Santé !

Hopital Américain, Neuilly. Venue y faire effectuer une prise de sang, je m’étonne des horaires du Labo (7h30-15h45), un peu différents de ceux annoncés sur le site de l’hôpital (7h30-18h).

« Nous sommes en effectif réduit, actuellement », me dit l’infirmière.

« Le vaccin pose problème ici aussi ? » Je ne sais pas pourquoi, j’ai tendance à placer cet établissement sur une autre planète hospitalière.

« Oui, il y a un peu de ça », avoue-t-elle, « et puis des départs, des congés. Mais cela devrait prochainement revenir à la normale ».

Je n’ai pas insisté. J’ai songé que les départs ou les congés pouvaient éventuellement aussi être liés à l’obligation vaccinale et me suis demandée si les recrutements en remplacement étaient si faciles.

J’ai repensé au pass obligatoire à présenter à l’entrée de tant de lieux, à la « vitrification » sociale qu’il entraîne, et à un article du canard enchaîné faisant état d’une missive de février 2021 du procureur général près de la Cour de cassation, François Molins, adressée aux magistrats de la Cour de justice de la République (CJR) chargé d’instruire l’affaire Buzyn.

Selon ce dernier, “On peut parfaitement concevoir le souci de la commission d’instruction d’apprécier l’ensemble des moyens mis en oeuvre pour combattre le sinistre par les ministres qui en sont en charge. Qu’il s’agisse des choix des mesures de contrainte ou de la gestion de la politique vaccinale. il faut toutefois avoir présent à l’esprit que la Cour de justice de la république n’a pas vocation à juger l’efficacité et l’opportunité de la politique gouvernementale mais à rechercher des infractions pénales commises par les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions. Or, en l’état du dossier d’information, et même si un certain nombre de témoins, d’élus ou d’articles de presse ont formulé des critiques sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, aucun indice d’infraction imputable aux trois personnes actuellement visées (Philippe, Buzyn, Véran : ndlr), dont deux ne sont, qui plus est, plus en fonction (Philippe et Buzyn), n’est encore apparu…”

Autrement dit, résume le Palmipède, « le procureur général fait observer aux trois magistrats que, dans le terrain de jeu, qui leur est assigné, ils n’ont rien trouvé qui ressemble à un délit pénal, mais seulement matière à critiquer. Ce qui, en droit, ne les concerne pas. Ces recommandations ne tuent pas la procédure, puisque les magistrats ne sont pas tenus de les suivre, mais elles la fragilisent considérablement. D’autant que, si un procès devait finalement avoir lieu, ce même procureur général devrait requérir, en l’état du dossier, sans doute, la relaxe… »

Toutes les plaintes adressées à la CJR, et elles sont nombreuses (plusieurs milliers selon le procureur général, mais combien sont-elles recevables ?), ne sont pas toutes du même acabit, mais un motif semble surnager « mise en danger de la vie d’autrui ». Voir un exemple ici.

https://www.blast-info.fr/articles/2021/lavocat-a-lorigine-du-scandale-agnes-buzyn-verePPpWTTiqX22fuUaoNw

Je ne suis pas pénaliste et ne saurait affirmer s’il a des chances de perdurer, comme on dit dans le milieu.

Mais la chose fait remonter une sorte de trop plein d’interrogations. On a tous encore en mémoire les injonctions contradictoires sur le port du masque, les interventions régulières sur le nombre de cas détectés et de morts, les débuts calamiteux des campagnes de test et de vaccination, les soignants travaillant à flux tendu en système D, applaudis le temps d’un confinement et remisés ensuite (tandis qu’on continuait contre tout ce qui semblait être de l’ordre logique, hormis budgétaire, à supprimer des lits dans le secteur public). Et la colère qui ne semble pas lasser non plus de s’ensuivre.

Au-delà de celle-ci, le problème s’étend : pendant les divers confinements, de nombreuses opérations ont été différées que l’on ne peut réaliser aujourd’hui faute de lits dans les services ad hoc et de personnel …y compris dans le secteur privé.

L’hôpital était déjà malade. La thrombose sanitaire est là.

Les constats parlementaires sur la gestion de la pandémie sont durs. Lire ici.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-quatre-choses-a-savoir-sur-le-rapport-accablant-de-la-commission-d-enquete-de-l-assemblee-nationale-sur-la-gestion-de-l-epidemie-par-le-gouvernement_4204085.html

et ici

https://www.senat.fr/presse/cp20201210a.html

Mais il serait abusif de n’incriminer que les personnes en place à ce moment là, (même si certaines œuvraient déjà avant, Jérôme Salomon, le directeur de la santé notamment). Qui savait quoi ? et, au fond, comment, d’abord, en est-on arrivé là ?

