli mot pour désigner les étudiants … j’ironise bien entendu) sans moyens supplémentaires.

Au niveau ministériel, il semble que l’on aie perdu de vue la notion de mètres carrés, du niveau de nombre d’étudiants à cette aune, du niveau de ventilation des salles pour assurer un air à peu près sain.

Au corps enseignant de se débrouiller.

En somme on a tellement anticipé qu’on est en retard sur tout.

Pendant ce temps là on bricole industriellement et on brade aussi sur tout. Dernier avatar :

https://www.mediapart.fr/journal/economie/061020/suez-veolia-la-journee-des-dupes

Le « capitalisme humaniste » soudainement révélé à Bruno Le Maire pendant le confinement – et aussi soigneusement « interprété », pendant tout ce temps, entre autres, par Alexis Kholer – a vécu avant d’exister.

Comment dire, je ne me suis jamais attendue à une quelconque réelle créativité de ce petit monde issu d’un creuset unique. Juste une servilité tantôt bonhomme tantôt passablement hypocrite. Mais pas à une telle nocivité.

En passant ….

Je ne sais pas combien d’argent public aura coûté la carrière de Pierre Moscovici au contribuable mais il est emblématique de ce pôle emploi endogamique qui fait que l’on voit recyclés presque à l’infini des élèves de grandes écoles formatés à des postes où ils ne feront rien d’utile pour la communauté mais pas sans profit pour certains.

Il paraît que la musique adoucit aussi l’humeur alors quelques notes légères pour conclure.

Rentrée masquée

Ainsi donc la date de rentrée scolaire est maintenue au 1er septembre. C’est peut-être la seule chose qui soit sûre. Pour le reste, tout est flou.

Quel protocole sanitaire appliquer ? Au cours du mois de juillet a été mis en ligne, en toute discrétion (aucune communication officielle n’a été faite sur le sujet auprès du grand public) sur le site du ministère de l’éducation nationale, un protocole assouplissant notamment les règles de distanciation physique. Plus de détails ici : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/08/07/l-education-nationale-publie-en-catimini-un-nouveau-protocole-sanitaire-pour-la-rentree_6048335_3224.html

Dans un contexte de recrudescence du nombre de cas de Covid, ce protocole est-il remis en cause ? Que nenni. « Le protocole élaboré au mois de Juillet prévoit tous les types de situation, circulation faible du virus ou circulation forte du virus » et les choses se feront « au cas par cas » a répondu le ministre. D’ailleurs, il (le protocole) permettrait, selon lui, de réduire la présence physique d’une partie des élèves qui, alors, devraient suivre les cours à distance (sous réserve d’être équipés, of course, mais le ministre n’imagine pas que certains ne le soient pas). La trinité locale maire-préfet-recteur, à laquelle il convient d’ajouter le directeur de l’Agence Régionale de Santé, qui devra démêler la perruque appréciera.

Et pour les masques ? Il sera obligatoire pour les élèves à partir de 11 ans, c’est-à-dire au collège et dans les lycées, ainsi que dans les espaces clos. Au journaliste qui, à propos des moins de 11 ans, lui faisait remarquer que les classes étaient comparables aux « open space » des entreprises où le masque devient obligatoire le jour même de la rentrée scolaire, le ministre s’est réfugié derrière les recommandations médicales qui disent les difficultés de faire porter le masque à de jeunes enfants, tout en ouvrant la porte à un possible changement pour les CM1 et CM2. Éventuellement …

Et pour les espaces ouverts? Le ministre laisse la question du port du masque à l’appréciation des acteurs locaux.

La précision, il n’y a que ça de vrai.

Et la fourniture des masques ? « Il (le masque) est une fourniture comme une autre, comme on vient avec sa trousse ou ses cahiers » et ne sera donc pas fourni sauf dans les cas extrêmes (familles sans ressources). Pour justifier sa position, le ministre fait valoir « la hausse considérable et exceptionnelle » de l’allocation de rentrée scolaire décidée par le gouvernement. C’est oublier que cette allocation n’est versée qu’à la rentrée et que l’année scolaire risque d’être longue et particulièrement chère en masques pour des familles déjà en difficulté ou paupérisées par la crise économique et sanitaire, sans compter qu’on navigue à l’aveugle sur la durée de cette dernière. Réaction d’une de mes collègues mère de 2 jeunes enfants : « ils sont gonflés de dire que, comme ils ont augmenté l’allocation de rentrée scolaire, ça ne pèsera pas sur le budget des parents. Le coût des fournitures a apparemment augmenté de 6,5 %… ces politiques, ils ne doutent de rien ! ».

