Fin de partie ou da capo ?

Saura-t-il se montrer à la hauteur de son rôle ? Je ne parle pas du Président de la République mais du Conseil Constitutionnel. Selon Laureline Fontaine, professeure de droit public et autrice d’un ouvrage intitulé « La Constitution maltraitée », il y a lieu de se poser des questions.

Composition excessivement politique (ses membres sont désignés par le Président de la République et les présidents des assemblées parlementaires, à savoir Assemblée nationale et Sénat), problèmes d’impartialité, règles de déontologie peu contraignantes, mauvaise qualité de l’argumentation juridique… Lauréline Fontaine met à mal la mythologie d’un Conseil constitutionnel s’étant émancipé du pouvoir exécutif pour devenir le gardien des droits et des libertés publiques. Des « sages » dit-on. « Le Conseil constitutionnel […] tire profit de l’importance et de la noblesse de sa mission, sans essayer jamais de se hisser à la hauteur » cingle-t-elle en conclusion d’un entretien avec des journalistes de Médiapart. L’émission est ici mais il n’est pas sûr qu’elle soit en accès libre.

https://www.mediapart.fr/journal/politique/150323/le-conseil-constitutionnel-ne-joue-pas-le-role-de-contre-pouvoir

Au sein de cette institution figure un homme qui, en 1995, se confronta à un mouvement de grève dur et prolongé (et nous aussi), contre un plan qui comportait entre autres :

  • un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique. Cette mesure avait déjà été décidée pour les travailleurs du secteur privé lors de la réforme Balladur des retraites de 1993 ;
  • l’établissement d’une loi annuelle de la Sécurité sociale qui fixe les objectifs de progression des dépenses maladies et envisage la mise en place de sanctions pour les médecins qui dépassent cet objectif ;
  • un accroissement des frais d’hospitalisation et des restrictions sur les médicaments et traitements remboursables ;
  • le blocage et l’imposition des allocations familiales versées aux familles, combiné avec l’augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs.

Le 15 décembre 1995, le gouvernement retira sa réforme sur les retraites, la fonction publique et les régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF), cette décision étant interprétée comme une victoire par les syndicats de salariés. Mais il refusa de céder sur la Sécurité sociale, dont le budget est depuis voté au Parlement (modification constitutionnelle historique par rapport à 1945). Un « sommet social » se tint à Matignon le 21 décembre, concluant un mois d’agitation sociale en France.

Les réformes des retraites de 2003, 2010 et 2013 viendront en quelque sorte, en partie, « réparer l’affront », mais que pense-t-il ?

Pour moi, je n’ai pas souvenir de violences telles que celles que nous voyons aujourd’hui. Pendant un mois, je me suis levée aux aurores (4-5 heures du matin). Une de mes collègues venait me « prendre » en voiture sur le périphérique parisien environ une heure, une heure et demie plus tard et pour nous détendre (on en avait besoin et bien pour une heure, une heure et demie de pare-choc contre pare-choc avant d’arriver au siège de l’entreprise), on écoutait les rediffusions des sketchs des « guignols de l’info » à la radio. On quittait le bureau quand la voie semblait possible, en espérant ne pas rester coincées sur le trajet retour (cela nous est arrivé une fois, nous sommes parties vers 15 heures, elle avait un RV médical à 19 heures et elle n’a pas pu y arriver à temps). Ce fut, pour moi, une période compliquée. Je récupérais le WE le sommeil perdu en semaine et je repartais le lundi comme une imbécile. Trop lâche pour perdre une journée de salaire alors même que je comprenais le mouvement social.

Aujourd’hui, le télétravail permet une relative continuité laborieuse et certaines unités policières désinhibées (Bac et BRAV-M en particulier) cognent, LBDisent et gazent sans sommation. Les crises économique et sociale ont fait se rejoindre (pour l’heure) des populations (jeunes et moins jeunes) qui ne se considéraient pas vraiment et des syndicats qui se faisaient la gueule.

Retoquer une réforme mal ficelée et ayant donné lieu à tous les artifices constitutionnels pour trouver une sortie conflictuelle, mérite qu’on regarde au-delà d’une censure cosmétique portant sur l’article relatif à l’index senior en particulier. Ce serait ajouter de la colère à la colère.

Avoir exercé des fonctions politiques ne dispense pas de renouer avec la politique, c’est à dire s’intéresser à la cité, ni d’être intelligent.

En seront-ils capables ? Je croise les doigts.

En attendant Charles III maintient sa visite…je serais à sa place (Dieu m’en préserve) je ferais lanterner notre roitelet jusqu’à des temps plus calmes. Les précédents Charles britanniques n’ont pas été excellemment servis, je crois. Charles III avait prévu de venir à Bordeaux (fidèle à la couronne d’Angleterre pendant la guerre de cent ans) où de vieux souvenirs traînent peut-être encore. Not a good idea Your Majesty, I would say. Take your time.

En attendant, cette singulière réflexion sur les retraites

PS : Finalement la visite de Charles a été annulée par notre roitelet. En même temps (sic) quel dommage. Let’s be punk for a while ! Mais voilà, Manu était trop jeune, alors, pour cela et trop vieux aujourd’hui. Mais a-t-il seulement été jeune un jour ?

Songeries manifestantes

Il faisait un temps exécrable à Bordeaux ce 19 janvier 2023, mais j’y suis allée quand même. Où ? A la manif. Le trajet prévu était le suivant (voir ci-dessous), ce qui fait une assez jolie boucle, dans tous les sens du terme, qu’en toute honnêteté, je n’ai pas faite en entier.

N’ayant pratiquement jamais manifesté à Bordeaux – mes pénates jusqu’à l’an dernier se situant en région parisienne – je ne sais pas s’il est classique et représente en quelque sorte le République – Nation bordelais. A mon arrivée place de la République vers 11 h 30, une foule déjà assez compacte derrière des barrières dressées là non par la police mais en raison de travaux en cours. Une sorte de barrage filtrant préexistant, véritable aubaine, dirai-je, pour la maréchaussée. Avec d’autres personnes, j’ai attendu le démarrage de la manif pour la rejoindre. Quasiment une heure de surplace sous la pluie avant de déambuler selon ce rythme un peu agaçant fait de progression et de points arrêtés. Dans mon petit carré, surtout des « vieux », je veux dire des quadragénaires et des quinquagénaires et des retraités solidaires comme moi.

Ayant essuyé, si j »ose dire, 3 réformes des retraites au cours de ma carrière (1993, 2003, 2010, celle de 2014 ne m’impactait plus) qui ont contribué à faire reculer l’horizon d’une libération laborieuse (sic) et diminuer le niveau des pensions, je comprends que cette énième mouture, en jouant, pour faire court, sur l’âge légal et le resserrement de la période d’atteinte des 43 ans de cotisations nécessaires pour atteindre le taux plein, fasse tousser. Surtout combinée à la réforme annoncée de l’assurance chômage.

J’ai eu la chance d’avoir une carrière sans « trous » mais cette linéarité, qui me permet de profiter d’une pension correcte, est de nos jours, du moins dans le secteur privé, parfaitement anachronique.

Qui a raison, qui a tort ? A gauche, on répète à l’envie cette antienne issue d’un article du journal libération …

depuis lors relativisée par certains selon lesquels, d’autres chiffres seraient, plus adéquats pour parler de la différence sociale d’espérance de vie et de retraite : la moitié des hommes les plus modestes de 60 ans ont 30 % de risque d’avoir moins de 10 ans de retraite, d’après l’Insee, et les exploitants agricoles et les ouvriers sont plus de 20 % à être en incapacité dès leur première année de retraite, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et de la statistique.

Plus globalement chacun sort un même joker pour affirmer des certitudes opposées : le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR).

Alors, urgence ou pas urgence à réformer ? Selon, Michaël Zemmour, enseignant -chercheur, spécialiste des politiques socio-fiscales, « le rapport du COR en lui-même est assez explicite, et sa synthèse hiérarchise bien les enjeux. Il nous dit que les dépenses sont sous contrôle et que le système n’est pas en danger. En revanche, il nous alerte sur une baisse des recettes, notamment de celles qui viendraient de l’État, ce qui occasionne un déficit, alors que les dépenses, elles, sont stables (…) La question pour les retraites est de savoir comment on répartit un niveau de revenus national entre actifs et retraités. La réponse n’a rien d’évident et doit faire l’objet d’un débat politique ».

S’il ne s’agissait que de cette répartition là …

Je songeais un peu à cela tout en me disant que ce trajet aurait été bien agréable sous le soleil de ce matin. Au lieu de quoi, trempée, et songeant aux kilomètres qui m’attendaient à pied pour rentrer chez moi, j’ai déserté.

Les syndicats revendiquent 60 000 manifestants, la police n’en a dénombré que 16 000. La vérité, as usual, est entre les deux.

La veille, il avait neigé.

PS : En Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Ardern annonce sa démission : « Je sais qu’il y aura de nombreuses discussions après cette annonce pour comprendre quelles ont été les vraie raisons de mon départ. […] Le seul angle intéressant que vous trouverez, c’est qu’après six ans de gros challenges, je suis humaine. Les politiques sont humains, on donne tout ce qu’on peut, aussi longtemps qu’on le peut. J’ai tout donné pour être première ministre, mais cela m’a aussi beaucoup coûté. Vous ne pouvez pas et ne devriez pas faire ce travail à moins d’avoir un réservoir plein, et encore davantage en réserve pour les défis imprévus et inattendus qui se présentent inévitablement »,a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. « Je n’ai tout simplement plus assez d’énergie pour quatre ans supplémentaires  (…). Je pars parce qu’un poste aussi privilégié s’accompagne d’une grande responsabilité. La responsabilité de savoir quand vous êtes la bonne personne pour diriger, et aussi quand vous ne l’êtes pas ».

A méditer messieurs.

PPS : Quand E. Macron fait du Chirac. « Votre vote m’oblige » avait dit ce dernier en 2002 avant de s’asseoir dessus. Même chose ici.

24 avril 2022 : « Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir ».

19 janvier 2023 : « Nous devons faire cette réforme  [des retraites]. J’ai dit les choses clairement pendant la campagne [présidentielle]. » Petit rappel, seuls 27,85 % des électeurs qui se sont exprimés au premier tour ont approuvé un programme délivré très tard et peu débattu.

Au moins, Chirac, ne pratiquait pas le french bashing depuis l’étranger …chose que notre Président actuel ne rechigne pas à faire. Souvenons nous des « gaulois réfractaires » au Danemark….

Balade oeucuménique

Bordeaux et ses églises oubliées. Cette balade de 3 heures, proposée sur le site du tourisme, est organisée par un guide indépendant qui en a plus d’une dans son sac (du Bordeaux au Moyen-âge au Bordeaux coquin, du Bordeaux romain au Bordeaux de la seconde guerre mondiale en passant par le Bordeaux criminel et j’en passe…). Le titre de cette balade-ci me paraît un peu curieux car aucune n’est vraiment oubliée et le dernier lieu visité n’est pas une église. Mais bon.

Sise sur une petite place en face de l’hôpital Saint-André, l’église Sainte-Eulalie, élevée sur une chapelle du VIIe siècle, à laquelle succéda un monastère, fut construite à l’époque gothique marquant un angle de rempart. Fortement remaniée au début du XXe siècle dans un style néogothique assez massif, il est assez difficile de l’imaginer telle qu’elle fut. C’est aujourd’hui un espace plutôt sombre aux murs remplis d’ex-voto, assez plombant à mes yeux.

Rien à voir avec le dépouillement du temple de la rue du Hâ. Édifié entre 1625 et 1638 comme chapelle pour la congrégation catholique de Marie-Notre-Dame (fondée en 1605 par Jeanne de Lestonnac, nièce du philosophe Michel de Montaigne afin d’éduquer des jeunes filles, notamment celles qui étaient retirées à leur famille protestante), l’édifice fut attribué aux protestants calvinistes bordelais en 1803. De style baroque, la façade est une composition ternaire avec trois frontons, trois ouvertures et trois niches. Massif pourtant, le bâtiment me paraît moins pesant que Saint-Eulalie. Peut-être par sa sobriété intérieure : des murs blancs, une chaire en bois au-dessus de la table de communion sur laquelle repose une bible, des bancs. Point.

Les troisième lieu de culte est aussi un souvenir familial.

La Chapelle de La Madeleine fut inaugurée en 1688 par les Moniales de la Bienheureuse Marie-Madeleine, familièrement dénommées « Madelonnettes ».

L’activité de ces religieuses était triple :
a) rééduquer des femmes accusées d’infidélité,
b) éduquer des jeunes filles « de bonnes familles »
c) soigner des dames âgées payant pension.

En 1804, après la Révolution française, elle fut confiée par Mgr Daviau au Bienheureux Chaminade. Elle devint ainsi le berceau de la Famille marianiste.

Pour moi, c’est surtout là où l’on allait chercher ma grand-mère paternelle qui assistait à la messe du dimanche matin avant de venir déjeuner chez nous avec mon grand-père. Ce dernier, qui n’aimait pas les curés, s’annonçait de son coté. Ancien artilleur ayant fait toute la guerre de 1914-1918, il était sourd comme un pot et avait gardé des combats des cicatrices d’éclats d’obus sur ses mains. La légende familiale raconte que ses sentiments le portèrent d’abord vers la sœur cadette de ma grand-mère, plus vive et enjouée que cette dernière. Mais voilà, Jeanne avait décidé de rentrer dans les ordres. Son anticléricalisme trouvait-t-il ses origines dans la guerre et/ou cette déconvenue sentimentale ? ou avait-il toujours bouffé du curé ? Difficile à savoir car on ne parlait guère dans la famille. Lui n’évoquait jamais la Grande Guerre. Que voyait-il de la position où il se trouvait ? Dans une petite remise dans notre jardin étaient arrivées, je ne sais comment, quelques épaulettes et, mais je ne suis pas sûre, un fourreau de sabre lui ayant appartenu. Sur les photos, il avait de le prestance et une moustache avenante. Quand j’étais petite, il m’emmenait parfois aux galeries bordelaises …surtout pour conter fleurette aux vendeuses. Pétainiste, comme pas mal d’anciens combattants de 14-18, il mourut en mai 1968 sans savoir ce qui se passait au dehors. Sa conscience était déjà ailleurs.

Pour revenir à la chapelle un bâtiment pas vraiment gracieux comme on peut le voir mais dont l’orgue est réputé.