Cet article du journal Le Monde (ne pas s’arrêter au patronyme de l’auteur) donne quelques clés. Pour résumer, « la pandémie de coronavirus, d’ampleur totalement inédite, a pris de court la plupart des pays. Peu d’entre eux étaient prêts à encaisser une vague épidémique majeure. Il en existe pourtant au moins un qui avait su mettre au point un dispositif de protection très ambitieux contre des pandémies de cette ampleur. Et ce pays c’est… la France de 2007 ! Malheureusement, ce dispositif a été progressivement désarmé pour diverses raisons ».

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/30/claude-le-pen-en-2007-la-france-avait-su-mettre-au-point-un-dispositif-de-protection-tres-ambitieux-contre-des-pandemies_6034911_3232.html

Jusqu’où remonter dans l’enchaînement des responsabilités ? L’engagement de la responsabilité pénale est-elle la plus pertinente ? et quelle juridiction « incontestable » pour ce faire ?

A dignitaire, juridiction particulière. Ce qui n’a pas cessé de poser problème.

Jusqu’à la réforme constitutionnelle de 1993 (à l’origine de la création de la CJR), seul le Parlement avait la faculté d’engager des poursuites à l’encontre des membres du gouvernement devant ce qui s’appelait alors la Haute Cour de justice, composée uniquement de parlementaires élus par chaque assemblée. Cette dernière devant être saisie après le vote d’un texte identique dans les deux assemblées était rarement convoquée. La création en 1993 de la CJR avait pour objectif de réconcilier l’opinion publique avec ses responsables politiques. En effet, pour celle-ci, la classe politique semblait échapper aux règles communes ce qui fut pointé surtout lors de l’affaire dite « du sang contaminé ».

https://www.vie-publique.fr/eclairage/19542-la-cour-de-justice-de-la-republique-une-institution-contestee

Le « responsable mais pas coupable » de Georgina Dufoix avait fait jaser et phosphorer les exégètes en son temps. Mais en est-on sorti ?

Je me souviens de ce documentaire « Edouard : mon pote de droite : épisode 3 » diffusé sur France 5) où Edouard Philippe envisageait (en 2018) qu’on puisse lui reprocher plus tard de ne pas en avoir assez fait notamment sur la recherche et la santé si un virus inconnu surgissait.

Étonnante réflexion faite presque pour lui-même.

« Gouverner c’est choisir, si difficiles que soient les choix (…) disait P. Mendès France. Lire intégralité ici.

https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/pierre-mendes-france-3-juin-1953

Une juridiction d’exception, qui ne condamne que rarement, aura-t-elle raison des vocations ? Je ne crois pas.

Les ambitions ne manquent pas, voire même jamais (ne serait-ce qu’à considérer le nombre de nos candidats déclarés à la présidentielle 2022. Pourquoi y vont-ils, la majorité d’entre-eux sans programme encore) mais leurs revers sont souvent sous-estimés par les mêmes.

Alors, pour se faire une idée de la « salade politique » responsable hexagonale, petit résumé ici (jusqu’à 35’11).

Au risque de passer pour une innocente très cul serré : au fond, la responsabilité politique c’est quoi ? Dire « j’assume » en bombant le torse ? Gagner du temps en procédures ? Ce qui revient presque à la question qui précède.

Et, en attendant, fors le vaccin, quid des recherches sur un traitement possible ?

Vérités et mensonges

 

 

« Vérités et mensonges » (F for fake), est un semi – documentaire d’Orson Welles autour de la personnalité d’Elmyr de Hory, peintre et faussaire. Elmyr ne vécut jamais de sa propre peinture mais de brillants pastiches qui abusèrent certains experts. Il prétendait d’ailleurs que tous n’avaient pas été dévoilés comme tels. Un tel destin ne pouvait qu’attirer Orson. Le film se termine sur une ultime pirouette : la durée du documentaire. Alors s’agissait-il de vérités avec quelques pépites de mensonge dedans ou d’une grosse supercherie avec quelques sincérités. Je ne sais pas. Et après l’avoir revu, il y a peu, je ne sais toujours pas, sauf que je me suis laissée prendre au jeu. Qu’importe au fond, l’esprit d’un texte ou d’une image demande du recul. J’en garde cependant une impression à la fois malicieuse et tragique car, depuis, j’ai pu en savoir un peu plus sur la vie d’Elmyr.

Pourquoi je parle de cela ? Parce qu’à l’heure de la post-vérité, une telle distance, qui signifie de prendre un minimum de temps par rapport à l’évènement, me paraît être presque devenu obsolète.

Que s’est-il vraiment passé, par exemple, à l’hôpital de la Salpêtrière, mercredi. « Repli », « intrusion », « attaque » ? titre le Journal Le Monde à l’heure où j’écris (le 2/5), qui ajoute  » les témoignages et la chronologie des faits vont dans le sens d’un repli des manifestants plus que dans celui d’une action délibérée de vandalisme ».

