De l’influence du cul des vaches sur la popularité présidentielle …Seul Jacques Chirac trouvait un plaisir évident au contact animal et humain indissociable du salon. Peut-être aussi l’occasion (soyons méchante) d’échapper un moment à l’œil sourcilleux de Bernadette. Côté agriculteurs, il semble que l’on appréciait cette goulue visite présidentielle. Les difficultés étaient sans doute déjà là, mais les voix des agriculteurs ne firent jamais défaut à l’ancien Président, animal politique carnassier dont on oublia la férocité au fil du temps. Sa reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la persécution et la déportation des Juifs au cours de l’Occupation, son opposition à la guerre en Irak y aidèrent peut-être – effaçant le malencontreux « les bruits et les odeurs »- comme certains de ses bons mots, allègrement distillés dans la presse, ou encore le personnage créé par les guignols de Canal +.
« La pomme est un fruit sympathique et je l’observe tous les jours ». Ainsi les pommes devinrent-elles un emblème de sa campagne pour les présidentielles de 1995 et un incroyable outil de communication. On n’ imagine pas le Président actuel sur ce registre. Comme on l’imagine mal dire ceci : “Les anciens savaient que la clé des songes est aussi celle de l’équilibre et du bonheur, et recommandaient la pratique de la sieste ». A effeuiller d’autres citations trouvées sur le site du Figaroscope, certaines pourraient tout à fait être endossées par Jupiter comme celle-ci – “un chef, c’est fait pour cheffer”- mais pas celle-là – “le contact humain est le véhicule essentiel de la démocratie » – quand bien même notre monarque républicain aime, solidement encadré, « aller au contact ».
Les diverses expériences de débats tournant au long monologue, de ces sucres participatifs jetés en pâture et jamais suivis d’effets, en témoignent. L’homme Macron ne s’intéresse pas beaucoup à son interlocuteur et ce dessin résume assez bien l’affaire.

Cette année, c’est peu dire que l’inauguration du salon de l’agriculture, sur fond de manifestations paysannes, a tourné au fiasco. Mais le « en même temps » a la vie dure. Tandis que le Président semble céder sur l’instauration de « prix planchers », le parti présidentiel vote au Parlement européen en faveur d’accords de libre échange avec le Chili et le Kenya ouvrant de nouvelles exemptions de droits de douane entre l’Union européenne et ses nouveaux partenaires. Accords qui risquent d’aggraver encore un malaise agricole européen qui se manifeste largement en Allemagne, en Belgique, en Roumanie, en Espagne, au Portugal, en Pologne, sur fond de revendications identiques.
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Je me souviens de cette campagne publicitaire de la BNP dans les années 70: « Pour parler franchement, votre argent m’intéresse ».
Bruno Le Maire ne dit pas autre chose aujourd’hui, reprochant presque à ceux qui le peuvent de faire des économies. Selon le ministre, l’épargne des européens se monterait à 35 000 milliards d’euros dont plus de 10 000 milliards dormiraient sur des comptes bancaires. Cet argent « doit travailler à la croissance, à l’innovation, à la recherche, pour les entreprises et pour l’emploi » , Aussi envisage-t-il la création d’un produit d’épargne européen « dont nous définirons les caractéristiques, le rendement, avec les Etats volontaires » a-t-il ajouté. A l’heure où les revenus baissent, où les prix grimpent, où le Gouvernement, pour faire baisser sa dette, taille à la hache dans les budgets ministériels notamment ceux de la recherche et de l’éducation, voilà qui ne manque pas de sel.
Pour Raphaël Glucksmann, tête de liste du PS pourles prochaines élections européennes, il serait plus qu’urgent de passer « en économie de guerre », autrement dit de « flécher » les ressources, y compris l’épargne mais il ne le dit pas clairement, vers le renforcement des capacités militaires de l’union européenne. Alors que le congrès américain bloque l’aide à l’Ukraine et que se profile un éventuel retour de Trump à la maison blanche, l’Europe mobilise.
Jusqu’où ? On verra mais dans l’immédiat : sus aux bas de laine à défaut de revenir sur certaines mesures budgeticides du premier quinquennat !
Je ne sais pas de quand date exactement ce dessin (j’aurais tendance à dire les années 1930) mais il me semble encore actuel.

Commentant les dernières déclarations d’Emmanuel Macron à propos du conflit ukrainien, le journaliste Daniel Schneidermann s’interroge (blog Obsessions du 27-2-2024) : « A propos d’Histoire, deux dates, deux périodes, deux ambiances, tournent et s’entrechoquent dans ma tête (…). L’été 1914 (…) La classe politique, les journaux, appellent, désirent la guerre, fraîche et joyeuse, obsédés qu’ils sont par la revanche de 70 (y penser toujours, n’en parler jamais
, disait-on). C’est dans l’ADN de cette France-là. Et en face ? Jaurès, si seul, si désespéré, luttant jusqu’au dernier souffle pour éviter l’hécatombe, avant de tomber au tout dernier instant sous les balles d’un assassin.
Qui avait raison ? Les va-t-en guerre, ou le pacifiste ?
Vingt ans après, c’est l’inverse. Décimée par la grande boucherie, ne comptant plus ses gueules cassées, la France n’en peut plus. La France, la Grande-Bretagne, se couchent en 36 devant la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler (quand il eût été possible de l’arrêter), et soupirent à l’unisson d’un lâche soulagement à Munich en 38 (…) Et en face ? Outre le PCF, inféodé à Staline, et donc aussi disqualifié que le RN aujourd’hui, un député de droite, Henri de Kerillis, qui à la Une de son journal, L’Epoque
, seul, désespérément seul, appelle inlassablement au réarmement, contre la bande patriotarde de l’Action Française, et autres fans de Hitler.
Qui avait raison ? Les pacifistes, ou le va-t-en guerre ?
L’Histoire a tranché. En 14, tous les efforts devaient être faits pour empêcher la boucherie peut-être la plus absurde de tous les temps. En 36, il eût fallu mobiliser pour éviter l’hécatombe, et Auschwitz. Et aujourd’hui ? L’Histoire n’est ici d’aucun secours.
Il va falloir nous forger une opinion en analysant les données de 2024, enrichies malgré les apparences de facteurs inédits : la défection des Etats-Unis, l’existence et la fragilité de l’OTAN, la dissuasion nucléaire, la sophistication des guerres d’influence. Tout seuls, comme des grands, contre toutes les propagandes. »
On peut discuter de la présentation historique mais moins de la conclusion qui tient d’une certaine évidence.

