Pot Pourri

Le rire comme parti

A la lecture je me dis que ce titre peut se lire dans deux sens.

Le virus s’ébroue quand nous nous pétrifions, pensée comprise. La Covid et ses variants élimineront-ils tout rire derrière des masques obligés ?

Face au quasi désert programmatique pour ces élections présidentielles 2022, la candidature de B. Gaccio – humoriste, scénariste, auteur et producteur de télévision, connu en particulier pour sa participation à l’écriture de l’émission Les Guignols de l’info de Canal+ (période ante Bolloré) – est-elle si absurde ?

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On se souvient de Coluche, mais avant lui, il y eut notamment Pierre Dac en 1965 et son « Votez MOU » (Mouvement Ondulatoire Unifié) ainsi que Ferdinand Lop – éternel candidat malchanceux (car les anti-Lop ne manquaient pas) à la présidence de la République, la quatrième, en même temps qu’à l’Académie française – dont le programme électoral préconisait :

  • l’extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir ;
  • la construction d’un pont de 300 m de large pour abriter les clochards ;
  • le prolongement de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et l’extension du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (dans les deux sens) ;
  • l’installation d’un toboggan place de la Sorbonne pour le délassement des troupes estudiantines ;
  • la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique ;
  • le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept mois ;
  • l’aménagement de trottoirs roulants pour faciliter le labeur des péripatéticiennes ;
  • l’octroi d’une pension à la femme du soldat inconnu ;
  • l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur (mettant en cela en pratique une suggestion de Jean Louis Auguste Commerson) ;
  • la suppression du wagon de queue du métro.

Ferdinand n’inquiéta jamais mais il n’en fut pas de même des deux autres. Au début de l’été 1965, la popularité de P.Dac toujours montante inquiéta les autres candidats et, à l’Élysée, l’on trouva que « la plaisanterie avait assez duré ». L’humoriste abandonna ses prétentions par fidélité à De Gaulle qu’il avait connu du temps de la France libre. Pour Coluche, ce fut plus noir. Les pressions amicales pour le décourager de se présenter n’ayant pas abouti, des méthodes plus radicales et illégales (notamment la recherche par le service des renseignements généraux de tous faits pouvant le discréditer) auraient alors été employées (source Madame Wikipedia).

Qu’en sera-t-il de notre Gaccio ? On aurait peut-être tort de penser à une inéluctable répétition de l’histoire. Après tout les ukrainiens ont bien élu un élu un humoriste à la tête de leur Etat : Volodymyr Zelensky.

En attendant, pour moi, le choix du gnou se discute : à s’en tenir à sa morphologie, cet animal ressemble à la fois à une antilope avec ses grandes pattes fines qui lui permettent de courir très vite, au cheval par sa corpulence, sa crinière et sa queue et au taureau avec sa tête, ses cornes et sa charge imprévisible et brutale dès qu’il se sent menacé (Madame Wikipedia).

Polymorphe (sic), imprévisible et brutal : pas très glamour ça.

Pour l’heure la communauté « réseausociale » ne s’intéresse pas trop à nommer ce nouveau mouvement : molle du gnou en somme. Je propose Génération NéOrbitale Unilatérale. Ce qui vaut bien le MOU de Dac, non ?.

Priorité

Il est vrai que cela s’imposait :

https://www.lefigaro.fr/culture/dans-la-douleur-le-conseil-de-paris-enterine-l-erection-d-une-statue-en-hommage-a-johnny-hallyday-20210707

Faisons le pari que les grimpeurs ne tarderont pas à disputer aux pigeons l’exclusivité de ce mât de cocagne d’un nouveau genre pour se rapprocher de leur idole.

Gaguesque

Et pendant ce temps ailleurs

Le Chili se dote d’une assemblée constituante dont, chose à noter, plus de la moitié des élus sont des indépendants, qui ne militent pas au sein d’un parti. Les 155 constituants (77 femmes et 78 hommes), élus au suffrage universel en mai dernier, sont entrés en fonction dimanche 4 juillet en élisant comme présidente une indienne mapuche : Elisa Loncon.