A suivre, une chapelle dans un lieu laïc, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous). L’espace occupé par le centre correspond à l’ancien couvent des capucins (après avoir été, entre autres, une léproserie à l’époque où le bâtiment se trouvait hors la ville, le lieu où se réunissaient les comités des assemblées parlementaires, véritables laboratoires de la loi, pendant la Révolution). Construite au sein de cette enceinte en 1875 puis très vite, suite à la loi de séparation de l’église et de l’Etat en 1905, rattachée au domaine public, la chapelle est considérée comme un des plus beaux exemples d’architecture néogothique du bordelais. Dédiée à l’organisation d’évènements culturels, elle est aujourd’hui en assez piètre état (en particulier les vitraux) et un projet de rénovation a été lancé.

Plus que son architecture qui ne me suggère rien de particulier, c’est plutôt sa discrétion, car on ne la distingue pas de la rue, qui constitue une curiosité compte tenu de son volume.

Dernière partie de la visite, qui nous aura conduits non loin de la gare … une mosquée sise dans une ancienne imprimerie !

De la mosquée en elle-même on ne parlera guère mais plutôt des rites et les coutumes de l’Islam. L’Imam préfère qu’on l’interroge : pourquoi se déchausse-t-ton ? Comment les prières sont-elles réparties? Comment font ceux qui travaillent pour respecter les 5 prières ? Les femmes et les hommes prient-ils ensemble (oui mais pas côte à côte) ? Des questions assez basiques mais qui ont l’avantage d’ouvrir les discussions. Pour l’imam, il est important de « montrer la religion telle qu’on la vit au quotidien, pas telle qu’on se l’imagine« . Ce qui paraît sensé. Le temps imparti à la visite ne permettra pas d’aller bien loin. mais la surprise de cette balade aura permis d’ouvrir un peu les têtes.

Sur le chemin du retour je me suis fait la réflexion qu’une visite de la synagogue aurait équilibré un programme décidément mal nommé mais voilà, à cette heure là et ce jour là (vendredi) elle était fermée. Cela m’aurait rappelé quelques souvenirs d’enfance quand mon copain Jean-Michel, fils du rabbin de l’époque qui amenait, comme moi mais pour d’autres raisons, ses repas à la cantine, scrutait avec perplexité le contenu de mon assiette (j’avais des soucis digestifs).

« Tu es sûre que tu es juive toi ? »

En la matière je ne suis sûre de rien.

Réminiscences en B pour ne pas parler d’Abad

Teresa Berganza

C’est une petite rubrique dans le journal Le canard enchaîné qui m’apprend la mort de la cantatrice Teresa Berganza. Une immense petite bonne femme lumineuse. La seule personne à qui, en groupie inconditionnelle, j’ai demandé un autographe qui attend sagement dans un carton que je le redécouvre.

Je me souviens d’un magnétique Alcina de Haendel mis en scène par Jorge Lavelli dans la cour de palais des papes à Aix en 1978 où elle interprétait le rôle du chevalier Ruggiero ou encore du film Don Juan de Losey où elle était une Zerline un peu mûre. On dit qu’elle fut une Carmen inoubliable, mais je n’ai jamais particulièrement apprécié cette œuvre. Pour moi, je l’ai surtout croisée en récital. Elle avouait, malgré les années, avoir le trac avant d’entrer en scène (certains prétendent même qu’il fallait l’y pousser), mais une fois là son intelligence mélodique se déployait avec une sorte de grâce.

Il y a bien longtemps, je lui avais consacré ici ce petit texte.

Bordeaux

Retrouver sa ville natale est parfois singulier. Ayant perdu à peu près tous mes repères dans la ville, je me suis inscrite à une balade consacrée aux « mystères de la ville ». J’y ai ainsi appris que l’église Saint Seurin avait abrité quelque temps le cor de Roland et le bâton de Saint Martial de Limoges – emprunté pour mater certain dragon puis confisqué par la ville de Bordeaux en raison de ses pouvoirs. La ville était alors anglaise et ce qui est aujourd’hui la rue de la vielle tour abritait, comme son nom l’indique, une ancienne tour (aujourd’hui disparue) au sommet de laquelle les Anglais faisaient flotter leur étendard orné de lions que les bordelais appelaient « dragons ». Selon la légende, un dragon monstrueux s’était installé dans la tour et menaçait les habitants de la ville de souffler peste ou choléra s’ils ne lui apportaient pas tous les dimanches une jeune-fille vierge âgée de 15 à 20 ans ainsi qu’un tombereau de légumes et d’herbes afin de se nourrir. L’affaire dura jusqu’au jour où une certaine Nicolette, fort jolie et intelligente, désignée pour entrer dans la Tour du Dragon, réussit à faire parler le monstre lequel lui avoua qu’on ne pourrait le forcer à quitter la Tour qu’en lui présentant le bâton miraculeux de Saint Martial. Douze jurats de Bordeaux furent envoyés à Limoges pour négocier l’emprunt du fameux bâton dont six furent retenus en otage pour garantir l’emprunt et le bâton de Saint Martial arriva enfin à Bordeaux. L’évêque de la ville se hâta en grande cérémonie vers la Tour du Dragon. Dès que le bâton en eut touché le mur, la bête effrayée en jaillit dans un bruit étourdissant et sauta dans la Garonne où il s’abima dans une pluie de flammes. Les bordelais ayant eu connaissance des autres pouvoirs magiques du bâton de St Martial, notamment de sa capacité à faire venir la pluie, décidèrent de le conserver dans la basilique Saint Seurin. Quant aux otages, la légende raconte qu’ils n’étaient pas des jurats mais en fait de pauvres hères payés pour cette mission et que devant le refus bordelais de rendre la crosse de St Martial, ils furent ensevelis jusqu’au cou et massacrés sur une place de Limoges. Le cor du héros de Roncevaux comme la crosse du Saint disparurent un jour de l’église Saint Seurin. Nul ne sait quand et où iels se trouvent aujourd’hui.