Et pour les enseignants ? Aucun moyen financier non plus pour l’équipement des enseignants en matériel informatique qui pourrait à nouveau s’avérer nécessaire en cas de classe à distance. Quant à se fournir en masques qu’ils se débrouillent. Jean-Michel Blanquer a renvoyé, pour tout cela, aux négociations sur les rémunérations, augmentations que les enseignants attendent depuis 3 ans : rappelons au passage que selon l’Insee, les salaires des enseignants ont baissé deux fois plus vite que ceux des autres fonctionnaires en 2018 (plus de détails ici http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/07/24072020Article637311809161762116.aspx) . Et sur la question de savoir s’il n’est pas compliqué de capter l’attention des élèves en ayant le visage masqué, le ministre répond : « Lorsqu’il y a une distanciation physique de plus de 2 mètres, il est possible pour le professeur d’enlever son masque ». Un mètre, 2 mètres au doigt mouillé …

Dormez bonnes gens, tout est pensé et sous contrôle.

S’il avait des cheveux, je traînerais bien le ministre à l’école où enseigne -mon frère dont la réfection de la salle de classe n’est pas terminée (le sera-t-elle le 1/09 ?) et qui se débrouille depuis le début des travaux (interrompus par le Covid) dans un Algeco (avec quelle classe à la rentrée ? et combien d’élèves ? Pour l’année scolaire 2019-2020, il avait en charge 29 élèves et un double niveau CP-CE1). Histoire de tâter un terrain physique qui lui semble bien étranger comme celui de la condition des enseignants, qui, à l’instar de mon frère, ont bricolé avec les moyens du bord pendant tout le confinement, et pour lesquels JMB n’a eu aucun mot.

Comme écrit ce twittos : après le présentiel, le distanciel, le « démerdenciel ».

Pour finir sur une note un peu moins noire, Jean-Yves Naud dans son blog « Journalisme et santé publique » (c’est ici https://jeanyvesnau.com/) reprend un écho du Canard enchaîné selon lequel M6 lancera dès le 24 août une nouvelle saison de son émission « Les reines du shopping » dans laquelle on pourra retrouver Roselyne Bachelot. M6 précise que cette « nouvelle saison » a été enregistrée en janvier – alors qu’émergeait la pandémie de Covid – et à l’heure où, selon le journal, la future ministre « cachetonnait » pour les chaînes de télé LCI et C8.

« Comment s’y retrouver ? » s’interroge-t-il ? « Cachetonner » : pour un artiste, c’est courir le cachet, le cachet étant la rétribution d’un artiste par représentation ou par concert. Je me souviens, il y a longtemps, en relisant les épreuves d’une des publications de « mon » (sic) entreprise, avoir découvert une coquille du photocompositeur sur une information écrite par mon chef. Il (le photocompositeur) avait tapé comédie médicale au lieu de comédie musicale. N’osant toucher à la prose de mon supérieur, je m’étais contentée de mettre au crayon et en marge « pour laquelle les artistes étaient payés au cachet ». Et il (mon supérieur) m’avait dit : « et vous trouvez ça drôle ? ». Ben oui.

Contrôle continu

Big Brother Society - Home | Facebook

« Je suis de plus en plus favorable à une vision où l’emploi du temps de l’enfant serait vu pas seulement sur les heures de cours mais un petit peu sur ce qui se passe dans sa vie le mercredi et le week-end, sans arriver à un big brother éducatif. » @jmblanquer (@education_gouv.fr).

Ce n’est pas un fake mais un extrait de propos tenus par le ministre devant le Sénat. Il s’agirait, selon la suite de la déclaration, de s’assurer que le soutien scolaire soit fait par des associations de qualité et que les subventions publiques, celles de l’Etat et celles des collectivités locales, aillent dans des activités associatives dont « nous sommes sûrs qu’elles sont conformes aux valeurs de la République ».

Pas de big brother éducatif ? Les mots suggèrent exactement le contraire. Va-t-on aussi stigmatiser les gosses en fonction de leurs loisirs ? Reliez cela avec cette connerie dispendieuse Attalienne de service national universel et, pour peu que vous reviennent des images du siècle dernier largement documentées ici et outre-Rhin, vous remontent des reflux mémoriels plus que vomitifs (pléonasme).

Ce monde de contrôle continu qui déborde aujourd’hui largement le seul domaine de l’éducation est absolument sinistre. D’autant plus que l’autorité chargée d’en limiter les appétits, à savoir la Cnil , paraît souvent en retard d’une guerre, faute de moyens, quand elle n’est pas simplement ignorée.

Au travers des enfants on peut craindre que le contrôle blanquerien conduise aussi à cibler les parents.

Dans mon dernier post, j’évoquais la lassitude par rapport à mon travail, mais je pourrais dire aussi qu’au-delà, c’est cette société de désignation amplifiée qui me déprime.

Seule consolation, la loi Avia contre la haine en ligne a été vidée de sa substance par le Conseil Constitutionnel qui a pourtant validé dernièrement beaucoup de choses contestables (en ce qui concerne les manifestations notamment) au point que je m’interrogeais sur le point de savoir s’il jouait encore sa fonction de « régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics  » (dixit le site du Conseil). Il faut croire que l’instinct de survie peut animer encore ceux dont on pensait la conscience définitivement en friche ou perdue dans je ne sais quels sables de courtisanerie et les amener à se souvenir d’une chose qui se perd : les libertés. Enfin ce qu’il en reste.