Avec l’entrée en fonction de son assemblée constituante, le Chili entre dans “un nouveau cycle”, comparable à celui de mars 1990 (date de l’élection du démocrate chrétien Patricio Aylwin, premier président élu démocratiquement depuis le coup d’État d’Augusto Pinochet, en 1973), estime un chroniqueur du quotidien de Santiago La Tercera.

365 jours pour, selon Elisa Loncon, reconstruire  » un nouveau Chili plurilingue avec toutes les cultures, tous les peuples, avec les femmes, avec les territoires » : le défi est immense et assez enthousiasmant à suivre pour qui se désole, comme moi, du contexte politique hexagonal actuel. Cet ami chilien me conseille ce site : « C’est un média honnête », me dit-il.

https://www.elmostrador.cl/

Et puis cela entretiendra mon espagnol.

Et si on parlait d’élections ?

 

 

 

Abonnée à la version numérique du journal Courrier international, je n’y vais pas aussi souvent que je devrais. Outre les regards internationaux croisés sur le phénomène des gilets jaunes, on est parfois surpris par certains titres. Ainsi à propos de l’Europe, celui-ci :  « Pourquoi les clowns ont tant de succès en politique en Europe ? ». Bien sûr j’ai immédiatement pensé à Beppe Grillo et au mouvement cinq étoiles en Italie.

J’apprends donc, dans cet article, qu’après l’Italie, en Ukraine et en Slovénie, d’autres humoristes se lancent ou se sont lancés sur la scène politique.

« Dans Serviteur du peuple, série télévisée ukrainienne très populaire, l’acteur Volodymyr Zelensky devient président de l’Ukraine par un concours de circonstances. Après une série de présidents hypocrites, les Ukrainiens, le 31 mars prochain, ont enfin l’occasion d’élire un chef d’État qui a au moins joué ce rôle sur le petit écran. Car Zelensky est non seulement candidat, mais favori pour emporter le premier tour ». Concours de circonstances … voilà qui est assez évocateur.

Marjan Sarec, lui, devenu Premier ministre Slovène, était un acteur comique, qui s’est illustré en imitant les présidents et les Premiers ministres de ce pays.

La Croatie attend le sien : « grande abstention électorale, colère contre les politiques, frustration d’une partie de l’opinion publique en raison de l’invalidation du référendum sur la Convention d’Istanbul [Traité international du Conseil de l’Europe visant à protéger les femmes et les enfants de la violence conjugale]. La candidature sérieuse (sic) d’un comique pourrait être perçue comme une sorte de catharsis et donner un ton différent à la campagne, entre sérieux et parodie. »

Tout cela me laisse un sentiment mitigé : qui gagnera, au final, de l’humour ou de la politique ? Si Beppe Grillo fait peut-être encore rire chez lui, sur la scène européenne et internationale son mouvement ne déchaîne pas chez moi une hilarité débridée. Ce serait plutôt le contraire. Et la trajectoire du ministre Slovène (l’article laisse à penser que l’artiste est devenu « sérieux ») n’engage pas non plus à la franche rigolade.

Mais au fait, je me suis laissée distraire : pourquoi les acteurs comiques ont-ils tant de succès en politique ? se demande le journal. Même si le « tant de succès » me paraît un tantinet exagéré, continuons  donc notre lecture.

« La première raison réside sans doute dans l’aliénation de la classe politique elle-même. Cela apparaît de manière évidente dans le langage qu’elle utilise. Le discours des comiques est celui de monsieur Tout-le-Monde. Bons communicants, ils anticipent les attentes du public. Ils commencent avec un certain type d’humour pour tâter le terrain, puis observent les réactions afin d’élever ou d’abaisser, si besoin, la charge.