Arrivés rue du loup, dont le nom intrigue, on me raconta d’autres histoires. Pour certain historien ce nom pourrait avoir été donné en hommage à un Biturige Vivisque nommé Lucius Lupus. Pour un autre, il évoquerait l’incursion spectaculaire de loups à Bordeaux en 582, lesquels auraient dévoré des chiens en pleine rue à la vue du peuple. D’autres se réfèrent aux commerces de la rue et au fait que l’un d’entre eux avait un loup comme enseigne… là aussi le monde historique se perd en conjectures mais une autre histoire de loup garou datant de 1600, consignée celle là, traine quelques rues plus loin. Celle d’un individu d’une quinzaine d’années, nommé Jean Grenier, qui, à l’en croire, avait mangé des enfants dont il trouvait la chair savoureuse. Arrêté, le « loup-garou » fut traduit devant un tribunal qui le condamna à être pendu. Finalement considéré comme un faible d’esprit et non comme une créature du diable sa peine fut commuée. L’anthropophage fut simplement enfermé jusqu’à sa mort en 1610 dans le couvent de l’Observance où on allait le visiter comme une bête curieuse.

Recluserie à Bordeaux

Des chapelles et églises possédaient parfois autrefois un reclusoir (ou une recluserie), dans lequel s’enfermaient – parfois à vie – des pénitentes. Ces dernières étaient appelées saquettes ou sachettes à cause du sac ou du cilice qui constituait leur unique vêtement. Ces reclusoirs étaient généralement d’étroites cellules dont on murait l’entrée. La recluse ne pouvait plus alors communiquer avec le monde extérieur que par une fente de quelques pouces donnant dans l’église ou le cimetière. C’est par là que la charité publique lui octroyait quelques tranches de pain et autres rogatons. A Bordeaux, sur l’actuelle place Gambetta, non loin de l’angle de la rue Judaïque et de la rue du Palais-Gallien, se trouvait la  « Chapelle de la Recluse Saint Ladre  » (Saint Lazare). Construite au IXème siècle, elle fut détruite en 1452 par le Comte anglais John Talbot qui démolit une grande partie du quartier lors de son siège de Bordeaux, avant d’y entrer avec ses troupes. La date me surprend mais vérification faite, redevenue française en 1451, reconquise par ledit John Talbot en 1452, la ville se rendit définitivement en 1453 après la bataille de Castillon… à la grande consternation fiscale des bordelais qui perdirent dans l’affaire nombre de privilèges commerciaux et furent lourdement taxés par le roi de France.

Mon « anglotropisme » m’a toujours fait penser que notre rue Saint James devait se prononcer à l’anglaise … erreur, il s’agirait d’une déformation de Jaime (Jacques) la ville se trouvant sur l’une des routes menant à Compostelle.

Comme quoi une petite heure et demie de balade peut s’avérer très instructive au delà des légendes. Par pur snobisme, je n’imaginais pas que la ville de Montaigne eut un jour cédé aux dragons et loups-garous.

Bifurcation

Cette vidéo a largement tourné sur la toile. Dans leur discours, prononcé lors de la remise de leurs diplômes d’ingénieurs agronomes le 30 avril 2022, ces jeunes diplômés déclarent ne pas vouloir contribuer à une agriculture qui « mène la guerre au vivant et à la paysannerie » et appellent à « bifurquer », à sortir de la voie pourtant toute tracée devant eux.

Selon une émission récente diffusée sur le site arrêt sur image, les premières manifestations de ce mouvement remonteraient chez nous à quelques années : en décembre 2018, un diplômé de l’école d’ingénieurs Centrale Nantes, Clément Choisne, annonçait déjà son intention de « bifurquer ». En 2019, c’était le tour de 2 polytechniciens.

Agir de l’intérieur ou de l’extérieur ? Mon expérience me dit que les biais intérieurs à une entreprise ont leurs limites. Et tout le monde n’a pas ce choix ou cette envie de « bifurcation ». J’imagine mal des élèves d’HEC, de l’ESSEC ou de toute autre grande école de commerce s’engager dans une forme de « marketing désobéissant » pour le moment.