Notez, notez !!

Du côté des parents

« TeachAdvisor est un nouveau site qui permet de donner son avis sur les enseignants, les comparer et ainsi mieux choisir la future école de son enfant ».

Trouvé sur un site qui se pique « de raconter l’actualité de l’école à travers des articles parodiques, des photos envoyées par la communauté et des interviews de personnalités », nul doute que c’est un faux.

Passage en revue de quelques commentaires, inventés de toutes pièces, même s’ils ne sont pas complètement improbables.

Tout cela sent assez la plaisanterie (grinçante). Quoique. En pleine discussion de la loi Blanquer pour « une école de la confiance » où s’exprime la nette manie évaluatrice et classifiante dès la maternelle du ministre, la parodie, qui charrie en creux, quelques solides préjugés (un bon prof est un prof qui ne s’absente pas, même pour maladie, et qui suit scrupuleusement les programmes), et quelques travers parentaux, n’en est peut être pas tant une finalement. Version enseignante du site tripadvisor, elle traduit une vision devenue presque consumériste de l’enseignant. Parmi les commentaires sur le site figurant sous les avis frelatés ci-dessus, j’apprends que ce type de plateforme a déjà existé chez nous de manière éphémère (https://www.note2be.com où les élèves pouvaient noter leurs professeurs) et est une réalité ailleurs (https://ratemyteachers.com).

Nous sommes tous évalués mais pas de manière publique ou plus exactement publique et individualisée.

Je me souviens, durant mes années de collège et de lycée avoir comme les autres « noté » mes professeurs mais cela restait artisanal et surtout oral. Là nous rentrons dans l’industriel.

Je ne sais pas pourquoi j’ai tiqué sur ça alors qu’il y a plus problématique en ce moment. L’injonction à la notation est partout à propos de tout et il n’est pas dit du tout que teach advisor ne voie pas effectivement le jour et ne devienne le défouloir que son prototype annonce si on ne lui accole pas une charte des commentaires comme pour les journaux.

Du côté des professeurs et du ministère

La lutte contre les projets de J.M. Blanquer, qui semble avoir une vision très soliloque de l’éducation et des enseignants, prend parfois des tours inattendus. M’interrogeant sur les raisons de ce bras de fer à propos des notes du baccalauréat 2019, j’apprends que le conflit trouve son origine dans la méthode contestataire inédite adoptée par certains professeurs plus que rétifs au projet de loi cité plus haut, à savoir la rétention de note et le refus de participation aux jurys de délibération qui réunissent des professeurs de différentes disciplines qui ont corrigé les copies afin de statuer sur les notes des élèves.

Comment statuer sur le cas d’un élève qui n’a pas de notes ou pas toutes ?

Branle-bas de combat au ministère pour délivrer les résultats comme promis le 5 juillet. S’en est suivi un bricolage lui aussi inédit.

 Selon un protocole de publication des résultats, que Mediapart a pu consulter, si des notes s’avèrent manquantes, deux solutions sont proposées. « Tout dépend de la possession ou non des livrets scolaires des candidats qui recensent entre autres leurs moyennes de l’année de terminale.

Dans le premier cas , « les élèves se voient attribuer provisoirement la note moyenne de leur bulletin scolaire pour la discipline concernée ». Dans le second, les malheureux écoperont d’« une note provisoire » qui « leur est attribuée en cohérence avec les autres notes déjà obtenues (moyenne des notes attribuées) ». Les listes des candidats concernés par ce bricolage seront « soigneusement établies » et leur situation rectifiée dès lors que leur « vraie » note sera transmise. Reste à voir les différences entre les deux notes. Lorsque celle qui manquait sera restituée, elle sera conservée si elle est meilleure. Sinon, la note de contrôle continu sera attribuée au candidat. »

Ajoutez à cela quelques sanctions sur la feuille de paie des résistants …

Pour ce que je sais, une caisse de grève s’est créée. Ce qui est une riposte pour le coup plus classique.

Au bout du compte une pétaudière dantesque que le ministre minimise. Reste au milieu de tout ça les parents et les jeunes. L’ont-il eu ou pas ? Et que vaudra-t-il dans ces conditions ? Vous me direz que le bac n’a plus l’aura qu’il avait mais sur un CV, plus tard, cela peut se relever.

L’ironie de l’histoire, comme le relève encore Médiapart, est que le bac basé sur le contrôle continu (pourquoi pas ?) prévu par Jean-Michel Blanquer pourrait s’appliquer, pour certains élèves, avec deux ans d’avance. 

Mais l’épisode risque de compliquer la tâche d’un ministre qui ne s’embarrasse pas de négociation ou même de concertation puisque le premier mot semble être passé sous les radars depuis un certain temps déjà.

Et tout ça pour faire meilleure figure au classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) où nous ne brillons pas assez à ses yeux ?

Où l’on se dit que l’intelligence artificielle, qui ne se cantonne pas aux robots, a de beaux jours devant elle.