Ainsi, demain 10 décembre 2022, Annie Ernaux se verra officiellement remettre le prix Nobel de littérature à Stockholm. A lire entre les lignes son interview dans le dernier Politis, elle ne semble pas très à l’aise avec l’évènement.
Je ne suis pas sûre que cette salle, où se déroulera la réception qui suivra son discours, dissipera son sentiment d’étrangeté.

En ce qui me concerne, cette profusion de dorures m’avait accablée et j’avais préféré me tourner vers la ville, déformée par les vitres.

Ce goût pour le nord puise dans ma petite enfance et des vacances d’été au Danemark. Au-delà des couleurs des villes, ce sont surtout les ciels que j’aime à regarder (curiosité baudelairienne ?). Cieux du soir comme ici, toujours à Stockholm …


ou d’avant la pluie comme ici à Copenhague,

ou, ici, sur l’ile d’Olkhon en Sibérie

ou encore ici à Cuxhaven au nord de l’Allemagne

quand ce mélange de noirceur et de lumière fait exploser ce qui quelques minutes avant pouvait sembler assez banal.
Certes, on peut en trouver partout des cieux plombés comme ceux-ci, mais peut-être pas avec un relief lumineux équivalent. Et peut-être pas aussi changeants. Un quart d’heure après le grain, le port de Cuxhaven ressemblait à ça

Les cieux ne sont pas les seuls fils qui relient mes voyages entre eux mais ils contribuent souvent à mes évasions les jours moroses.
Le goût aussi peut contribuer au voyage. Parfois immobile comme ici à la cité du vin. Dans une pénombre relaxante, nous devions essayer de localiser sinon identifier 4 vins différents. Pour nous aider, des photos de différents pays, censés illustrer la provenance, et des parfums, supposés se retrouver dans les arômes des vins, étaient diffusés dans la pièce.


Mais tout n’était pas forcément raccord. S’il nous fut facile de reconnaître un prosecco sur des vues de marchés « sudistes » (provençaux, italiens), ou un malbec sur des paysages d’Amérique du Sud, notre sommelier nous avait casé un vin d’Alsace sur des vues asiatiques et un vin libanais sur des marchés marocains. Pourquoi ? Parce qu’à l’en croire l’un comme l’autre s’accorderaient parfaitement respectivement avec ces cuisines. Si je suis à peu près arrivée à le concevoir pour le vin libanais, je reste plus dubitative sur le mariage d’un vin d’Alsace assez fruité avec la cuisine vietnamienne. Notre sommelier était écossais …ceci expliquerait peut-être cela. A moins que ce ne soit mon défaut d’imagination gustative.
Reste une expérience ludique, singulière et conviviale, la « reconnaissance » du nectar supposant un partage des sensations avec le voisinage. A la sortie, dans le tram, j’en discutais encore avec d’autres participants, certains de passage, d’autres du cru. Des personnes que je ne reverrai sans doute pas de sitôt. Ainsi le goût de l’atelier se révéla-t-il plus long en bouche que prévu.
Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés
