Je n’ai pas trop suivi cette histoire de crop-top : pour faire court, un t shirt moulant qui s’arrête au-dessus du nombril voire parfois juste en dessous de la poitrine. L’objet n’est pas récent mais il est au centre de l’une de ces disputes dont nous, français, avons le secret.
Petites illustrations ici :
Selon le journal Le Midi Libre (2/07/2021) : ce sont les footballeurs américains qui, les premiers, auraientdécidé de couper leur tenue pour un meilleur confort lors de fortes chaleurs. Une certaine marque aurait ensuite créé des vêtements pour le grand public mais cette mode aurait peu à peu disparu, le « crop top » étant de plus en plus interdit dans les lieux publics. Dans les années 90, des stars comme Madonna ou les Spice Girls ont relancé la tendance mais ce n’est que récemment que le vêtement est redevenu populaire. Au point de séduire de nombreuses jeunes filles partout en France qui arborent le « crop top » à l’école. Interrogé sur le sujet en septembre dernier, Jean-Michel Blanquer avait milité pour une « tenue républicaine ».
Personnellement, je ne sais pas ce qu’est une tenue « républicaine ». De mon temps, au siècle dernier (c’est dire), la solution était simple : on devait porter un tablier, parfois d’un certain modèle, mais pas toujours, en particulier dans les petites classes (je m’étonne d’ailleurs que le ferme et « progressiste » Jean-Michel Blanquer, ébranlé, semble-t-il, par tant d’indécence, n’ait pas déjà rétabli cette solution simple. Une irruption de pudeur démocratique ?). La « contrainte du tablier » ne m’a jamais semblé si terrible puisqu’elle ne s’exerçait, et encore pas si sévèrement, qu’entre les murs de l’école ou du lycée.
Aux beaux jours, il n’était pas rare de voir des femmes porter un simple haut de maillot de bain en public (avec un jean, une robe ou un short) …sans parler de cet exemple paléo crop-top.

Au fond l’objet n’a aucune importance et l’on a raison d’ ironiser sur le fait qu’il n’y a pas si longtemps, faisait polémique un vêtement, « trop couvrant » pour le coup, le burkini pour ne pas le nommer.
On aurait donc pu laisser la mode croptopienne s’évanouir d’elle-même. Finalement, il n’ y a peut-être pas plus conformiste que de la suivre. Mais voilà, au détour d’un entretien accordé au magazine Elle, le Président de la République a jugé opportun de critiquer ledit crop-top et de livrer dans la foulée sa conception du féminisme. Epidémiologiste à ses heures et sociologue avec ça : quel homme !!
Et rebelote sur une polémique rampante – que je n’ai pas trop suivie non plus : intersectionnalité contre un certain « universalisme » auquel j’aurais tendance à trouver, maintenant que j’en sais un tout petit peu plus (merci Macron), des aspects assez puritains et autoritaires. Ce qui me fait penser au critique James de Coquet qui disait, je crois, « chez nous, on peut donner n’importe quel prénom aux fils aînés, à condition que ce soit James ». Les filles peuvent bien s’habiller comme elles veulent …à condition, donc.
Intersectionnalité : pauvre juriste, le concept m’était passé haut. Madame Wikipedia m’éclaire : il s’agit d’une notion employée en sociologie et en réflexion politique, désignant la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société. Pour une approche plus savante on peut aller là :
https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2015-2-page-55.htm
A voir notre quotidien, je ne vois pas ce qui choque dans l’affaire intersectionnelle. Ma perplexité est ailleurs. Quel intérêt de se focaliser sur un engouement, qui a toutes les chances d’être éphémère, de la part d’un Président désireux de ramener vers lui des jeunes qui semblent largement indifférents à sa personne (si on en croit les dernières élections, centrées mainstream sur des sujets qui ne concernaient pas les compétences des collectivités locales en cause, et largement désertées par les 18-25 ans) ? Quel intérêt dans le contexte de crise climato-économique et sociale aggravé par la Covid où nous sommes plongés (pour longtemps encore je crois) ?
Sur Médiapart, un lecteur belge s’énerve : »Macron finira par parler de la distance entre le genou et le nombril des femmes au nom du féminisme, de l’humanisme et Médiapart en fera un article et Macron fera parler de lui. Si vous arrêtiez de parler de sujet de mode pour en fabriquer de la politique, de la philo à deux balles, cela obligerait peut être Macron à chercher des solutions à vos problèmes ».
Je ne suis pas loin de penser comme lui. Les 3 derniers quinquennats (Sarkozy, Hollande, Macron) ont fait verser la fonction présidentielle dans une sorte de peopolisation décérébrante. On imagine mal une question semblable (j’entends sur un mouvement de mode) posée, disons, pour rester en Europe, à Angela Merkel ou Mario Draghi (si cela a été le cas, je suis preneuse).
Pendant ce temps, la Colombie britannique étouffe, le village de Lytton a quasiment disparu, un œil de feu, causé par une fuite de gaz sur un pipeline sous-marin, s’est formé dans le golfe du Mexique et le fonctionnement de la centrale nucléaire de Taishan inquiète (pour rester sobre).
Couvrez ce sein que je ne saurais voir
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
Molière : Tartuffe (1664)
La maison brûle comme disait le grand Jacques, écologiste occasionnel, et nous en sommes encore là : parler chiffon et nombril.
La politique de diversion a ses limites. Espérons que 2022 en soit une. Pas brune cela va de soi.
