Mais l’existence de cette « rébellion diplômée » est intéressante à relever. Le secrétaire général de l’ONU ne s’y trompe pas qui exhorte ici les diplômés de l’Université Seton Hall University aux États-Unis  » à ne pas travailler pour les naufrageurs du climat (la traduction française de la vidéo proposée par youtube est loin d’être top)

Wait and see, donc, mais se faire entendre des générations plus âgées peut s’avérer compliqué. Cette réaction d’un actionnaire de Total privé de son assemblée générale (mais pas de ses dividendes) laisse à penser que le chemin est encore bien long à parcourir avant une quelconque « bifurcation » des habitudes.

En immersion

C’est ma première expérience du genre. Quand le guerrier sert d’écrin à la contemplation.

On peut difficilement imaginer plus laid. La base sous marine de Bacalan (un quartier bordelais) est l’une des cinq bases construites par les Allemands sur le littoral atlantique pour abriter des flottilles de sous-marins U-Boote pendant la Seconde Guerre mondiale. Construit entre 1941 et 1943, ce gigantesque bunker est organisé en onze alvéoles liées entre elles par une rue intérieure.

Aujourd’hui, une partie du bâtiment est accessible au public et comprend espace dédié à la création contemporaine et un centre d’art numérique dénommé le bassin des lumières.

C’est dans ce dernier que se tient en ce moment une exposition consacrée à Venise. Une fois habitué à la pénombre et au volume singulier des lieux, une fois évacuée leur sinistre destination initiale, on se laisse prendre par l’image. On s’y incruste presque. Minuscule figure baladeuse sur fond d’écran.

Cet après-midi là, les alvéoles s’ouvraient non sur la Garonne mais sur le Grand Canal. La laideur bétonnée s’effaçait presque sous les façades vénitiennes et l’eau était là, comme une passeuse entre les villes. Drôle d’évasion où l’artifice technologique phagocyte presque votre présence.

J’ai pris, presque à tâtons, quelques clichés qui valent ce qu’ils valent.

Un ami m’écrit que ces expositions immersives deviennent très tendance, un ultime avatar du mano a mano entre art et commerce. C’est bien possible, mais par les temps violents qui courent cette conjugaison physique temporaire a de quoi, sinon subjuguer, du moins donner à réfléchir. Au moins un peu.

Arrosages

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Petite chronique à la manière de (et en modeste hommage à) Patrick Rambaud

Pluie depuis des jours à l’image de ce quinquennat deliquescent. Notre Président a toujours manifesté une certaine endurance aquatique mais les temps sont aussi très « chauds » :  Nuit Debout, manifs, grèves, sur fond d’images peu rassurantes sur le sang-froid policier…(Loi travail : violente charge policière à Rennes. Le Monde avec AFP. 2-2-2016)

Du pays du soleil levant, notre Sublime Insubmersible a tranché sur la loi travail : « Pas question de céder en rase campagne à la CGT ! Si on cède on est morts » (source Canard Enchaîné du 1-6-2016).

Rien de tel pour conjurer ce destin funeste que de doubler la fermeté d’un bon arrosage pour faire repartir un jardin (électoral) délaissé. Routiers, chercheurs, intermittents du spectacle, enseignants (en attendant la suite)… les sucreries sont dispensées là où le sans- dents crie et l’on compte sur le mollet footballistique (et ses rentrées supposées) pour tuer dans l’oeuf toute tentative de jouer des prolongations grévistes.

Et l’oeil de Bruxelles et sa vision à 3 % dans tout ça ? Il est toujours là, posé sur nous comme une limace sur une feuille de salade(s), comptable et toxique, mais brouillé quand même : la faute à la loi Peeters qui, outre-quiévrain, flirte avec la loi El Khomri. On manifeste aussi sous les fenêtres de la commission européenne.

Flexisécurité n’est pas un gros mot à partir du moment où l’on ne brade pas sa deuxième composante.

Mais notre Grandeur Brumisée ne semble en avoir cure, n’ayant pour préoccupation que son avenir présidentiel fortement douché par les sondages.

Ayant bien dépensé, notre Armateur de pédalos Suprême est allé se rincer les amygdales chez son meilleur ennemi (sondagier) : je veux dire qu’il est allé à l’inauguration de la cité du vin chez le Duc de Bordeaux.

Dans l’écrin vinicole, il a échangé crus, enduré les piques du Duc (1), indifférent aux bruits qui venaient de l’extérieur. On avait pris soin, il est vrai, de cantonner la plèbe manifestante à environ 500 mètres du bâtiment, derrière des barrières et un cordon de gendarmes mobiles.

La violence ce peut être cela aussi.

