Sobriété et cols roulés

Celle – là, ils ne l’ont pas osée en haut lieu, mais c’est à se demander si nos gouvernants n’ont pas lancé un nouveau genre de concours Lépine. Après le pipi sous la douche, l’extinction du wifi, voici le col roulé, les doudounes et le sèche-linge. On attend avec intérêt la remontada de la cagoule, des moufles, des charentaises, du pyjama en pilou pilou, de la robe de chambre en polaire et, pourquoi pas (allons-y franchement), des couvertures de survie. Quant aux 19°C dans les pièces, certains font remarquer qu’ils n’ont déjà plus les moyens de se chauffer à cet étiage.

Au delà du ridicule, c’est la déconnexion totale des Borne, Le Maire, Le Gendre et autre Pannier-Runacher qui surnage. Ce qui donne des ailes aux ironistes sur les réseaux.

Du couvre-chef

au total look quasi nostalgique (pas trafiqué celui-là)

en passant par les accessoires

La mode twitterienne fait montre (sic) d’une plastique éprouvée.

Mais revenons au col roulé ministériel qui a fait pas mal couler d’encre. Lire par exemple ici :

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2022-09-28/voici-l-histoire-meconnue-du-col-roule-que-bruno-le-maire-veut-porter-face-a-la-crise-energetique-f0a2ad45-d4cd-49f7-afa1-e20488562ad6

On pourrait tenter la relance de la confection lainière, comme le suggère ce tweet, mais ce pull « exemplaire » près du corps et compatible avec des costumes ajustés ne donne guère d’espoir. Les chandails en pure laine mérinos torsadée c’est bon pour les stations de ski ou les costards en velours qui pochent, ça matche pas, pour reprendre une expression à la mode, avec le code vestimentaire des ministères. Trop dilettante, encore que…

vous me direz il y a eu ça

ça

et encore ça

A propos de cette dernière photo, certains ont tenté l’analyse : « Porter un col roulé, ce n’est pas simplement invoquer les esprits de la littérature seventies ou rendre hommage à une carrière tuée dans l’œuf (si Macron ne s’était pas lancé en politique, il se serait bien vu homme de lettres). C’est aussi enfiler un costume souvent associé aux électrons libres, à ceux qui « pensent en dehors de la boîte » et gardent le cap quand bien même le monde entier se dresse contre eux ».

Mais rien n’est simple.

Car, le col roulé est aussi devenu le vêtement de celles et ceux qui ont quelque chose à se reprocher. « Se faire pardonner avec un col roulé ? Une idée pas si absurde, à l’heure où l’Hexagone se soulève contre le gouvernement et la réforme des retraites. Et où Emmanuel Macron a définitivement besoin de faire amende honorable ». Voir l’article ici

https://www.vanityfair.fr/mode/story/le-col-roule-demmanuel-macron-nest-pas-quun-simple-col-roule/10797

L’histoire repassant les plats, pour l’heure, E. Macron menace plutôt de dissoudre l’Assemblée Nationale, quitte à se retrouver nu, que de s’aligner sur les élégances saisonnières de son ministre de l’économie.

Mais il y aurait peut-être, tout bien considéré matière à étude sur le signifiant politique du col roulé, hors ses qualités calorifiques. Un sujet à soumettre aux ig nobel. Voir ici

https://improbable.com/

Et pendant ce temps l’imaginaire industriel planche.

« Avec le concept Oli, Citroën veut inventer la voiture électrique familiale et abordable », annonce BFMTV. En période de disette électrique annoncée est-ce bien pertinent (et je passe sur l’indéniable laideur de l’engin qui fait penser à une estafette de CRS) ?

La pandémie nous a mis sous le nez notre inconséquence industrielle, l’invasion de l’Ukraine, celle de notre inconscience écologique et énergétique. L’Europe n’a pas fini de courir comme un canard sans tête.

Ce siècle sera sobre ou ne sera pas. Les paroles s’envolent et la roulette (russe) continue.

Patchwork

De toutes les espèces animales étudiées, le chien est celle qui présente la plus grande variété de taille. Un rapport de un à quarante sépare le minuscule chihuahua du grand danois. Pourquoi ? Cet article du journal Le Monde donne quelques clés

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/02/06/une-mutation-reecrit-l-histoire-de-la-taille-des-chiens_6112554_1650684.html

Qu’en est-il des fortunes où l’écart est bien plus grand ? Les raisons n’ont rien à voir avec la génétique, à moins de se lancer dans le concept de génétique économique. Le chromosome de notre monde débridé résidait -il, en mode récessif, chez Adam Smith ?