(…)

Aujourd’hui ce sont les juristes qui dominent la vie politique. Certes, ils disposent de grandes connaissances indispensables pour comprendre les rouages de la politique, mais ils restent piégés par l’autre facette de leur métier : un certain formalisme, et la froideur d’un discours dépourvu d’émotions, de métaphores fortes ou d’expressions frappantes. Les acteurs comiques, tels des médecins qui interviennent pour soigner une maladie grave, apparaissent au moment où la situation devient critique. Car l’humour est une chose sérieuse qui permet aborder des sujets qui font peur ou qui font mal ».

Peuvent – ils changer la donne ?

Et là, soudain, alors que je devrais avoir commencé par là, je me souviens d’un certain Coluche qui avait tenté sa chance en 1980, à l’heure où le septennat était encore en vigueur. En regardant cette vidéo, je me dis que d’aucuns ont bien changé.

https://www.ina.fr/video/3113762001008

Puis m’est revenu cet autre (faux puisque je n’étais pas née) souvenir :  celui de Ferdinand Lop. Madame wikipedia nous rappelle :

Journaliste, dessinateur de talent, auteur d’ouvrages sérieux sur les possessions coloniales de la France, il devint à partir de 1932, poussé par un tempérament fantaisiste, une figure pittoresque, bientôt légendaire, du quartier Latin, de la Sorbonne à l’Odéon. Pendant la IVe République, de 1946 à 1958, ce « licencié ès canulars », éternel candidat malchanceux à la présidence de la République (en même temps qu’à l’Académie française), avait bâti un programme électoral, baptisé « lopéothérapie », qui préconisait :

  • l’extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir ;
  • la construction d’un pont de 300 m de large pour abriter les clochards ;
  • le prolongement de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et l’extension du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (dans les deux sens) ;
  • l’installation d’un toboggan place de la Sorbonne pour le délassement des troupes estudiantines ;
  • la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique ;
  • le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept mois ;
  • l’aménagement de trottoirs roulants pour faciliter le labeur des péripatéticiennes ;
  • l’octroi d’une pension à la femme du soldat inconnu ;
  • l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur ;
  • la suppression du wagon de queue du métro.

Il expliquait le caractère vague de son programme par la crainte qu’on ne le lui vole. Il préférait « attendre d’être au gouvernement pour le révéler ». Suivant l’exemple des campagnes présidentielles américaines, il avait adopté un air de campagne (campaign air), en l’occurrence The Stars and Stripes Forever, l’hymne officiel américain, non sans y plaquer la répétition de son patronyme comme paroles : « Lop, Lop, Lop Lop Lop, Loop Lop Lop ! Lop Lop Lop, Lop Lop Lop, Lop Lop Lop Lop ! ».

Le quartier Latin se partageait en deux camps par rapport au candidat :

  • les partisans de Lop ou « Lopistes » (« Lopettes » étant un qualificatif employé par leurs ennemis) ;
  • les opposants étaient les « Anti-Lop » (ou « Antilopes »).

Quant aux tièdes, aux indécis, c’étaient des « Interlopes ».

Pour ne pas me faire injurier je tairai ici le nom de la salle de réunion des fervents de Ferdinand.

Il y eut aussi P. Dac et son MOU (mouvement ondulatoire unifié) candidat aux élections présidentielles de 1965.

Serions-nous prêts à franchir le pas si se présentait un comique, à supposer qu’il en  existe un prêt à relever le gant,  en 2022 ?   Sans doute pas.

Certains s’inquiètent déjà d’un renouvellement de la candidature E. Macron. Mais qu’est-ce que réussir aujourd’hui en politique ? Benjamin Griveaux livre un critère : ce quinquennat sera réussi si l’on peut dire que « nos enfants vivront mieux que nous ». Quelle population sera considérée pour le dire ?

TINA nous a cassé le sourire. Et l’humour politique grince un peu trop facilement de nos jours pour nous délivrer de la morosité.