PS : A  propos de nectars, j’ai découvert en lisant le Journal Officiel qu’il existait des « vins tranquilles », qui sont, en très gros, des vins qui ne pétillent pas – comme la pensée politique actuelle, d’une redoutable ternitude, coincée entre les hautement inventifs « hé, ho la gauche » et « Oz ta droite ». L’originalité politique du millésime reste à inventer. On devrait prévenir sa Petite Altesse « On ne tutoie pas un ministre, on ne l’invective pas » : on n’emballe pas non plus forcément en faisant du porte à porte intéressé. Les témoins de Jehovah en savent quelque chose. D’ailleurs, si j’avais des idées, il serait sot de ma part de les déclamer sur le seuil de mon logis. Ce n’est pas en partageant qu’on devient milliardaire. Et, cela, notre petit baron amiénois le sait mieux que personne. Allez, santé !

 

  1. « Les hommes sont comme les vins, avec le temps, les bons s’améliorent et les mauvais s’aigrissent », a lâché le Duc, citant Cicéron avec un peu d’à peu près (la citation exacte serait « Il en est des hommes comme des vins, l’âge n’aigrit jamais les bons « ). Notre Rondeur Acqua-boniste (à court de citation ?) ne semble pas avoir répondu, alors qu’il aurait pu, goguenard, demander au Duc s’il parlait pour lui-même.

Digression chorale et provinciale

choraleQuelle drôlesse (1) pouvais-tu bien être ? Longue et fine sans doute, jolie plante poussée peut-être un peu trop vite, poursuivant inlassablement un souffle qui te fuit encore parfois aujourd’hui. Tu ne devais pas grimper aux arbres ni construire des abris tapissés de fougères, comme moi, dans la forêt attenante à ma petite école primaire.

Quelle histoire et quels souvenirs derrière ce sourire étincelant ? Je regarde ces yeux graves et je songe à notre pays commun. Nous sommes de là : de cet espace battu par les vents – où l’on prend le bouilli (2) quand il brouzique trop (3),  où l’on cabane (4) aux beaux jours pour empêcher la chaleur d’entrer- de ces rues tortueuses et intactes où des girondins en herbe jouent à pousse-ballon,  du pays des jalles (5), des bastides (6), des échoppes (7), des mattes (8), des poches (9), des chocolatines (10) et des canelés, du pays où l’on avoue sans vergogne  préférer aller à la baille plutôt qu’au maille (11), du pays où l’on se sépare de ses vielles gueilles (12)  et où l’on passe sa since (13) sur le carrelage en pensant que ça daille (14), du pays où l’on fait key (15) pour être au pit (16), parce que c’est la moindre des politesses. Un pays en plusses et moinsses, gavé beau (17)  où l’on aime au moindre rayon de soleil partir sur le bassin  qui n’est pas l’océan, ni un lac non plus, juste une invitation au large, aux huitres et au farniente aquatique.

Flâneuses jamais rassasiées (parce que j’imagine que tu l’es aussi) de la beauté des chartrons,  de ces mascarons qui se reflètent  dans le miroir d’eau le long des quais, nous sommes de là, du pays  d’Ausone, ou  plus près de nous, de  François Mauriac, Jacques Ellul, Philippe Sollers, Danielle Darrieux, Jean Lacouture, Sempé, Lolita Lempicka, Lou de Laâge…., ou encore, pour rester dans l’actualité immédiate, Benjamin Millepied.

Fragile sans doute, endurante sûrement. Je l’entends dans ta voix un peu cassée. Ma payse : un mot désuet et affectueux.  Nos routes scolaires se sont croisées à quelques années près. Au lycée Camille Jullian, par exemple. As-tu connu les sens interdits placés à l’entrée de certains couloirs pour cause de fragilité du bâtiment ? Ou cette professeure d’anglais à la syntaxe impeccable et à l’accent parfaitement teuton ? La cantine ? La surveillante, que l’on jugeait un peu fêlée, qui menaçait de sanctions disciplinaires les réfractaires au code des couloirs…?

Nous avons, depuis lors,  troqué les tabliers alternatifs contre une tenue de concert sombre et changé avantageusement de surgé. Mes racines, mes a(e)ncres, resurgissent certains soirs où nos regards se croisent et où  nos voix s’emmêlent.

Nous évoquons peu cette ville, sa  pierre dorée et fragile, vulnérable, ce nuage parfumé d’outre-manche qui irrigue encore subtilement notre histoire et les pages de l’annuaire.  Un peu comme les sources ailleurs, cela ne se dit pas.

Parfois en regardant l’élégante courbe du fleuve  qui file vers l’estuaire, je songe, non sans orgueil, que Paris est trop petit pour les enfants d’horizons que nous sommes.

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La rue de L’Arbre-Chéri (baptisée platement depuis le XIXe siècle rue de l’Hôtel-de-Ville) évoque la plantation, le 16 novembre 1793, d’un arbre de la Liberté près de l’Hôtel du Département.