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Après le calamiteux deal Alstom-General Electric, notre Président pas candidat mais en campagne a décidé le rachat par EDF de l’activité nucléaire de GE.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/02/07/le-rachat-par-edf-de-l-activite-nucleaire-de-general-electric-se-precise_6112634_3234.html

Notre avenir, selon Jupiter, sera nucléaire ou ne sera pas. Ce qui rejoint la position de la Commission européenne qui a annoncé, mercredi 2 février, la création d’une sorte de label « vert » notamment pour les centrales nucléaires, reconnaissant, sous certaines conditions, leur contribution à la lutte contre le changement climatique.

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/02/02/malgre-les-protestations-la-commission-europeenne-accorde-un-label-vert-au-nucleaire-et-au-gaz_6112017_3244.html

Nous sommes chanceux : Monsieur Pécresse, même placé en disponibilité si Madame accède à la présidence entretemps, saura garder un œil vigilant sur l’innocuité de ce rachat en tant que PDG de GE Renewable Energy.

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« L’URSS vous pésente ses meilleurs vieux ». C’est ainsi que, le 14 février 1984, Libération annonçait la nomination du nouveau dirigeant soviétique : à 73 ans, le terne Constantin Tchernenko était choisi par ses pairs du bureau politique (guère plus vaillants que lui) pour prendre la tête d’un régime subclaquant.

Au moins ces vieux là étaient-ils considérés.

La maltraitance des personnes âgées en maison de retraite n’est pas une nouveauté. Gonfler sa fortune sur la traite des vieux par contre…. Vive l’or gris ?

Alors que je m’acheminais vers l’âge de la retraite, j’ai quasi quotidiennement reçu par mail des propositions alléchantes (sic) d’investissement dans ces merveilleuses institutions privées. Ironie mercantile s’il en est, car rien ne garantit qu’un état de dépendance futur ne me conduise pas vers ce genre de sordide parking.

Ayant eu l’occasion d’observer l’environnement des résidents d’un établissement d’un groupe concurrent d’Orpea – repas médiocrissimes, soins et « fournitures » calculés au plus juste, personnel réduit, surmené et déprimé de ne pouvoir travailler correctement-, je n’ai jamais donné suite. Et j’ai considéré les récentes indignations gouvernementales pour ce qu’elles étaient : des gesticulations. Le docteur et ministre Véran fait partie de ces tartuffes molièresques. J’en viens à me demander ce que le serment d’Hippocrate peut encore signifier pour un individu apparemment plus préoccupé de son avenir médiatico-politique que de la santé de ses semblables.

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C’est un documentaire édifiant.

Cette société du « crédit social » n’était pas entièrement une inconnue pour moi mais elle n’ était encore qu’ en brouillon lors de mon dernier séjour en Chine en 2011. Lulu, la jeune femme du documentariste, s’en « arrange » pour préserver des points sociaux qui règlent sa vie (je me demande d’ailleurs quel a été son solde de points après la sortie de ce documentaire). La mesure de sa liberté est au creux de sa main et le smartphone comme une extension de sa propre personne.

A l’heure où un simple pass décide de votre « existence sociale » ces images sont malaisantes comme on dit de nos jours. Surveiller et punir. Je n’ai pas lu le livre de Michel Foucault. Je devrais. Le raffinement technique sous cet angle paraît presque illimité.

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Quand on manque de mots, autant inventer de la ponctuation. Quelques petites suggestions pour terminer sur une note plus légère.

Souriez vous êtes notés

Je ne me fais pas d’illusions. Ce que je poste, mes « j’aime », ou pas, sur Facebook, ce que je retweete, tout cela finit par me définir, via des algorithmes dont je ne sais rien, auprès de ceux qui s’en nourrissent dont je ne sais grand chose non plus (trop nombreux). Si le monde était une vitre, on pourrait trouver la trace de mes sales pattes partout (même si j’essaie de me protéger).  Mais je n’avais pas été jusqu’à imaginer l’existence de la notation sociale via smartphone que décrit cet article.

https://www.mediapart.fr/journal/international/180818/l-enfer-du-social-ranking-quand-votre-vie-depend-de-la-facon-dont-l-etat-vous-note

Je vous la fait courte :  par le biais d’applications pour smartphone, l’État chinois, en partenariat avec des entreprises privées, note les citoyens. Ce classement social a des implications concrètes : pouvoir louer un vélo, obtenir un prêt, accéder à certains services sociaux, etc. A l’horizon de cette notation algorithmique, une servilité généralisée à laquelle les personnes finissent par consentir pour éviter une marginalisation totale.