Les premières réactions, celle de  la directrice de l’hôpital, Marie-Anne Ruder, ou de Martin Hirsch, d’Agnès Buzyn et Christophe Castaner, abondamment relayées, inclinèrent vers l’attaque.  Puis, le temps s’écoulant, vinrent d’autres paroles,  provenant notamment du personnel soignant de l’hôpital,

https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/1er-mai-pas-de-debordements-a-la-pitie-salpetriere-selon-un-soignant-1158363.html

diffusant tout autre chose.

Une télévision fut même accusée (procédé malheureusement de plus en plus répandu, de quelque bord qu’on se trouve : par exemple cette réutilisation d’images des manifestations lors du référendum barcelonais pour illustrer des violences policières chez nous…suffisamment documentées, pourtant, par nombre de photos et vidéos recoupées sérieusement, par ailleurs) d’utiliser des images n’ayant rien à voir avec l’évènement (une photo de l’attaque d’un commissariat, semble-t-il, habilement recadrée) pour l’établir.

Vous me direz, tout dépend d’où l’on se trouve au moment T.

Cette partie de l’article du Monde est toutefois assez éclairante sur le flou de l’histoire.

« Le professeur Mathieu Raux, qui travaille au service de réanimation de la Pitié-Salpêtrière, a expliqué à BFM-TV comment le personnel médical était parvenu à empêcher l’intrusion de manifestants dans une salle de réanimation. En revanche, il affirme que des dégradations auraient eu lieu par la suite :

« Dans d’autres services de l’hôpital, il y a eu des exactions. Dans le même bâtiment, il y a eu deux heures plus tard la perte de l’ensemble du matériel informatique vandalisé dans le service de chirurgie digestive. »

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, qui s’est rendue sur place jeudi matin, a confirmé qu’il n’y a « pas eu de dégâts dans la réanimation ». Elle ne s’est en revanche pas prononcée sur l’existence d’autres dégradations : « Je n’ai pas de preuve aujourd’hui donc je laisse l’enquête se tenir », a-t-elle éludé face à la presse ».

Notez bien le mot éluder. N’a-t-elle pas eu le temps d’aller jeter un œil dans le service pointé par le médecin ? Etait-il si éloigné ? Honnêtement, j’aurais commencé par celui-là, puisqu’au dire du praticien les dégradations avaient pu être évitées en réanimation.

Voilà. Rien n’est certain sauf une parole officielle abondée en continu et des images dont on ne sait si elles se rapportent véritablement au moment concerné.

Le vrai, dans sa nature composite, viendra plus tard, sans doute trop tard pour renverser des certitudes confortables. Je n’oublie pas, pour autant, les dégradations et les agressions venues d’en face, mais tout de même.

Un de mes premiers cours de droit portait sur la théorie de la baïonnette intelligente qui est, en droit pénal, la condamnation de l’obéissance à un ordre manifestement illégal. Par exemple, pour ne parler de la plus « anodine » des stratégies policières : est-il légal de nasser et bombarder de gaz lacrymogènes des personnes sans leur laisser une seule porte de sortie ? Pourquoi ce policier, à moins que ce ne soit celui immédiatement devant, a-t-il cogné cette manifestante ?

Une charge des CRS, à l'angle du quai de Jemmapes et de la rue du Faubourg-du-Temple. Au sol, Mélanie a reçu un coup de matraque sur la tête. © Gonzalo Fuentes Reuters
Le 20 avril, cette manifestante a été frappée à la tête par un CRS arrivé en courant derrière elle, à l’angle du quai de Jemmapes et de la rue du Faubourg-du-Temple. La jeune femme s’est évanouie sous le choc. L’unité de CRS poursuit sa charge, en évitant plus ou moins son corps. Source : Médiapart article K. Laske  du 27-4-2019 ; Photo © Gonzalo Fuentes Reuters.

La sénatrice écologiste Esther Benbassa qui suit les gilets jaunes depuis le début, raconte, à propos d’hier : « Je n’étais pas à la  Salpétrière. Je sais juste que quand on fuit, sans avoir rien fait soi-même, lacrymos et matraques, on se réfugie où l’on peut. Ce que j’ai fait hier : dans une entrée de cinéma, une impasse, un jardin. Et des fuyards paniqués, ça fait forcément peur ». C’est ici :

Mais en ces temps d’instantanés, la prime est à la première prise de parole surtout reprise et rediffusée jusqu’à la nausée. La seconde mettra plus de temps à s’installer. Car il faut de nos jours une sacrée bonne culture d’image pour ne pas se laisser abuser.
Mais le public sera entretemps déjà passé à autre chose…
Où l’on est bien loin des facéties d’Orson.
L’autre ironie de l’histoire est celle de syndicats soudain confrontés à ce qu’est devenu le droit de manifester. Ou plutôt, devrai-je écrire, à ce qu’il en reste.
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