Lexique (sources : petit dictionnaire absurde et impertinent de Bordeaux et de la Gironde : JP Gauffre. Editions Féret et site : http://www.francelive.fr et blog : http://limagetlaplume.over-blog.com)

(1) Gamine

(2) S’énerver

(3) Bruiner

(4) Fermer les volets

(5,6,7,8,9) Jalles : petit ruisseau finissant par se jeter dans la Garonne ou la Gironde ; Bastides : en Gironde jolis petits villages, construits le plus souvent au moyen-âge, en général autour d’une place avec des arcades ; Echoppes : habitation typique de Bordeaux, on distingue  les échoppes simples (entre 5 et 6 m de façade), qui ont un couloir latéral desservant une chambre côté rue, une pièce sombre et la salle commune côté cour, des échoppes doubles (entre 8 et 10 m de façade), qui ont un couloir central desservant les diverses pièces de part et d’autre. La salle de vie, à l’arrière, donne sur un petit jardin potager ou d’agrément ;  Mattes : sortes de polders médocains initiés par Louis XIII ; Poches : sac en papier ou plastique.

(10) Pain au chocolat. Lu sur le blog limagetlaplume, cette explication séduisante quoique fantaisiste de l’origine du mot : C’est à l’époque où le commerce fluvial était à son apogée que serait né le mot. La Garonne brassait bon nombre de bateaux chargés de diverses cargaisons et de marins affamés. A quai, beaucoup d’anglais profitaient des victuailles de la région proposées par des commerçants bordelais qui ont vu, en ces estomacs asséchés par la disette iodée, une manne. Les boulangers proposèrent donc un pain chaud dans lequel ils avaient glissé une barre de chocolat. Les marins anglais, surpris d’y trouver le chocolat fondu s’esclaffaient « oh there’s chocolate in ». La phonétique suggéra aux bordelais que cette viennoiserie existait déjà sous l’appellation « chocolatine » !

(11) Aller au maille (ou au mail) : partir travailler ; Aller à la baille : aller se baigner. Il y a aussi avoir de la baille : avoir de la chance.
(12) chiffon, vieux habits (qui deviennent parfois des chiffons)
(13) passer la serpillière
(14) c’est fatiguant (voire chiant)
(15) prononcer faire « keille »   : faire attention
(16) être au pit : être là de bonne heure.
(17) Très, extrêmement (plutôt djeune comme expression)

 

 

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Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

 

 

 

 

fragments bordelais 3 : miroir d’eau

L’été, c’est une plage minérale le long des quais dont les jeux d’eaux attirent les riverains, les touristes, les curieux,  les contemplatifs,  …

 

 

 

 

et les enfants qui s’y amusent et rêvent en pataugeant.

 

 

 

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L’hiver, lorsque les jeux sont éteints, le miroir revient à sa fonction première : laisser imaginer la beauté renversée des nuages.P1060107

Texte et photos S. Lagabrielle

 

 

fragments bordelais 2

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Belem

Il est là, amarré le long des quais. Ce que tu sais tient en peu de phrases. » Construit par les chantiers Dubigeon à Chantenay sur Loire et mis à l’eau le 10 juin 1896, le trois-mâts barque Belem était à l’origine un navire marchand : il réalisa à ce titre 33 campagnes  de 1896 à 1913. Il était recouvert à l’époque d’un seul pont principal doté de claires-voies donnant accès à une cale de 1500 m3 dans laquelle pouvaient être entreposées jusqu’à 650 tonnes de denrées et marchandises diverses, essentiellement du cacao d’Amazonie puis du rhum et du sucre des Antilles » (1).

On est loin des pirates mais cela te fait rêver tout de même. Tu as vu que l’on pouvait monter le visiter, pour cinq euros. Mais ton père a dit non : pas le temps. Alors tu as longé le quai et tu t’es arrêté en contrebas de la coque, à peu près au niveau du gouvernail. La Garonne élégante et boueuse te montre le chemin du large. Sous tes yeux, les remous s’animent en tempête improbable … Ainsi se rêvent les capitaines courageux à dix ans. Cinq euros, ce n’était pourtant pas bien cher : moins  qu’une place de cinéma.

(1) Source : Wikipedia.

Textes et photo S. Lagabrielle : tous droits réservés

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    Miroir d’eau

 

L’eau recouvre juste tes pieds. L’endroit est un peu glissant, tu tombes sur les fesses et te relèves, repars,  incertain, et retombes. De petites bulles sortent de ces drôles de trous qui t’entourent. Soudain ils lâchent de grands geysers qui t’enveloppent et te dissimulent aux yeux de  tes parents. Tu cries de peur et de plaisir en battant des mains pour dissiper la brume qui retombe doucement. De petites vagues te frôlent maintenant que tu claques en  t’aspergeant. Papa et Maman ne diront rien cette fois. Tout le monde le fait, petits et grands.Tu es assis, nu comme un ver au milieu des nuages qui se reflètent dans le miroir d’eau, offrant au soleil l’éclat de rire dodu de tes deux ans.