Placée dans cette situation, irai-je jusqu’à rayer mes amis de mes divers comptes (et de ma vie) pour garder un « score social » honorable et fréquenter des gens qui m’insupportent pour le faire grimper et bénéficier de tous les avantages qui vont avec une « bonne note » ? Dans mon dernier billet je parlais d’individualisme, de matérialisme, mais il faudrait aussi parler de cette civilisation du calcul ou plutôt du désastre de la combinaison du tout : une stigmatisation « douce » (sic) pour mieux vous faire marcher (sic) droit (ou courbe selon le point de vue que l’on adopte), une indifférence aux autres qui vous fait distribuer des dividendes quand il faudrait entretenir ce dont on vous a confié la gestion (la preuve, entre autres, par Gênes).

Vous me direz l’appréciation qualitative ne date pas d’hier, elle est  peut-être même originelle, mais ce qui fige finalement c’est la puissance exponentielle des moyens et l’espèce de boulimie qui accompagne cette vague d’évaluation contemporaine. A qui je disais que l’homme libre de nos jours serait celui qui n’a ni téléphone, ni smartphone, ni télévision, ni ordinateur, ni quoique ce soit à puce etc. … je me vis répondre « et plus guère de vie sociale non plus » (quoique).

Alors, tout serait-il une question de degré ? Le commun des mortels (sauf à éplucher des centaines de pages indigestes) est-il en mesure d’évaluer véritablement (lui aussi !) jusqu’où il a rendu les armes ? Comment s’entendre sur ces autres ZAD (zones d’autonomie à défendre) ?

Big data, big crush ?

Une société fondée sur une notion de premier de cordée détournée de son sens et de sa réalité a-t-elle un avenir ?`

A vous de voir. Mais on n’a peut-être pas tellement de temps devant nous.

 

 

Vagabondages asiatiques

Impossible de me concentrer aujourd’hui sur la présentation aseptisée du projet de loi Collombien sur le droit d’asile qui donne la nausée jusqu’à certains députés « en marche ». Il y a quelque chose d’insupportable dans cette violence « bien élevée » (sic) qui prend ses aises depuis l’élection de notre dernier Président.

Alors, mon esprit a fugué sur des souvenirs de voyages lointains et j’ai retrouvé ces petites miniatures orientales qui j’espère vous aideront à éluder la sècheresse de la novlangue de notre désormais « startupnation ».

Iran

Le doux souffle de la brise répandra son musc encore,

Le vieux monde retrouvera, de nouveau, sa jeunesse.

L’arbre de Judée tendra sa coupe pourpre au jasmin,

Tandis que l’œil du narcisse caressera l’anémone.

Après la douleur de l’exil, le rossignol

En criant s’élancera vers la tente de la rose…

Si j’ai quitté la mosquée pour me rendre à la taverne,

C’est que l’oraison est longue et le temps trop court…

Ne remets pas à demain, mon cœur, la joie d’aujourd’hui :

Qui serait garant, demain, de la valeur de la vie ?

La rose nous est chère, jouissons de sa présence,

Car elle part du jardin, sitôt qu’elle est venue !

Ainsi s’exprimait le poète persan Hafiz que l’on fêtait ce jour là. La sensualité l’emportait pour un court instant sur les dogmes et des tas d’écoliers se pressaient autour de son mausolée. Ceux-là nous ont hélés, moqueurs, curieux, et je me suis demandée combien de temps la théocratie en place continuerait à brider cette énergie et cette gaieté.

Iran, Shiraz, Octobre 2005

Chine

Ronjian (j’ai oublié comment cela se prononce), province du Guizhou. Cette femme miao (l’une des très nombreuses ethnies chinoises) faisait son marché avec sa petite fille sur le dos. Il y avait foule et l’on trouvait de tout :  légumes, fruits, épices, souliers, vestes, pantalons, chaussettes, théières, seaux, éponges, jouets en plastique, échelles, bottes, pneus, bonbons fluos, mouton à cinq pattes qui sait ? On pouvait aussi faire un bilan de santé, des médecins et infirmiers « préventionnaient » (ou tentaient de) parmi les badauds.  Dans son costume rouge on ne pouvait que la voir, remarquer son visage fin et son regard déterminé, imaginer en regardant sa petite fille, l’enfant qu’elle avait dû être. Seules, presque, au monde.

Zhangjiajie (pronnoncer jangjiajié), province du Hunan. La maison avait été celle d’un lettré influent dans la région. Le nombre de cours et la taille du lit du maître des lieux étaient devenus les témoins silencieux de cette opulence passée. La famille avait quitté la ville lors de la prise du pouvoir par Mao-Tsé-Toung et la maison était restée à l’abandon jusqu’à ce que les autorités locales s’avisent de son intérêt touristique. Il pleuvait des cordes ce jour là et nous avons été accueillis à coups redoublés de tambour qui faisaient écho au tonnerre. La jeune femme mettait toute son énergie dans son geste et je lui trouvais un air impérial.

