
Je me souviens de cette photo et d’un post déjà lointain où je me gaussait un peu de leur identité de pose et de vêture. Manuel était le Premier des ministres et Emmanuel à Bercy. Leur antagonisme se jouait alors, publiquement s’entend, sur les bancs de l’Assemblée Nationale, dans les petites humiliations que le premier faisait subir au second. Le PS ne se savait pas moribond. On était encore dans les jeux de pouvoirs balisés : François Hollande candidat « naturel » en 2017. Manuel échafaudait pour 2022 … Emmanuel aussi … voire pour 2017, mais cela ne se savait que dans les cercles autorisés comme on dit.
Un an plus tard, Hollande démonétisé, Manuel, pensant son tour arrivé, sa légitimité indiscutable, se lança et se ramassa une nouvelle fois aux primaires socialistes.
L’hidalgo ombrageux accusa le coup.
L’égo conduit parfois à de drôles de choix : Manuel se rendit à Emmanuel (autant dire alla à Canossa, tant le second l’ignora), redevint, mal élu mais élu quand même, député – un député au coin, il faut bien le dire – puis choisit d’opérer une remontada chez lui en Espagne et plus précisément dans sa ville natale. Homme sans passé politique local, j’entends qu’il n’y avait jamais été élu, peut-être pensa-t-il fugitivement réaliser un hold-up électoral digne de celui réussi par son benjamin.
On devrait se méfier quand l’histoire ne vous aime pas. Et l’histoire n’avait guère montré d’inclination pour Manuel jusque-là, même si son accession au poste de Premier ministre après une gifle à 5,63 % lors des primaires présidentielles remportées par F. Hollande pouvait laisser penser que les sentiments de Clio s’étaient peut-être adoucis à son égard.
Le 26 mai 2019 réunit, à nouveau, si l’on peut dire, les deux hommes sous les microscopes journalistiques. L’un manqua son pari aux élections européennes (faire un meilleur score que le Rassemblement National … son indispensable ennemi) – mais de si peu, à ses yeux, qu’il se refuse à considérer cela comme un échec. L’autre, en revanche, ne put que prendre acte que sa greffe sur le tissu politique catalan n’avait pas pris. Premier ministre un jour, le voilà simple conseiller municipal, d’une grande ville soit, mais simple conseiller désormais.
Où il se vérifie qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne (encore que le destin de Manuel ne soit pas si funeste, et l’on connait les usages irritants qu’il sut faire de sa « minorité ». Touchez-en deux mots à Martine Aubry…On souhaitera donc bon courage au conseil municipal barcelonais.)
Emmanuel devrait y songer même si son horizon semble encore bien dégagé. Sa pratique autoritaire du pouvoir fait parfois songer aux coups de mentons de son devancier.
En attendant, on a perdu dans l’affaire la distrayante incarnation de Susana Gallardo par Charline Vanhoenacker (signe de l’indéniable « popularité » de Manuel chez nous : on aime bien le moquer jusque dans ses compagnes). Pas sûr que Brigitte suscite un jour ce genre de vocation, de ce côté ci des Pyrénées du moins.