Zhangjiajie (Hunan)

L’un est chinois, l’autre tibétain. Leur point commun : ils se savaient observés mais cela leur était égal.

Autour de Zhaoxing (Guizhou)

Le vieil homme avait bourré sa pipe en clignant des yeux, l’autre était resté songeur en regardant des gamins qui jouaient dans la rue. L’un habitait Zhaoxing (prononcer jaoching), dans la province du Guizhou (prononcer gouijao), le pays où le soleil est capricieux, l’autre Zhongdian (jongdiane), petite ville du sud est du Tibet, curieusement  rebaptisée par les chinois Shangri-La. Loin des grandes villes de ce pays immense où tout bouge, où tout est intranquille, on vit comme on peut. Les jours sont fragiles ; alors, une inconnue qui tient à avoir votre tête en souvenir sur un écran d’ordinateur : quelle importance ?

khampa tibétain

Shaxi (prononcer chachi), Yunnan, jour de marché.  Nous avions déjà vu cette femme, chez elle, en train de confectionner les fromages qu’elle était venue vendre. Dans la foule, c’est elle qui nous a reconnus. Avec sa casquette elle avait un air un peu désuet. Le temps de la campagne n’est pas celui des villes.

Shaxi : marché

Zhongma, Yunnan. Ces autres femmes s’étaient rassemblées pour fêter la mère de Bouddha. Leurs chants nous avaient attirés. Très simplement, elles avaient élargi leur cercle pour nous accueillir. Elles riaient de se voir sur les petits écrans de nos appareils photo. Je me dis que j’aurais dû me concentrer sur leurs mains terreuses qui disent une vie âpre mais une vie dont elles s’amusaient, leur cérémonie accomplie, en tirant sur leurs cigarettes.

autour de Dali : cérémonie bouddhiste

Yunnan  encore. Ce jour là, près du petit village de Xizhou (prononcer chijo) on consacrait … une maison. Les familles des personnes pour lesquelles elle avait été construite étaient toutes rassemblées pour faire la fête et, nous voyant passer, nous avaient invités à partager leur repas. La petite fille n’était pas contente : elle avait dû enlever ses jouets de la table pour nous faire une place.

autour de Dali

Yunnan toujours. Le pays des rizières et des plantations de thé. En mai, les rizières sont noyées d’eau et sont comme des miroirs à ciel ouvert. On y voit surtout des femmes en train de repiquer le riz. Cette jeune femme est une Yi, autre ethnie chinoise, et son village, à l’écart de la route, n’attire pas les touristes. Aussi, intimidée, ne se sentait – elle pas très à l’aise avec nous. Pas son bébé qui, lui, a clairement l’air de se payer ma tête !

Village Yi

Japon

Kamakura. On dit que le Japon est un pays où l’on fait peu d’enfants. Pourtant on en voit partout, tout le temps, de tous âges. Des gamins en uniforme : même tablier, même casquette, même cartable, deux par deux dans les rues, en grappes dans les musées et les temples … Au Japon, les parents et les écoles organisent beaucoup de sorties culturelles. C’est important de savoir d’où l’on vient. Alors, on commence tout petit. Je ne sais pas quel âge pouvaient avoir ces deux petits garçons là, mais le plus grand parlait toujours pour le plus petit.

Kamakura

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Une aventurière de type absolument secondaire

Selon les typologies de Le Senne, je me définirais plutôt comme étant du type émotif-inactif-secondaire nommé sentimental (même si j’ai des accès sanguins). Du moins quand il s’agit des voyages. Pendant le périple, j’ai une sorte de perméabilité spongiaire un peu décalée…la substance me vient au retour avec le manque de liberté qui l’accompagne et j’aime écrire avant que la mémoire ne fasse son petit lifting sur les souvenirs ….

Après la Mongolie et l’Alaska, Eliott a décidé d’arpenter les chemins himalayens en partant du Pakistan. Je ne sais rien de précis sur son itinéraire mais la seule destination fait ressurgir en moi des tas d’images et impressions orientales, surtout népalaises.

Je me souviens de l’odeur et de la couleur des petits matins frileux et gourds.

Je me souviens du sourire furtif d’un mère massant son bébé (si furtif que je l’ai raté sur la photo).

Je me souviens des kampas altiers sur le seuil de notre lodge.

Je me souviens d’un grand-père et son petit-fils sommeillant ensemble, serrés comme des chats, dans une méchante couverture.

Je me souviens des lampes à huiles et des moulins à prières.

Je me souviens des mots s’effilochant au vent.

Je me souviens des rues sinueuses où s’écoulaient les foules.

Je me souviens des offrandes, rouges, comme des saignées sous nos pas.

Je me souviens de la brique ambre de  Bakhtapur et des yeux pensifs de Swayambunath posés sur Katmandou.

Je me souviens de la joie et de l’incrédulité de ces hommes et de ces femmes croqués par un polaroïd, regardant leurs traits se dessiner peu à peu sur la pellicule.

Je me souviens d’un pot au feu de yack sous des lampes vacillantes.

Je me souviens des « namaste » le long des chemins.

Je me souviens …

Suivra-t-il ces chemins -là ?

Verra-t-il des visages  ressemblant à ceux-là ?

 

Croisera-t-il ces pèlerins ?

Partagera-t-il des fêtes comme celles-ci ?

Sans doute … et plus encore.

En attendant ses images, me voilà en train de retisser mes errances sur un drôle de métier chronologique …

Textes et photos : S. Lagabrielle : © tous droits réservés.

PS : Cette gnossienne de Satie en apesanteur par une artiste que m’ a fait découvrir un ami phocéen me semble appropriée pour clore cette songerie.

 

 

 

 

Zhaoxing

Tu  observes goguenard, en bourrant ta pipe, mon petit manège qui se veut dégagé et l’air de rien mais est tellement éventé. Je ne suis pas la première ni la dernière à te tourner autour. Tu les connais ces astuces,  ces petits écrans qu’on oriente, par exemple, croyant naïvement que tu n’y verras goutte. D’ailleurs, tu t’es assis là pour cela : les reconnaître et nous détailler. Cela t’amuse. Nous sommes si prévisibles. Nous te montrons nos captures et tu souris mais ce qui reste de nous dans ton regard, nous l’ignorerons toujours. C’est là que le jeu est inégal.

Ta pipe s’éteint et je regarde tes mains, des mains de terre et de boue. J’imagine un toucher labourant la peau comme un araire parce que la tendresse et la douceur demandent un temps que tu n’as jamais eu.

J’aurais dû me concentrer sur elles car elles parlent pour toi. Les histoires s’inscrivent où elle peuvent et, ce jour là, je n’ai pas su voir. Tout était devant moi, dans ces doigts cisaillés par les rizières et les champs, comme la lettre volée d’Edgar Poe. Tout était à lire et je suis passée à côté. J’ai pris ce cliché là, banal, convenu, un photomaton touristique en somme.

Texte et photo S.Lagabrielle : tous droits réservés

Ganden Sumtseling Gompa

Joutes oratoires, contrôles de connaissances ? L’un est assis, l’autre debout. Que dit l’un ? Que répond l’autre ? Tout se clôt dans un balancement suivi d’un claquement de main. Un bruit de pluie, à l’infini.

 

Texte et photo S.Lagabrielle : tous droits réservés

Chine : Yuanyang

 

Chine Yuanyang mai 2011Une ancienne maîtresse d’école. Un œil à vous épingler au mur et de l’ironie dans le sourire. Combien d’élèves a – t- elle tenu sous son joug vaguement sarcastique ?  A moins que cela nous fût seulement destiné, à nous, touristes mal dégrossis.

Curieux visage masculin-féminin, lisse, aux courbes presque douces, et dur pourtant ; singulière personne laissant fugitivement échapper, brouillé par la fumée de sa pipe, un soupçon de désarroi tapi au fond de son regard.Chine Yuanyang mai 2011Texte et photos : S. Lagabrielle tous droits réservés.

Chine : Tuanshan

Chine: Tuanshan mai 2011

Elles étaient deux dans le village à témoigner de cette violence oubliée : les pieds bandés. Simplement assise dans la rue, celle-ci fut la première que je rencontrais.  J’ai hésité longtemps avant de prendre la photo : le temps d’oublier ses pieds, de la trouver belle et tenter de retenir un regard, fragile et perdu, qui passait à travers moi.Chine : Tuanshan mai 2011

Texte et photo S. Lagabrielle : tous droits réservés

 

 

Révolution

 

Ces hommes immobiles place Taksim m’en rappellent un autre…

 

 

 

Chine, Turquie, …. toujours la même réponse

 

 

 

 

Et si la révolution d’aujourd’hui n’était pas dans le mouvement mais dans le  refus, dense, statique et obstiné de l’insupportable et uniforme brutalité des politiques ?